Le 13 février, mon Taverne Tour se poursuit toujours sous le signe du post-punk à La Sotterenea, salle souterraine par excellence. L’endroit se prête bien à une musique qui travaille les tensions, les répétitions et les zones d’ombre. J’atteins cet environnement troglodyte alors que résonne les basses fréquences ténébreuses de Bonnie Trash.
Formé en 2013 par les sœurs jumelles Emmalia et Sarafina Bortolon-Vettor, le quatuor féminin présente des riffs lourds mêlant post-punk, goth rock et doom. La chanteuse déclame des textes d’une voix grave qui glace les os. Elle a une apparence saisissante ; crâne rasé, habits de cuir et tatouages. Le menton levé, elle maintient un regard défiant. Leurs chansons horrorgaze fouillent l’horreur tapie dans le quotidien, les violences diffuses et la mortalité ordinaire. Une noirceur lucide et une lourdeur unique, qui donne au spectacle une force d’attraction irrésistible.
On sort prendre l’air un instant, puis retour dans la salle sous-terraine pour Jessica93. Après un sound check légèrement laborieux, Geoffroy Laporte lance « On est des bras cassés, ça prend un peu plus de temps.»
Seul sur scène, l’artiste français part une piste qui ressemble à un drum machine version rock. Grâce à une pédale de loop, il ajoute une couche de basse lourde qui vient appuyer les martèlement intoxiquants des tambours enregistrés, puis s’élance sur une guitare déchirante pour des solos endiablés. Les cheveux longs dans le visage, des baskets Nike et des track pants Adidas, cela n’enlève rien à la profondeur de la posture résolument hard de Jessica93. On sent des influences shoegaze, grunge avec quelques touches de desert punk.
Les textes, quant à eux, sont marmonnés dans un français parfois timide, parfois saisissant d’intentionnalité. « C’est une chanson d’amour ça s’appelle La colline du crack » lance-t-il à un certain moment. Les loops, la distorsion, le martèlement le tout fonctionne dans un résultat DIY et bruitiste presque post-apocalyptique. C’est impressionnant de voir un seul homme porter le poids d’un tel projet expérimental!
Cette deuxième soirée du Taverne Tour à La Sotterenea fut une soirée de découvertes saisissantes dans l’infinité des sous-terrains de nos âmes.























