Dédié à feu le sociologue Guy Rocher, quelques jours à peine après les funérailles nationales auxquelles le Quatuor Molinari a participé, ce premier concert de la saison de l’ensemble fut donné dans un contexte de reconstruction et de renouvellement dans la continuité.
Quatuor III (1994), pour quatuor à cordes (Op. 30) de feu le compositeur bulgare (naturalisé français) André Boucourechliev (1925-1997). La pièce comporte 6 sections différentes sans transition marquée par une pause, différents modes de jeu sont mis de l’avant, le compositeur avait misé sur une forme ouverte où quatre voix superposées aléatoirement complétaient la charpente. Ça démarre avec de longues et calmes lignes mélodiques à l’archet, les choses se corsent ensuite, différents motifs se succèdent et se superposent, une explosion atonale se produit, le calme revient, les sons deviennent ténus, cristallins, et des coups d’archets reprennent, et ainsi de suite. Voilà une œuvre solide pour son époque mais qui se confond dans l’esthétique de cette même époque, sans vraiment s’en démarquer.
Le quatuor no.4 à cordes de Dmitri Chostakovitch a été composé en 1949 et créé en 1953, ce qui coïncide avec la mort de Staline, ce qui n’était certes pas une mauvaise nouvelle pour le compositeur qui dut vivre dangereusement sa propre modernité tout au long du règne du leader autoritaire.
Ce quatuor fut composé alors que le régime l’avait congédié de son poste d’enseignant et interdit la diffusion de ses œuvres modernes. Réparti en 4 mouvements, le quatuor no.4 avait-il été écrit sous la crainte d’être trop audacieux? Peut-être… car il semble que les composantes modernes du quatuor soient relativement ténues, et les parties incluant des référents populaires ou folkloriques (si chers au régime stalinien) l’emportent souvent sur les matériaux modernes de l’œuvre. Bref, ce quatuor « ambivalent » demeure excellent même s’il n’est pas mon préféré des 15 quatuors à cordes de Chostakovitch, néanmoins fort bien exécuté par le Molinari.
Dans le contexte de ce concert, on trouvera plus de vigueur et plus d’aventure dans cette œuvre de jeunesse qu’est le Quatuor no 1 de Béla Bartók, inspirée d’un amour impossible avec la violoniste Stefi Geyer de qui la pièce fut inspirée. Construit en 3 mouvements alors que le compositeur n’avait que 27 ans, ce quatuor visionnaire porte la fougue et les fondements de sa propre modernité, incarne sa transition des époques antérieures vers la sienne. L’exécution du Molinari m’a semblé la meilleure de cette soirée, la cohésion et l’éloquence du jeu individuel ou collectif laissaient présager une excellente saison de cette formation renouvelée.
L’altiste et chambriste Cynthia Blanchon était effectivement accueillie mardi au sein du Quatuor Molinari. L’introduction de la musicienne était d’ailleurs assortie de l’annonce de la reprise de l’intégrale des 15 quatuors à cordes de Chostakovitch qui, rappelons-le, avait été annulée à la dernière minute au printemps dernier, vu la défection de Frédéric Lambert pour cause de maladie. D’une œuvre à l’autre, on a vu l’altiste prendre ses aises avec le quatuor, dans tous les aspects de son jeu. Asseoir sa personnalité d’interprète au sein d’un tel ensemble ne se fait pas en claquant des doigts, c’est le cas de le dire.























