néoclassique

PAN M 360 au FIJM 2024 Joep Beving remplit ses salles et voici pourquoi

par Alain Brunet

Pendant que les meilleurs musiciens de jazz au monde se produisent gratuitement à l’extérieur au FIJM, le pianiste hollandais Joep Beving remplit deux Gesù dans une même soirée dominicale. Il se produit dos au public et s’exprime sur un piano droit. Il utilise toujours les mêmes procédés : mêmes motifs de la main gauche, mêmes progressions mélodico-harmoniques de la main droite, peu de vélocité.

On reconnaît des éléments de Satie, Chopin, Rachmaninov, Liszt, Ravel, Debussy, musique comme c’est le cas de l’immense majorité des pianistes néo-classiques dont le succès dépasse largement celui des des jazzmen et jazzwomen de tr;s haut niveau qui peinent à reconquérir un public ayant déserté les salles au cours des deux dernières décennies.

Alors on remplit certaines salles du FIJM avec les artistes du néoclassique, nettement plus fédérateurs et forcément plus rentables. Pour tant de consommateurs de musique, l’expérience classique ne passe pas par l’écoute des grandes oeuvres exécutées sur scène, on préfère des instrumentistes de seconde ou troisième division qui se produisent dans un contexte plus cool, plus relaxe et où l’on risque moins d’être jugé par l’élite mélomane dans des salles plus guindées, plus élitistes – le vilain mot!

Ainsi, Joep Beving compose de jolies musiques sur son piano droit pour se guérir des maux de l’humanité comme il nous le confie sur place. On peut comprendre que l’art est effectivement un refuge en cette époque de plus en plus trouble.Cela dit, convenons que son jeu est très limité, ce jeu compare à celui d’un bon pianiste adolescent qui s’apprête à étudier au niveau collégial. Pour ajouter à son charme, il a le look et la dégaine d’un hippie reclus dans une chaumière perdue en forêt.

Et ses fans l’écoutent religieusement. Et ils boivent chacune de ses notes. Et ils obéissent à ses consignes de ne pas applaudir entre les changements de compositions – ce qui est une bonne chose à mon sens. Et Jeop Beving, inutile de le prédire, continuera à faire ses choux gras de cette tapisserie pianistique qui enjolive néanmoins les existences de centaines de milliers de personnes.

Alors restons polis et respectueux, n’allons pas plus loin avant de se faire taxer de snob et de méprisant, de faire face à un feu nourri d’insultes.

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jazz groove

PAN M 360 au FIJM 2024 | Robert Glasper et Black Radio ? Concert acceptable, spectacle mal ficelé

par Alain Brunet

Le prodigieux Robert Glasper occupait lundi la plus grosse scène extérieure du festival avec des musiciens top niveau, Burniss Travis à la basse, Justin Tyson à a batterie, Derrick Hodge à la guitare, Jahisundance aux DJisme et beatmaking. Le guitariste est un pur killer, capable de dégainer les phrases les plus complexes et les plus rapides. Le bassiste est un parfait accompagnateur pour le jazz groove et capable d’harmonies puisque sa basse compte 6 cordes. Le batteur est dans la lignée des meilleurs, ayant intégré les rythmes hip-hop et drum’n’bass conçus initialement par des beatmakers et leurs machines. Le DJ dispose des références essentielles à la bonne marche du programme.

Jusque là, on est en voiture mais…

Lundi soir, le musicien originaire de Houston défendait sa formule Black Radio, connue des fans de jazz depuis 2012 et déclinée sur 3 albums studios depuis lors, le groove depuis de nombreuses, sorte de prolongement actuel des Headhunters de Herbie Hancock. L’idée est de mêler le jazz aux formes récentes de la pop culture afro-américaine et ainsi insuffler du groove, des mélodies consonantes et du plaisir.

Le virtuose claviériste a présenté le concept à quelques reprises, le voilà maintenant devant son plus grand public. Mais… pas de dispositions particulières à son approche, pas de « friends » supplémentaires comme le titre l’indiquait. Même approche qu’il y a deux ans mais un peu moins brouillonne, un peu plus ramassée, et aucune idée supplémentaire au programme et des prouesses technique dans le dernier droit. Un peu de chant de sa part, des reprises de Nirvana, Radiohead ou même Burt Bacharach, rien de neuf sous le soleil couchant ou sous les étoiles montantes.

Des voix féminines nous donnent l’impression qu’elles sont sur scène en tant que choristes et on se rend compte qu’elle proviennent des sons pré-enregistrés du DJ/beatmaker. Avec le cachet qu’il encaisse pour une telle soirée, il aurait pu penser à quelque chose de plus spécial mais non. Pas de mise en scène, pas d’invités spéciaux, pas de projections spéciales, seul ce ghetto blaster en toile de fond. Robert Glasper aurait donné le même concert dans une salle à 1000 places mais il se trouve à donner un des plus gros shows de sa carrière, sans préparation supplémentaire. Un peu moins poche qu’en 2022 au Théâtre Maisonneuve mais bon… rien de mémorable pour qui connaît bien la bête.

Si prometteur il y a deux décennies, Robert Glasper a pris goût au cash et à la belle vie, tous les promoteurs lui donnent ce qu’il veut et le public est au rendez-vous. Pourquoi changer au juste? Les mélomanes plus exigeants repasseront… ou quitteront un jour définitivement cette zone de facilité.

crédit photo :@frederiquema

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jazz / jazz contemporain / soul-jazz

PAN M 360 au FIJM 2024 | Keyon Harrold, artiste prioritaire à MTL

par Alain Brunet

Keyon Harrold occupe beaucoup de place à ce festival, on l’aura vu à l’oeuvre trois fois, c ‘est dire l’importance qu’il occupe selon la direction artistique du FIJM. D’entrée de jeu au Gesù, il se produisait avec son noyau : Harrold (trompette et chant), Shedrick Mitchell (piano), Randy Runyon (guitare) Burniss Travis (basse électrique), sans compter Charles Haynes (batterie). 

Sauf quelques rares moments plus conceptuels, la musique de Keyon Harold est aussi proche de la soul et du R&B que du jazz, bien que les harmonies jazz soient perceptibles davantage dans les transitions (ponts) entre intro, chorus et conclusion. Et aussi dans les solos : Charles Haynes est dans la lignée des Gene Lake, Chris Dave, Justin Brown et autres Kendrick Scott, bref un virtuose du jazz contemporain et du jazz groove ayant intégré plusieurs patterns rythmiques du hip-hop dont certains mis au point par le génial (et regretté) beatmaker J-Dilla.

La basse est droite, la guitare circonspecte et les claviers sont axés surtout sur l’harmonie et le soutien rythmique. Côté show, Keyon Harold est un fort sympathique communicateur, son physique en impose et, comme tant de gros bonhommes, le le ton de sa voix est doux et placide, qu’il soit chanté ou parlé. Sa résidence de trois jours à Montréal lui a permis aisni d’inviter sa propre « sister », une authentique chanteuse de puissance, mais aussi Laya, une recrue parfaitement inconnue dont il ne tarit pas d’éloges, et pour cause : phrasés lascifs et sensuels, montées circonspectes en puissance, vocalises de très bon goût, magnifique expressivité.

Entre soul/R&B et jazz groove, Keyon Harrold a accompagné plusieurs pointures de ces catégories stylistiques aux USA. Il est sans conteste parmi les nouvelles vedettes de cette zone tant prisée par le FIJM en 2024. Il est clair qu’on y cherche à remettre le plaisir brut , sans prise de tête, aux goûts des nouvelles générations jazzophiles. Keyon Harrold en est l’illustration parfaite.

jazz

PAN M 360 au FIJM 2024 | Profondeur et émotions avec Melissa Aldana

par Varun Swarup

Hier soir, sur la scène du Pub Molson, la saxophoniste Melissa Aldana a livré une performance qui l’a solidement établie comme l’une des principales saxophonistes de sa génération. En diffusant des sélections de son dernier album, Echoes Of The Inner Prophet (2024), la soirée a mis en valeur le talent artistique évolutif d’Aldana et sa remarquable capacité à canaliser de profondes émotions à travers sa musique, quelle que soit la complexité de la forme sous-jacente.

Dès l’instant où elle est montée sur scène, il était clair que le public allait vivre quelque chose de spécial. Son jeu de saxophone ténor était à la fois assuré et immensément expressif, affichant une maturité et une profondeur qui démentaient son âge. Le concert s’est ouvert avec le numéro ésotérique « The Solitary Seeker », mais le groupe a parcouru ses harmonies énigmatiques avec grâce, invitant le public dans le monde musical introspectif et richement texturé d’Aldana. Il y avait une certaine spiritualité dans le jeu de la saxophoniste chilienne, et il n’était pas nécessaire d’être musicien pour l’apprécier. La foule a répondu avec enthousiasme à la musique d’Aldana, ajoutant à l’énergie du groupe, qui comprenait le pianiste Glenn Zaleski, le batteur Kush Abadey et le bassiste Pablo Menares.

Leur interaction était au rendez-vous, chaque musicien contribuant à un son collectif cohérent et dynamique. Zaleski était en pleine forme, élevant les compositions avec ses solos. Melissa Aldana est plus qu’un simple saxophoniste ; elle est aussi cheffe d’orchestre et compositrice. Son talent pour créer des airs favorisant une conversation à quatre, où chaque voix est entendue et valorisée, était louable et était un plaisir à voir.

photo: page YouTube de Serendignity

jazz / salsa

PAN M 360 au FIJM 2024 | Audrey Ochoa Quartet, du groove convaincant

par Vitta Morales

Le quartette d’Audrey Ochoa a donné une prestation très convaincante hier soir sur la scène du Pub Molson. Parmi les points forts du spectacle, on retrouve plusieurs extraits de son dernier album The Head of a Mouse qui a fort bien reçu ici à PAN M 360. La formation en quartette a notamment permis d’obtenir des versions plus épurées, mais tout de même efficaces, de ces chansons. De plus, Ochoa a montré son talent de chanteuse en interprétant « I want you back » des Jackson 5. Cependant, quelques éléments ont empêché à ce bon spectacle d’être un excellent spectacle. 

Lorsqu’elle plaisante avec la foule, Ochoa semble plutôt maladroite. Sa voix trahit également une certaine nervosité qui affecte l’ambiance de son spectacle. (A-t-on oublié de lui dire que le Festival international de Jazz de Montréal était l’un des endroits les plus joyeux au monde ?)

Cette nervosité, heureusement, semble complètement oubliée dès qu’Ochoa commence à parler à travers son instrument. Lorsqu’elle joue en solo, on voit qu’elle a une confiance en elle qui est viscérale ; il serait bon qu’elle maintienne cette confiance.

Un autre point faible à mes yeux était l’utilisation de partitions sur scène par certains musiciens. Je n’ai pas eu l’impression qu’ils étaient absolument dépendants de leurs partitions, mais le fait qu’elles soient visibles, tout comme les lutrins, a créé une barrière entre le public et l’interprète. J’ai eu l’impression d’assister à une répétition de haut niveau de compositions intéressantes et qu’il manquait une touche finale de showmanship.

Enfin, à mes oreilles, le bassiste et le pianiste n’ont pas réussi à interpréter les moments les plus influencés par la salsa de la musique d’Ochoa. Il faut un certain temps pour apprendre les grooves de salsa avec les bonnes inflexions, et leurs interprétations se sont transformées en approximations au pire des moments. Seul le batteur, en plus d’Ochoa elle-même, semblait avoir une maîtrise décente des rythmes latins, les approximations au niveau de la percussion étant tout à fait convenables et groovy.

Quoi qu’il en soit, je crois qu’Ochoa a beaucoup de talent et qu’il ne lui faudrait pas grand-chose pour transformer ses concerts en véritables événements. Je suis heureux que la prolifique tromboniste d’Edmonton ait pu se rendre au festival de cette année, car ce fut un plaisir de découvrir sa musique éclectique et de voir ses capacités sur scène. Espérons qu’elle trouvera un peu plus d’arrogance à la hauteur de ses prouesses musicales.

photo: page Instagram de l’artiste @audreyochotron

PAN M 360 au FIJM 2024 I Kurt Vile se mettrait au post hardcore ?

par Stephan Boissonneault

La notoriété de Kurt Viles n’est plus tout à fait ce qu’elle était il y a 10 ans lorsqu’il a sorti Wakin On A Pretty Daze, presque le summum du rock psychédélique slacker des années 2010. Depuis, il a sorti plusieurs projets, dont un album en duo avec Courtney Barnett, Lotta Sea Lice, qui est un bon album mais qui ne tient pas la route.

En fait, plusieurs de ses albums depuis 2015, b’lieve I’m going down…, n’ont pas une grande capacité de rétention. Les riffs sont très KV et bien qu’accrocheurs, l’homme ne sait pas comment terminer une chanson après 5 minutes. Ses paroles ne sont pas non plus à la hauteur, toujours en train de riffer sur les mots classiques « man, down and tiiiimme », comme un Tom Petty défoncé.

Je ne m’attendais donc pas à être époustouflé par Kurt lors de son concert au FIJM, joué dans une salle remplie à 75 %. Et… bien que ce ne soit pas le cas, il m’a surpris.

Il y a eu des moments dans le set où il a carrément crié les paroles, apportant une vibe plus punk rock/post-hardcore à des chansons comme « Pretty Pimpin », et quelques unes des plus récentes de l’album Back To Moon Beach et (watch my moves).

J’ai été complètement pris au dépourvu, mais j’en voulais davantage. Kurt est un magicien de la guitare, c’est indéniable (c’est pourquoi certaines de ses chansons atteignent les 9 minutes et qu’il a 12 guitares), mais sa voix a toujours été un peu en retrait, trop pour moi. Mais quand il criait, j’écoutais !

Aujourd’hui, en tout cas, je pense que je suis plus fan de Kurt Vile en concert que de ses récents albums.

Mais je me demande si Kurt Vile sait exactement ce qu’il fait. Se lasse-t-il d’utiliser le même style d’écriture depuis presque 20 ans avec les mêmes vieux « riffs recyclés » qui « ne n’iront nulle part de sitôt » ? Ce sont ses mots, pas les miens. A-t-il besoin d’évoluer ou peut-il continuer à le faire pendant encore 20 ans ?

Tant qu’il a un groupe qui accepte qu’il joue en solo pendant six minutes, rien ne peut l’arrêter.

PAN M 360 au FIJM 2024 I Freddie Gibbs déteste la police

par Stephan Boissonneault

Si ce titre vous a incité à cliquer sur cette petite critique du spectacle de Freddie Gibbs x El Michels Affair Jazz Fest, alors mon travail est fait. Freddie Gibbs déteste effectivement la police, comme beaucoup de rappeurs qui ont eu des démêlés avec la justice (de la vie de rue dont il est si éloigné aujourd’hui), mais il devait le faire savoir après chaque chanson, alors qu’il était de plus en plus défoncé tout au long de son set par les blunts qu’il fumait en permanence. « Lemme hear you say Fuck Poliiicee », a-t-il scandé à la foule de 30 000 personnes.

Cette performance était une réimagination en direct de son travail avec The El Michels Affair, un groupe d’instruments néo-soul qui a travaillé avec le Wu-Tang Clan et, plus récemment, Black Thought. Mais Freddie a ressorti des morceaux plus anciens de son Pinata jours avec Madlib et quelques morceaux de choix de Alfredo, son album phare avec The Alchemist.

En fait, il a arrêté le morceau « 1985 » à plusieurs reprises ainsi que « Thuggin' » pour obtenir les bonnes mesures. À quelques reprises, on avait l’impression qu’il ne faisait que grogner et qu’il oubliait les paroles, mais cela faisait partie du charme de Freddie – un rappeur monumental qui devenait un peu trop cuit sur scène et qui oubliait les paroles de ses chansons. Quoi qu’il en soit, c’était un spectacle agréable à regarder et un spectacle d’enfer.

afro-house

DJ Karaba aux platines : ambiance assurée !

par Sandra Gasana

Ça y est, j’ai eu ma première expérience au Piknic Électronik. Depuis le temps que j’en entends parler, je suis ravie d’avoir enfin pu élucider ce mystère et d’avoir pu assister au set de la grande DJ Karaba, celle qui est devenue incontournable sur la scène montréalaise et internationale. Elle arrive vêtue d’un top noir et de jeans, lunettes fumées et foulard couvrant une partie de ses tresses.

D’emblée, elle nous balance une version remixée de Water de la sensation Sud-Africaine Tyla, pour nous en mettre plein la vue dès les premières minutes. Elle semble connaître les paroles de toutes les chansons qu’elle revisite, en dansant et en interagissant avec son public, le sourire aux lèvres tout le long. Elle enchaîne justement avec des sons d’Amapiano, alors que ce style musical vient de souffler sa 10ème bougie. Avec ses transitions subtiles entre les morceaux, on ne sait pas toujours quand elle passe de l’un à l’autre. Avec des refrains accrocheurs, elle varie l’intensité au sein même du morceau afin de lui donner du relief, et le tout en vivant sa musique à fond. Elle fait plusieurs pas de danse durant tout son set, même parfois des pas de samba, ce qui rappelle son passé de danseuse pour des stars américaines. Elle mélange des vieux sons tels que Thriller, de Michael Jackson ou encore Gypsy Woman (She’s Homeless) de Crystal Waters, avec de plus récents comme Please don’t stop de music de Rihanna. Cela se fait toujours très graduellement : on détecte une mélodie qui nous rappelle le classique en question, et tout doucement la chanson se dévoile à nous avec la signature de la DJ Karaba. Là, elle fait danser la foule dès qu’elle ajoute la fameuse grosse basse qui nous force à bouger.

« La dernière fois que j’étais ici, c’était lors de la COVID. On était tous séparés mais ça fait plaisir de vous voir tous ensemble aujourd’hui », ajoute-t-elle entre deux morceaux.

Un retour dans le temps s’est fait lorsqu’elle remixe un vieux classique des années 80, Yeke Yeke de Mory Kanté. En fait, elle redonne une nouvelle vie à ce morceau sans toutefois le dénaturer. Durant certains morceaux, elle faisait de longues pauses, faisant croire que la chanson était terminée, pour reprendre de plus belle, en doublant d’intensité. Ces suspenses étaient appréciés du public, qui s’éclataient au fur et à mesure que la soirée avançait. Autre moment plaisant : les chansons en portugais qu’elle intégrait à son répertoire, venant du Brésil mais aussi d’autres pays lusophones, avec la touche Kuduro qu’elle a réussi à mettre en valeur. La nuit tombe, nous arrivons à la fin du spectacle. Elle remet ses lunettes, elle s’est débarrassée du foulard et on a l’impression d’être dans une discothèque à ciel ouvert, avec les lumières qui scintillent autour d’elle. L’ambiance est à son paroxysme et elle en profite pour remixer un morceau de Nelly Furtado, Say It Right, que la foule connaissait par cœur. Le seul hic, le micro qu’elle utilisait pour interagir avec le public par moment ne fonctionnait pas très bien. Elle termine en beauté avec sa propre version de Baianà, de Barbatuques, qui se prêtait bien pour l’occasion.

Avant son set, DJ Karaba a partagé la scène de la Banque nationale avec Mr Touré et le DJ, musicien et producteur Poirier, qui ont chacun offert un set de deux heures. Alors que le premier mélangeait plusieurs rythmes africains sur des instrumentaux dansants, le deuxième nous a fait faire un tour du monde musical. Nous sommes allés en Colombie, avec Agua Oro, une collaboration avec Ramon Chicharron, au Brésil avec Café com leche de Flavia Coelho ou encore en Haïti avec Teke Fren de Waahli, du groupe mythique Nomadic Massive. Nous avons également été transportés au Nigéria de Burna Boy, en Jamaïque avec du bon dancehall comme on les aime, en passant par la Côte d’Ivoire, avec le hit Coup de marteau. Tout le monde en avait pour son goût.

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ambient / électronique / expérimental / contemporain / Neo-soul / new age

PAN M 360 au FIJM 2024 | André 3000 aux frontières de la fumisterie

par Alain Brunet

Andre Benjamin, dit 3000, a déjà fait preuve de grande vision côté hip-hop. Avec  Antwan « Big Boi » Patton, il a été prodigieux en intégrant des éléments de jazz et d’électronique à son rap, son G funk ou sa néo soul. La réunion du fameux groupe Outkast, fierté d’Atlanta comme l’est Janelle Monáe, fut grandiose à Osheaga en 2014. Marqués par ce concert et cette réputation béton d’Outkast, on a écouté New Blue Sun à la fin de 2023.

On fut au départ dubitatif sur ce choix de flûtes électroniques comme instrument soliste d’un art au croisement de l’électroacoustique et du new-age. On s’est finalement laissé charmer par ces environnements planants, propices à la relaxation, à la méditation ou même à la porte d’entrée d’un sommeil réparateur.

Majoritairement très positives, les critiques ont certainement motivé les fans d’André 3000 à se procurer un billet à la version concert de cet album. La superstar s’est présentée sur scène avec 4 musiciens inconnus, dont deux rencontrés dans une épicerie il n’y a pas très longtemps : claviers, percussions, guitare, électronique.

C’est une improvisation libre entre musiciens de notre temps. De vagues harmonies soul et jazz s’immiscent çà et là dans une marmite qui mijote à feu doux. Les textures émanant de la lutherie numérique sont connues. Les effets de pédale de la guitare sont connus. Le vocabulaire des percussions est connu. L’amalgame de tout ça est connu… par très peu de mélomanes sur place, qui ne se pointe qu’en infime minorité aux programmes exploratoires des festivals MUTEK et Akousma. Heureusement, des images inspirées et des lignes de laser ont ajouté à cette « expérience », pour employer un terme poli.

Ces improvisations collectives sont relativement intéressantes et malheureusement amoindries par le jeu de leur principal concepteur. André 3000 nous apprend qu’il s’est mis aux flûtes électroniques de la même manière qu’au rap dans les années 90 et 2000. Le problème, c’est que cet autodidacte n’a acquis qu’une compétence texturale de ces instruments mélodiques dont les sonorités rappellent le pipeau joué à l’école élémentaire, la cornemuse ou le gazou. Le problème, c’est qu’André 3000 n’a aucune maîtrise de l’articulation mélodique, ses petites phrases de débutant ont tôt fait de devenir un irritant sérieux dans l’improvisation collective, plutôt qu’un discours transcendant.

À la fin de cette impro trop longue et trop peu substantielle, on a fait monter le niveau d’intensité, les 5 musiciens furent plus violents, plus intenses, et André 3000 toujours aussi limité avec cet instrument qu’il devrait apprendre à jouer avec de se produire devant public. Concert paresseux et inutile en somme, inférieur à l’opus New Blue Sun… et qui frise la fumisterie.

crédit photos : @victordiazlamich pour le FIJM

funk / groove / jazz groove / soul/R&B

PAN M 360 au FIJM 2024 | Adi Oasis, en feu !

par Alain Brunet

De Paris, Adi Oasis (Adeline de son vrai prénom) est partie à la conquête du Nouveau Monde. Établie à New York, elle a tout en son pouvoir pour devenir une créature prisée par les adeptes de soul-R&B-funk-jazz. Et voilà, elle a tourné dans le monde entier, partageant la scène avec Anderson .Paak, Lee Fields, Chromeo, et plus encore.

Adi Oasis s’entoure de musiciens d’enfer, guitare, batterie, claviers, elle-même assure à la basse. La qualité d’exécution des solos, la maîtrise du groove, les choix harmoniques, tout est là dans ce contexte. Sa voix de soprano emprunte régulièrement les sentiers alpestres et projette toute sa puissance au moment opportun. Feu roulant, la pédale au fond jusqu’à la fin, avec en prime une superbe reprise de Gypsy Woman (She’s Loneless) de Christal Waters.

Cette musicienne franco-caribéenne est carrément bénie des dieux, excellente musicienne, excellente chanteuse, altière sur scène, belle et sexy. Alors pourquoi n’est-elle pas d’ores et déjà une superstar? Peut-être parce que sa proposition musicale est fondée sur des exécutions de haute virtuosité, sur des grooves de très haute tenue, une approche qui plaît davantage aux mélomanes qu’aux fans de pop culture. Peut-être est-ce aussi une question d’entourage… Qu’en savons-nous?

Tout ce qu’on sait, c’est que cette femme a un talent fou et qu’on lui souhaite de gravir les plus hauts échelons.

PAN M 360 au FIJM 2024 | Ekep Nkwelle, une étoile pas encore née mais…

par Alain Brunet

Pour faire monter la sauce d’une recette qui a pris un coup de vieux ces dernières décennies, le jazz international peine à trouver de nouvelles figures du jazz vocal au féminin et ainsi étoffer la cohorte déjà constituée des Dianne Reeves, Dee Dee Bridgewater, Cécile McLorin Salvant et autre Samara Joy. Voici un autre premier choix au repêchage : Ekep Nkwelle.

Vers 20h samedi, le petit amphithéâtre extérieur de l’Esplanade Tranquille, nommé Pub Molson pendant la durée du FIJM, était l’un des rares lieux protégés de la pluie insistante qui s’est calmée plus tard, fort heureusement pour notre Dominique Fils-Aimée qui a pu donner une performance impériale sur la Scène TD.

À plus petite échelle, cette jeune femme de 25 ans, née à Washington DC de parents Camerounais, a mis sur le cul les centaines de personnes présentes à cette authentique découverte. L’illustre inconnue a très peu enregistré, nous étions tous là au hasard de la découverte

Ça commence avec un jazz très enclin au gospel et à la soul jazz. Et puis ça plonge direct dans le monde de la grande Abbey Lincoln, et l’on se dit une fois de plus que cette vibe afro-américaine est absolument inimitable. Comme c’est le cas d’Ekep Nkwelle, il faut être imprégné de la vie noire états-unienne pour l’exprimer ainsi à travers le jazz.  Excellent quartette de jazz moderne, chanteuse hantée par les esprit de ses aïeules.

Ekep Kwelle passe ensuite à des reprises de Betty Carter arrangées par le Brésilien Djavan, l’esprit de Betty y est chaudement interpellé.

La chanteuse passe ensuite à l’évocation fervente de Nina Simone et sa si puissante blackness.

Et c’est la relecture de Solitude d’ Ellington, et c’est Moanin’ de Bobby Timmons, et ainsi de suite jusqu’à la fin de cette heure, somme toute palpitante.

En choisissant ce répertoire somme toute assez prévisible du jazz moderne et du jazz vocal au féminin, Ekep Nkwelle aurait pu nous nous laisser de glace, nous endormir ou nous diriger vers d’autres scènes. Ce ne fut pas le cas! Avec de l’archi-connu, cette jeune chanteuse accomplit des miracles d’expressivité, de puissance, d’exubérance, d’aisance, de sensibilité, de passion, de tripes sur la table.

Dans sa robe blanche, elle aura mis tout le monde présent. Sans exception. Nous étions trop peu pour dégainer le cliché « une étoile est née » mais… nous ne sommes pas loin de le faire.

PAN M 360 au FIJM | Madison et Alicia, soul pop aux antipodes

par Alain Brunet

Madison Ryann Ward dispose d’une très belle voix et peut compter sur les meilleurs atouts consentis par Dame nature – et peut-être un chouia de chirurgie esthétique. Madison fait des hits, elle n’est certes pas pour rien sur la plus grande scène extérieure du FIJM… malgré la pluie insistante d’un samedi 29 juin.

Madison chante lisse, sa voix de mezzo souscrit à tous les standards vocaux de  la soul pop au féminin. Un bandana de luxe recouvre ses cheveux d’or, un  tatouage minimaliste apparaît sur l’avant-bras, notre gitane de luxe porte des vêtements très chic. 

Madison peut compter sur un groupe black de haute tenue qui lui sert une soul soyeuse et élégante, quiet storm, un soupçon de jazz dans les harmonies. Jusque là, tout est parfait, n’est-ce pas ? Derrière cette apparente perfection, il y a un certain retrait d’elle-même devant la vulnérabilité et les viscères essentielles à l’expression vocale. Madison donne l’impression de rester en suspension dans son propre halo. Heureusement, elle arrive à briser un peu cette impression lorsqu’elle se met au rap… et nous allons faire nos emplettes ailleurs.

Alicia Creti n’a pas du tout cette dégaine. Montréalaise expatriée à Los Angeles, elle est la girl-next-door ayant une carrière sûre et une relation toxique pour migrer vers la Californie, y  devenir chanteuse professionnelle et y guérir ses maux. Vous comprendrez que la charge affective n’est pas la même. Moins esthétique,  moins sexy, beaucoup plus viscérale. 

Alicia Creti est une contralto de puissance dont le timbre électrocute et déchire. Elle a sorti récemment Selfless, un album qui résume et exprime bien son état et sa condition. Ce n’est pas encore un vrai succès, ce qui justifie une prestation sur petite scène du FIJM, mais c’est bel et bien de la pop, c’est de la soul pop, rien de sorcier, des formes prévisibles, un band compétent comme il se doit, un tantinet mal dégrossi sur scène mais… tellement crédible, tellement vrai.

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