indie pop / soul-pop

PAN M 360 au FIJM | Charlotte Day Wilson au tableau principal

par Alain Brunet

Charlotte Day Wilson est désormais une artiste chérie des fans montréalais de l’indie pop. Sa voix est singulière, magnifiquement grave et singulièrement texturée. Mercredi soir, son succès de plus en plus considérable l’a menée à la plus grande scène extérieure du FIJM où elle occupait le tableau principal.

Son escale montréalaise était marquée par l’exécution de plusieurs chansons tirées de son nouvel album, Cyan Blue dont elle a interprété les titres New Day, My Way (aucun rapport avec Claude François et Frank Sinatra), Dove Tail, Forever, Do You Still, Forever, Canopy, Money (aucun rapport avec Pink Floyd), Cyan Blue et Walk With Me. Pour le reste de cette heure et demie, elle a repris des titres plus anciens dont Mountains, In Your Eyes (aucun rapport avec Peter Gabriel), IDLY, Take Care of You, Work (aucun rapport avec Rihanna, Falling Apart ou Lovestick Utopia.

Chanteuse, autrice introspective et compositrice encline à la soul pop indie, la Torontoise frappe dans le mille en ce qui a trait à ses capacités à se démarquer des autres chanteuses du genre qui pullulent sur le web. D’abord pour la singularité de sa voix, mais aussi pour son raffinement dans l’ensemble de son oeuvre. Les pistes de claviers et de violoncelle, gracieuseté de la Montréalaise et « hometown hero » Ouri (aussi une artiste électronique des plus prolifiques comme on le sait), ajoutent à ce raffinement, et une solide section rythmique scelle le tout. Les arrangements choraux, qui plus est, ne sont pas piqués des vers.

S’accompagnant parfois à la guitare ou au clavier, Charlotte Day Wilson n’est pas exactement une bête de scène, mais elle a des ressources. Elle occupe son espace avec une aura assez puissante pour capter l’attention dès les premières notes de sa prestation, la pluie torrentielle qui viendra ne viendra pas à bout de la patience de ses fans massés à la Place des Festivals. Avec Charlotte, ils auront consenti à prendre un « bain mutuel » pour reprendre l’expression de leur hôtesse, on ne peut plus reconnaissante dans les circonstances.

jazz

PAN M 360 au FIJM 2024 | Dominique Poirier, à suivre de près

par Vitta Morales

On peut dire que Dominique Poirier, 29 ans, a connu une année impressionnante. L’accordéoniste de jazz d’Oka a remporté la bourse Oscar Peterson 2024 qui, en plus d’un prix en argent, lui a permis de participer à au FIJM cette année. On peut comprendre que cette occasion rende nerveux n’importe quel artiste émergent. Il faut savoir que Poirier a appris à jouer de l’accordéon en autodidacte il y a seulement quatre ans. Personnellement, j’aurais eu la nausée ou envie de consacrer mon temps à quelque chose d’autre.

Heureusement pour nous, Poirier n’a choisi aucune de ces options et a plutôt impressionné en dirigeant un quatuor dans un spectacle d’une heure composé de standards bien arrangés de Billy Strayhorn et de Charles Mingus, ainsi que de compositions intéressantes de lui-même. Le guitariste Ben Gilbert, le bassiste Oscar Robertson et le batteur Shayne Assouline se sont joints à lui sur la scène du Rio Tinto.

La première chose qui m’a frappé, c’est la sonorité unique que le quatuor a obtenue en doublant l’accordéon et la guitare. Poirier et Gilbert ont joué plus d’une fois des mélodies brûlantes note pour note, et d’autres fois à l’octave. Cela a donné une texture épaisse avec un peu d’éclat. Poirier a eu besoin d’environ la moitié d’une chanson pour régler ses doigts, mais une fois qu’il a retrouvé sa dextérité, le reste des mélodies a été joué tout en douceur. En outre, ses solos contenaient un vocabulaire impressionnant et sa composition s’harmonisait bien avec la guitare. Il a manifestement beaucoup pratiqué en quatre ans.

Le reste du groupe était tout aussi impressionnant. Les (touches) noires de Robertson lorsqu’il marche n’auraient pas pu être mieux jouées, même avec un métronome. Son intonation était également solide comme le roc. Les quelques fois où il a eu droit à un solo, les mélodies étaient certainement de bonne qualité, mais la force de ses notions fondamentales était bien plus impressionnante. Un aspect que trop de bassistes négligent malheureusement. L’autre moitié des tâches rythmiques était bien sûr assurée par Shayne Assouline. Il faut dire qu’Assouline a un bon sens du swing et qu’il s’est bien débrouillé tout au long du spectacle, mais il excelle vraiment lorsqu’il joue de façon plus moderne (ce qui n’est pas surprenant quand on sait qu’il a participé à des centaines de jams au Turbo Haus). Malheureusement, seule une chanson à la fin du spectacle a permis à Assouline de montrer ses talents en matière de hip-hop. Il s’agit là d’un petit reproche par rapport à l’ensemble du spectacle.

L’utilisation de partitions sur scène constitue un problème plus important selon moi. Bien qu’elles soient utiles pour rappeler à un musicien la forme d’un morceau ou un passage particulièrement délicat, leur utilisation excessive peut entraîner une rupture entre le public et l’interprète. Le soliste le plus fort du groupe, Ben Gilbert, a présenté des lignes de qualité supérieure qui ont été quelque peu diminuées par le fait que son regard était fermement fixé sur ses feuilles de musique. Poirier a même regardé plusieurs fois dans la direction de Gilbert, sentant clairement la force de ses solos, mais le nez de Gilbert était pratiquement collé à son iPad.

La soirée s’est avérée fructueuse pour Poirier, quoi qu’il en soit, et je suis sûr que cette formation réglera les détails les plus fins si elle continue à jouer ensemble. Poirier s’est révélé être un arrangeur et un compositeur talentueux, en plus d’être un musicien compétent, usant d’un instrument très spécialisé. Je me demande ce dont il sera capable dans quatre ans ! Je suivrai cela de près.

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fado

PAN M 360 au FIJM 2024 | Ana Moura, reine du fado

par Michel Labrecque

Sculpturale, entièrement vêtue de rouge, Ana Moura s’est présentée comme la reine du fado portugais qu’elle est, sous les acclamations de la salle, en grande partie lusophone. 

Qu’on aime ou pas le fado, cette musique traditionnelle portugaise qui est l’équivalent du blues, la dame de 44 ans a une voix puissante, profonde, hors normes, qui laisse émaner des sentiments profonds, souvent de la tristesse, qui est le propre du genre.

Avec son trio de musiciens (batterie, basse, guitare portugaise), elle s’est d’abord lancée dans le fado plus traditionnel, avant de nous faire lentement basculer dans son nouvel univers musical, plus teinté de sons africains et électroniques, avec des tonalités et des rythmes qui rendent la musique plus intéressante.

Après trois chansons, Ana Moura nous a adressé la parole, très longuement, en anglais, langue de compromis, puisqu’elle nous a expliqué en français qu’elle ne parle pas bien français. Il y a des gens qui détestent quand un-e artiste parle trop, parce que ça casse le rythme. Mais Ana voulait vraiment nous faire entrer dans son univers et nous le faire comprendre. 

Elle nous a raconté la genèse de son dernier disque Casa Guilhermina, la maison qui porte le prénom de sa grand-mère, qui est d’origine angolaise, tout comme sa mère. Enfant, elle écoutait sans cesse de la Semba angolaise (pas la Samba brésilienne). Elle nous a raconté que cet album est imprégné de ces rythmes et d’autres musiques régionales du Portugal, très importants pour elle. 

Elle a également dédié une chanson qu’elle a écrite pour Prince, oui celui de Minneapolis, qui lui avait déjà affirmé qu’il voulait produire sa musique.

Durant toute la performance, les trois musiciens étaient accompagnés par des synthés, de l’accordéon, du violon et des voix de soutien enregistrées. C’est comme si nous avions eu droit à la version petit budget du spectacle.

Malgré quelques réserves, il est difficile de douter de l’authenticité de la chanteuse portugaise, qui cherche, avec d’autres compatriotes, à diversifier la musique lusophone actuelle. Et à la partager sur la planète.

Mes deux voisines de siège portugaises avaient des yeux lumineux et bougeaient sans arrêt. À la fin du concert, les acclamations fusaient.

Tout était dit.

crédit photo: @rousseaufoto pour le FIJM

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PAN M 360 au FIJM 2024 I Killer Mike déballe son gospel

par Stephan Boissonneault

Killer Mike, désormais surnommé Michael lorsqu’il se produit seul en concert, est au sommet de son art. La star du rap d’Atlanta, trois fois récompensée aux Grammy Awards, l’a fait savoir mercredi soir en montant sur scène, avec derrière lui un choeur de cinq musiciens appelée The Mighty Midnight Revival et un DJ.

« Vous pensiez qu’il s’agirait d’un spectacle de rap lourd, mais nous avons amené une église entièrement noire ici », a ajouté Michael. « On va avoir des lignes super cool avec des garçons cool, mais ça va devenir spirituel ici ».

La combinaison des vers poétiques et super rapides du rap sudiste de Killer Mike et des rythmes épais et enrobés de lourdes basses, soutenus par un chœur de chanteurs à la tessiture incroyable, était un pur bonheur. Cela ressemblait à un nouveau type de hip-hop, qui ne se limitait pas à de sales rythmes trap, mais qui offrait plutôt des possibilités extraordinaires à l’expression d’ensemble. Killer Mike a même ajouté quelques chansons de (son groupe) Run The Jewels soutenues par la chorale, mais la plus grande partie du set était tirée de l’album MICHAEL , acclamé par la critique. Killer Mike est un artiste né, donnant un contexte à de nombreuses chansons et se montrant réaliste avec la foule lors d’un morceau comme Reagan.

Il y a eu deux grands concerts de rap au FIJM cette année et bien que Freddie Gibbs et The El Michels aient été amusants, c’est Killer Mike qui remporte la palme. Killer Mike a prouvé à maintes reprises qu’il peut s’adapter, capable de faire des mesures de rap incommensurables (même avec son ancien matériel comme le fantastique album R.A.P. Music de 2012) qui le positionnent parmi les plus grands, mais aussi co-MC et produire Run The Jewels avec son partenaire créatif EL-P. Mais ce projet live de MICHAEL est vraiment une merveille à voir et entendre sur scène, et je suis désolé si vous l’ayez manqué.

crédit photo : @frederiquema pour le FIJM

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Neo-soul / soul/R&B

PAN M 360 au FIJM 2024 | Thee Sacred Souls ont conquis de nouvelles âmes

par Guillaume Laberge

L’amour était dans l’air en cette douce soirée du mardi 2 juillet grâce à l’ensemble californien Thee Sacred Souls qui était la tête d’affiche de la scène TD du FIJMl. Plusieurs milliers de Montréalais de tous  âges se sont déplacés en plein centre-ville pour admirer le brio musical de ce groupe en pleine ascension.

Thee Sacred Souls est un nom qui prend de plus en plus de place sur la scène néo-soul / R&B Depuis la sortie de leur première chanson en mars 2020, le groupe compte maintenant plusieurs succès à son actif. La formule est simple : s’inspirer du son des grands noms du R&B/soul de l’époque, tels que Marvin Gaye, Al Green, The O’Jays et compagnie, et y ajouter une touche moderne tout en respectant l’authenticité de la musique d’autrefois. Cette formule géniale offre un type de R&B/soul très nostalgique et romantique, mais aussi très rafraîchissant.

Le groupe entama le spectacle en force avec certaines de ses chansons les plus populaires telles que Love Is The Way, Will I See You Again et Easier Said Than Done. Les performances inspirées du chanteur Josh Lane, accompagné par ses choristes et musiciens tous aussi talentueux, ont captivé la foule dès la première note.

Tout au long du spectacle, l’ambiance était chaleureuse et l’auditoire très réceptif à ce que Thee Sacred Souls proposait musicalement. Il était également très agréable de constater que la plupart des gens connaissaient les chansons, ce qui est plutôt rare lors d’un concert gratuit. Cela a grandement ajouté à l’expérience.

Thee Sacred Souls se prépare également à la sortie de son deuxième album Got a Story to Tell qui verra le jour le 4 octobre prochain. Entre-temps, le groupe a joué certaines chansons qui se retrouveront sur l’album, telles que son plus récent single « Lucid Girl » ainsi que d’autres chansons inédites, toutes très bonnes.

Après une ronde de reprises et d’autres morceaux de sa discographie, le groupe a conclu le spectacle avec la fameuse Can I Call You Rose? qui a ravi les spectateurs et a conclu la performance de belle façon.

Thee Sacred Souls a offert un spectacle de grande qualité, rempli d’amour, et a assurément conquis plusieurs nouveaux fans… de nouvelles âmes.

crédit photo:@productionsnovak

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électronique / expérimental / contemporain / jazz / punk

PAN M 360 au FIJM 2024 | Georgia Anne Muldrow, créature de l’au-delà

par Alain Brunet

Ça fait depuis 2010 qu’on vante les qualités de Georgia Anne Muldrow, poétesse, chanteuse, compositrice, beatmaker. Elle était là gratos au Studio TD, 14 ans plus tard. On y était, pensez donc.

On case officiellement cette iconoclaste dans les cases R&B, neo-soul et hip hop. La liste de cases ne s’arrête pas là: expérimental, électroacoustique, punk, jazz contemporain, gospel, post J Dilla et plus encore.

Elle se produit seule avec son gear, un Moog analogique assorti de différents bidules dont un Ableton et autres procédés qui peuvent déclencher une collection étoffée d’échantillons sonores. Authentique performer, elle chante avec puissance et sauvagerie, mais aussi avec justesse. On capote sur cette propension à l’hirsute, à l’extravagant, à l’humour absurde, à un vaudeville hardcore, assez malade merci. Mais aussi à la recherche et à la pensée complexe, à la vision conceptuelle.

L’heure passée avec elle est un méchant bric-à-brac sonore, extravagant, iconoclaste, mais ce chaos est plus organisé qu’il n’y paraît. C’est touffu, mais chaque touffe de cette folle improvisation d’une heure porte une vraie recherche, une cohérence, une cohésion.

« Je sais, je suis étrange mais… » laisse-t-elle tomber avec un large sourire. D’une étrange bonne humeur avec ses postures clownesques et ses fringues afrofuturistes à ne porter que sur scène, Georgia Anne Muldrow est néanmoins capable de communiquer avec un auditoire dont la partie congrue n’en avait jamais entendu parler. Perplexes devant cette créature de l’au-delà, une partie de cette partie congrue a quitté. Celles et ceux qui sont restés, cependant, ont vraiment trippé.

crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin pour le FIJM

électronique / expérimental / contemporain / jazz

PAN M 360 au FIJM 2024 | Chiquita Magic, de Montréal à toute la planète jazz

par Alain Brunet

Le dernier concert au programme du 1er juillet se passait sur la scène Studio TD de l’Esplanade de la PdA. Difficile de savoir si les badauds jazzophiles de fin de soirée savaient que Justin Brown fut le batteur régulier du bassiste vedette Thundercat et du brillant pianiste et compositeur Vijay Iyer. Difficile aussi de savoir si les gens présents savaient que Chiquita Magic, Isis Giraldo de son vrai nom, a étudié le jazz à l’École Schulich de l’Université McGill, qu’elle fut il y a quelques années l’une des pianistes et claviéristes les plus dynamiques de la scène locale. D’origine colombienne, elle a longtemps résidé à Montréal avant de lancer sa carrière internationale via Toronto et Los Angeles. Il y a deux ans, on la retrouvait aux claviers et au chant dans le très divertissant big band de Louis Cole. Se trouver dans une formation dont l’indice de coolitude est trrrrès élevé, était une illustration plus que probante de sa réussite en Californie.

Elle était de retour au Québec en ce 1er juillet, cette fois dans un projet électronique avec batterie, conçu aux côtés d’un batteur qui figure à mon sens dans le top 20 planétaire. Chants et déclamations des deux protagonistes, harmonies consonantes et surtout une pléthore de propositions timbrales et texturales en interaction avec la batterie. Tous les niveaux d’intensité auront été fréquentés, du plus aérien au plus violent. La montée dramatique, carrément violente, des 10-15 dernières minutes de cette prestation gratuite aura fait réaliser à quiconque sur place la supravirtuosité de Justin Brown, magnifiée par l’inspiration et l’intelligence de Chiquita Magic. Est-il besoin d’ajouter que le tandem est parfois renforcé par le trompettiste Ambrose Akinmusire, qui n’est pas non plus un pied de céleri.

Un projet à suivre de près !

pop

PAN M 360 au FIJM 2024 | Norah Jones, femme de rêves

par Claude André

Déjà auréolée d’une certaine légende, la star internationale aux 20 millions d’albums vendus est venue déployer les multiples facettes de son univers « adulte contemporain » dans une salle Wilfrid-Pelletier remplie à craquer. Envoutement.

Dès l’entrée de la salle, le journaliste peu perméable jusque-là au phénomène Norah Jones remarque le kiosque à « merch » : 45 $ le gaminet (t-shirt)! Dans l’assistance, des têtes grises qui arborent ici une effigie de Bob Dylan, là un vieux t-shirt souvenir de Pat Metheny, tandis que plus loin, une dame portant des talons aiguilles, une jupe de cuir et des tatouages tribaux se prend en photo devant une affiche de l’artiste.

Au final, tout le monde y aura trouvé son compte. La progéniture de Ravi Shankar – oui, celui qui a appris le sitar à George Harrison –, et de Sue Jones – une fana de jazz, country et de soul –, se meut d’un style à l’autre dans une fluide cohérence.

Accompagnée de la guitariste Sasha Dobson et de la claviériste Sami Stevens, la star installée devant un piano blanc entame en ouverture « What Am I to You? », un classique tiré de l’album Feels Like Home (2004).

Ce qui frappe d’emblée, c’est bien sûr sa voix ronde et feutrée, mais aussi la richesse de ses harmonies vocales qui flirteront, à l’occasion, avec une spiritualité atmosphérique transcendante.

Les grands titres de la chanteuse défileront comme autant de perles dans un écrin : « This Life », « Sunrise » ou « Come Away With Me », dont la beauté de l’éclairage violet nous transportera hors du temps dans une boite de jazz crépusculaire.

Entourée également de l’excellent Brian Blade à la batterie (nomination au Grammy Award du meilleur album de jazz instrumental de 2021) et de l’inspiré Josh Lattanzi à la basse, Norah Jones, qui s’accompagne aussi au piano électrique, laisse la part belle à ses complices musicaux. Et, il faut le dire, bien qu’on puisse parfois avoir l’impression d’une certaine mièvrerie, notamment du point de vue textuel, et qu’elle demeure avare d’interventions, quelques mots en français ici et là, Norah Jones, cette première de classe, nous aura fait vivre des moments de grâce musicale et elle aura aussi prouvé qu’elle demeure une pianiste accomplie. Et une guitariste inspirée, notamment en interprétant « Say Goodbye ». Tout cela en dépit de la froideur légendaire de cette salle. D’ailleurs, la vitalité des applaudissements à la fin du spectacle tranchait littéralement avec la trop tiède discipline de l’ensemble.

Martha brise la glace

C’est une Martha Wainwright heureuse de terminer dans sa ville la tournée inhérente à son dernier album Love Will Be Reborn (2021), en compagnie de son amie Norah Jones, qu’elle connait depuis 25 ans, qui s’est présentée en première partie. « Nous habitions dans la même maison quand elle a fait son premier disque », souffla-t-elle au début de sa prestation qui dura 45 minutes. Bon choix que d’inviter en ouverture la gypsie chic au folk mâtiné de whisky.

Parmi les moments forts de cette participation brute et énergique, notons une reprise brelienne de « L’accordéoniste » de Piaf. Acclamation nourrie. Une reprise au piano de « Dinner at Eight », d’une chanson de son frère, qu’elle n’a plus besoin de nommer, « qu’elle aurait aimé avoir écrite » (signalons qu’elle sait utiliser le participe passé, contrairement à pléthore de ses collègues francophones…). Sans oublier « Falaise de Malaise », sa « seule chanson qu’elle a composée au piano et la seule écrite en français ».

Tour de chant nickel pour celle qui lève souvent la jambe gauche comme pour provoquer les mauvais esprits pendant sa prestation qui aurait pu plaire à une certaine Janis, dont on pouvait parfois percevoir l’influence.

Hélas, pas de rappel comme c’est souvent le cas en première partie.

En quittant les lieux, on se dit que si les Beatles étaient les bons garçons et les Stones les mauvais garnements, nous pouvons dire qu’à Wilfrid-Pelletier hier, c’est Martha qui était dans l’équipe des seconds et Norah dans celle des premiers.

crédit photo: Pierre Montminy

Électro / Hip Hop / hip-hop / latino

PAN M 360 au FIJM 2024 | Baby Volcano en pleine éruption

par Michel Labrecque



Le Guatemala est une terre volcanique. C’est peut-être pour cela que Lorena Stadelmann, une
Suissesse née d’une mère guatémaltèque et d’un père jurassien, a choisi ce nom d’artiste. Chose certaine, il y a quelque chose de brûlant, d’explosif, dans la performance de Baby Volcano, sur la scène Rio Tinto du FIJM, mardi soir le 2 juillet.

Nous ne sommes pas ici dans le jazz. Lorena Stadelmann est entourée de deux beatmakers et fait du hip-hop. Mais on entend aussi des influences latines, électro et, parfois, de la chanson ou des mélodies douces. C’est ce qui fait sa particularité. Baby Volcano a choisi aussi de chanter majoritairement en espagnol, en insérant parfois du français. Elle emprunte parfois l’accent argentin-prononçant les double l comme des j. C’est qu’elle a vécu trois ans à Buenos-Aires, de 2015 à 2018. Une ville oèu la culture occupe une place très importante. 

Baby Volcano est plus qu’une chanteuse ou autrice : c’est une performeuse, danseuse, qui se donne à fond sur scène. Elle est venue chanter au milieu de la foule, lors d’une chanson. Tempérament de feu, de lave ! 

Son premier EP s’intitule Sindrome Premenstrual, (2021). Chaque pièce est dédiée à un organe du corps. 

Le parcours de cette jeune femme s’inscrit dans une mouvance : la Chica, franco-vénézuélienne, Ëda Diaz, franco-colombienne, cette artiste suisso-guathémaltèque décide de privilégier l’espagnol. Comme Noé Lira, Maritza et Boogat chez nous.

Porque no? Pourquoi pas? Baby Volcano sera aussi au Festival d’été de Québec et au Festivoix de Trois-Rivières.

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électronique / hip-hop / jazz / R&B

PAN M 360 au FIJM 2024 | Theo Croker nourrit le corps et l’esprit

par Michel Labrecque

Le trompettiste Theo Croker fait partie de la nouvelle génération du jazz américain qui s’inspire à la fois des traditions et des plus récents codes musicaux comme le hip-hop, l’électro et le R&B.

Il est devenu rapidement évident que nous allions bouger : la batterie, mariée à des beats électro, ne nous laissait aucun choix. La trompette, assortie de multiples gadgets de réverbération et d’effets spéciaux nous donnait l’envie de « flyer », si vous me pardonnez l’anglicisme. 

Mais attention : cette musique groovée demeure du jazz. Le pianiste et claviériste improvise de façon déchaînée, le contrebassiste y va de rythmes savants, et le batteur, malgré la puissance de son son, est capable de versatilité. Pour sa part, Theo Croker, après un premier trente minutes surtout composé de motifs et de thèmes musicaux, s’est mis plus sérieusement au solo dans la seconde partie. Le jeune homme de 38 ans n’est pas dénué de talent, à l’instar de son grand-père, le légendaire Doc Cheatham. 

On entendait aussi beaucoup d’échantillonnages vocaux, puisque sur ses albums, on retrouve de multiples collaborations avec des chanteuses et chanteurs et des rappeuses et rappeurs, qui n’étaient pas présents sur scène. 

Bref, Theo Croker a nourri nos esprits et a stimulé notre corps. Un public de tous âges semblait content, mais il était particulièrement intéressant de voir de nombreux jeunes danser sur du jazz.

Pour ma part, j’ai découvert un musicien que je ne connaissais pas accompagné d’un trio de musiciens formidables, dont, malheureusement, je ne peux pas vous donner les noms. Plus intéressant que Robert Glasper, à mon humble avis. 

C’était un autre concert gratuit passionnant. Par contre, on touche ici à une limite : devoir arrêter la performance après soixante minutes alors que le party est levé, c’est frustrant.

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jazz moderne

PAN M 360 au FIJM 2024 | Où sommes-nous ? Joshua et Gabrielle nous l’indiquent

par Alain Brunet

Émis au saxophone ténor par Joshua Redman, le thème d’une chanson phare de Sufjan Stevens, tirée de son album Come On Feel the Illinoise, est reconnue. Gabrielle Cavassa, collègue et compagne de Joshua Redman, prononce les mots de Chicago et en trace la mélodie. Le saxophone revient à la charge et les accords de la chanson deviennent jazz et blues, Goin’ To Chicago de Count Basie est enchaînée en surimpression par la chanteuse avant que celle de Sufjan ne soit ramenée en conclusion. Ingénieux mashup.

Consacré à des villes et lieux du territoire états-unien et aux chansons qui y sont associées, ce programme pour quartette de jazz et chanteuses consiste à jazzifier des chansons populaires archi-connues. By The Time I Get To Phoenix (Jimmy Webb), Hotel California (Eagles) , Streets of Philadelphia (Bruce Springsteen), Stars Fell On Alabama (John Coltrane) et ainsi de suite.

Sous étiquette Blue Note, ce corpus a été enregistré en 2023, Where Are We, et c’est ce dont il était question en ce mardi soir au Théâtre Maisonneuve.

Ces adaptations témoignent du goût, du raffinement et de la circonspection du leader saxophoniste. Belles sont les modifications harmoniques des chansons dans les ponts sur lesquels s’expriment les solistes et accompagnateurs– Paul Cornish, piano, Philip Norris, contrebasse, Nazir Ebo, batterie.

C’est du jazz moderne dans l’approche, c’est du jazz contemporain dans les improvisations. La voix de Gabrielle est douce et feutrée d’apparence et sied bien à l’élégance et la sensualité de son être, mais peut aussi déclencher des thèmes supplémentaires à ceux des chansons, exécutés à l’unisson avec un saxo complice. Toujours en évolution, le jeu de Joshua Redman dévoile de nouvelles caractéristique dans ses techniques étendues, particulièrement dans les jeux d’air que produisent les touches de l’instrument ou encore dans l’exploration des suraiguës et autres recherches texturales.

Après avoir cessé d’être une forme de musique populaire, soit depuis environ 7 ou 8 décennies, le jazz moderne a longtemps consisté à reprendre des chansons populaires et en transformer les rythmes et les harmonies tout en en conservant les fondements mélodiques.

Inutile d’ajouter que cette approche est désormais classique et c’est exactement ce que Joshua Redman et Gabrielle Cavassa ont voulu faire de nouveau, au grand plaisir des mélomanes présents dans la salle.

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PAN M 360 au FIJM 2024 | Jason Moran, pianiste historien

par Alain Brunet

On apprécie Jason Moran depuis les années 90. Ce n’est pas fini ! Il était une recrue du mythique label Blue Note, alors devenu une des marques d’un puissant consortium multinational. Jason Moran, lui, n’est pas devenu la vedette d’une major de la musique. Il demeure aujourd’hui un musicien respecté, voire admiré des connaisseurs de la chose jazz, il fait son chemin sans compromis et gagne sa vie honorablement.

Depuis qu’on le connaît, il se produit principalement au Gesù lorsqu’il fait escale à Montréal… et le revoilà dans la même salle à guichets fermés, en ce lundi 1er juillet.

Jason Moran n’est peut-être pas le plus fluide des pianistes, son style rocailleuxet très ouvert s’inscrit néanmoins dans une longue lignée de pianistes afro américains, sa technique est même alimentée car elle évoque les générations antérieures de pianistes rocailleux en tout respect.

Les pianistes de jazz affichant une certaine rugosité étaient autrefois monnaie courante. On pense à James P Johnson, Fats Wallor ou Willy The Lion Smith dans les années 10-20, Duke Ellington, Billy Strayhorn ou Count Basie dans les années 20-30-40, Art Tatum, Teddy Wilson, Mary-Lou Willams dans les années 30-40-50 Thelonious Monk, Jaki Byard, Barry Harris, Andrew Hill, Mal Waldron ou Cedar Walton dans les années 50-60 et ainsi de suite. Le jeu pianistique du jazz moderne est devenu progressivement fluide et virtuose mais plusieurs pianistes en on conservé des éléments plus plus rudes, et c’est le cas de Jason Moran.

Toujours est-il qu’il a choisi de construire ce programme autour de Duke Ellington, pianiste visionnaire et compositeur immense. À l’époque où le jazz était une forme populaire, première sophistication d’une tradition orale, Ellington fut le premier très grand architecte de cette sophistication. C’était l’objet de ce programme suave et superbement construit.

Malgré certaines limites techniques qui sont peu apparentes vu son approche très contemporaine (et donc dissonante ou atonale à certains moments), notre hôte demeure un interprète et improvisateur des plus personnels; au fil du temps, il a su imaginer un style unqiue en fonction de sa connaissance profonde de l’histoire du piano jazz, des techniques étendues du vocabulaire contemporain, et de son propre talent de pianiste. Il sait exploiter le registre grave du clavier et produire de puissants effets de réverbération. Il sait être véloce de la main droite et ne s’en tient pas à un jeu parfaitement consonant. Néanmoins, il ramène invariablement les séquences plus expérimentales de son jeu dans les harmonies consonantes et les notes bleues que nous avons tous et toutes intégrées, consciemment ou non.

En somme, une leçon d’histoire et un moment de grande suavité.

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