Sam Shackleton est un maître. Chacun des sets observés lors de ses passages antérieurs à MUTEK fut une expérience mémorable, les plus récents le furent tout autant: d’abord aux côtés de Siddhartha Belmannu et Waclaw Zimpel dans un puissant trip indo-occidental, puis à la fin de Nocturne 5, dernier live set présenté à l’Espace SAT.
Présenté tard dans la nuit de dimanche à lundi, le producteur et compositeur anglais n’a pas sorti de sa besace ses concepts compositionnels destinés à l’écoute, il a néanmoins fasciné les plus irréductibles festivaliers avec une trame narrative bourrée de subtilités, surprises, changements de direction, référents stylistiques d’une grande variété qu’il malaxe avec et la circonspection des plus grands.
Dancefloor oblige, il a choisi la piste d’une IDM transmutée, transcendée. Il a commencé par un épisode de percussions diverses, ouest-africaines et afro-antillaises surtout, évocations directes de tambours, balafons, cloches, et autres timbales, le tout enveloppé d’un épais halo de sédiments synthétiques.
Ces enveloppes de sons ont progressivement pris le dessus sur les polyrythmes se simplifiant en cellules binaires propices à la danse. Les nuages de sons se sont succédés pendant un moment, nous traversions une clairière propice à la contemplation, sorte d’ambient de pointe mais pas tout à fait ambient puisque toujours soutenue par le rythme. Cette séquence minimaliste a trouvé son issue, et la suivante était plus tribale, plus vaudouesque et nous mena vers des sommets de virtuosité électronique.
Retour de cette polyrythmie binaire/ternaire typique de l’Afrique de l’Ouest, au-dessus de laquelle s’impose un répertoire de sons triés sur le volet et immergé dans la sauce Shackleton. Nous approchions le faîte de la cordillère, maximum intensité, maximum influx, maximum inventivité. L’arrivée au sommet fut marquée par un effet sonore très puissant, visite au cœur d’un réacteur d’avion survolant les pics. Le beat est devenu plus viril, plus martial, le plancher de danse avait atteint la transe que déclenche forcément un live set de cette trempe. L’intensité du bourdon et du rythme ont ensuite amorcé leur descente jusqu’à l’atterrissage, parfaite conclusion d’un set d’exception.























