électronique / expérimental / contemporain / immersif

MUTEK | Max Cooper, l’introspection en haute résolution

par Félicité Couëlle-Brunet

Jeudi soir,  rendez-vous pas comme les autres au Théâtre Maisonneuve: Lattice 3D/AV de Max Cooper, de surcroît à guichets fermés. Réputé pour ses expériences audiovisuelles immersives, l’artiste britannique est revenu à Montréal avec une proposition qui, loin du vecteur spectaculaire attendu, s’est révélée introspective, profondément contemplative.

Dès les premiers instants, la scénographie imposait sa clarté. Pas de mystère : Cooper était installé sur scène, face au public, avec son dispositif bien visible, encadré par deux écrans : l’un derrière lui, l’autre devant, semi-transparent, tantôt traversé par la lumière, tantôt masquant la figure de l’artiste. 

Cette transparence assumée donnait le ton : ici, rien à cacher, tout à dévoiler. Le spectacle allait moins jouer sur l’éblouissement que sur la porosité entre sons, images et conscience.

Lattice 3D/AV, conçu avec Architecture Social Club, est décrit comme son projet live le plus ambitieux, combinant projections, couches semi-transparentes, lasers et lumières sculptées dans l’espace. Mais plutôt qu’une déferlante sensorielle, l’expérience s’est déployée dans une lente montée. Les visuels, d’abord, vibraient en nappes de couleurs mouvantes, textures fluides et rythmes mesurés. La musique avançait avec retenue, presque en apesanteur, dessinant un continuum hypnotisant. On était loin de la frénésie festive de certains autres soirs de MUTEK, et c’était précisément là que résidait la force du spectacle.

Puis un moment de bascule : l’apparition du texte. Projections de phrases brutes,

surgissant au fil de la montée en intensité. Ce recours aux mots, rare dans les

performances de Cooper, devenait l’élément marquant du set. Plus le tempo s’accélérait,

plus les caractères défilaient, jusqu’à créer une impression paradoxale : celle de se

retrouver face à l’emballement de nos propres pensées, dans un miroir numérique de notre quotidien saturé. Le visuel prenait alors le dessus sur la musique, et la musique, en retour, se laissait guider par cette cadence mentale.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’effet s’est révélé pleinement. Lorsque le texte a cessé d’être projeté, un autre basculement s’est produit dans la salle : comme libérés d’un poids, les spectateurs se sont mis à danser. Les quinze dernières minutes du show ont pris une tournure plus physique, plus incarnée, preuve que l’expérience avait fonctionné, que le texte avait capté l’attention au point de suspendre le corps, et son retrait avait ouvert l’espace à la libération du mouvement.

Ce choix faisait écho au nouveau projet de Cooper, On Being, qui est sorti en février 2025.

L’album, né de centaines de confessions anonymes recueillies en ligne, interroge

directement ce que signifie « être » aujourd’hui. Les réponses, allant de la douleur la plus intime à la déclaration d’amour la plus pure, ont servi de matière première à une œuvre qui traduit en sons et en images l’expérience humaine contemporaine. Ces fragments de

pensées se sont matérialisés dans l’espace visuel, rendant tangible le poids de la parole collective.

En deux heures, Cooper a offert bien plus qu’un concert. Il a orchestré une forme d’écoute élargie, où les spectateurs devenaient les témoins d’un paysage intérieur commun. Dans le contexte effervescent de MUTEK, où la tentation est de courir d’une salle à l’autre, cette parenthèse introspective suggérait  un contrepoint précieux. Une respiration lente dans un festival qui se vit souvent à grande vitesse. Cela nous rappelle que l’immersion n’est pas seulement affaire de technologie et de performance visuelle, mais aussi de vulnérabilité partagée. Derrière les lasers et les écrans semi-transparents, c’est notre humanité qui se montrait fragile, dense, multiple.

Photos: Bruno Aiello Destombes

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