Kevin Saunderson, originaire de Detroit et membre du fameux trio Belleville Three (avec Juan Atkins et Derrick May) à qui l’on attribue la paternité de la techno, a honoré l’Esplanade Tranquille de sa présence lors de la troisième soirée de la série Expérience, pour le plus grand plaisir des puristes de la techno qui en ont aussi observé l’évolution stylistique. Caché derrière ses proverbiaux verres fumés, il a démarré le concert en force avec des voix house profondes et distordues.
Les fans se sont serrés les uns contre les autres, impatients de voir à l’œuvre un père fondateur de la techno. Dès le début, Saunderson a privilégié des transitions délicieusement longues et étirées, évoluant avec une patience délibérée, laissant le public s’immerger dans la profondeur et la complexité de ses superpositions sonores. Son ouverture s’appuyait fortement sur des basses épaisses et des kicks de batterie puissants, ponctués de voix soul, de riffs funky et même de quelques touches disco. La basse Reese vacillante – dont Kevin Saunderson est l’inventeur – a été magistralement modifiée avec un filtre, ajoutant du poids et du mouvement, tandis que des percussions inspirées du reggaeton se sont brièvement glissées dans le mix avant de céder la place au tonnerre d’un rythme 4/4 régulier.
La foule a rugi lorsque Saunderson a remixé le titre emblématique de Stardust Music Sounds Better With You, puis à nouveau lorsque les notes de clavier, le funk et les voix soul ont transpercé les battements de la 909, plongeant l’Esplanade dans un mur de son. Passant rapidement d’un CDJ à l’autre, il a superposé les boucles avec précision, permettant des transitions longues et des montées hypnotiques. Rayonnant, il a salué la foule tout en déformant les caisses claires et en ajoutant des accords au mix pour créer une ambiance dramatique, visiblement nourri par l’énergie extatique des danseurs.
L’atmosphère était effervescente, captivante et ludique. Le célèbre musicien et producteur a offert de brefs moments de répit avec des notes de piano jazzy et des cordes avant de replonger dans des morceaux club percutants, notamment Emotions, le titre phare de son récent projet E-Dancer, une collaboration avec son fils Dantiez, qui a enflammé la salle et qui, prédisons-le, aura le même impact en salle à MUTEK. Une fois de plus, il a salué la foule avant de livrer davantage de son son warehouse caractéristique.
Alors que ce set magistral touchait à sa fin, Saunderson a rendu hommage à ses racines de Motor City avec le titre légendaire The Bells de Jeff Mills, qui a déchaîné la foule dès les premières notes de piano. Il a clôturé la soirée avec une version jubilatoire de son classique Good Life, fusionnant funk, soul et techno percutante, rappelant à tous pourquoi son influence reste incontestée.
photo: Frédérique Ménard-Aubin























