électronique / Instrumental

MUTEK | Conditions optimales au Théâtre de Verdure

par Félicité Couëlle-Brunet

En cette soirée parfaite de mercredi au Théâtre de Verdure, trois univers audiovisuels se sont succédés au bord de l’eau dans des conditions optimales, mais c’est sans doute la rencontre entre Ouri et Charline Dally qui a cristallisé l’intensité de l’événement.

Dès les premières notes, Ouri semblait pleinement dans son élément. Entourée de sa harpe, de son violoncelle et de sa voix, elle incarnait une musique à la fois intime et expansive, où la fragilité devenait force. Deux musiciens l’accompagnaient avec justesse : l’un passant du piano au saxophone (Félix Petit), l’autre à la guitare, chacun ajoutant des textures complémentaires à son univers sonore.

En parallèle, Charline Dally déployait ses visuels analogiques, tissés de feedbacks et de matières vivantes. Ses images apparaissaient, se désagrégeaient, renaissaient sans cesse, comme des spectres traversant le temps. La rencontre entre ces deux artistes n’était pas fortuite : leurs langages respectifs semblaient se répondre instinctivement. Là où Ouri construisait des paysages sonores pluriels, Dally en révélait les fantômes visuels, donnant chair à cette musique. Le résultat fut une performance à la fois rosée et anti-oppression, comme l’a formulé Ouri elle-même. On y sentait une volonté d’ouverture, de résistance douce et de communion. Plus qu’un simple concert, ce fut une proposition sensible et politique, une utopie éphémère partagée avec le public.

Le premier set au programme résonnait déjà d’une poésie singulière. The Bionic Harpist et Techno Para Dos avaient présenté un dialogue inattendu entre la harpe et la voix féminine d’un côté, et les textures électroniques de l’autre. Leur performance, délicate mais déterminée, proposait une harmonie où l’organique et le numérique coexistaient. On sentait dans leur progression une volonté d’exploration, une évolution du set qui captait l’attention en douceur, préparant l’audience à la suite de la soirée.

Enfin, la soirée s’est conclue avec l’expérience la plus sombre et futuriste : Guillaume Coutu-Dumont et Line Katcho. Percussionniste de formation devenu DJ et compositeur électro, il proposait une structure sonore dense, ancrée dans une pulsation constante, pendant que Katcho déployait une véritable narration visuelle. Ses images dystopiques, portées par une réactivité audio d’une précision remarquable, plongeaient le spectateur dans un avenir incertain, inquiétant mais fascinant. Sa constance et sa maîtrise donnaient une cohérence rare à ce voyage.

Trois propositions, trois manières d’habiter le monde par la musique et l’image. Mais au cœur de cette soirée, c’est bien la rencontre d’Ouri et de Charline Dally qui a su transformer le Théâtre de Verdure en un lieu de communion sensible, là où la poésie et la résistance s’entrelacent.

photos: Frédérique Ménard-Aubin

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