MUTEK 2023 | Expérience 5: Sara Berts, Sheenah Ko, OBUXUM, ROSINA

par Théo Reinhardt

MUTEK Montréal 2023 et PAN M 360, voilà une combinaison qui tombe sous le sens ! Voilà pourquoi notre équipe s’y consacre cette semaine. Les férus de musiques électroniques de pointe et de création numérique se retrouvent cette semaine à Montréal, alors suivez la vibrante couverture de notre équipe , et ce jusqu’à dimanche!

Crédits photos : Bruno Aiello Destombes

Sara Berts

Sara Berts est une conceptrice de mondes parallèles. Je suis arrivé légèrement après le début de sa performance, et dès les premiers sons qui me parvenaient en sortant de la station Saint-Laurent, je me sentais doucement transporté ailleurs. 

La compositrice et artiste sonore italienne utilise des tons ronds, lisses, et d’autres qui claquent un peu comme un marimba, ainsi que des enregistrements de sons de vagues, de criquets et d’autres bruits nocturnes, le tout de manière très élémentaire. Du petit bonbon pour les oreilles, quoi. Souvent, alors que les mélodies basses se meuvent lentement, d’autres sons plus aigus tournent beaucoup plus vite: accords arpégés, petites bulles de savon synthétisées, cui-cui d’oiseaux électroniques… Les compositions font ressortir leurs couches, du souterrain au sol, du sol aux nuages, des nuages à l’atmosphère.

Se créent ainsi des espaces sonores qui ressemblent étrangement à des mondes vivants, riches et mûrs pour l’acte de contemplation. Des mondes calmes et étrangement sauvages, mais tout de même en harmonie. « Une conversation entre écosystèmes naturels et synthétiseurs », explique la page de l’artiste sur le site de MUTEK. 

C’est un son qui fait beaucoup penser aux saveurs électro tribales et déjantées que le groupe The Knife a avancées sur leur album Shaking the Habitual, mais en plus relax. Le même monde, peut-être, mais sur un autre continent, à une autre ère, sous d’autres cieux, avec d’autres créatures. Tout aussi enchanteur.

Sheenah Ko

« Je ne suis pas une DJ » dit Sheenah Ko avant de débuter sa performance 100% improvisée. « L’énergie que je vais recevoir de vous, je vais vous la renvoyer ». Un set spontané, donc. 

Le tout commence avec un loop de percussion lente et une basse bourdonnante. Rapidement, l’artiste assombrit le son, usant d’une gamme inhabituelle. Cela ne lui prend pas longtemps pour se mettre à chanter des semblants de paroles, avec beaucoup de réverbération. 

Après des changements progressifs d’effets, des jeux de polyrythmie, un alourdissement des coups de basse, une intensification des chants, nous sommes dans un territoire étrangement céleste. On se demande où la musicienne chinoise-irlandaise pourrait bien aller par la suite. Elle aussi, probablement. 

Les percussions sont ensuite enfouies, et l’allure générale ralentie, pour une nouvelle section. Nouveaux sons de percussion, énervés et métalliques, tempo accéléré, progression d’accords lumineux qui enflent comme des vagues, ajoutant une touche de clarté et d’espoir à l’atmosphère.

15 minutes plus tard, une basse vrombissante et un rythme club prennent le dessus, alors que des accords arpégés à intensité variable voguent au-dessus, leur timbre rappelant surtout les années 80, dont l’artiste utilise souvent l’esthétique dans ses œuvres. 

Le tout se termine sur une éclaircie musicale très cinématique, un zoom-out général au synthétiseur, suivi d’un mouvement panoramique vers le ciel… au synthétiseur aussi. Retour au vrai monde.

Une performance très fluide qui relève certainement d’une préparation rigoureuse de la part de Sheenah Ko, ainsi que d’une maîtrise impressionnante de son arsenal sonore. Surtout, un coup d’œil satisfaisant dans sa créativité atypique.

OBUXUM

Les sons d’OBUXUM sont variés. On passe de ce qui pourrait être un sample de hip-hop à des tambours et des bâtons, à de l’électro cyberpunk rétro, à un groove abstrait industriel, et à plein d’autres de ces sons qui ne semblent pas congrus du tout. Tout de même, et malgré les transitions abruptes, on sent une narrativité à l’expérience. On sent qu’une histoire se construit, que chaque petit morceau rentrera éventuellement dans l’ordre des autres. 

À travers les rythmes déroutants, les virages à 90 degrés, et le caractère généralement kaléidoscopique de son approche, OBUXUM effectue peut-être une œuvre anthologique, un ratissage un peu aléatoire de différentes ère de l’histoire musicale. Ce qu’elle présente est une mosaïque d’échantillons de créativité provenant des quatre coins du monde et de l’esprit, un grand exercice de variété, de bricolage sonore historique qu’une heure peut à peine contenir… ou quelque chose comme ça. On sent qu’une grande démarche se dissimule derrière, et il n’est pas difficile de l’apprécier.

ROSINA

On dit peut-être de ROSINA qu’iels ne sont pas des « people-pleasers ». Pourtant, observons leurs demandes: un monde où n’importe qui peut aimer la personne qui lui plaît, un monde où les gens ont leurs besoins de base comblés, un monde où on peut ressentir de la joie. Ces choses, elles, feraient bien plaisir aux gens, non?

Le trio ROSINA est dirigé par l’interprète de drag et artiste multidisciplinaire Franny Galore-Wngz et la poétesse, chanteuse et productrice ROSINA. Personnalités excentriques, les deux font semblant, pendant leur performance, d’être Anglaises. Ce n’est qu’un aperçu de l’espièglerie qui irradie de ces deux personnes.

Les membres de ROSINA aiment jouer leur musique lors du crépuscule. Rappel symbolique de leur mantra que rien ne dure pour toujours, que tout est éphémère, autant la joie que la souffrance. « We’re tired. We don’t want to be mad all the f****** time. », dit ROSINA (l’artiste). Face à l’adversité, ces mauvaises herbes qui poussent dans les craques de l’espoir décident de se tourner vers l’amour, vers les autres, d’embrasser la sensuelle bizarrerie de nos mondes extérieur et intérieur. Une reconquête du monde par une reconquête de soi qui, comme iels le disent, peut faire peur. Le tout dans une attitude assumée, affranchie, presque punk, l’esprit DIY à fond, sur un fond de musique dansante, agrémenté par des paroles affirmatives comme « I want to feel joy », et des mantras qui semblent provenir d’un train de conscience pur et inaltéré. Testée, pliée, tordue et grafignée par le monde, peut-être, cette conscience, mais honnête.

Peut-être pas la performance la plus cohérente, ou lisse, ou musicalement impressionnante, mais la force de ROSINA réside définitivement dans l’énergie. Un des meilleurs flux  d’énergie, qui prend sa source dans l’euphorie, la terreur, la montagne russe florissante de la queerness, et qui, en fin de compte, provoque un grand plaisir, et, sans doute, une grande libération à qui en aurait besoin.

Tout le contenu 360

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

KNLO – Le cash vaut rien

KNLO – Le cash vaut rien

Maruja Limón, arme de construction massive!

Maruja Limón, arme de construction massive!

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Vision String Quartet – In the Fields

Vision String Quartet – In the Fields

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Inscrivez-vous à l'infolettre