Le calme de Maria Somerville rayonnait dans toute la salle. Même les clients du bar s’étaient tus pour écouter cette interprétation divine du shoegaze. Sur la chaîne hi-fi, il suffisait de fermer les yeux pour le savourer : un bruit caramélisé avec un cœur doux de folk gothique.
Sa musique vous entraînait dans une dérive pesante, enchevêtrement d’histoires douces qui vous piquaient comme des épines de rose. C’était un rêve délicieux, dans lequel il était si facile de se perdre, comme dans un tunnel de lumière déformée au large des côtes irlandaises, ou sous l’eau, regardant à travers un objectif fisheye les anges flottant dans le ciel.
Les murmures de l’autrice-compositrice irlandaise nous ont guidés à travers une nostalgie vivante. Ses orchestrations ambient ont transformé l’écriture de chansons en paysages lumineux de secrets intérieurs. Sa musique portait l’héritage émouvant de la drone-pop de Grouper, construit sur des superpositions vocales angéliques et des instruments perdus dans les échos d’une église.Tout en émergeant d’un noyau de folk sensible, la production éthérée ressemblait à celle des Cocteau Twins perdus dans une soupe numérique, évoquant un paysage sonore radicalement détaché de l’espace rationnel.
Au fur et à mesure que le spectacle avançait, le calme s’est transformé en un profond sentiment d’intimité avec soi-même. Les mantras vocaux ont conduit à un état de transcendance, qui semblait être le thème principal de l’Espace S.A.T. Entre les sets, Dave P., vêtu d’un sweat à capuche « Choose Transcendence », a parfaitement su créer cette ambiance en passant des morceaux tels que la reprise par Füxa de « Some Things Last a Long Time » de Daniel Johnston. On se sentait en sécurité, ce qui invitait à une écoute plus attentive.
Cette expérience était non seulement apaisante, mais aussi profondément enrichissante, car Maria Somerville a su élargir le style formel du shoegaze pour en faire une forme qui lui est propre dans son dernier album, Luster. Avec des chansons comme « Projections of You » qui abordent des sujets sensibles tels que la perte, sa musique évoque une présence émotionnelle qui nous ramène calmement à la réalité de la vie. Elle nous rappelle que la musique n’est pas seulement une forme de divertissement, mais qu’elle a aussi une dimension sacrée. C’est le genre de musique qui vous nourrit, qui vous ramène à la vie.
Ce spectacle restera dans les mémoires. Maria Somerville a sans conteste atteint une forme musicale qui transcende, et Making Time XXV était là, à l’apogée de son épanouissement, pour mettre en lumière cette effervescence.























