Kælan Mikla au Ritz PDB, le 30 octobre 2022

par Geneviève Gauthier

Amateurs de synth-punk et autres curieux étaient rassemblés, la veille de l’Halloween, pour accueillir le trio islandais Kælan Mikla au Ritz PDB. Montréal étant le vingt-troisième arrêt d’une tournée nord-américaine d’un mois, durant laquelle Kælan Mikla promeut Undir Köldum Norðurljósum (Under The Cold Northern Lights), son quatrième album. C’est un spectacle bien rodé que Laufey Soffía Þórsdóttir (voix), Margrét Rósa Dóru-Harrýsdóttir (basse) et Sólveig Matthildur Kristjánsdóttir (clavier) nous ont offert.

Quoiqu’il soit intéressant de découvrir l’évolution musicale des trois musiciennes par leur discographie, c’est sur scène que le projet de Kaelan Mikla prend tout son sens. Les musiciennes apparaissent soudées comme si un rite païen avait fait d’elles un seul et même organisme musical.

Compte tenu de l’éventail de titres au menu, on a pu goûter autant aux pièces post-punk des débuts – comme Kalt (« froid »), où le texte est surtout rendu par des cris tourmentés – qu’au raffinement du plus récent album. Celui-ci réside dans les arrangements musicaux et dans le chant plus mélodieux de Laufey Soffía, notamment dans la chanson Sólstöđum (« solstice »). Sur scène comme sur disque, l’ambiance musicale sombre et les lignes de basses hypnotiques agissent tel un fil d’Ariane, à travers une décennie qui a vu Kaelan Mikla explorer différents courants musicaux tels que le post-punk, le gothique et la darkwave. D’ailleurs, même si elle se tenait discrètement en arrière-plan, la bassiste Margrét Rósa assurait une présence forte et bienveillante, nous incitant à rejoindre la messe de magie blanche à laquelle nous conviait, par sa gestuelle envoûtante, sa collègue Laufey Soffía.

L’identité visuelle de Kaelan Mikla est aussi soignée que son identité musicale : les costumes, le maquillage, les projections visuelles et l’éclairage renforcent l’impression d’assister à une expérience spirituelle unique. Expérience qui serait complète si on comprenait les paroles chantées en islandais, évoquant (merci aux outils de traduction en ligne) la sorcellerie, la nature qui nous entoure et les forces divines. Mais ce qu’on a perdu en incompréhension de la langue, on l’a gagné en expérience psychique. L’ambiance sonore particulière de Kaelan Mikla, doublée de mots aux sonorités résolument étrangères, a facilité l’atteinte d’un état mental nous propulsant dans un univers mystique qui nous sort de notre quotidien. C’était leur première prestation à Montréal et, aux dires de Laufey Soffía avec qui j’ai eu l’occasion de jaser en fin de soirée, le public montréalais a été leur public canadien préféré de la tournée. Que ce soit sincère ou non, il est vrai que l’auditoire semblait enchanté de l’intensité de la prestation. Et il est fort à parier que Kaelan Mikla a fidélisé un contingent de fans, ici, grâce à ce passage.


LAURA KRIEG
C’est avec une attitude apathique de circonstance que Laura Krieg, artiste montréalaise autodéclarée de « pop-synth-punk-brutaliste », s’est présentée sur scène pour nous proposer des arrangements efficaces et dénués d’artifices : percussions électroniques, synthétiseur, guitare et basse (rarement en même temps!). Le chant robotique et dépourvu d’émotions de Laura Krieg s’avère particulièrement efficace pour livrer les paroles coup-de-poing de Fin du travail, vie magique et Tout s’effondre tout va bien. C’est d’ailleurs les titres chantés en français qui se sont avérés les plus percutants.

Réel coup de cœur de la soirée, le post-punk de Laura Krieg est fortement inspiré de la vague cold-wave européenne des années 80, mais agrémenté d’une saveur moderne qui justifie à elle seule ce projet à contre-courant de ce que nous proposent les artistes locaux. D’ailleurs, elle nous confiait en fin de spectacle qu’une tournée européenne l’attend au printemps. On ne doute pas un instant que la réception sera excellente, en ces terres peut-être plus hospitalières pour ce genre de proposition musicale. Laura Krieg aura prouvé, hier soir au Ritz PDB, qu’elle a tout ce qu’il faut pour occuper plus de place dans le paysage musical contemporain.


KANGA
Tout juste avant le trio islandais, c’est la musicienne et productrice de musique électronique californienne Kanga qui était chargée de préparer l’atmosphère. Kanga a été de tous les spectacles de la tournée nord-américaine de Kaelan Mikla. On la considère comme l’une des figures dominantes de la darkwave actuelle. Pour la bande de Kaelan Mikla, Kanga est une sœur. Les pistes produites par Kanga étaient puissantes et tout indiquées pour un lendemain d’apocalypse, vous savez, lorsque l’envie de danser nous prend tout juste après avoir constaté qu’on y a survécu. Kanga avait une très belle présence scénique, son chant était juste; tous les ingrédients d’une prestation exceptionnelle y étaient, sauf un je-ne-sais-quoi vocal, qui a nous empêchés d’assister à une performance à la hauteur de la réputation de cette artiste. Était-ce la calibration du son, qui ne mettait pas assez en avant-plan la voix, ou alors le manque d’aisance de Kanga au chant? Ou peut-être que sa proposition musicale convient mieux aux très grandes salles, où l’on se laisse davantage porter par les rythmes et l’ambiance sonore, en étant moins attentifs au rendu vocal? Difficile à dire mais, au final Kanga mérite certainement une deuxième chance : on ne ratera pas sa prochaine escale montréalaise.


Photo de Kælan Mikla : Antoinette Pinet.

Tout le contenu 360

OperaM3F | Voix polyvalentes à la rencontre du jazz moderne

OperaM3F | Voix polyvalentes à la rencontre du jazz moderne

Geneviève Bilodeau – Rendre Grâce

Geneviève Bilodeau – Rendre Grâce

Valérie Lacombe : Du violon classique à la batterie jazz

Valérie Lacombe : Du violon classique à la batterie jazz

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

UdeM – Ultrasons | Florence Dubé, Allison Chidiac, Alexandre Hamel, Alexandre Vaillant, Florence Lafontaine, Olivier Martin-Fréchette, Charles Anthony Raymond-Plante Jacob Boucher, Rafaël Bouthillette, Félix Gervais-Richard

UdeM – Ultrasons  | Aurélie Théroux Sénécale, Maurice du Berger, Zao Dinel, Platon Beliaevskin, Ziryab El Hihi, Ac Riznar, Alex Ronald Brisson, Matisse Charbonneau, Jaden Brown

UdeM – Ultrasons | Aurélie Théroux Sénécale, Maurice du Berger, Zao Dinel, Platon Beliaevskin, Ziryab El Hihi, Ac Riznar, Alex Ronald Brisson, Matisse Charbonneau, Jaden Brown

Productions Nuits d’Afrique | Zalam Kao, grand gagnant des Syli d’Or

Productions Nuits d’Afrique | Zalam Kao, grand gagnant des Syli d’Or

Codes d’Accès, Constellations corporelles | « Crowdwork » d’Alexis Blais, pour violons, alto et haut-parleurs

Codes d’Accès, Constellations corporelles | « Crowdwork » d’Alexis Blais, pour violons, alto et haut-parleurs

Codes d’Accès, Constellations corporelles | Gabo et Rebecca, « Funelleries »

Codes d’Accès, Constellations corporelles | Gabo et Rebecca, « Funelleries »

Codes d’accès, Constellations corporelles | Gabi, Christophe, guitare, poésie, électro, open source, théorie du chaos

Codes d’accès, Constellations corporelles | Gabi, Christophe, guitare, poésie, électro, open source, théorie du chaos

Codes d’accès, Constellations corporelles | « Apparitions sur la chaîne de montage » par Nicholas Ma

Codes d’accès, Constellations corporelles | « Apparitions sur la chaîne de montage » par Nicholas Ma

OSM | Le pianiste montréalais Bruce Liu, superstar sur la planète classique… Et chez lui ?

OSM | Le pianiste montréalais Bruce Liu, superstar sur la planète classique… Et chez lui ?

Jordi Savall à la Maison symphonique, quête infinie dans l’Ancien et le Nouveau Monde

Jordi Savall à la Maison symphonique, quête infinie dans l’Ancien et le Nouveau Monde

Kelzk s’affirme avec DLB II, entre introspection et maitrise

Kelzk s’affirme avec DLB II, entre introspection et maitrise

Quasar: quatre saxophones, quatre compositeurs.trices, de l’électro et de la vidéo au CRMMT

Quasar: quatre saxophones, quatre compositeurs.trices, de l’électro et de la vidéo au CRMMT

High Klassified & Zach Zoya de nouveau réunis: Misstape II

High Klassified & Zach Zoya de nouveau réunis: Misstape II

Ping Pong Go – Smash Combat

Ping Pong Go – Smash Combat

UdeM | Soirée aux grands airs

UdeM | Soirée aux grands airs

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Zalam Kao

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Zalam Kao

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Tamboréal Samba Bloco

Finale Sylis d’or 2026 : on vous présente Tamboréal Samba Bloco

Palais Montcalm | Palais Montcalm | Des hommes rapaillés, spectacle intemporel pour poète intemporel

Palais Montcalm | Palais Montcalm | Des hommes rapaillés, spectacle intemporel pour poète intemporel

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Lamia Yared : entre le Minho et l’Euphrate, les époques et les traditions

Lamia Yared : entre le Minho et l’Euphrate, les époques et les traditions

Inéluctable musique artificielle, genèse et enjeux selon Michel Rochon

Inéluctable musique artificielle, genèse et enjeux selon Michel Rochon

‘’Jeux de couleurs’’ de l’Orchestre métropolitain : on y découvre un chef inspirant, et un bijou de Jacques Hétu

‘’Jeux de couleurs’’ de l’Orchestre métropolitain : on y découvre un chef inspirant, et un bijou de Jacques Hétu

Inscrivez-vous à l'infolettre