C’est un jeudi soir qui ne ressemble à aucun autre au Quai Jacques-Cartier. Exit la techno minimale, place au carrefour du rap, de la trap et du shatta. Pour son troisième week-end 2026, Igloofest a laissé les clés de la maison à Hamza, ainsi qu’à Manaré (Paris), Yaya La Bae (Montréal) et High Klassified (Montréal).
On y était, entre deux contrôles d’identité et une marée de téléphones. Dès l’entrée, on comprend que la soirée va être spéciale. Pour la première fois à Igloofest (et j’en ai vu passer des tuques à l’Igloo ces deux dernières années…), on me demande ma pièce d’identité. Avec le « Sauce God » (comme on l’appelle) belge en tête d’affiche, l’organisation n’a pas pris de risques : on veut éviter que le dancefloor ne se transforme en cour de récré, le festival étant strictement 18+. Et pourtant, le coup de vieux est immédiat. On n’a même pas trente ans, mais face à cette foule de visages juvéniles venus célébrer le rappeur d’origine marocaine, on se sent presque comme des ancêtres.
Côté sécurité, donc, le festival a visiblement doublé la mise. Est-ce un feedback post-Disco Lines ? Peut-être. En tout cas, les gardes sont partout, prêts à canaliser l’énergie débordante d’une foule qui n’a clairement pas peur des engelures, ou d’être autant collés-serrés.
Seule la scène Sapporo est ouverte ce soir, et elle est déjà bien compacte. Yaya La Bae lance les hostilités, mais c’est l’enfant du pays, High Klassified, qui fait monter la température. Le Lavallois s’amuse, glisse du dubstep et de la drum’n’bass au milieu des bangers, et lâche un mash-up dévastateur sur Chargé (tube français de 2025), .
Manaré prend la suite avec une technique de puriste hip-hop. Ça coupe et ça mash-up. Il bombarde du Kendrick Lamar (Not Like us), du Sexyy Red et du Moneybagg Yo. Le set est électrique, avant de ralentir étrangement sur la fin….
Choix délibéré pour créer une tension ? Toujours est-il que l’attente de quinze minutes avant l’arrivée d”Hamza fait redescendre la pression…
Et quand Hamza déboule enfin, accompagné de son beatmaker, le dancefloor ne ressemble plus vraiment à un concert, mais plus à un immense champ d’écrans lumineux. Impossible de voir l’artiste autrement qu’à travers l’iPhone 15 du voisin de devant. La foule est -de nouveau- compacte, et l’espace vital est un concept lointain. Inconnus contre inconnus, tout le monde saute, et tant pis pour les orteils gelés.
Grâce à la passe média, je m’extirpe de ce chaos pour observer la scène de plus près. Hamza court partout, interagit avec ses fans, et enchaîne ses hymnes : Fade Up, God Bless, Murder, Life.
Parlons vrai : oui, il y avait aussi du playback. Certains râlent dans la foule, blaguent sur le fait qu’il ne connaîtrait pas ses textes. Soyons indulgents : chanter une heure par des températures polaires, c’est l’assurance de finir la gorge en lambeaux avant le rappel. Malgré ça, l’énergie est là. Le rappeur, figure de proue de cette nouvelle vague du rap belge au même titre que Damso, a prouvé que sa musique est désormais inscrite dans la mémoire d’une génération. (Il n’y avait qu’à voir le nombre de personnes qui chantaient les paroles de ses chansons à la perfection…)
Que l’on soit puriste du rap ou fan de trap, on ne peut que s’incliner : hier soir, Hamza a fait d’Igloofest son propre club privé. C’était « sauce » (un terme qui, dans le monde du rap, veut dire que c’était confiant et assuré…) ,et c’était exactement ce dont Montréal avait besoin pour briser la glace.


























