Parfois, la musique électronique peut sembler déconnectée, presque irréelle. Et pourtant, ce jeudi soir à l’Igloofest, elle s’est révélée profondément incarnée. Une soirée mémorable, teintée d’une nostalgie inattendue. Les moments où une foule entière semble réellement à l’écoute sont rares, mais ce soir-là, au bord du fleuve gelé, l’Igloofest a dépassé le simple cadre du festival hivernal.
LAURE
La soirée débute vers 19 h 30. À l’extérieur du site, j’entends déjà ce kick familier, quelque part entre 125 et 130 BPM, qui résonne au loin. À mon arrivée, le site est encore calme, presque timide. Peu d’activité, une foule clairsemée. Et pourtant, quelque chose intrigue : LAURE est déjà à l’œuvre sur la scène principale Sapporo.
DJ et productrice montréalaise, LAURE ouvre la soirée avec justesse et intelligence. Elle sait exactement comment installer une ambiance, comment faire monter la température sans brûler les étapes. Sa sélection navigue entre melodic house et deep progressive, portée par des leads de synthétiseurs aux couleurs nostalgiques, subtilement ancrés dans des rythmiques house classiques. Un son atmosphérique, émotionnel et élégant, où chaque transition semble pensée pour préparer la suite. Rien de tape-à-l’œil ici : de la finesse, du contrôle, et cette capacité à doucement rassembler la foule devant la scène.
Weval
Vers 20 h 30, place à Weval, mon véritable coup de cœur de la soirée, et déjà l’un de mes groupes de musique électronique préférés depuis quelques années. Le duo néerlandais, basé à Amsterdam, est en tournée nord-américaine pour présenter Chorophobia, leur plus récent album paru en 2025. Difficile de mieux les décrire qu’ainsi : ambivalents, audacieux et profondément libres dans leur approche.
Weval navigue dans une zone hybride, quelque part entre l’EDM et une électronica plus expérimentale, flirtant avec l’IDM. Leur musique, richement ornée de synthétiseurs analogiques polyphoniques, dégage une chaleur presque organique, renforçant ce sentiment de nostalgie omniprésent. Ils ouvrent leur set avec un remix de Alesis de Mk.gee, avant d’enchaîner avec plusieurs pièces de Chorophobia, un album plus éclectique et aventureux que le reste de leur discographie.
Le public écoute, attentif. Peu de téléphones levés. Juste des corps immobiles ou doucement en mouvement. Un véritable moment de grâce.
Elderbrook
En tête d’affiche, Elderbrook vient conclure la soirée. Un rappel évident de la puissance émotionnelle de l’EDM lorsqu’il est bien exécuté. Son set navigue entre remixes, notamment de RÜFÜS DU SOL et John Smith, et pièces originales issues de son propre répertoire. Des classiques fédérateurs, capables de rassembler une foule entière dans un même élan.
À ce moment-là, au cœur du pit, je me surprends à replonger en 2016, à l’époque où l’EDM et les raves occupaient une place centrale dans la musique électronique grand public. Tout le monde est synchronisé. Les basses frappent, les mains se lèvent, les regards se croisent. Malgré le froid, un ressenti bien en deçà de -14 °C, la communion est totale. Un moment sincère, beau et profondément unique à cette soirée.
Pour un jeudi soir, l’événement a largement dépassé mes attentes. Une soirée forte, marquante, que des milliers de festivaliers ont eu la chance de vivre. Si l’un de ces trois noms passe près de Montréal dans les prochains mois, un conseil : allez-y. Peu importe la température.























