Au royaume de l’électro symphonique, il était écrit que Daft Punk aurait une place de choix tôt ou tard. Depuis la remarquable musique que le duo français a écrite pour le film Tron Legacy, devenu culte depuis, on savait que ses textures glitch pop inventives se retrouveraient un jour associées à un orchestre symphonique.
C’est l’idée du concert One More Time, hommage électro-symphonique à Daft Punk présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, hier soir et ce soir encore. Sur scène : l’Orchestre FILMharmonique dirigé par Francis Choinière, le chanteur Devan, un guitariste, un bassiste, un batteur et un claviériste/vocaliste.
Première partie réussie
Le programme d’arrangements de tounes archi célèbres est divisé en une intro et cinq parties faites de mix de tounes du duo. L’Intro qui marie The Prime Time of Your Life, Aerodynamic et un peu de Tron Legacy donne l’impression de prendre son temps. L’énergie se gonfle graduellement, mais on a l’impression que ça manque encore de oumpf.
Ça se corrige avec le deuxième ‘’mouvement’’. La nature du symphonisme révèle avec plus de conviction son apport aux élans répétitifs et mécaniques de la musique daftienne en offfrant quelques beaux moments de profondeur harmonique des cordes et de contrechamps qui bonifient la structure des pièces (particulièrement Da Funk et Around the World).
Les deuxième et troisième parties poursuivent sur la lancée avec des perfos parfois emballantes de monuments populaires tels Human After All, Lose Yourself to Dance et Get Lucky. Bien que la présence de la guitare et de la basse soit un ajout qui ‘’rockifie’’ un tantinet les airs que tout le monde pouvait siffler, leur utilisation n’est pas exagérée au point de trop dénaturer ces petits bijoux accrocheurs.
Tron Legacy, moins convaincant
L’erreur du programme est l’arrivée, après l’entracte, de la suite d’une trentaine de minutes sortie de Tron Legacy. Et pourtant, ça me peine de le dire. Je suis un fan fini de cette musique exceptionnelle, l’une des meilleures du cinéma des 25 dernières années, et l’un des albums les plus aboutis de tout le catalogue Daft Punk. Tron Legacy fusionnait déjà le symphonique et l’électronique. Il n’y aurait pas dû y avoir de problème. Mais j’aurais dû y penser : il ne s’agissait pas d’un ciné-concert, ou l’exigence d’exactitude de la musique par rapport à ses sonorités dans le film est immense et implacable. Il s’agissait ici d’un hommage, et d’arrangements.
Et c’est là que ça a relativement foiré, à mon avis. Les admirables textures, ultra riches et complexes, inventées par les Daft n’étaient absolument pas reproduites. Simplifiées, voire édulcorées, le plaisir s’en trouvait évacué. Certains thèmes étaient confiés à un saxophone, d’autres à la guitare. Rien à voir avec la musique d’origine, et des effets peu convaincants. Dans quelques pièces, le tempo était trop retenu, gâchant la création d’une énergie emballante, comme dans le film. Qui plus est, un ostentatoire débalancement rythmique a failli tout foutre en l’air vers les deux tiers. Gênant. Résultat : le build up de l’avant entracte était perdu et la musique de Tron Legacy donnait l’impression d’être ennuyeuse. Il y a quand même eu des moments réussis, comme l’Adagio for Tron, par exemple. Mais, dans la totalité, c’était trop peu.
Sentir la vibe
Je me suis quand même posé la question : suis-je tout simplement un vieux puriste qui aime tellement son truc qu’il ne peut l’imaginer différemment? J’ai pris la peine de regarder autour de moi, dans le public, pour vérifier si j’étais le seul à trouver ça long. Malheureusement, j’ai bien senti le même relatif ennui des autres personnes présentes, sauf à quelques occasions.
C’est tellement dommage, car beaucoup seront peut-être sortis de ce concert avec une opinion négative de cette trame sonore palpitante dans sa vraie de vraie version. Bref, raison de plus pour organiser un véritable ciné-concert Tron Legacy un jour, avec tous les multiples et foisonnants détails qui rendent cette composition mémorable. Tiens, avec les vrais Daft Punk en plus?
Bon rattrapage
Cela dit, et heureusement, la soirée a été rattrapée par le dernier grand mix du programme et le retour des qualités qui avaient fait de la première partie une réussite. Aerodynamic, Harder, Better, Faster, Stronger, Face to Face, One More Time et, en rappel, Instant Crush ont permis au public de se lever et danser.
Le chanteur Bevan s’est bien acquitté de ses quelques apparitions et interprétations, bien que omettant (évidemment) le caractéristique accent Frenchie-anglo des Dafters.
Si des calibrages sont de mise, surtout dans la suite de Tron Legacy, on peut se réjouir d’une proposition efficace et excitante, la plupart du temps.
Une autre représentation a lieu ce soir.























