Par un après-midi de samedi ensoleillé, alors que je manquais cruellement de sommeil et que je luttais contre une migraine carabinée, j’ai eu l’occasion de voir Truck Violence sur scène. Le groupe est une figure de proue de la scène hardcore montréalaise depuis quelques années et, ce jour-là, il devait se produire à deux reprises. Le premier concert a eu lieu en salle ; c’était une prestation plus calme, avec des enfants dans le public. Plus tard dans la soirée, ils ont donné un concert secret en plein air, devant une poutine ouverte 24 heures sur 24, et ils ont tout donné. Étrangement, après avoir enchaîné ces deux prestations de Truck Violence, je me suis senti revigoré.
Le chanteur Karsyn Henderson impose une présence saisissante ; il arpente la scène avec assurance, telle une figure de prédicateur baptiste du Sud en plein sermon. Il est à la fois intense et féroce, tout en laissant transparaître une certaine tendresse. Le meilleur exemple en est sans doute la rare accalmie des deux concerts — une sombre ballade folk au banjo — où il chante I like it here right now (J’aime être ici, en ce moment) sur le titre Guns Buried in the Front Yard, sa voix se brisant dans une inflexion empreinte de douleur. Le guitariste Paul Lecours et le bassiste Chris Clegg forment un duo soudé, propulsant les morceaux avec une telle puissance qu’on a envie de démolir un mur à coups de masse. À d’autres moments, leurs riffs lourds et poisseux donnent l’impression de patauger dans du goudron épais. Le nouveau venu du groupe, le batteur Thomas Hart, a martelé ses fûts avec une force et une férocité explosives. Ensemble, les mecs de Truck Violence constituent une force impossible à ignorer. La qualité reste constante d'un set à l'autre. Truck Violence est aussi une véritable forge : intense, percutante, avec de brefs répit. Quand ils sont lancés, rien ne les arrête. Qu'on le veuille ou non, on est emporté par le tourbillon. Impossible de résister à l'envie de bouger.