Le vénérable National, rue Ste-Catherine Est, était plutôt rempli pour l’inauguration du 26e Festival du monde arabe de Montréal (FMA). Une foule superbement métissée, on se serait cru dans le roman Mille secrets mille dangers, d’Alain Farah, ou son adaptation cinématographique. On pouvait y croiser Nima Mashouf, fraîchement rescapée d’une prison israélienne et Amir Khadir, entre autres spectateurs d’origine iranienne. On entendait parler plein de langues, parfois simultanément. Nous étions à Montréal, sans aucun doute. Et on s’y sentait bien.
Mais voilà que, dans son discours inaugural, la porte parole du festival nous envoyait un message sombre:
« Vous ne pouvez pas imaginer le déferlement de haine sur nos réseaux sociaux », a-t-elle lancé en évoquant la difficulté d’un festival comme celui-ci de naviguer dans une époque où la montée de l’exclusion complique la donne. Ce n’est toutefois pas la première fois: je me rappelle à quel point l’après 11 septembre 2001 avait fragilisé le festival. Il a la couenne dure et il répond par la qualité de ses spectacles.
Le FMA s’amorce donc par une création originale: Olé Persia, qui vise précisément à rassembler des cultures plutôt que de les diviser. Sous la direction musicale de Saeed Kamjou, nous avons assisté à un mélange de musique et de danse arabe, flamenco et persane. Nous connaissons déjà les liens entre flamenco et musique arabe, pour cause de conquêtes et de cohabitation en Andalousie. Mais les musiques classiques persane et arabe se sont aussi influencées, nous a expliqué Saeed Kamjou dans une entrevue que vous pouvez écouter sur PAN M 360.
Nous avons eu droit à un périple musical qui a duré près de deux heures.
Côté flamenco, on retrouvait la formidable guitariste Caroline Planté et le chanteur incendiaire Fernando Gallego. Côté arabe, l’oudiste montréalais originaire de Jordanie, Abboud Kayyali, coté persan, le percussionniste savant Pejman Hadadi, le joueur de tar (une guitare persane) Behfar Bahadoran et Saeed Kamjou au Kamancheh, un instrument à archet, qui a orchestré le spectacle. Pour chanter à la fois en persan et en arabe, chose rare, on retrouvait sur la scène Mina Deris et sa voix douce et suave.
Disons le tout de suite: nous avons eu affaire à des instrumentistes de grand talent, parfaitement maîtres de leurs instruments, y compris vocaux. Et puis, se sont ajoutés les danseurs: la québécoise Rosanne Dion, qui a étudié longtemps en Espagne et le franco-iranien Shahrokh Moshin Ghalam, maître chorégraphe en danse persane et contemporaine.
L’idée du spectacle était de juxtaposer ces trois cultures, pour en illustrer les points communs et aussi les différences. Le répertoire était composé d’œuvres des différentes cultures. C’était des dialogues ou « trialogues »plutôt qu’une fusion entre styles. Et, en ce sens, c’était parfaitement réussi.
Le public y a trouvé son compte si on en juge par le niveau des applaudissements. J’ai aussi éprouvé beaucoup de plaisir, particulièrement quand une mini fusion entre les genres s’est opérée. Quand Behfar Bahadoran s’est mis à improviser au tar sur la rythmique de Caroline Planté, je me suis mis à éviter. J’aurais été curieux d’entendre l’espagnol Fernando Gallego chanter en harmonie avec l’iranienne californienne Mina Deris. C’est peut-être l’amateur profane d’improvisation qui aurait souhaité que la fusion aille encore plus loin.
Mais c’était un fantastique concert inaugural. Attendons la suite du FMA.























