De la chapelle de la Cité-des-Hospitalières à Scène Contemporaine, vendredi le 3 octobre a donné lieu à un étonnant parcours musical réparti en quatre segments. Près de trois heures et demie pour les œuvres de l’artiste navajo Raven Chacon (surtout) et de la compositrice québécoise Katia Makdissi-Warren. Son, espace, collectivité.
Voici le fil des événement:
19h06, début de la première partie
Chapelle de la Cité-des-Hospitalières
Deux pièces de Raven Chacon ouvraient la soirée, premier axe de ce parcours sonore. Horse Notations, interprétée par six musicien·nes, emprunte ses sources énergétiques aux allures du cheval. Il s’y déploie des rythmes incessants. Les instruments individuels se combinent et se fondent entre eux pour créer une nouvelle unité rythmique et timbrale.
Suit Voiceless Mass, septuor spatialisé qui interroge « la futilité de donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas ». Les voix lâches des instrumentistes se meuvent dans l’espace. Les hyperbasses de l’orgue vibrent dans la chapelle, les colonnes prolongent et colorent le son, tandis que les musicien·nes postés à l’étage ajoutent leurs propres résonances. Les sons circulent et surgissent. La chapelle devient maître de l’œuvre.
vers 19h50, début de la procession – Tiguex VI : Cortège de descente (Cortège 1)
Du perron de la chapelle jusqu’au hall de la scène contemporaine
Il faut d’abord lutter contre le bourdonnement des conversations insignifiantes : paroles nerveuses, inquiétudes de paraître, rires.
La ville, dans ce contexte, paraît étrangement silencieuse. Le trafic des voitures est réduit à un bourdon, les crissements de pneus deviennent des motifs mélodiques, tandis que les vélos, fugaces, produisent des gestes sonores (passage, résonance, vide). Lorsqu’on marche en masse, notre bruit nous suit, nous ne pouvons y échapper. Il nous emprisonne dans une perception du monde.
Les musicien·nes (cuivres et anches) nous guident par leur corps vers diverses trajectoires. À quelques reprises, la masse se scinde, séparée par un feu piéton ou une rue. On entend alors, par exemple, une flûte au loin qui se mêle aux sons du paysage urbain. L’œuvre se vit dans une relation entre l’individu et les collectivités qu’il rencontre.
La Chapelle / Scènes contemporaines, vers 20h50, début de la troisième partie
Le Quatuor Bozzini ainsi que 2 invité·es, Noam Bierstone et Allison Burik présentent trois œuvres de chambre de Raven Chacon qui déploient des techniques étendues multiples. Double Weaving capte l’attention par ces homorythmes percussifs. The Journey of the Horizontal People fait entendre des sifflements aviaires, des jeux de grain d’archet, et joue sur des décalages entre les parties qui, n’ayant pas les mêmes longueurs de mesure, donnent un flux vivant à l’œuvre.
à 21h43, début de la quatrième partie
Présentée pour la première fois à Montréal, Écliptique de Katia Makdissi-Warren propose une traversée des traditions musicales du nord, du sud, de l’est et de l’ouest. Ces différents horizons sont représentés dans des tableaux avec l’aide d’une diversité d’objets sonores et musicaux, jusqu’à un « lever du soleil » final qui ramène au sud.
Quelques dispositifs électroniques viennent élargir le spectre des possibilités sonores, notamment une boucle entre un excitateur posé sur une grosse caisse et un micro qui engendre une variété impressionnante de sons en feedback, guidé par les gestes sensibles de Raphaël Guay.
Son, espace, collectivité… Entre les chapelles auront résonné nos pas.























