Fête de la Musique de Tremblant | Toutes nos recensions

par Alain Brunet

Pendant tout le week-end de la fête du Travail, le village piétonnier de Mont-Tremblant fut peuplé à pleine capacité, une météo quasi parfaite a assurément  contribué à ces conditions gagnantes pour son activité maîtresse, la Fête de la Musique, présentée un 23e fois depuis la première, 28 ans plus tôt. La direction artistique d’Angèle Dubeau gardé le cap : choix consensuels de musique classique et pop de qualité, éclectisme fédérateur, de la pop occidentale aux accents balkaniques ou afro-latins. En voici les moments forts, recensés par PAN M 360.

Jean-Michel Blais, néoclassicisme et profonde humanité

Dans cette charmante petite église de Mont-Tremblant, lieu autrefois sacré et transformé en salle de concert sans en perdre l’arôme originel, Jean-Michel Blais présentait vendredi une version réduite de sa musique pour orchestre de chambre. Aubades est certes apprécié par le public néoclassique. 

Séduit par la composition strictement acoustique pour un ensemble exigeant une rigueur polyphonique et donc une maîtrise acceptable du langage classique, le musicien met de côté ses qualités de producteur et se concentre sur son jeu pianistique, sa composition instrumentale et ses qualités d’arrangeur, acquises plus récemment. On ne reprendra pas ici ce débat sur le néoclassicisme triomphant auprès des vingtenaires, trentenaires et plus encore… Cette approche a des limites évidentes mais, quoi qu’on en pense,  demeure une zone d’élévation pour les mélomanes biberonnés à la pop et ses déclinaisons indies.

Super sympathique, intelligent et sans prétention malgré son remarquable succès, Jean-Michel Blais ne réinvente pas la roue et, néanmoins, met de l’avant ses qualités de mélodiste au service de la musique de chambre. Mélodies et harmonies tonales, contrepoint serré, une instrumentation à quatre, économie oblige : piano, violoncelle, violon, bois. Les partitions ne sont pas d’une grande complexité, cette musique peut certes sembler prévisible pour quiconque connaît la musique romantique et moderne (fin 19e  siècle début 20e), ou encore plusieurs musiques de films français, exigent néanmoins une exécution rigoureuse de la part des interprètes mis à contribution. En somme, un moment très sympa avec un être humain qui mérite pleinement le succès qui lui est accordé en ce moment.

Kleztory… tout sauf klezthéorique

Le groupe est composé d’Elvira Misbakhova (violon), d’Airat Ichmouratov (clarinette, clarinette basse, duclar), Mark Peetsma (contrebasse), Raphaël D’Amours (guitare), Mélanie Bergeron (accordéon). Musiciens classiques de haut niveau,  Elvira, aussi violoniste chez I Musici de Montréal et altiste à l’Orchestre Métropolitain, et Airat, également compositeur post-romantique de plus en plus joué par nos orchestres, avaient fondé cette formation peu après être débarqués au Québec dans les années 90. Kleztory demeure un projet important pour ces musiciens classiques à la rencontre d’interprètes spécialisés, notamment dans la musique des Balkans, plus précisément celle qui dominait avant les migrations forcées et exactions causées par le nazisme dans les années 30. Au fil des ans, Kleztory a réussi à se rapprocher davantage de l’esprit klezmer et autres musiques compatibles tel le jazz. On note plus de souplesse et de sensualité dans le jeu d’Elvira, la virtuose de cette formation autour de laquelle se greffent d’excellents musiciens. Outre le klezmer, cette musique juive de  Kleztory et ses explorations modales avec quarts de ton, vous pourrez d’ailleurs le réaliser une fois de plus, soit  le 21 septembre prochain à la Salle Bourgie, avec un pianiste en prime, David Ryshpan.
Tout sauf… klezthéorique !

Charles Richard-Hamelin, médiation culturelle à Tremblant

Vu son calibre et sa stature déjà immense, le pianiste Charles Richard-Hamelin pourrait fort bien ne pas se prêter à ce type de médiation culturelle et refuser un bain de foule dans un petit festival. Eh bien non! Le virtuose, certes un de nos pianiste les plus accomplis au pays, à tout le moins dans le top 5 canadien, reste humble et accessible. Installé sous un petit chapiteau, entouré de mélomanes curieux venus à sa rencontre, le pianiste s’est prêté au jeu à quatre reprises, rien de moins. Une de ces représentations d’une heure consistait à fournir des détails de sa fameuse deuxième place au Concours Chopin, certes le plus prestigieux des concours de piano sur Terre, 2e place gagnée en 2016 parmi  450 interprètes d’excellent niveau, « un peu comme les olympiques du piano ». Il aura joué entre autres une pièce peu jouée de Chopin, l’Allegro de concert, op. 46, pendant laquelle on pouvait entendre les murmures de la foule, les chiens qui jappent et les bébés qui gémissent dans les poussettes. On aura eu aussi droit à 6 valses de Chopin, pour la plupart archi-connues. Entre les pièces, Richard-Hamelin nous a fourni plusieurs détails de sa préparation au concours remporté en 2015. En fin de programme, ses fans lui demanderont de fournir des détails sur sa préparation, sur l’autorité parentale et la nécessité de répéter quotidiennement durant toute son enfance et plus encore. Mine de rien, ces généreux rapprochements contribuent à souder la relation des grands interprètes avec leur public.

Ayrad, mahgrébin avec attitude rock

Formation multiculturelle et multi genres à dominante maghrébine,  Ayrad est chapeauté par le guitariste et compositeur d’origine marocaine Hamza Abouabdelmajid, assisté d’Annick Beauvais (hautbois amplifié, basse, voix), d’Anit Ghosh (violon, choeurs), de Kattam Laraki-Côté (percussions, choeurs), de Sylvain Plante (batterie, percussions) et de Gabriel Brochu-Lajoie (basse, clavier). Depuis  une décennie, on connaît cette approche nord-africaine avec attitude rock, intégrant le raï, le chaâbi, le gnawa, le blues touareg du désert, mais aussi le funk, l’afro-latin ou même le bhangra indien. La machine Ayrad est rodée à souhait, on a ici affaire à des professionnels sérieux qui roulent leur bosse depuis nombre d’années. 

Yves Lambert, nouveau cycle à la veille de ses 67 ans

C’était écrit dans le ciel, notre Yves Lambert national coifferait les 90 minutes triomphales de son spectacle d’un enchaînement de La cuisinière et Dans nos vieilles maisons, mégatubes de La Bottine souriante qu’il a quittée deux décennies plus tôt mais dont il fut la figure emblématique. Ce programme audacieux et diversifié était constitué d’un hommage bien senti à Philippe Bruneau, de reprises de chansons traditionnelles dont une de Jean-Paul Guimond et une paire de classiques signés Oscar Thiffault, aussi de chansons originales et de deux pots-pourris de la Bottine Souriante. Depuis sa rupture avec la Bottine, Lambert a connu différents cycles de création, le plus récent se vit aujourd’hui en formule quartette (voix, accordéon diatonique, violon, guitare, podorythmie) et l’album à venir relance ses ambitions orchestrales. Dans ce contexte, les arrangements de Gabriel Schwartz complètent l’ensemble avec quatre instrumentistes supplémentaires (flûtes, sax sopranino, basson, clarinettes, claviers) et nécessitent une sonorisation délicate afin que ces très beaux  arrangements soient perceptibles, surtout dans les séquences les plus rythmées du répertoire au programme. Et puisque ce nouveau cycle vient à peine de débuter, des ajustements sont nécessaires et on peut déjà prévoir qu’Yves Lambert aura tôt fait de peaufiner tout ça. Quoi qu’il advienne, la majorité absolue de ses fans seront ravis par la proposition, n’y verront que du feu.

Serhiy Salov, un hommage à l’Ukraine

Dimanche midi, le premier concert au programme était donné par le pianiste ukrainien Serhiy Salov, établi à Montréal depuis exactement 10 ans. S’étant produit à maintes reprises sur les scènes montréalaises, le Québécois d’adoption avait reçu la commande d’un hommage à son pays natal dont on sait la souffrance quotidienne. Ainsi, il a joué des compositeurs ukrainiens, romantiques ou modernes, dont Mykola Lysenko, un contemporain de Liszt, ou encore Igor Naoumovitch Chamo et Miroslav Skoryk, ayant tous deux vécu au 20e siècle. Le pianiste jouera également la 12e étude de Chopin op 10, dont le pays d’origine jouxte l’Ukraine. Le compositeur avait écrit cette étude tempétueuse après avoir appris la reconquête de Varsovie ar les troupes russes pendant  l’insurrection polonaise de novembre 1830 contre les abus de la tutelle russe. Parallèle évident avec l’actuelle tentative russe de dominer l’Ukraine, il va sans dire, et tout à fait compatible au style intense de Salov, pour employer un euphémisme. « Dessert ou digestif », au programme, une chanteuse azérie  (qui fut réfugiée vu la guerre) s’est jointe au pianiste. Accompagnée de son hôte, la soprano Irane Ibragimli chantera ce requiem de guerre de Miroslav Skoryk, une pièce de circonstance dans le contexte de la guerre qui fait rage en Ukraine… et dont Serhiy Salov est un fier partisan.

The Lost Fingers 

On connaît The Lost Fingers depuis la décennie 2000, la dernière mouture remonte à 2014 : Valérie Amyot, chant, François « La Mitraille » Rioux, guitare solo,  Byron Mikaloff  guitare,   Alex Morissette, contrebasse. Inspirés à l’origine par le jazz manouche, The Lost Fingers ont construit un répertoire fondé à la fois sur la virtuosité guitaristique et un répertoire hybride entre jazz gitan et pop culture, ceci incluant de vivifiantes relectures de tubes tel Pump It Up. À l’évidence, le concept trouve encore preneurs, car la foule a fort bien réagi .

Lengaïa Salsa Brava, que calor!

Lengaïa Salsa Brava est un combo latin fondé à Montréal en  2012 par le tromboniste  guyanais Giany-Frantz Huyghues-Despointes. Comme Montréal, Lengaïa est multiculturel : ses membres proviennent de 7 pays différents : Guyane française, Cuba, Colombie, Pérou, Québec, Espagne et Venezuela, inutile d’ajouter que ses membres communiquent dans les trois langues qu’ils pratiquent au quotidien : français, anglais, espagnol. Conformément à l’instrumentation des  meilleurs orchestres latinos dans les 3 Amériques, cet ensemble est constitué de trois trombones et d’un saxophone baryton, d’une section de trois percussionnistes, d’un contrebassiste, d’un pianiste et de trois chanteurs. La vraie patente ! En 2023, Lengaïa a lancé un 3e album studio, Estética de un Rumbero dont le public de Tremblant a reçu en pleine gueule quelques vivifiants extraits. Salsa, rumba, guaguanco, cha-cha-cha, bachata, latin jazz et autres rythmes afro-latins propulsent carrément cette machine huilée au quart de tour. Qu’on ne s’y méprenne, Lengaïa n’est  pas un groupe latino de service, sous-produit d’une diaspora nostalgique. Il y effectivement de quoi être étonné par la qualité d’exécution de ces excellents musiciens, parfaitement soudés, inspirants pour les danseurs  de la Place Saint-Bernard où se trouve la scène principale au cœur du village piétonnier.

Résurrection de Diane Juster avec Angèle Dubeau et La Pietà


Chaque  Fête de la musique culmine, Angèle Dubeau et La Pietà intègrent à leur programme dominical un ou une invité.e de marque. Le 27 novembre, elle sera à la Maison symphonique avec un programme spécial, tout Philip Glass et Ludovico Einaudi, dont elle a joué quelques extraits devant une salle comble: côté Glass, Opening et le un mouvement de sa Symphonie no 3 pour cordes, côté Einaudi, Expérience et Choros. Avant quoi la Danse macabre de Saint-Saëns fut exécutée malgré une sonorisation quelque peu laborieuse et l’humidité qui impactait aussi les instruments – il faut dire que l’expertise en la matière de sonorisation de scènes extérieures pour des ensembles à cordes est rarissime, car ces formations classiques jouent généralement en salle, sans micros contacts. Vint ensuite la jeune prodige de 9 ans, Iza Kamnitzer, pour l’exécution de l’Hommage à l’Ukraine. Après les interprétations de la Rhapsodie roumaine d’Enescu et des deux titres d’Einaudi, une « grande dame de la  chanson », pour reprendre  l’expression d’Angèle Dubeau, nous est apparue. Diane Juster, que très peu de gens ont vue sur scène depuis de nombreuses années, a accepté de venir interpréter ses classiques, toutes des chansons de passion amoureuse : À ma manière, J’ai besoin de parler,Ce matin et l’incontournable Je ne suis qu’une chanson que Ginette Reno avait popularisée. À tout le moins instructive, cette plongée dans les années 70…

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