Après une longue nuit passée à écouter de la musique à la SAT, je me suis réveillé en me souvenant de ce que je pensais être un rêve.
IRL, alias Amanda Harvey, a ouvert le bal avec une ode à sa pratique d’écoute anthropocène : un enregistrement sur le terrain d’un paysage sonore océanique.
Immédiatement, les pensées vagabondes se sont estompées et réduites au balancement des vagues. Très lentement, alors que nous atteignions le niveau le plus bas de notre attention, nos oreilles se sont ouvertes dans l’attente des premières notes d’un pad chaleureux. Doucement mais sûrement, IRL a commencé.
Des profondeurs sous la surface de l’eau émergea un drone. Puis, alors que les motifs de son échantillonneur s’entremêlaient, des rythmes remplirent l’espace, créant ce qui semblait être un océan entre chaque note. Au-dessus, un clavier jouait doucement la symphonie d’un millier d’anges avec leurs cors. Elle était aiguë et aérienne, mais également ancrée dans l’espace. Se déplaçant d’avant en arrière, IRL faisait des pauses, écoutait, sentait la foule. La « performance » semblait secondaire par rapport à un désir de canaliser quelque chose de plus grand. Au fil du temps, le canal est devenu de plus en plus clair, et les parasites se sont transformés en une petite boule de peluche.
Derrière elle, on voyait ce qui semblait être des images tournées en 16 mm, dont le cadre se reconfigurait sans cesse, laissant place à l’imagination pour deviner quelle vie se cachait derrière ces taches floues de lumière. Il n’y avait ni sujet ni histoire, mais le thème était très fort. Il suscitait des images dans l’esprit et, associé à la musique, créait ce que Michel Chion a appelé l’illusion audiovisuelle. Nous voyions simultanément le son et entendions les images bouger à l’écran. Ainsi, ce que nous vivions dépassait les deux médias : une sorte de poème qui s’adressait aux profondeurs de la mémoire, à un rêve récurrent commun que nous n’avons pas encore fait. Sur les enregistrements sur le terrain et les bourdonnements profonds d’IRL, les images de mousse marine, de chaînes de montagnes désertes, de traînées de lave, tout cela s’est intériorisé en un tout. Et là, si l’on écoutait attentivement, on pouvait entendre les sans-voix.
Lors de notre entretien l’hiver dernier, alors qu’elle préparait son exposition Substrat, Amanda Harvey a longuement parlé de l’influence de l’écoute sur sa pratique artistique, et je me rends compte que je n’avais pas compris ce que cela signifiait jusqu’à hier soir. Sa musique s’apparentait davantage à une pratique de méditation sonore inspirée de Pauline Oliveros qu’à un concert classique, et son approche altruiste et expérientielle exigeait une présence physique, ce que les descriptions indirectes ne parviennent souvent pas à transmettre.
EAF est un aimant qui attire ces êtres uniques. Il y a beaucoup à dire sur l’influence croissante de cette série, et on a l’impression que la chrysalide a commencé à se fissurer. Pourtant, elle reste l’œuvre et l’apanage des artistes. De petites bulles issues des sous-cultures environnantes apparaissent régulièrement pour donner un peu d’air à cette formule exploratoire désormais familière, c’est-à-dire un engagement avec l’indéfini. Et ainsi, l’histoire continue, avançant vers le présent inexploré.























