Coup de cœur francophone | Trois femmes sur la Plaza

par Léa Dieghi

Trois femmes. Trois visions de la pop. Trois performances à l’énergie débordante.

Ce vendredi 14 novembre, c’est avec la prestation de Xela Edna, assisté de son acolyte Xius Écho, que le spectacle au Théâtre Plaza, situé sur la rue Saint-Hubert, a commencé. À l’occasion de l’édition 2025 des coups de cœur francophones, Xela Edna, Flèche love et Virginie B ont partagé un même programme. Un choix prémédité du festival, qui, après en avoir fait l’expérience, prenait tout son sens.

Derrière ses platines et autres machines, Xius Écho nous balance des productions électro-pop et dance-punk avec beaucoup d’énergie, tandis que les basses cassantes de leurs compositions s’enchaînent. Il avait le regard porté vers sa machine, mais aussi vers Xela Edna, le micro en main.

Habillée d’une tenue au look un peu sportif et de hautes bottes à talons, elle démarre la soirée avec ce style qui lui est propre. Brute et dramatique. Sur scène, elle incarne ce personnage de femme forte : ses pas retombent avec fermeté sur le sol, son corps danse, saute et court à travers l’espace. On la suit du regard, et on l’écoute de loin. Sa voix aiguë et un peu modifiée grâce à l’autotune accompagne ses mouvements et sa poésie chantée. Et petit à petit, la salle se remplit, et les corps se rapprochent. Entre les enregistrements antérieurs accessibles sur Bandcamp et la sortie de nouvelles chansons inconnues du public, le duo a su une fois de plus exceller dans son art : électriser l’auditoire et libérer toute l’énergie qui les anime.

Et si le duo signe une musique qu’il intitule « anti-guérison », c’est sur un thème opposé que Flèche Love continue la soirée : celui de la guérison.

Invitée cette fin de semaine à Montréal, l’artiste algérienne suisse, Flèche Love, a su nous offrir une prestation d’une sensibilité incomparable. Vêtue d’une robe traditionnelle amazigh, elle était entourée de deux danseuses masquées. C’est dans la douceur qu’elle a commencé sa représentation, divisée en plusieurs tableaux : la douleur, la guérison, la célébration.

Entre hybridation de pop occidentale et de mélodies nord-africaines, sa musique est imprégnée de récits autobiographiques. Elle nous confie même que parler d’elle-même et de ceux qui ont marqué son existence est en réalité un moyen de dépoussiérer ses souvenirs, dans une tentative d’exprimer son identité complexe.

À travers ses mots chantés en différentes langues (français, anglais, arabe), elle vient nous réchauffer de sa chaleur venue de loin, et le public embarque. Derrière moi, j’entends des soupirs et des expirations de satisfaction. En moi, je ressens ces expressions d’apaisement. Les longues notes de Flèche Love, chantées avec puissance, me touchent droit au cœur. Toutes ces histoires, qui s’inspirent d’elle, de sa famille encore vivante et de ses aïeux décédés, se terminent par un tableau de fête. C’est une ultime occasion pour que les trois femmes sur scène dansent avec nous.

Vient le dernier acte : celui de Virginie B. Dans la salle, on reconnaît immédiatement les Bébés, son fan-club le plus fidèle.

Et quand Virginie B apparaît, entourée de tout son groupe sur scène, l’ambiance bascule instantanément dans une grande fête où tout le monde danse. Elle nous demande si on est prêt, on lui répond en criant.

Elle enchaîne les morceaux sans temps mort aucun, avec une énergie un peu absurde et étrangement sensuelle. Elle incarne son personnage pop avec dérision, un mélange d’exagération et de jeu, dans une théâtralité qui lui ressemble bien. À notre tour de danser, de sauter et de chanter.

Si écouter Virginie B est une expérience un peu hors norme, la voir en concert l’est encore plus: surtout quand au beau milieu de son spectacle, elle brandit une épée face à la foule, s’amusant avec pendant qu’elle continue de chanter.

Entre sa bande sonore, son costume en argent et son épée, le design du jeu vidéo nous imprègne, ajoutant une touche de rêverie et de nostalgie légèrement nerd à son univers. On reconnaît ses influences, son humour, et cette autodérision qui fait partie de sa signature. On reconnaît aussi à quel point Virginie B est une interprète incroyable, au potentiel fou.

Pour terminer sa performance, elle décide de chanter Madone, hurlant à la foule « No m’importa » : Parce que, oui, finalement, ce dernier moment est l’occasion de se libérer, ou tout simplement de danser, de sentir et de s’accepter, tout en ignorant le reste.

Ce final, criant de liberté, retombe comme un clin d’œil : la pop peut être profonde, mais elle peut aussi être légère, drôle, exagérée — et incroyablement vivante.

Photo de Virginie B au Théâtre Plaza, tirée de son compte Instagram

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