Vendredi 23 octobre, le tandem formé de la violoncelliste Audréanne Filion et de l’artiste numérique Myriam Bleau se produisait pour la première fois devant public avec une œuvre fruit d’une collaboration encore toute neuve.
D’emblée, par rapport aux pièces des précédents participants, qui sont en fin de compte des fichiers numériques spatialisés avec un peu de bidouillage, on sentait cette fois-ci une tension, la présence de cette composante qu’est le danger, car les interprètes, elles, sans se jeter totalement dans le vide, ne bénéficiaient pas du même filet. S’il y a des choses qui sont préétablies, comme on est en temps réel, bien d’autres ne le sont pas et nécessitent de s’ajuster constamment et relèvent davantage du jeu, voire de l’impro.
La pièce présentée en grande première ce vendredi 23 octobre 2026 se composait de cinq sections aux ambiances distinctes qui s’enchaînaient. La première, passablement allegro, comportait un motif rythmique semblable à celui d’un galop de cheval. La seconde un brin plus modérée voyait Audréanne fouetter avec ardeur les cordes de son violoncelle et en tirer des sonorités dissonantes, trafiquées ensuite par l’arsenal électronique de Myriam, puis réinjectées dans le nuage sonore.
Au début, l’auditeur essaie de comprendre un peu comment fonctionne l’interaction et la rétroaction entre le violoncelle et l’électronique, mais avec tous ces traitements de signal, ces utilisations de sampling, d’algorithmes, de parties aléatoires et que sais-je encore, il est rapidement dépassé.
C’est un peu comme lorsqu’on assiste à un numéro de prestidigitation. On sait qu’il y a des trucages, mais puisqu’on ne les connaît pas, on se laisse joyeusement mystifier par l’illusion. Aussi, durant les trois dernières sections, où la cadence a encore été réduite, j’ai arrêté de chercher à comprendre pour simplement me laisser bercer, emporter – et tout aussi joyeusement mystifier – par les univers sonores créés. Et comme les mécanismes employés pour ce faire sont passablement élaborés, je ne me suis pas ennuyé.
Au final, le résultat ? Tout n’était peut-être pas encore au point, bien évidemment, c’était la première, l’œuvre présentée est en chantier et a certes encore besoin d’ajustements, mais, quand ç’a été fini, ma première réaction a été « Déjà ! ». Si l’appétit vient en mangeant, ce que j’ai entendu me l’avait ouvert, l’appétit, et j’en aurais pris encore volontiers. À suivre.
Photo: Caroline Campeau























