Je me fraye un chemin à travers la foule dense et en sueur de jeunes ivres. Certains me laissent passer sans trop de problèmes, d’autres m’obligent à m’arrêter pour leur expliquer que je suis journaliste et que j’essaie simplement d’atteindre la fosse photo. Ils m’autorisent à contrecœur à poursuivre ma marche répugnante vers l’avant de la salle. Je me sens complètement vieux dans cette mer de jeunesse (pour information, j’ai 27 ans). Lorsque j’arrive au pied de la scène, je me retourne et vois le MTelus bondé de gens qui brandissent leurs téléphones en prévision de l’entrée en scène de 2hollis. J’imagine à quel point cela doit être horrible d’avoir autant de regards et d’objectifs d’iPhone braqués sur moi. Sur fond d’un tigre blanc géant en trois dimensions, 2hollis fait son apparition sur scène. La simplicité de sa tenue, qui contraste avec sa grande taille et ses cheveux incroyablement blonds, le fait ressembler à la fois à un ange et à un extraterrestre. Le trait d’eyeliner noir sous ses yeux trahit son aura imposante et révèle qu’il s’agit d’un garçon humain.
Une juxtaposition s’opère rapidement entre un public qui enregistre chaque instant du spectacle et qui se déchaîne simultanément. Cela semble tout à fait logique, étant donné l’origine profondément numérique de 2hollis, qui a explosé sur TikTok tout en réussissant à rester étonnamment anonyme. Sa musique rend hommage à l’héritage de l’hyper pop caucauphène et du cloud rap mélancolique qui l’ont précédé, tout en continuant à affiner cette fusion pour en faire une méditation dangereusement dansante sur les grandes émotions.

La foule devient tellement agitée que 2hollis interrompt son set au moins cinq fois pour demander au public de reculer. Une telle intensité n’est pas rare dans le genre rage, mais le souci de la sécurité du public est rafraîchissant.
Dans l’ensemble, la performance musicale elle-même est assez classique pour un artiste proche du cloud rap, un artiste solo armé uniquement d’autotune et d’une bande-son. Cependant, c’est l’incarnation de 2hollis qui m’a marqué. Le regarder sur scène, c’était comme apercevoir quelqu’un qui danse seul dans sa chambre. Intimiste, fugace et imprudent. L’authenticité de ses mouvements semble pertinente pour son public, principalement composé de membres de la génération Z, qui ont grandi à l’ère du tout-en-ligne, où s’exprimer avec un tel abandon risque de paraître ridicule.

Parmi les moments marquants du concert, on retiendra notamment son interprétation de « cliché », qui m’a fait verser une larme en voyant un couple danser sur cette chanson à côté de moi. L’intensité de « poster boy » m’a donné l’impression d’être un morceau de roche transformé en diamant sous l’effet de la chaleur ambiante, de la pression des corps autour de moi et des lumières clignotantes. Après des mouvements incessants et une ambiance survoltée, 2hollis nous surprend tous avec son seul morceau acoustique, « eldest child ». À ce moment-là, 2hollis est tout autre chose ; il est plus qu’un mystérieux intermédiaire pour certaines des chansons les plus dansantes de notre génération. Sans autotune, c’est un musicien talentueux avec une voix, une voix humaine unique. Tout au long du concert, je suis sans cesse rappelé à l’humanité qui règne dans la salle et sur scène. Je m’en voudrais de ne pas mentionner son rappel, au cours duquel il a joué et rejoué trois fois son tube « jeans ». Peu importe ce que les gens en disent, c’était génial.
Je suis sorti du concert avec un sentiment d’optimisme envers la moitié la plus jeune de ma génération, convaincu qu’il existe encore un profond désir de bouger et de ressentir. Que nous voulons toujours bouger intensément et ressentir profondément ensemble. Longue vie à la rage.
Photos par Jake Friesen























