J’ai rarement vu le MTelus aussi plein à craquer. Et c’était majoritairement la communauté guinéenne qui a répondu présente à l’hommage au « Baobab de Nuit » le Grand Lamine Touré. Et pour l’occasion, un line up d’artistes populaires en Guinée et ailleurs était prévu au programme, chacun attirant son fan club et rendant la fête grandiose.
À l’animation, la chanteuse et animatrice brésilienne Bïa a su animer la foule pendant qu’un house band de musiciens exceptionnels ont sublimé la soirée.
Après quelques discours de plusieurs officiels venus tout droit de Guinée pour cet hommage, le premier artiste programmé est arrivé sur scène acclamé par les jeunes dans la salle. Il s’agit de Degg J, qui a débuté en force, chaque chanson étant plus populaire que la précédente. L’énergie a suivi en crescendo culminant avec un morceau que tout le public connaissait par cœur, mêlant parfois dance hall ou encore des rythmes latins à son répertoire.
Entre les performances, Bïa a même eu le temps de faire chanter le public en portugais, le temps que les musiciens fassent leur installation pour l’artiste guinéenne et sierra-léonaise Sia Tolno. Débutant avec le morceau « L’homme qui vient de loin », qui faisait quelque peu référence à Lamine Touré, elle a ouvert le bal avec une signature de blues africain tout en nous partageant ses talents de danseuse. « Comme partout dans le monde, on demande l’unité », affirme-t-elle entre deux chansons. Elle en profite pour rajouter un solo à couper le souffle du guitariste sénégalo-malien Amady Sidibè que tout le monde s’arrache à Montréal, ce qui a particulièrement plu à l’audience qui attendait ses moments forts tout au long de la soirée.
Mais c’est l’arrivée sur scène de AK qui m’a particulièrement surprise puisqu’il était accueilli telle une icône. Je pourrais le comparer à une version guinéenne de Tayc, vu son style de musique et son côté lover. Très populaire chez les jeunes, particulièrement la gente féminine, il a mis le feu au MTelus, faisant chanter le public sur chacun de ces morceaux. Plusieurs de ses chansons sont des hits, allant même jusqu’à rajouter du mbalax made in Senegal à son répertoire. Je sens que cet artiste reviendra à Montréal pour un plus long concert, si l’on se fie à l’effet qu’il a eu sur ses fans.
La dernière performance, celle que plusieurs attendaient, était bien entendu le couple légendaire Soul Bang’s et Manamba Kanté, mais avant cela, la grande diva Oumou Sangaré, qui a ouvert la 40ème édition est apparue sur scène pour honorer M. Lamine Touré. Accompagnée par les Hauts-dignitaires venus du Mali, la co-fondactrice du festival Suzanne Rousseau et des artistes telles que Djely Tapa, ce monument de la musique africaine a reçu la plus haute reconnaissance à travers des discours, des cadeaux, un cadre, pour souligner son énorme contribution.
Et c’était partie pour une dernière performance haute en couleurs, alliant le répertoire de Soul Bang’s et celui de son épouse Manamba Kanté, pour nous offrir un medley de leurs plus grands succès. Alors que l’un soutient l’autre, selon la chanson en question, c’est lors de leur rapprochement sur scène que l’on pouvait noter la complicité entre ces deux artistes. Alors que Manamba et sa voix unique résonnait dans la salle de spectacles, Soul Bang’s nous charmait avec ses improvisations, parfois en anglais, et son énergie contagieuse. Ensemble, ils ont partagé des chansons parlant des femmes, d’amour, de combat, mêlant tradition et modernité, à travers les rythmes guinéens et le dance hall par moments. Ils ont également rendu hommage au papa de Manamba, feu Mory Kanté dans la reprise de « Yeke Yeke », moment fort de la soirée.
Le « Baobab de Nuit » a sûrement ressenti cette reconnaissance venant de ses pairs à Montréal et en Guinée lors de cette soirée hommage, même s’il est habitué à rester dans l’ombre. Mais lorsqu’on a bâti un festival qui célèbre ses 40 ans, on ne peut plus rester dans l’ombre, il faut accepter de se faire célébrer.























