Cette seconde soirée de Jazz@Vue a commencé sous de bons auspices: la vénérable et magnifique salle du Théâtre Outremont était beaucoup plus remplie que la veille. En passant, ceux qui n’étaient pas là le 29 devraient entretenir des regrets, comme le souligne ma critique sur ce site.
Ce deuxième soir nous a amené dans un espace jazz complètement différent du premier. Le trio de Emie R Roussel a mis la machine en marche. Un jazz cinématographique, accessible, avec une forte impulsion rythmique. On pourrait être tenté de parler de jazz fusion, mais, personnellement, je n’adhère pas. C’est d’abord du jazz, avec quelques influences électriques.
Parfois, on pense au GoGo Penguin des débuts, on croit entendre Lyle Mays ou le trio suédois E.S.T. Mais le trio a sa propre personnalité, après 15 ans et six albums.
Le trio nous a d’ailleurs présenté son nouveau né, TERR, dans son intégralité tout en changeant l’ordre des pièces. Sur scène, l’improvisation occupe un peu plus de place que sur disque. Et c’est très bien. Par ailleurs, on retrouvait sur scène l’exceptionnel batteur Kevin Warren, qui sait si intelligemment mélanger les grooves jazz et rock, en remplacement de Dominic Cloutier. Il ne faut pas ici y voir une critique de Dominic.
Emie R Roussel a développé un art de la mélodie, s’inspirant autant de Satie que des pianiste jazz les plus contemporains. Cela s’écoute particulièrement bien dans les ballades comme Trois Lunes. Cinématographique, vous ai-je dit. Elle ne donne jamais dans le torrent de notes, ce n’est pas son adn. Elle joue de plus en plus du synthétiseur analogique, c’est encore une expérience en développement, sur scène.
Nicolas Bédard, qui a déjà joué dans des groupes funk, soude le tout avec sa basse électrique, tout en ajoutant quelques solos déjantés, dans les aigus de son instrument, qu’il semble vraiment apprécier.
Au fond, il est facile de comprendre pourquoi cette proposition séductrice connaît un certain succès à l’international. Ça s’écoute bien. J’ai cru comprendre que, pour ce public d’abord venu pour entendre Yves Léveillé, a découvert un jeune groupe à suivre. Il ont six albums derrière eux, mais ils sont toujours dans la trentaine.
Yves Léveillé est un vieux routier du jazz québécois, faisant preuve d’une grande polyvalence. Il est également un des organisateurs de Jazz@Vue. Et nous pouvons l’en remercier.
En ce 30 octobre, nous avons assisté aux retrouvailles du pianiste et arrangeur québécois avec l’accordéoniste français Daniel Mille. La première fois, cette collaboration s’était produite en 2022. Nous avons encore baigné dans une musique un brin cinématographique, mais totalement différente.
Le concert à débuté par Après la Pluie, une composition de 2005 de Daniel Mille. Sommes nous dans un bordel de Buenos-Aires? Dans les bas fonds de La Havane? Au milieu d’une nuit parisienne? Un boléro ou un tango qui glisse doucement dans le jazz. Et c’est parti.
Une musique langoureuse, vaporeuse, rêveuse. Nous nous sommes rendus dans une place du quartier du Marais à Paris, dans l’Argentine de Astor Piazzolla, dans une cour d’école du sud de la France ,dont nous avons entendu un véritable enregistrement; tout en voyageant aussi chez nous, à travers les compositions de Yves Léveillé.
Le quartette de Yves Léveillé est constitué de vieux complices, qui savent se fondre dans l’énergie du groupe, sans jamais, ou presque, émettre une note inutile. Pierre Tanguay à la batterie, Guy Boisvert à la contrebasse, et Frank Lozano aux saxophones, qui nous a gratifié de quelques solos bien sentis.
Yves Léveillé a arrangé le tout, de façon impeccable. Comme pianiste, il ne donne pas dans la grande versatilité. Mais chaque note est au bon endroit…
Amateur de jazz qui en écoute beaucoup bien que profane, j’étais enfoncé dans mon siège, avec un verre de vin blanc. Et je me sentais très bien. Cela semble avoir aussi été le cas de la grande majorité du public.
Du jazz cinématographique en deux temps. Une belle soirée.
Ça recommence ce soir, avec un autre trio québécois et un duo franco-brésilien. Mais je vais laisser la chance à un autre collègue de vous en parler.























