Au premier soir d’Akousma, soit le mercredi 21 octobre ans une Usine C remplie à plein capacité, le jeune compositeur Alex Brisson, récipiendaire du premier prix au concours de composition JTTP 2026, nous présentait A a Ba A ɓA Bɐ, une œuvre acousmatique au caractère distinct : avait pour argument premier la synthèse rétroactive, communément appelée feedback.
Comme il est mentionné dans sa note de programme, cette technique est particulièrement intéressante pour la génération d’objets sonores aux spectres riches. J’ai pu moi-même observer, au cours de mon propre passage à l’Université de Montréal, la hausse de popularité du détournement de dispositifs à des fins de génération de sonorités excentriques. Que les machines soient de nature numérique ou analogique, le compositeur y trouve un malin plaisir à y extirper de riches et abrasives textures sonores. Hors des cercles académiques, ces techniques ont permis la prolifération de genres musicaux tels que le harsh noise, pensons par exemple aux artistes japonais Merzbow et Boris.
Toutefois, le parti pris esthétique est tout autre avec A a Ba A ɓA Bɐ. Les matières sonores constituant la pièce l’Alex échappent aux morphologies typiques du genre noise. Sculptées puis agencées avec soin, elles permettent une richesse du timbre et de finesse, non sans rappeler un des pionniers de la synthèse rétroactive sur console de mixage, Toshimaru Nakamura, qui lui-même composait une musique minimaliste et épurée à partir de ses farouches matériaux.
Avec Alex comme c’est le cas avec Nakamura, on retrouve le caractère emblématique de la synthèse rétroactive dans les comportements erratiques des matériaux plutôt que dans leur sonorité abrasive. Et encore, comment nous est-il possible d’affirmer que ces comportements ne sont pas le résultat d’un montage minutieux ?
Hormis la qualité des matériaux de base, la force de cette pièce ne réside-t-elle pas en grande partie dans cette grande minutie à l’orchestration ? Provocant des « stases, des phrasés, des suspensions et des surprises », les objets sonores variés se relaient et maintiennent inlassablement le niveau d’énergie tout au long de l’œuvre. L’équilibre règne : de par une excellente gestion des contrastes dynamiques ainsi que par une structuration formelle balancée. L’écoute ainsi constamment renouvelée, entretenue, l’auditeur peut se laisser transporter dans un monde peuplé de sonorités tout à fait abstraites, dénuées de sens ou de renvoi anecdotique. L’immersion est véritable, du début à la fin.
Un peu plus tard dans le programme, nous avons eu la chance de recevoir la visite de la compositrice britannique émérite Manuella Blackburn. Cheffe de classe en termes d’écriture pointilliste dite « microscopique », Blackburn ne cesse d’inspirer les jeunes générations de compositeurs-trices à entrer dialogue plus étroit avec leurs matériaux compositionnels. Pour cette première soirée d’Akousma, elle nous a fait le don de présenter quatre pièces. Avec A a Ba A ɓA Bɐ, Alex Brisson aura su mettre la table pour cette vingt deuxième édition du festival.























