Dans le dôme de haut-parleurs assemblé à l’Espace C pour la 22e édition du festival Akousma, la compositrice britannique Manuella Blackburn a présenté quatre œuvres acousmatiques qui révèlent la richesse insoupçonnée des sons du quotidien. Reconnue dès les premières sonorités de Home Truths (2023), sa signature conjugue une précision compositionnelle remarquable à une expressivité chaleureuse, où les motifs répétitifs, les jeux rythmiques et les textures finement ciselées oscillent entre calme hypnotique et agitation frénétique.
Les deux premières pièces explorent la matière ordinaire sous des angles contrastés. Home Truths transforme les interruptions de la vie domestique en événements musicaux, faisant des ruptures et des silences les ressorts d’un jeu sonore tantôt espiègle, tantôt imprévisible. Avec Microplastics (2021), Blackburn alterne entre des séquences harmoniques suspendues et des enchaînements rythmiques de sons issus de matières plastiques. La richesse de ces textures donne une présence presque tangible à l’infiniment petit, tout en évoquant l’ampleur de la catastrophe écologique qu’elles représentent.
Après l’entracte, Landline (2018) fait ressurgir la mémoire affective du téléphone fixe, objet familier aujourd’hui presque obsolète. À travers ses sonneries, ses tonalités et ses manipulations, Blackburn en déploie la richesse timbrale dans une composition où les motifs sonores acquièrent une qualité à la fois ludique et nostalgique. Le travail sur les hauteurs confère à ces sons une dimension mélodique qui nourrit leur pouvoir évocateur. Enfin, Train of Thought (2025) transpose les détours de la pensée en une succession de trajectoires inachevées, de changements de direction et de collisions avec le silence. Entre mouvement perpétuel et interruptions abruptes, la pièce traduit musicalement la difficulté de maintenir son attention et de mener une idée jusqu’à son terme.
D’une pièce à l’autre, Blackburn compose ainsi une poétique de l’attention à l’ordinaire. En révélant les propriétés acoustiques, affectives et parfois politiques d’éléments négligés, elle nous invite à écouter autrement notre environnement et à découvrir, derrière les sons les plus familiers, des univers insoupçonnés.
Crédit photo: Caroline Campeau























