Yves Jarvis et Mustafa récompensés au 20e Prix Polaris

par Marc-Antoine Bernier

Selon la communauté Polaris, Yves Jarvis est le créateur de l’album canadien de l’année , All Cylindres, et Mustafa est l’auteur-compositeur-interprète de Gaza Is Calling, la chanson canadienne de l’année.  Le gala Polaris 2025 s’est tenu mardi soir au Massey Hall de Toronto, marquant la 20e édition de ce prix  qui récompense annuellement la meilleure musique canadienne, sur la base exclusive du mérite artistique et de l’évaluation experte. Présentée par la CBC, la soirée s’est déroulée de 20 h à 23 h, trois heures d’alternance entre remises de prix et performances des finalistes.

Performances contrastées

C’est la Montréalaise Marie Davidson qui a ouvert la soirée avec Sexy Clown, tirée de son album City of Clowns, en nomination sur la courte liste. Seule derrière sa table de mixage, elle a livré une performance brute et théâtrale, comme elle seule sait le faire. Le musicien originaire de Gatineau Yves Jarvis lui a succédé avec un set psychédélique et évolutif, passant d’élans rock à des moments plus soul et contemplatifs, montrant déjà l’ampleur de son univers sonore avant même l’annonce du palmarès.

La programmation a ensuite fait voyager le public à travers une mosaïque de genres. Le duo Bibi Club a offert une pop indie teintée de post-punk, avec Le feu et Shloshlo, soutenu par des visuels en boucle et la voix claire d’Adèle Trottier Rivard.

La Torontoise Saya Grey a amorcé son passage avec Hell (Of A Man), livrant un folk intimiste accompagné de son groupe, d’abord à la guitare acoustique, puis en délaissant l’instrument pour habiter davantage la scène avec Lie Down.

Changement de registre avec les OBGMS, dont l’énergie punk-rock s’est mêlée à des passages gospel. Dans leurs tenues blanches, accompagnés de projections de la Terre en flammes, ils nous ont fait passer un moment de rage collective et viscérale.

 Du côté montréalais, Ribbon Skirt a imposé un rock autochtone nerveux et tendu, porté par la chanson Off Rez et l’esthétique post-punk de sa soliste.  Les musiciens du groupe n’ont cessé de se déplacer sur scène, comme si l’immobilité figeait l’âme dans le ciment.

La chanteuse torontoise Nemahsis a ensuite adouci l’atmosphère avec sa pop alternative mélancolique, notamment sur You Wore It Better, portée par une voix aérienne et des arrangements épurés.

Puis, Population II a plongé la salle dans une transe psychédélique avec La Trippance, un morceau de rock progressif rallongé pour l’occasion, soutenu par des stroboscopes,  des riffs effrénés et même un Vive le Québec libre bien senti.

Pour conclure, Lou-Adriane Cassidy, éclairée d’une lune rouge projetée derrière elle, a offert une performance envoûtante et électrisante avec Dis-moi, dis-moi, dis-moi et Journal d’un loup-garou, refermant la soirée sur une note intense.

Nouveaux et anciens lauréats

Le gala a introduit cette année un Prix de la chanson de l’année, doté d’une bourse de 10 000 $ par la SOCAN. La récompense a été attribuée à Mustafa pour Gaza is Calling. Le chanteur torontois, seul artiste absent de la soirée, n’a pas pu récolter son prix sur place.

En clôture, le Prix de l’album de l’année a été remis par Haviah Mighty à Yves Jarvis pour son cinquième disque (All Cylinders), paru à l’hiver dernier. Anciennement connu sous le nom d’Un Blonde, l’artiste maintenant établi à Montréal est reparti avec une bourse de 30 000 $. Il succède à Jeremy Dutcher, lauréat en  2024.

Deux autres distinctions ont souligné le patrimoine musical canadien. Le Prix Patrimoine Polaris, qui récompense des albums parus avant la création du prix en 2006, a été décerné pour la première fois en direct : le jury a retenu The Speckless Sky (1985) de Jane Siberry, tandis que le public a choisi Grab That Gun (2004) de The Organ.

Enfin, les organisateurs ont profité de cette édition anniversaire pour annoncer le lancement d’un nouveau portail de soumission accessible sur leur site web. Cet outil permettra désormais aux artistes de partout au pays de présenter directement leurs albums au jury du Polaris, simplifiant ainsi l’accès au processus de sélection.

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