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Robbie Shakespeare O.D. : 27 septembre 1953 – 8 décembre 2021

par Richard Lafrance

Avec son compère de longue date Sly Dunbar à la batterie, le bassiste Robbie Shakespeare formait The Riddim Twins, reconnue comme la section rythmique suprême du reggae des 50 dernières années. Son décès, de problèmes rénaux à 68 ans mercredi dernier à Miami, où il résidait depuis quelques années, met en lumière les périodes charnières qui ont défini la musique jamaïcaine contemporaine depuis les années 70, et dont il était l’un des principaux architectes.

À l’adolescence, après s’être essayé à la guitare, puis à la batterie, il développa une fascination pour le son de la basse électrique d’Aston « Family Man » Barrett, alors membre de la formation The Hippy Boys qui traînait souvent dans sa cour, voisine d’un centre de distribution de ganja très prisé des musiciens de Kingston Est. Barrett accepta de lui enseigner sa technique et Shakespeare entreprit d’accompagner les frères Barrett – « Fams » et son batteur de frère Carly – en studio aussi souvent que possible. Il assurait le montage et démontage de la batterie, tout en observant son jeu de basse. Plus tard le soir, Fams lui enseignait plus précisément, chez lui, les lignes de basses déployées au cours de la session quotidienne. Vers 1972, quand Family Man quitta les Hippy Boys pour se joindre aux Upsetters, Shakespeare le remplace et s’engage également auprès du groupe The Revolutionaries, le groupe maison du mythique studio Channel One, duquel il sera l’un des architectes sonores principaux en développant le son « Rockers ». L’année suivante, au club reggae Tit For Tat, il fait la rencontre du batteur Lowell « Sly » Dunbar, monte sur scène avec lui pour quelques morceaux et scelle ainsi une collaboration qui s’étirera sur plus de cinq décennies.


The Riddim Twins, en demande par tous les grands producteurs de l’époque, dont particulièrement Bunny Striker Lee qui les fait accompagner ses artistes fétiches comme Cornell Campbell, Johnny Clarke, Linval Thompson et Barry Brown sous le nom The Aggrovators, bourlinguent quelques mois en tant qu’agents libres, pour ensuite former leur label et maison de production Taxi Gang en 1979. Leur première production, Gregory Issacs avec Soon Forward, sera un immense succès et leur attirera les stars du moment, dont Dennis Brown, Sugar Minott, Augustus Pablo et Barrington Levy. Cette popularité immédiate amènera donc le duo à accompagner les artistes jamaïcains les plus en vue de l’époque, en plus d’artistes internationaux qui débarquent en Jamaïque ou aux studios Compass Point aux Bahamas – Chris Blackwell, propriétaire d’Island Records et du studio, les nomma « groupe d’accompagnement maison » (Compass Point Allstars) –  pour enregistrer avec eux : on pense entre autres à Mick Jagger, Bob Dylan, Yoko Ono, Jackson Browne, Carly Simon, Joe Cocker, Cindy Lauper, Grace Jones, Sting, Britney Spears et, évidemment, Serge Gainsbourg.


À l’aube des années 80, après la mort de Bob Marley, Sly & Robbie développent un son et une image inspirée de la culture du rock, qui propulsera le trio vocal Black Uhuru à une renommée mondiale et leur procurera un Grammy en 1985 pour l’album classique Anthem; ils en récolteront deux au total, avec onze nominations, ainsi qu’une tournée en première partie des Rolling Stones. Le Taxi Gang n’est pas en mal de tournées non plus : en compagnie de Yellowman, Ini Kamoze et Half Pint en 1986, les Riddims Twins écument la planète et renouvelleront la proposition avec Michael Rose, Johnny Osbourne et Bitty McLean dans les années 2000.

Au début des années 90, le duo introduit Murder She Wrote, de Chaka Demus et Pliers et sa reprise de Bam Bam de Pliers, empruntée à la chanson gagnante du tout premier Festival de chanson jamaïcain de Toots & The Maytals en 1966, qui sera échantillonnée copieusement jusqu’à nos jours. Toujours très actif, le duo proposait cette année même son plus récent opus à saveur expérimentale, Red Hills Road, sur l’étiquette française Tabou.

On estime que Sly & Robbie ont joué ou produit près de 200 000 chansons en carrière! L’an dernier, le magazine Rolling Stone décernait la 17e place des meilleurs bassistes de tous les temps à Robbie Shakespeare. Voici ce que le premier ministre jamaïcain Andrew Holness a tweeté ce matin : « On se souviendra de lui pour sa contribution remarquable à l’industrie de la musique jamaïcaine. »

(photo : gettyimages)

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