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Deux Charles, deux mondes, une amitié

par Alain Brunet

PAN M 360 vous offre une première rencontre croisée, c’est-à-dire le pianiste Charles Richard-Hamelin et le beatmaker et compositeur Charles-David Dubé, deux musiciens apparemment issus de deux mondes distincts, étanches… qui ne le sont pas autant qu’il n’y paraît.

Depuis la nuit des temps, les cultures musicales s’entrecroisent et défient tous les cloisonnements érigés par les humains les plus bornés mais… Il est encore permis de croire que le monde classique occidental reste fermé sur lui-même et que les communautés non classiques restent peu enclines à s’ouvrir aux grandes œuvres de lignée occidentale.  

Vraiment? Rien n’est moins sûr.

À titre d’exemple éloquent, PAN M 360 vous suggère le récit de cette amitié sincère et durable entre le pianiste Charles Richard-Hamelin et Charles-David Dubé alias Le Havre, compositeur/beatmaker/réalisateur du groupe BAAB et partenaire de la chanteuse Mariève Harel-Michon que notre collègue Elsa Fortant a interviewés pour la sortie récente de l’album Rédactions tranquilles lisez son texte ICI.

On y verra que l’amitié sincère entre artistes d’horizons différents se fondent sur une ouverture à l’autre et à une compréhension mutuelle des langages musicaux. Que le chemin vers la musique classique peut s’entrelacer d’autres expériences et s’en nourrir. Et que ça peut être idem dans l’autre direction.

PAN M 360 : Charles Richard-Hamelin, tu as chaleureusement suggéré l’écoute de BAAB, dont les membres sont des amis proches. Charles-David Dubé, tu nous en apprendras de ton côté sur tes liens avec Charles et ses musiques de prédilection. Messieurs, racontez!

CHARLES-DAVID DUBÉ : On se connaît depuis 2008. On avait fait connaissance sur la plateforme MySpace – supplantée depuis par Bandcamp et Soundcloud. Je ne me souviens plus exactement, on a un débat là-dessus au moins une fois par an, je ne sais plus qui a écrit à qui… c’est peut-être moi finalement (rires).

CHARLES RICHARD-HAMELIN : Je finissais alors mon DEC au cégep de Joliette, j’y étais le seul étudiant en piano classique. Il y avait une trentaine de guitaristes électriques, une quinzaine de batteurs, etc. J’étais inscrit là parce que je viens de Joliette et mon prof que j’avais depuis l’âge de cinq ans y enseignait. Alors c’était naturel et simple pour moi d’y rester afin de poursuivre avec lui.  

 Avec des amis, j’avais fondé le Suprême Quartet De Luxe, claviers, guitare, basse, batterie. On jouait des compositions de mon cru, quelque part entre  rock progressif et jazz fusion. Au concours Cégep en spectacle en 2008, on avait même gagné une tournée en France. J’avais alors monté une page MySpace avec des maquettes de ma musique, il y avait aussi un vidéo du band et une autre où je jouais du Prokofiev. C’est ce que Charles-David avait repéré. 

CHARLES-DAVID DUBÉ : Ton band,  surtout toi et ton batteur Olivier Bernatchez qui est devenu mon ami et proche collaborateur, m’avaient impressionné.  Je voulais alors travailler avec des instrumentistes plus calés. 

PAN M 360 : Quels étaient vos goûts musicaux à l’époque de vos premières rencontres ou même avant ?

CHARLES RICHARD-HAMELIN : À l’école secondaire comme au cégep, je m’étais vraiment intéressé au rock progressif. J’avais commencé par Gentle Giant, pour les rythmes et les influences médiévales, ça m’avait mené ensuite vers Yes, Genesis, puis Return to Forever, Weather Report, le jazz fusion. Ce n’était pas la musique de mon temps, mais ça m’avait accroché.

CHARLES-DAVID DUBÉ : Moi, j’étais à fond dans Zappa. Le prog, ce n’était pas tellement mon truc mais chez Zappa il y avait quelque chose de différent, un côté populaire, des chansons, de l’humour absurde, un esprit rock. Mais il y avait aussi du jazz, des musiques orchestrales, des musiques expérimentales de la musique contemporaine. Pendant deux ans, je n’avais écouté que ça!  Alors que le prog était pour moi un peu trop scolaire. Et pourtant… j’ai été attiré par la musique de Charles (rires)

CHARLES RICHARD-HAMELIN : En fait, je n’étais pas en phase avec la musique actuelle de mon adolescence, j’écoutais du prog des années 70, puis du jazz fusion. Corea, Hancock etc. Charles-David, tu m’as alors allumé sur autre chose, je ne connaissais même pas Radiohead! Tu m’as fait écouter Kid A et Amnesiac, ça m’a ouvert la porte à tant de musiques. 

CHARLES-DAVID DUBÉ : Après ma période Zappa, j’ai écouté tout ce que je pouvais écouter. Le jazz faisait déjà partie de mon son. La musique classique?  Je suis plus dans le jazz que dans la musique classique, Mozart, Beethoven et cie c’est moins mon bag mais j’apprécie vraiment. Oui j’ai fait un bout dans le monde de Charles, il m’a fait découvrir tellement d’oeuvres qui m’ont marqué, je pense entre autres à Scriabine, Stravinsky, Prokofiev, Dutilleux et même Chopin que je n’aurais jamais pensé apprécier à ce point. J’adore!  Encore très souvent, Charles, Oli et moi, on se parle de ce qu’on écoute. Je suis toujours content de découvrir, bien que je ne sois pas toujours réceptif à certaines musiques. Mais dans d’autres phases, je suis vraiment prêt à m’y abreuver.

PAN M 360 : Après votre rencontre virtuelle, une vraie collaboration s’ensuivit pendant un moment. Racontez!

CHARLES  RICHARD-HAMELIN : Tu partais alors un projet qui a quand même duré longtemps, qui s’appelle Le Havre et dont j’ai été le claviériste en déménageant à Montréal pour y poursuivre mes études à McGill. Pendant ces trois années, je faisais partie du projet de Charles-David, tout comme le  batteur de mon groupe, Olivier Bernatchez. Les trois premières années à Montréal, j’étais donc dans Le Havre, puis je suis parti étudier  deux ans à Yale. J’ai alors dû quitter le groupe qui a changé par la suite.  En 2015, ma carrière classique a vraiment décollé et je n’ai plus eu le temps de mener d’autre projets de ce type. Oli, lui, est resté proche collaborateur de Charles-David dans le projet Le Havre, comme l’est Mariève Harel-Michon, chanteuse de BAAB. Mais on est restés full proches, je revenais régulièrement à Montréal pour voir ma blonde et mes amis, dont Charles-David, Mariève et Oli. Depuis le début de la pandémie, on se fait des appels zoom, on s’est vus dans ma cour lorsque c’était permis. 

CHARLES-DAVID DUBÉ : Charles est toujours dans le décor. Charles, tu restes mon filtre obligatoire, tu es toujours parmi les premiers à écouter mes nouveaux enregistrements. Je te vois plus comme un allié qu’un critique. Je ne m’attends vraiment pas à ce que tu me démolisses, tu es un coussin pour moi. 

CHARLES RICHARD-HAMELIN : Et nous sommes allés ensemble au Japon ! J’y suis allé 6 fois en tournée et j’ai dit à Charles-David et Oli qu’il leur fallait absolument venir avec moi. C’est malade, tellement trippant. J’ai donc arrangé ça à l’avance et nous sommes allés ensemble.

CHARLES-DAVID DUBÉ : Lors d’une interview donnée par Charles là-bas, nous étions dans la même pièce avec Charles et les journalistes, full jetlag, et nous avions eu un méchant fou rire haha!

CHARLES RICHARD-HAMELIN : Ce n’était pas très professionnel, mais c’était quand même très drôle! Ce fut une belle expérience que j’ai pu partager avec mes amis.

PAN M 360 : La carrière de Charles est connue,  médiatisée, nous connaissons sa remarquable trajectoire. Apprenons-en maintenant côté Charles-David. 

CHARLES RICHARD-HAMELIN : Depuis longtemps, je suis un fan fini de ce que Charles-David fait. Ça a pris toutes sortes de directions. Il faut écouter ses projets Le Havre sur Bandcamp.

CHARLES-DAVID DUBÉ : Le projet BAAB est plus soul, pop, électro, avec une petite touche de jazz.  Je suis autodidacte, je ne lis pas vraiment la musique, je ne me considère pas musicologue non plus. Tout ce qui entre dans mes oreilles a une couleur et de l’importance. Ce n’est peut-être pas à moi de le dire mais à toi Charles; tu entends peut-être des influences classiques, dans certaines de mes progressions d’accords, de mes choix mélodiques.

CHARLES RICHARD-HAMELIN : C’est ce que j’aime beaucoup dans ta musique. Je suis entouré de monde du milieu académique, qui ont étudié la musique et la théorie. Mais j’aime aussi l’idée de l’apprentissage autodidacte. Frank Zappa, était autodidacte et il a poussé très loin son affaire sans passer par les écoles. Il a développé un langage harmonique qui fut le sien en plus d’être rythmiquement très avancé. On sait aussi que Chopin avait aussi son propre langage harmonique. 

Je ne veux pas comparer ces artistes à Charles-David, mais mon ami a aussi sa propre syntaxe, sa propre logique, ses propres liens entre les harmonies. Depuis que je le connais, il est resté très solide sur ce plan; les styles et les sonorités ont changé mais il a toujours ce même fond pour l’harmonie et la mélodie. Ça ne s’apprend pas. Tu as beau étudier très longtemps, mais c’est quelque chose que tu as ou que tu n’as pas. Charles-David a une forte personnalité, sa musique vient vraiment me chercher.

PAN M 360 : À ton tour, Charles-David, parle-nous des valeurs de la mélodie et de l’harmonie dans ton travail.

CHARLES-DAVID DUBÉ : L’harmonie est ce qui me fait le plus tripper dans la musique. Mais pas l’harmonie prévisible; par exemple, Fred Fortin a son propre univers harmonique, des changements d’accords qui lui sont propres, dans tout ce qu’il touche. Pour moi, ça a toujours  été important de développer mon truc, mon son. Au début, mon affaire ressemblait trop à Radiohead ou Karkwa, y a rien qui m’horripilait autant qu’on me compare à eux. J’avais alors pris la résolution de m’abreuver à d’autres musiques et de trouver mon propre son, quel que soit le genre musical. De nos jours, ce n’est pas dans la liste des priorités de tous les artistes, ça l’est dans la mienne, quitte à avoir moins de de fans.J’imagine que c’est ce que Charles entend dans ce que je fais.

PAN M 360 : Quels sont vos goûts plus actuels en musique?

CHARLES RICHARD-HAMELIN : J’ai écouté plein de choses. Olivier nous a branchés sur la nouvelle scène jazz de Los Angeles, par exemple, Kamasi Washington, Flying Lotus et autres Thundercat. Cette scène là rejaillit partout dans ce qui se fait aujourd’hui. Sinon j’aime beaucoup Louis Cole et son projet Knower, à la fois sérieux et absurde. Sur le tard, j’ai découvert Dirty Projectors et ça m’a mené à la scène indie, je pense notamment à Grizzly Bear.  Ces musiciens ont aussi leur propre logique harmonique, leur propre langage.

CHARLES-DAVID DUBÉ : J’aime beaucoup les beatmakers comme Knxwledge et autres Mndsgn, plus que les jazzmen de Los Angeles. J’ai assisté à des concerts de Thundercat, par exemple, mais je ne peux dire que je suis trop là-dedans. Sinon j’écoute des formes plus classiques à la Esperanza Spalding. De son côté, Oli me branche sur plusieurs productions hip hop. Aussi, j’aime beaucoup Genevieve Artadi , qui est la collaboratrice de Louis Cole dans le projet Knower. 

PAN M 360 : Pourquoi ne pas collaborer de nouveau, les deux Charles ?

CHARLES RICHARD-HAMELIN :  Charles-David pourrait peut-être venir chez moi et enregistrer des pistes de piano pour ses productions, mais je ne peux m’embarquer davantage…

CHARLES-DAVID DUBÉ : C’est sûr que pour le prochain enregistrement de BAAB, je veux du piano!

CHARLES RICHARD-HAMELIN : Tous les synthés que j’avais, je les ai donnés à Charles-David. Si je devais me remettre là-dedans, il me faudrait m’équiper et je n’ai plus rien… Mon piano est trop bien accordé chez moi, il n’y a pas de vibe! (rires) À vrai dire, il n’y a tellement pas de crossover dans mon circuit. Oui, je  sais que des pianistes classiques peuvent faire des musiques improvisées. Denis Matsuev? Non je trouve ça yark. Lucas Debargue, par contre, peut vraiment faire ça avec goût. Les rencontres croisées? Peut-être mais ces mondes sont tellement différents. Par exemple, je joue toujours sans amplification. Comment allier cela avec ce que fait Charles-David ? Peut-être ne suis-je vraiment pas là-dedans en ce moment… je n’arrive pas à imaginer une telle transposition sur scène.

CHARLES-DAVID DUBÉ : Si je peux me permettre, on a fait des jams à maintes reprises, c’était super bien! Une autre partie de toi en ressortait. Je me dis alors que ça peut vraiment être possible si tu le veux et si tu prends le temps de le faire. C’est dommage que tu rabaisses ce que tu fais dans ces moments-là. Tu trouves que ce n’es rien alors que moi je trouve ça super.

CHARLES RICHARD-HAMELIN : C’est dur d’assumer. Tu passes ta journée à jouer du Chopin, du Brahms, du Ravel, bref le meilleur qui a été fait par les humains depuis les débuts de la musique, après quoi tes affaires tu les trouves tellement poches. T’as honte de même commencer à développer quelque chose. Des fois je commence… et j’abandonne. En fait j’ai le sentiment de m’exprimer pleinement dans l’interprétation, je ne ressens pas un vide dans ma carrière qui me motiverait à m’exprimer autrement. Mais… Peut-être qu’un jour je ressentirai ce manque.

PAN M 360 :  Quelle sera la suite des choses entre les deux Charles, quoi qu’il advienne professionnellement?
CHARLES-DAVID DUBÉ : Les assises de notre amitié sont très solides. Moi j’ai deux amis : Charles et Oli. Je ne ressens pas le besoin absolu d’avoir des amis, j’aime être dans mon studio les rideaux fermés mais… Charles et moi nous nous connaissons depuis plusieurs années, nous avons une compréhension assez semblable de la musique et de l’art. Mariève a aussi un lien de ce type avec le compositeur de musique contemporaine Francis Battah. Ces relations pourraient en inspirer d’autres.  

Saro Derbedrossian: Montréalais à la tête d’un petit empire hip-hop

par Félix Desjardins

HotNewHipHop est l’une des plateformes les plus influentes de la planète hip hop. Qui sait que son fondateur et chef des opérations est Montréalais ? Qui sait que le quartier HNHH se trouve dans l’arrondissement Saint-Laurent de Montréal ?

Issu d’une famille arménienne établie au Liban, Saro Derbedrossian plie bagage pour Montréal. Il s’inscrit alors au MBA à l’École de gestion John-Molson de l’université Concordia. Quelques années plus tard, il se lance en affaires avec un ami, le premier projet étant de créer un forum en ligne se consacrant au hip-hop. PAN M 360 s’est entretenu avec le Montréalais d’adoption à la tête d’un des plus influentes plateformes se consacrant à la culture hip-hop dans le monde : HotNewHipHop (HNHH).  

«Au début des années 2000, tous les gens de ma génération étaient fascinés par le web, amorce Derbedrossian. J’ai marié cet intérêt avec mon amour de la musique, c’est comme ça que ça a commencé.» 

Avouant qu’il n’était pas un amateur de hip-hop au départ, il s’est finalement laissé conquérir après avoir baigné de nombreuses années dans le milieu.

Bien que ce genre d’entreprise nichée carbure à la passion, l’homme d’affaires assure qu’il a toujours été sérieux dans sa démarche, croyant au potentiel énorme de son site. 

«Ça n’a jamais été un hobby, affirme-t-il. Je ne suis pas un éditeur, ni un rédacteur ni un journaliste. Mon angle était de voir comment l’industrie fonctionne et de transformer un modèle de prescription de musique en un modèle de publication assumé. Pour y parvenir, tu dois comprendre comment le monde numérique fonctionne. »

Au départ, HNHH n’était qu’une page offrant des sélections quotidiennes de hip-hop. Maintenant, le site accueille plus de 12 millions de visiteurs uniques chaque mois et  élargit son contenu à toute la culture entourant cette scène. 

«Au début, le hip-hop était un genre plus marginal. Maintenant, la culture hip-hop EST la culture populaire», explique notre interviewé. On y retrouve donc aujourd’hui du contenu qui s’étend du sport aux potins hollywoodiens en passant par la haute couture, des intérêts qui rejoignent leur «jeune public». »

En toute humilité, Derbedrossian est convaincu d’avoir aidé certains artistes internationaux à atteindre la gloire en partageant leurs chansons ou en leur offrant une plateforme. Parmi la liste d’artistes qui lui doivent une fière chandelle: The Weeknd, Tyga, Chris Brown, Wiz Khalifa, Iggy Azalea, Tory Lanez et Post Malone, pour ne nommer que ceux-là. 

«Nous n’avons pas mis leur nom sur la carte, mais nous avons certainement aidé leur carrière de façon spectaculaire», avance-t-il. 

À ses côtés, la directrice du contenu de HNHH, la Montréalaise Rose Lilah, renchérit. 

«Tellement de maisons de disques viennent à nous pour que nous fassions la promotion de leurs artistes. Nous sommes souvent les premiers à soutenir les artistes, même si nous ne recevons pas nécessairement le crédit en retour. L’impresario de Post Malone nous a déjà dit à quel point nous l’avions aidé. »

Le public cible de HNHH se divise entre les amateurs plus puristes, qui sont plus vieux, et les plus jeunes, qui vouent un culte aux Lil Baby, Roddy Rich et Lil Uzi Vert de ce monde. Il y a d’ailleurs un clivage important entre ces deux groupes aux mentalités distinctes. 

«Nous entendons souvent les traditionalistes affirmer que le hip-hop est mort, souligne Derbedrossian. En tant que propriétaire d’une entreprise dans cette industrie, je ne veux pas entendre ça ! J’ai commencé à être antipathique envers les gens qui le prétendent, plutôt que d’observer le tout d’un point de vue évolutionniste. Tous les genres évoluent. »

Lilah est d’ailleurs d’avis que l’offre n’a jamais été aussi grande sur la scène hip-hop qu’à l’heure actuelle. Elle explique du même coup qu’il est désormais facile de braquer les projecteurs sur les femmes rappeuses, en pleine effervescence par les temps qui courent.

«Quand nous avons commencé, il n’y avait pas tant de femmes rappeuses, explique-t-elle. Aujourd’hui, c’est facile de les encourager, on a tellement de choix.»

Avec l’avènement des réseaux sociaux, surtout TikTok, Derbedrossian constate qu’il est plus facile que jamais d’atteindre le sommet… mais qu’il est plus difficile que jamais d’y demeurer. 

«Aujourd’hui, c’est plus facile de devenir un artiste, d’avoir une bonne chanson, parce qu’il y a des façons d’atteindre les consommateurs plus facilement et rapidement, estime-t-il. Tu n’as besoin de personne pour publier une chanson sur Spotify, et avec l’aide des algorithmes, tu peux te faire un nom. Nous voyons beaucoup de one-hit wonders. »

Cette scène en pleine évolution, Derbedrossian la connaît au bout de ses doigts. Il juge d’ailleurs qu’un site comme le sien a une compréhension beaucoup plus fine de celle-ci que les géants de l’industrie. 

«Je pense qu’ils omettent les véritables racines du genre. Nous sommes plus en contact avec les artistes, avec l’art lui-même. Je ne pense pas que les gens qui choisissent les nominations aux Grammys baignent autant dans la culture hip-hop et la comprennent aussi bien que notre équipe. »

Avant la pandémie de la COVID-19, qui a forcé l’entreprise à faire des mises à pied temporaires, HNHH comptait une vingtaine d’employés entre son quartier général de Montréal et son bureau à New York. De plus, Derbedrossian et son équipe avaient signé un bail pour un bureau à Los Angeles, où ils prévoyaient produire plus de contenu vidéo.

Même si les scènes les plus importantes hip-hop se trouvent à New York, Los Angeles, Atlanta ou Toronto, Derbedrossian n’a jamais considéré déménager le quartier général de HNHH hors de l’arrondissement de Saint-Laurent. 

« J’ai eu la possibilité de m’installer en permanence aux États-Unis, mais j’aime Montréal et son ambiance. Je pense aussi aux gens [qui résident ici] qui m’ont aidé à me rendre où je suis et nous avons une équipe forte. »

En attendant que la crise sanitaire se conclue, Saro Derbedrossian et son équipe maintiennent le cap et offrent des dizaines d’articles par jour à leurs lecteurs. 

«Je suis heureux que nous accomplissions quelque chose de bien. Je suis fier du succès que nous connaissons. Après la pandémie, nous espérons offrir beaucoup plus  à notre public. » 

reggae

Bunny Wailer : 10 avril 1947 – 2 mars 2021

par Richard "Bugs" Burnett

La légende du reggae Bunny Wailer est décédée le 2 mars au Medical Associates Hospital de Kingston, en Jamaïque, à l’âge de 73 ans. Il s’est rendu plusieurs fois à l’hôpital depuis qu’il a eu une attaque en juillet 2020. Née Neville O’Riley Livingston, Bunny est le dernier membre fondateur survivant des Wailers. Le trio s’est désintégré en 1973, Bob Marley devenant une icône mondiale avant sa mort d’un cancer en 1981, et Peter Tosh devenant un martyr après avoir été assassiné chez lui lors d’un vol en 1987. Lorsque j’ai longuement interviewé Bunny en 2010, le magazine HOUR a publié l’article en couverture en le titrant « The Forgotten Wailer » (en prévision du spectacle de Bunny au Festival international de reggae de Montréal).

Mais parfois, Bunny peut être son propre ennemi…

Pour cette page couverture, Roger Steffens, le plus grand spécialiste au monde de Marley and The Wailers, m’a dit : « Leroy Jodie Pierson et moi avons passé la décennie des années 90 à travailler sans relâche sur l’autobiographie de Bunny Wailer, Old Fire Sticks. Nous avons commencé par 64 heures d’interviews sur une période de trois semaines, enfermés dans une chambre d’hôtel de Kingston avec lui et divers collègues de différentes périodes de l’histoire des Wailers. Il y a plus de 1 800 pages de transcriptions, détaillant presque au jour le jour la vie de Bunny, depuis l’époque où il avait 8 ans, avec Bob Marley. Pratiquement toutes les questions que les fans se posent sur l’histoire des Wailers trouvent une réponse dans les mémoires souvent amères de Bunny. Il ne nous a jamais officiellement dit, à Leroy et à moi, qu’il avait abandonné le projet, apparemment sous la pression du clan Marley, et nous avons dû apprendre cette triste nouvelle de son chef d’orchestre en 2001. Je considère son incapacité à partager sa version des faits comme un crime contre l’histoire ».

André Ménard, co-fondateur du Festival International de Jazz de Montréal a également été arnaqué par Bunny qui a reçu une avance de 10 000 dollars pour un concert au festival en 1998… sans jamais se pointer. Donc, lorsque le Festival de Reggae de Montréal a programmé Bunny en 2010, André m’a dit : « Nous ne prenons aucune mesure contre Wailer parce que nous ne voulons pas lui donner une excuse pour ne pas venir une deuxième fois. Bunny Wailer s’est présenté à moi comme un homme intègre et plein de principes. Je pense toujours qu’il est un grand artiste. Mais un homme intègre ? Fuck it ! J’attends toujours son invitation personnelle pour le voir au Festival de Reggae. Ce sera le billet de concert le plus cher que j’ai jamais payé ».

Finalement, Wailer ne s’est pas non plus présenté à ce concert.

Au cours de sa légendaire mais tumultueuse carrière, Wailer a remporté trois Grammys et reçu l’Ordre du mérite de la Jamaïque en 2017. Il sera à jamais une icône du reggae. Alors que Bunny se sentait éclipsé par Bob et Peter, souhaitons que les trois amis d’enfance trouvent enfin un peu de paix. 

reggae

U-Roy (21 septembre 1942 – 18 février 2021)

par Richard Lafrance

Ewart Beckford, Daddy U-Roy, the Godfather, the Originator, pour la planète reggae, s’est éteint à l’âge de 78 ans jeudi dernier.

Il fut à l’origine du style Deejay jamaïcain dès le début des années 60, puis en devint la principale vedette alors qu’il se joint au puissant sound system Hometown Hi-Fi du non moins réputé King Tubby en 1975. Sans être le premier à utiliser ce genre d’animation dans les danses -Count Machuki l’avait d’abord développé à la fin des années 50 sur le sound de Tom The Great Sebastian à la période ska, puis King Stitt, sur le sound system Downbeat de Coxsone Dodd-, U-Roy accompagnait donc les sessions de sound systems en présentant les chansons, puis en les retournant du côté instrumental pour les réinterpréter avec des interjections, des phrases-clés, ainsi que des réponses aux paroles originales. Sans même le savoir, le vétéran jetait les bases de ce qui deviendra le rap américain et du même coup, changea totalement le cours de la musique jamaïcaine !

En 1969, il devint le premier artiste à enregistrer dans ce registre avec Dynamic Fashion Way pour Keith Hudson (« Studio kinda real cloudy, like I say… »). Mais ce n’est que quelques mois plus tard que John Holt, chanteur des Paragons, totalement impressionné par l’une de ses prestations live, lui proposa d’enregistrer une version du succès du moment du trio, Wear You To The Ball et suggéra fortement à son producteur Duke Reid de lui faire signer un contrat exclusif avec sa maison de disques Treasure Isle. Deux autres versions à succès ne tarderont pas : Wake The Town (reprise de Girl, I’ve Got A Date, d’Alton Ellis) et Rule The Nation (reprise de Love Is Not A Gamble des Techniques) viendront compléter ce trio de parutions qui retiendront les trois premières places des palmarès jamaïcains pendant plus de huit semaines consécutives, tellement ce nouveau son fit sensation ! 

Par le fait même, le style Deejay supplanta carrément le style vocal, au point où il devint impératif pour les chanteurs d’enregistrer des duos avec les Deejays pour se démarquer et certains chanteurs changeront résolument de camp…

À la même époque, U-Roy décida d’investir dans son propre sound system. Il fonde le sound Stur Gav -couramment appelé King Sterograph- d’après les abréviations de son nom et de celui de ses fils (ST pour Stewart, UR pour U-Roy et GAV pour Gavin). Stur Gav fut détruit par la police en 1980, au summum de la violence politique de l’île, puis reconstruit autour d’un nouveau son post-Marley qu’on appellera dorénavant Dancehall, courtoisie des deejays Le Colonel Josey Wales et Charlie Chaplin, et du selector Inspector Willie. Sans vouloir se mettre en valeur, U-Roy comptait sur ses valeureux et créatifs deejays pour improviser des heures durant sur les rythmiques balancées par Willie, ne prenant le microphone qu’occasionnellement.

En décembre 2019, les promoteurs reggae new-yorkais Irish & Chin organisaient au Club Amazura le couronnement officiel de U-Roy en tant que Roi du Dancehall, où Shabba Ranks eut l’insigne honneur de couronner son héros. 

L’homme lui-même, humble et affable, a toujours géré sa carrière et sa vie de manière relativement discrète : même avec la reconnaissance et le succès dont il a hérité, il a toujours habité la même maison, dans le même quartier de Jonestown, à Kingston, et a partagé sa vie entre la Jamaïque, le Royaume-Uni et le reste du monde, où il a fait de nombreuses tournées. Le gouvernement jamaïcain lui a remis L’Ordre de la Distinction en 2007, pour son immense contribution à la culture musicale en 58 ans de carrière : en plus du reggae dont il a changé la face, le domaine du hip-hop lui doit effectivement aussi une fière chandelle.

chanson

Raymond Lévesque (1928-2021)

par Luc Marchessault

Esprit universel de la culture populaire québécoise et francophone des 75 dernières années, poète et militant d’un pays à faire, musicien et humaniste d’un monde à refaire, Raymond Lévesque s’en est allé.

Il y a presque 92 ans et demi, le 7 octobre 1928, naquit à Montréal Raymond Lévesque. Il grandit près du parc Lafontaine, fut élève du pianiste et compositeur Rodolphe Mathieu ainsi que de Madame Audet, légendaire professeure de phonétique et d’art dramatique. Le jeune Raymond est déjà à pied d’œuvre en 1944, alors que les canons tonnent encore sur l’Europe et le Pacifique. Son parcours d’esprit universel de la culture populaire est en marche. Monsieur Lévesque sera acteur, animateur de télé, auteur-compositeur pour d’autres puis pour lui, compagnon de cabaret de Jacques Normand, cofondateur du collectif de chansonniers Les Bozos avec Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Hervé Brousseau et Claude Léveillée, propriétaire de boîtes à chanson, dramaturge et romancier, entre autres.

Raymond Lévesque fut l’archétype de l’artiste engagé. Comme l’explique éloquemment Bruno Roy dans son essai « Et cette Amérique chante en québécois », Lévesque et Clémence Desrochers furent les premiers « monologuistes sociaux » d’ici. Son monologue pacifiste Kommandantur fut l’un des faits saillants du spectacle « Poèmes et chants de la résistance 2 », qui eut lieu au Gésu en janvier 1971. À titre de chansonnier, Raymond Lévesque fut parolier-porte-parole du peuple et du territoire de son île natale, comme dans À Saint-Henri et Rosemont sous la pluie; parolier-historien comme dans La bataille de Châteauguay; parolier-syndicaliste comme dans son album Raymond Lévesque chante les travailleurs; parolier-amoureux de sa patrie dans Québec mon pays, Mon Québec et Le p’tit Québec de mon cœur; et parolier-chantre de l’indépendance dans Le fond du fleuve et Bozo les culottes.

À ce sujet, le narrateur de sa chanson Séparatisme se fait demander, trois ans avant que Michèle Lalonde n’écrive son emblématique poème, « Why don’t you speak white? ». À l’écoute de Séparatisme, l’auditeur attentif entendra aussi une tirade parallèle à celle que Léo Ferré créera dans Les anarchistes, quelques années plus tard.

En 1956, lors d’un séjour en France qui dura cinq ans, Raymond Lévesque écrivit Quand les hommes vivront d’amour, sur fond de guerre d’Algérie. Cet hymne humaniste, créé 15 ans avant l’Imagine de Lennon, fut d’abord un succès pour le chanteur-acteur Eddie Constantine. Au cours des décennies suivantes, Quand les hommes vivront d’amour a été reprise par des dizaines d’interprètes, en diverses langues, dont Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois pour la SuperFrancofête de 1974. En 1992, un vote populaire en a fait la « Chanson québécoise du siècle ». D’aucuns la considèrent comme la plus grande chanson de la Francophonie.

En 2016, la maison de disques GSI a publié l’album-hommage Chapeau Monsieur Lévesque, où un aréopage d’artistes comme Koriass, Marie-Pierre Arthur, Emmanuel Bilodeau, Mado Lamotte, Richard Séguin, Nanette Workman, Stéphane Archambault, Luce Dufault, Mélanie Renaud, David Goudreault, Yves Lambert, ainsi que Marie-Marine et Jean-Vivier Lévesque, fille et fils de Monsieur Lévesque et musiciens à part entière, a repris des chansons, des poèmes et des monologues répartis en trois volets qui cernent bien l’homme : L’humaniste, L’engagé et Le fantaisiste.

« L’héritage humain

C’est encore demain

Ce que chacun de nous

De sa courte vie

Aura fait sans bruit

La main à la roue

Car le monde, aussi grand qu’il soit

Ami, c’est un peu de moi

C’est un peu de toi »

L’héritage humain, Raymond Lévesque, 1967

https://www.youtube.com/watch?v=zPV59pAMzLk
https://www.youtube.com/watch?v=PR7ao8TVZPY
https://www.youtube.com/watch?v=_YFrDJyvndI
jazz / jazz contemporain / jazz moderne / jazz-fusion

Chick Corea (1941-2021) : début de la fin d’une époque

par Alain Brunet

La triste disparition du pianiste, claviériste et compositeur de jazz Chick Corea marque le début de la fin d’une époque. Pour illustrer cette époque à travers l’œuvre du jazzman, PAN M 360 vous propose une sélection bien sentie de ses meilleurs enregistrements.

Le célébrissime jazzman Armando Anthony « Chick » Corea est mort « d’une forme rare de cancer découverte très récemment », pour citer à notre tour la formulation de son profil Facebook, évidemment reprise par les agences de presse et leurs clients des médias traditionnels.

Son dernier concert donné à Montréal en octobre 2019, d’ailleurs, ne laissait aucunement présager mort d’homme  15 mois plus tard. La technique était encore impeccable, la cohésion de son trio  de superstars (Brian Blade, batterie, Christian McBride, contrebasse) était encore remarquable. Il fait désormais partie de notre passé et de l’histoire de la musique.

Cette maladie fulgurante du pianiste, disparu mardi dernier(le 9 février) à l’âge de 79 ans, marque le début de la fin pour une génération de musiciens emblématiques du jazz-fusion  ayant participé aux grandes rencontres du jazz et du rock, du funk, des musiques latines et aussi des musiques classiques.

Chick Corea fut l’un des plus grands techniciens de sa génération, on lui reconnaît des phrasés typiques, une articulation hors du commun pour l’époque à travers laquelle il a évolué, une ouverture à la lutherie de la pop et du rock que les jazzmen s’étaient appropriés à la fin des années 60. Issu d’une famille américaine aux origines italiennes, ce natif du Massachusetts avait joint la tribu élargie de Miles Davis , ce dernier l’ayant convié aux séances fondatrices du jazz fusion. Corea participait ainsi aux enregistrements des albums Water Babies, Filles de Kilimanjaro, In a Silent Way, Bitches Brew, tout en menant des projets acoustiques beaucoup plus proches du free jazz ou teintés par la musique contemporaine de tradition occidentale.

Chick Corea fut sans contredit l’un des jazzmen incarnant la jeunesse des années 70 et fut parmi les artistes déclencheurs pour une entière génération de mélomanes aujourd’hui quinquagénaires et sexagénaires.  Comme le dit la pub… ils étaient « les aînés de demain ». Or, voilà, c’est aujourd’hui demain et des jazzmen emblématiques de cette époque passent à une autre dimension.

Après avoir fait preuve de vision et fait avancer substantiellement les formes musicales, Chick Corea a plus ou moins cessé d’évoluer dans les années 80, se contentant de peaufiner ses expressions acoustiques et électriques jusqu’à sa propre fin, en plus d’être un fervent scientologue – choix mystico-idéologique que nous nous abstiendrons de commenter ici.

Début de la fin d’une époque donc… Amochée ou pas, la Terre continuera de tourner sans nous consulter, alors ? Pour celles et ceux qui y passeront encore de multiples décennies, que retenir de Chick Corea? Voici notre sélection maison PAN M 360 :

Now He Sings, Now he SobsEMI/Blue Note

Now He Sings, Now He Sobs est le deuxième album de Chick Corea, lancé en décembre 1968 sur Solid State Records. Les droits furent ensuite acquis par  EMI/Blue Note. Assorti de titres supplémentaires (tirés de la bande maîtresse), cet album magnifique ressurgit en 2002 avec des titres supplémentaires pour alors son véritable impact auprès des mélomanes parmi lesquels de jeunes musiciens désireux de faire évoluer le concept du trio acoustique – on pense notamment à Phronesis. Pendant que Corea s’initiait au jazz électrique, donc, il faisait également dans le trio acoustique et s’intéressait même à l’improvisation libre qu’il eut tôt fait de laisser de côté. Le Tchèque Miroslav Vitouš officiait à la contrebasse (avant de joindre Weather Report) et le légendaire Roy Haynes, aujourd’hui âgé de 95 ans,  y jouait la batterie. Si cet album se conclut par de vivifiantes relectures des standards Pannonica (Thelonious Monk) et My One and Only Love (Guy Wood/Robert Mellin),  les compositions originales et l’esthétique mise de l’avant dans cet album sont des pierres de l’édifice musical contemporain incluant l’improvisation en trio acoustique. Rappelons que le label ECM avait réuni ce même ensemble en 1981 pour un enregistrement studio (Trio Music) et un enregistrement public en 1986 (Trio Music, Live in Europe).

Circling in, Circle Quartet, Blue Note

En 1968 et 1971, Chick Corea s’intéresse également au jazz contemporain en formation acoustique. Musiques atonales inspirées du free jazz, du hard bop et jazz modal constituent les fondements stylisituqes de la formation Circle au sein de laquelle Corea enregistre et tourne auprès du grand compositeur, saxophoniste et flûtiste Anthony Braxton, des contrebassistes Dave Holland et Miroslav Vitous, sans compter le batteur Barry Altschul. Cette phase exploratoire fut relativement brève, en témoignent deux albums studio (Circling In et Circulus chez Blue Note) et des enregistrements publics (sous étiquette ECM). Sous l’appellation Circle Quartet, un album compilation témoigne de cette séquence atypique dans la trajectoire du pianiste. Par la suite, Corea renonça au vocabulaire atonal et aux explorations texturales que poursuivit son collègue Braxton, compositeur plus aventureux et dont l’œuvre plus confidentielle a aussi passé l’épreuve du temps. Pour sa part, Chick Corea a préféré les greffes de musiques populaires et abandonna le volet « musique contemporaine » de son art.  Erreur conceptuelle? Poser la question…

Light As A Feather, Polydor, Return to Forever, ECM

La mutation du jazz acoustique vers l’électrique fut engendrée par les nombreuses séances dirigées par Miles Davis, lui-même influencé par le funk afro-américain et le psychédélisme rock prévalant à l’époque. Fondée par Chick Corea durant cet âge d’or, la formation Return to Forever connut deux grandes phases, la première étant la meilleure, force est de constater un demi-siècle plus tard. À l’instar de son collègue Herbie Hancock au sein du groupe Headhunters, Chick Corea optait pour le Fender Rhodes, que l’on nommait piano électrique à l’époque de son essor.  Autour de lui, le flûtiste et saxophoniste Joe Farrell (décédé prématurément en 1986), le contrebassiste et superbassiste Stanley Clarke, auxquels se joignaient le fameux couple brésilien constitué de la chanteuse Flora Purim et du percussionniste Airto Moreira. Cette formation n’avait pas fait grand tapage à l’époque, plusieurs jazzophiles en découvrirent les enregistrements après la dissolution du noyau : un album homonyme chez ECM et Light as a Feather sont assortis de thèmes mélodiques mémorables (Return to Forever, Spain, 500 Miles High, Crystal Silence, You’re Everything, etc.) et des textes de Neville Potter, très connotés par les allégeances scientologues qu’il partageait avec Corea. Néanmoins, ces deux albums enregistrés en 1972 et 1973 n’ont pas pris une ride.

Where Have I Known You Before, Return to Forever, Polydor

Tout se passait très vite pour Chick Corea en 1973, Return to Forever changeait de personnel sauf son leader et Stanley Clarke, alors LA référence mondiale de la basse électrique. Le leader optait pour une instrumentation prog  rock dans un contexte jazz : claviers électriques, synthétiseurs, peu de piano (Corea), guitare électrique (Bill Connors suivi de Al Di Meola), batterie très jazz rock (Lenny White). Exit la contrebasse, le saxo, le chant, les effluves brésiliennes, le lyrisme, la douceur océane. Bienvenue  aux polyrythmes nerveux de la batterie, aux lignes frénétiques de la guitare, au groove inédit de la basse, aux épiques solos de Moog et de Fender Rhodes. À l’époque, la seconde mouture de Return to Forever fut beaucoup plus populaire parce que plus frénétique, plus virile, plus rock, cet alignement faisait partie du carré d’as jazz fusion, soit aux côtés des Headhunters de Herbie Hancock, de Weather Report, piloté par Josef Zawinul et Wayne Shorter, ainsi que du Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin. Return To Forever enchaîna une série d’albums avec le même alignement : Hymn of the Seventh Galaxy (1973), Where Have I Known You Before (1974), No Mystery (1975),  Romantic Warrior (1976), Musicmagic (1977). Les deux premiers demeurent les plus importants de ce cycle, particulièrement la superbe fresque Song to the Pharoah Kings (14 minutes  23 secondes) dans Where Have I Known You Before et la tournée estivale qui en marqua l’époque.

The Leprechaun, Polydor

En 1976,  Chick Corea menait un des projets les plus ambitieux de sa carrière, l’objectif étant de lier ses acquis du jazz fusion à un jazz de chambre impliquant une orchestration plus considérable : The Leprechaun. L’instrumentation impliquait un trio de cordes, anches et cuivres, claviers, basse et batterie, sans compter le chant de son épouse Gayle Moran – qui fut  de l’aventure Mahavishnu Orchestra pendant une courte période. Cet enregistrement laissait présager une nouvelle avenue, celle de l’orchestre de chambre. Les motifs acrobatiques du jazz rock fondés sur des polyrythmes de haute volée (Steve Gadd, batterie, Anthony Jackson, basse) , le jazz moderne et le folk psychédélique étaient les variables de cette proposition orchestrale plus riche que plusieurs enregistrements réalisés sous la bannière Return to Forever. Par la suite, Chick Corea a surtout mené des projets adaptés aux exigences des grands festivals, soit en petites formations acoustiques ou électriques. De la fin des années 70 à sa mort, Chick Corea fut davantage apprécié comme interprète et improvisateur, clairement l’un des plus éminents pianistes et claviéristes de l’époque qu’il a traversée. Époque révolue, force est d’admettre…

MFC Records : techno activiste

par Elsa Fortant

Tout est politique, la techno n’y fait pas exception. Cette vision est mise de l’avant par les technoheads engagées du label MFC Records, qui lancent la compilation Stranger In Their Own World.

Avec cette compilation caritative, le jeune label montréalais s’inscrit dans la lignée d’une techno politique, vecteur de progrès social. Tous les bénéfices de cette première sortie sont reversés à la NAACP, soit la National Association for the Advancement of Colored People. Cette compilation implique la participation d’artistes émergents locaux, Aahan, Alexa Borzyk, ottoman.grüw, ainsi qu’Inside Blur et KORVN, deux artistes avec lesquels nous nous sommes entretenus.

PANM 360 : Comment êtes-vous entrés en contact avec la techno ?

KORVN : “ Grâce à ma première relation amoureuse qui m’a initié au monde de la teuf. Elle m’a emmené dans des soirées plus rave, j’avais 17 ans. Elle m’a fait découvrir ça, aller dans des raves, écouter de la hardcore, etc. Puis la house, et je suis revenu à la techno.”

Inside Blur : “C’est à peu près la même chose, c’était mon premier copain, j’avais 16 ans, il m’a fait découvrir pas mal de trucs : Justice, Daft Punk, SebastiAn, Crystal Castles…  J’ai commencé avec la scène électro et j’ai naturellement migré vers la techno. J’ai découvert les teufs de campagne dans le Sud-Ouest, j’avais des potes qui mixaient et c’est comme ça que j’ai connu le milieu.”

PANM 360 : Y-a-t-il un événement marquant qui vous a permis de saisir les liens entre techno et luttes sociales ? 

Inside Blur :  “ Le premier événement qui m’a fait me rendre compte que la techno pouvait aussi être activiste c’était la Fée Croquée à Paris, qui se définit comme une « organisation d’événements culturels comprenant des stands de sensibilisation à l’aide alimentaire à destination de familles et personnes dans le besoin. » Une partie des fonds recueillis par les ventes de billets est également déversée à certaines causes : aide aux enfants démunis et aux sans-abris par exemple.”

KORVN : “L’une des premières fois où j’en ai pris conscience c’était lors du mouvement en Georgie avec les manifestations en 2018 devant le parlement, pour défendre la jeunesse, et où la techno était vraiment mise de l’avant, au service du mouvement de contestation et du message qu’ils voulaient faire passer.”

PANM360 : Quels artistes rattachez-vous à ce courant de techno politique et sociale ? 

Inside Blur : “Dans la scène house plus underground, je pense à DJ Stingray, qui se battait beaucoup pour le mouvement noir. Tout le mouvement Underground Resistance qui a fait beaucoup pour la scène de Détroit et donné une voix aux artistes noirs qui manquaient de reconnaissance. Maintenant ce sont les piliers.”

KORVN : “Comme Mylène l’a mentionné, il y a tout le mouvement UR qui est marquant dans l’histoire de la techno politisée et activiste. Sinon, toujours au départ quand je m’initiais à cette culture musicale, j’ai été frappé par l’engagement de Laurent Garnier. Toujours aujourd’hui, il n’hésite pas à s’exprimer sur des sujets comme la montée de l’extrême droite il y a quelques années! J’aime bien sa vision car il se sert de sa reconnaissance en tant qu’artiste pour s’exprimer sur des sujets importants, sans forcément en faire son image de marque. Sinon, plus récemment, j’ai été marqué par la reprise du morceau Silence Is Opression de ØTTA dans les manifestations polonaises courant octobre 2020. Ça m’a montré une fois de plus que la techno pouvait bel et bien être vecteur de messages forts et servir d’hymne pour défendre des idées.”

PANM360 : Pouvez-vous élaborer sur le discours de vos morceaux respectifs, Brain to Body et Street Strangers ?

Inside Blur : “ Quand Camille m’a proposé le thème Strangers In Their Own World, j’ai tout de suite pensé aux violences policières. On est en plein dedans, surtout en France. Je me suis dit que ça collerait bien au projet, j’ai des amis à Toulouse juste parce qu’ils marchaient à côté de manifestants, se sont fait charger par des CRS. Ça fait réfléchir à l’usage de la force. Même au Canada, il y a beaucoup de racisme systémique, du délit de faciès; que tu sois autochtone, ou que tu aies une couleur de peau différente, on va aller te voir en premier. Et ça m’a touchée. Je suis favorable au mouvement de définancement de la police.”

KORVN : “ Ça m’a tout de suite inspiré le thème des personnes en situation d’itinérance, ce sentiment d’être présent dans la société et pourtant ignoré. J’essaye de composer le morceau plus cinématographiquement, avec une intro pour se mettre dans la peau d’une personne en situation d’itinérance, avec beaucoup de mouvements, de personnes. Il est là, il est le centre de la situation mais personne ne le regarde, c’est comme s’il était seul au monde.”

PAN 360 : Strangers In Their Own world sera la quatrième compilation techno sortie en moins d’un an à Montréal… Comment percevez-vous cette tendance ?

Inside Blur : “ Montréal manque de collaborations et de compilations, c’est vraiment cool si on sent que les initiatives se multiplient. Je suis contente d’en faire partie, ça fait toujours plaisir de participer à l’essor de la scène techno montréalaise !”
KORVN : “ Ces quatre ou cinq dernières années, la scène techno était en effervescence, avec beaucoup de collectifs, de petits événements. J’avais peur que la COVID mette un frein à tout ça et au contraire, les acteurs qui allaient dans cette direction-là créent des labels et développent des projets. Ce n’est pas près de s’arrêter.”

classique occidental / jazz / traditionnel

Pour visionner le 24e gala des Prix Opus

par Alain Brunet

Qu’ont en commun les familles classiques, jazz et trad ? Elles sont honorées annuellement aux Prix Opus dont c’était la 24e présentation le 7 février.

Pendant que The Weeknd et H.E.R. triomphaient dimanche aux spectacles du Superbowl (à défaut d’un match convaincant), le Conseil québécois de la musique (CQM) remettait à la Salle Bourgie ses 26 prix Opus, à l’occasion d’un gala virtuel animé par le populaire ténor Marc Hervieux ainsi que l’animatrice et claveciniste Catherine Perrin. Depuis 1996, les prix Opus mettent en lumière « l’excellence et la diversité des musiques de concert au Québec, dans différents répertoires musicaux ». On peut visionner le gala des Prix OPUS sur la page Facebook du Conseil ainsi que sur le site de la Fabrique culturelle de Télé-Québec. Directeur musical de l’OSM jusqu’à l’été 2020, maestro Kent Nagano y a été honoré, notamment par le compositeur d’origine montréalaise Samy Moussa, le pianiste québécois Charles Richard-Hamelin, la contralto Marie-Nicole Lemieux et plusieurs interprètes de l’OSM. À 21 minutes et 50 secondes, Marie-Nicole Lemieux, sa collègue soprano Karina Gauvin et le pianiste Olivier Godin interprètent magnifiquement le Duo des fleurs, extrait de l’opéra Lakmé (1883) du compositeur français Léo Delibe. À 63 minutes et 35 secondes, le trio de la pianiste de jazz Emie R Roussel exécute Taniata, une composition du contrebassiste Nicolas Bédard. À 78 minutes et 37 secondes, Le Vent du Nord conclut le gala avec l’exécution d’une chanson tirée du répertoire de George Comeau, Au régiment.

Pour visionner le gala, on clique ici

LES LAURÉATS DES 24e PRIX OPUS SONT….

LES CONCERTS

Concert de l’année – Musiques médiévale, de la renaissance, baroque
Telemann à Paris, Arion Orchestre Baroque, Mathieu Lussier, chef et basson baroque,
Vincent Lauzer, flûte à bec, 18 au 20 octobre 2019

Concert de l’année – Musiques classique, romantique, postromantique,
impressionniste
Joyce DiDonato & Yannick Nézet-Séguin, Orchestre Métropolitain,
Yannick Nézet-Séguin, chef, Joyce DiDonato, mezzo-soprano, 19 novembre 2019

Concert de l’année – Musiques moderne, contemporaine
Envoi : Hommage collectif III à Gilles Tremblay, Ensemble contemporain de Montréal
(ECM+), Ensemble Paramirabo, Ensemble Magnitude6, Louise Bessette, piano,
Véronique Lacroix et Jeffrey Stonehouse, direction artistique, en collaboration avec le
Conservatoire de musique de Montréal, 24 janvier 2020.

Concert de l’année – Jazz
Rémi Bolduc Jazz Ensemble avec invitée spéciale : Funky Princess, Rémi Bolduc et
Chantal De Villiers alias Funky Princess, saxophones, Taurey Butler, piano, Fraser
Hollins, basse, Dave Laing, batterie, Productions Art and Soul, 20 février 2020

Concert de l’année – Répertoires multiples
Pastorale, Benjamin Morency, flûte, Hugues Cloutier, piano, Société musicale FernandLindsay – Opus 130, Centre culturel Desjardins, 9 février 2020

Création de l’année : Onze super (petits) totems: Jean Derome, SuperTotem, Productions Totem
Contemporain, Productions SuperMusique, 24 octobre 2019

Production de l’année – Jeune Public : Jean-Sébastien et la marche à pied, Les P’tits Mélomanes du Dimanche,
Maurice Laforest, directeur artistique, 29 septembre 2019

LES ENREGISTREMENTS 

Album de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque
Marin Marais : Badinages, Mélisande Corriveau, Eric Milnes, ATMA Classique

Album de l’année – Musiques classique, romantique, postromantique ou
impressionniste
Chopin : Ballades et impromptus, Charles Richard-Hamelin, Analekta

Album de l’année – Musiques moderne, contemporaine
Henryk Górecki : Intégrale des quatuors à cordes, Quatuor Molinari, ATMA Classique

Album de l’année – Musiques actuelle, électroacoustique
L’inaudible, Stéphane Roy, empreintes DIGITALes

Album de l’année – Jazz
MachiNations, Yannick Rieu, Productions Yari

Album de l’année – Musiques du monde et musique traditionnelle québécoise
Levantine Rhapsody, Didem Başar, Patrick Graham, Noémy Braun, Guy Pelletier, Brigitte
Dajczer, Centre des musiciens du monde, Analekta

LES PRIX SPÉCIAUX

Prix Hommage
Kent Nagano

Inclusion et diversité Montréal
Prix remis conjointement avec le Conseil des arts de Montréal qui a offert
10 000$ à la lauréate.
Djely Tapa

Prix Opus Québec
La Fabrique culturelle a offert au lauréat l’enregistrement d’une capsule
à diffuser sur la plateforme culturelle web de Télé-Québec.
Palais Montcalm – Maison de la musique – Concerto for Group and Orchestra de Jon Lord,
Orchestre symphonique de Québec, Paul DesLauriers Band

Prix Opus Régions
La Fabrique culturelle a offert au lauréat l’enregistrement d’une capsule
à diffuser sur la plateforme culturelle web de Télé-Québec.
Orchestre symphonique de l’Estuaire – Réalisations Jeune Public 2019-2020

Compositeur de l’année
Le Conseil des arts et des lettres a remis 10 000$ au lauréat.
James O’Callaghan

Découverte de l’année
Ariane Brisson

Directeur artistique de l’année
Yannick Nézet-Séguin, Orchestre Métropolitain

Interprète de l’année
Le Conseil des arts du Canada a remis 5000$ à la lauréate.
Elinor Frey

Diffuseur pluridisciplinaire de l’année
Ville d’Alma SPECTACLES

Diffuseur spécialisé de l’année
Festival des Arts de Saint-Sauveur

Événement musical de l’année
Mini-Concerts Santé – Ensemble Caprice, Ensemble vocal Arts-Québec, juin à septembre
2020

Rayonnement à l’étranger
CINARS a remis au lauréat 2000$.
QUASAR quatuor de saxophones – Tournée Colombie-Britannique, Europe et Amérique

LE TEXTE

Article de l’année
« De l’intention musicale au jeu instrumental. Développement d’un protocole de recherche
pour l’analyse qualitative et quantitative de trois styles d’interprétation d’une œuvre de J.-
S. Bach au piano », Viktor Lazarov, Simon Rennotte, Caroline Traube, Revue musicale
de l’OICRM, 2019

La SAT au Forum IRCAM: révolution de l’immersion sonore

par Alain Brunet

Pour sa 7e présentation par la Société des arts technologiques (SAT) le Symposium iX se consacre au son et à Immersion, en partenariat avec le Forum Ircam et l’Université McGill.

Voilà l’occasion d’explorer les technologies audio immersives mises au point par les chercheurs du Métalab, soit le secteur recherche & développement de la SAT. Consacré au vaste concept de l’immersion et audiovisuelle, des conditions et des lieux où elle peut s’y déployer (dômes, réalité virtuelle, réalité augmentée, réalités mixtes) , le Symposium iX  invite le public à faire l’expérience d’une nouvelle forme de conférences dans un espace virtuel en 3D : le Hub SATELLITE, soit la plateforme web immersive développée par la SAT en collaboration avec Mozilla Hubs.  Présentation de contenus et interaction sont à l’ordre du jour de ce 7e Symposium iX.

Au programme notamment : une simulation acoustique dans une reconstitution virtuelle d’un quartier de Paris au 18ème siècle et un prototype de navigation sonore au coeur de l’Orchestre symphonique de Montréal. Les présentations seront suivies d’expérimentations et discussions avec le public. En deuxième portion de la journée, trois œuvres et projets sélectionnés et présentées en mode expérimentation déambulatoire dans l’espace virtuel.
 

« De Paris, l’IRCAM  (l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), a invité la SAT  pour une journée complète de présentations. Plus précisément, l’IRCAM réunit annuellement sa communauté pour faire le point sur les avancées de leurs logiciels, de leurs métodes de composition etc. Il existe dans ce contexte un forum IRCAM hors les murs; on y choisit une ville autre que Paris et cette année la ville de Montréal qui a été sélectionnée pour faire différentes présentations, dont celle notamment de Robert Hasegawa, prof de composition à McGill » explique Nicolas Bouillot, un des chercheurs du Métalab de la SAT, qui fait ici équipe avec Emmanuel Durand (son partenaire de recherche), les compositeurs Michal Seta, Zack Settel, Émile Ouellet-Delorme.

« Nous proposons une journée complète sur nos travaux consistant à explorer la spatialisation du son mais pas dans le sens traditionnel. Habituellement la spatialisation consiste en un système de haut-parleurs  ou un casque d’écoute qui fournissent l’information de localisation des sons. Alors que nous nous intéressons à localiser des sons en fonction de la géométrie des lieux dans lesquels les sons sont diffusés, en tenant compte par exemple de la situation des murs, des matériaux (vitre, moquette, etc.) , de la réverbération, des illusions possibles, etc.  On veut donc explorer la spatialisation en temps réel pour les arts de la scène, dans le contexte de performances. »

Parmi les exemples proposés par le Métalab , il y a ce projet en partenariat avec avec  Mylène Pardoen, chercheure du CNRS qui a fait une maquette de Paris au 18e siècle et a tenté d’en reproduire les sons ambiants. De l’archéologie sonore, en quelque sorte.

« Elle positionne les son dans l’espace, soit dans l’architecture des lieux. On peut ainsi entendre le Paris de cette époque-là. Pour y parvenir, il fallait résoudre problèmes de spatialisation traditionnelle,  en tenant compte de la nature des lieux, des matériaux des bâtiments, etc. »

Un autre terrain de recherche implique l’Orchestre symphonique de Montréal, l’expérience ayant été menée plusieurs mois avant la pandémie, soit lorsque Maestro Kent Nagano était le directeur musical. Le compositeur et chercheur du Métalab Zach Settel avait été associé de près à cette expérience de spatialisation.

« Nous avions enregistré les sons au coeur de l’orchestre. Nous pouvions isoler les instruments, les sections et aussi les sons de la salle, soit récolter un maximum d’informations afin de pouvoir recréer quelque chose de différent », rappelle Nicolas Bouillot.

Or, l’une des tâches fondamentales du  chef d’orchestre est celle spatialiser le son avec chacune des sections et donc en en contrôlant le volume. Avec cette nouvelle technologie mise au point par le Métalab, le rendu de l’oeuvre peut être radicalement transformé… et fort probablement différent des consignes d’intensité sonore prescrites par la partition du compositeur et , par voie de conséquence, du chef d’orchestre. 

Qu’en dit notre interviewé?

« Kent Nagano avait refusé  de mettre un casque pour réaliser sa position dans l’espace avec notre concept de spatialisation. Il arguait que depuis des centaines d’années, on disposait l’orchestre sur la scène avec, par exemple, les instruments les plus forts au fond, afin d’équilibrer le point d’écoute. Or, même avec cette approche  traditionnelle, le son n’est pas diffusé uniformément dans la salle. Du point de vue de la personne qui vit l’exécution, il y a des positions qui sont optimisées. L’ingénieur du son Carl Talbot nous disait alors que la meilleure position de la Maison symphonique se trouvait au milieu de la cinquième rangée du  premier balcon. Or, si tu es collé sur l’orchestre dans les premières rangées du parterre, le son est très différent. »

Deux logiciels de spatialisation du son ont été développés par le Métalab.  

« Le premier permet de spatialiser le son des orchestres, il permet de faire de la localisaton de son en temps réel et d’offrir un rendu binaural différent pour un casque d’écoute – le rendu binaural est une technique permettant restitution sonore de la prise de son dans le casque.  Le deuxième logiciel fait la même chose en localisation des sons, mais évalue aussi la géométrie de l’espace et la propriété des matériaux de l’espace dans lequel les sons sont émis. Il nous permet de comprendre la réverbération des lieux et de mieux localiser les sons en temps réel.  On travaille donc aussi sans casque d’écoute, mais bien en socio-immersif, par exemple dans le dôme de la Satosphère où il n’existe pas de sweet spot, soit un espace optimal pour percevoir les sons. »

Pour plus d’informations sur le Symposium iX on clique ICI.

Pour visionner des éléments du Symposium iX, on clique ICI

classique occidental

Rafael Payare, nouveau directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal

par Alain Brunet

L’orchestre symphonique de Montréal a finalement arrêté son choix sur Rafael Payare, qui aura 41 ans en février prochain, donc de trois décennies plus jeune que le chef sortant, Kent Nagano. De prime abord, ce choix semble tout à fait pertinent.

Payare est jeune, doué, éduqué, expérimenté, latino-américain, métis, non occidental. Déjà, on imagine des légions de vieux croutons s’en étonner ou, pire, s’en formaliser. Or, ce choix tient davantage du réalisme contemporain que de l’audace. Bien sûr, on peut parler d’audace dans le cas montréalais qui nous occupe, mais de tels choix s’inscriront dans une normalité admise sur la planète entière au cours des décennies à venir. Enfin… les populations qui résisteront à cette irrépressible tendance seront encore là mais… vouées au déclin.

L’homogénéité raciale et la supériorité blanche ne sont-elles pas en voie d’appartenir (enfin) au passé dans toutes les sphères de la culture ? Poser la question… Chose certaine, la musique classique n’y échappe pas.

Est-il besoin d’ajouter que la direction de l’OSM en est parfaitement consciente.Pour l’orchestre montréalais, tout chef caucasien dans la plus que quarantaine ne pouvait rivaliser d’aucune façon au Québécois Yannick Nézet-Séguin, qui fait désormais partie de l’élite des maestros sur la planète classique. L’OSM devait impérativement se positionner avec une offre très différente de celle de l’Orchestre Métropolitain dont YNS est le chef nommé à vie. Il fallait donc un artiste représentatif du cosmopolitisme prévalant dans la plupart des capitales internationales. La nomination d’une femme aurait été tout autant souhaitée mais bon, on nous expliquera peut-être pourquoi cela ne s’est pas encore produit.

Né à Puerto la Cruz, au Venezuela, Rafael Payare provient d’une famille de professionnels, soit une mère enseignante à l’école primaire, et un père cartographe à l’emploi de sa ville natale – ses deux parents sont décédés. Musicalement, fut formé à l’adolescence, soit à 14 ans, un âge tardif pour accéder aux plus hautes sphères classiques. Corniste de formation, il est diplômé de l’Universidad Nacional Experimental de Las Artes. À l’instar du célèbre maestro et compatriote Gustavo Dudamel, Rafael Payare est un autre produit de El Sistema, une organisation vénézuélienne progressiste dont l’objet était d’offrir une formation de haut niveau aux jeunes issus de tous milieux et non de l’élite – comme c’est souvent le cas dans les pays qui ne font pas partie du G 20. Son talent, sa détermination et le soutien académique dont il put jouir l’ont mené à obtenir une première chaise à l’orchestre symphonique Simón Bolívar.

À partir de 2004, Payare s’est mis à la direction d’orchestre et a rapidement gravi les échelons de la maestrosphère, appuyé par l’éminent José Antonio Abreu. Moins d’une décennie plus tard, il fut chef d’orchestre assistant des célébrissimes Claudio Abbado et Daniel Barenboim. Il fut aussi l’ assistant de Lorin Maazel au Festival de Castleton (aux États-Unis) et en devint chef principal après la mort de Maazel. Par ailleurs, il fut chef invité de l’Ulster Orchestra avant d’en devenir le chef principal jusqu’en 2019. En janvier 2018, Payare était invité à diriger l’Orchestre symphonique de San Diego, pour en devenir le directeur musical un an et demi plus tard. Un autre défi considérable l’attend, soit diriger l’orchestre d’une deuxième grande ville nord-américaine: Montréal. Il y fut invité en septembre 2018, tout s’était très bien passé côté Beethoven, Mozart, Schoenberg. Il dirigea aussi l’OSM à Lanaudière à l’été 2019. À l’évidence, ces passages ont été on ne peut plus concluants pour qu’on lui offre la direction artistique de l’OSM.

On aura tôt fait d’observer , scruter, ressentir la direction de Rafael Payare. Vivement le prochain cycle de l’OSM !

L’OSM et Payare au sommet from Festival de Lanaudière on Vimeo.

classique occidental

Beethoven : le grand influenceur de 2020

par Frédéric Cardin

Tour d’horizon de quelques créations contemporaines influencées par Beethoven et sa musique qui sont nées en 2020, année du 250e anniversaire du compositeur (et, accessoirement, d’une pandémie profondément dérangeante).

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais 2020 était l’année Beethoven. Oui, si un certain virus n’avait pas pris toute la place, c’est Beethoven qui aurait probablement dominé (ou du moins occupé une importante place dans) l’actualité. Qu’à cela ne tienne, malgré le virus, Beethoven a néanmoins exercé une influence majeure non seulement en musique, mais dans d’autres arts également. J’aurais pu vous proposer une énième biographie du maître, mais ça aurait été redondant vu la quantité et la qualité de dossiers semblables disponibles ailleurs. J’ai donc plutôt opté pour un tour d’horizon, forcément incomplet et totalement subjectif, des créations contemporaines inspirées par Beethoven, ce qui devrait intéresser le public habituel de PAN M 360.

Une danseuse chorégraphe de hip-hop atteinte de surdité réinvente le concept d’épanchements sur la Cinquième symphonie !

La superstar de la musique contemporaine « accessible », Max Richter, s’approprie Beethoven un peu comme il l’avait fait avec Vivaldi en 2012.

La Sixième symphonie de Beethoven, la Pastorale, devient le point d’ancrage d’un vaste mouvement mondial à la fois créatif et environnemental, le Beethoven Pastoral Project.

#bebeethoven est un événement multimédia dans lequel douze artistes musicaux et conceptuels utilisent Beethoven comme tremplin pour des créations contemporaines.

La danse et la musique de Beethoven, encore réunies dans une démarche expressive d’avant-garde.

https://www.youtube.com/watch?v=xI2UXmDfty0

Labor Beethoven 2020 est un laboratoire de création qui offrent les moyens et le temps nécessaires à des musiciens de partout dans le monde pour explorer toutes les possibilités sonores contemporaines. Aucune obligation d’utiliser la musique de Beethoven comme base de réflexion, c’est plutôt son esprit d’innovation qui transcende toute l’expérience.

Beethoven est sur Twitter ! Jour après jour, suivez les réflexions du compositeur sur notre monde moderne, dans les mots exacts de ses propres écrits, lettres et correspondances.

Ce n’est pas de la création d’avant-garde, mais c’est sacrément essentiel ! LE coffret que vous devez avoir si vous aimez Beethoven.

Fazil Say est un pianiste turc hyperinventif et original. Il s’amuse ici avec son illustre prédécesseur.

Beethoven peut aussi jeter sa lumière sur la créativité jazz !

Je ne suis pas convaincu, et j’utiliserais cet exemple comme celui à ne pas suivre, mais elle a du succès auprès du public. La violoniste hip-hop Ezinma reprend la Cinquième. N’y avait-il pas une certaine Vanessa Mae qui faisait ce genre de boisson gazeuse sonore il y a, genre, 25 ans ?

La pianiste Susanne Kessel a eu l’idée de demander à 250 compositeur.trice.s d’écrire 250 pièces pour piano inspirées de Beethoven pour son 250e anniversaire. Elle les a toutes apprises et jouées. Un tour de force.

Une pianiste franco-monégasque d’origine sri-lankaise a trouvé les points communs entre Beethoven et les Upanishad indiens. Le résultat est une rencontre inédite entre deux univers sonores apparemment opposés, mais finalement capables de dialoguer avec intelligence et originalité. Superbe.

Un artiste 2020, son choix 2020 (partie 3)

par Rédaction PAN M 360

Pour clore l’inénarrable année 2020, PAN M 360 vous propose une fois de plus l’éclectisme extrême. Pour votre plus grand plaisir, voici plus de 60 points de vue d’artistes de la musique de tous genres, de toutes générations et de toutes langues, d’origines locales, nationales et internationales.

Nous avons déployé nos antennes et lancé un appel rapide et plus d’une soixantaine d’artistes ont répondu ! Sans prétendre qu’il s’agit de leur album numéro 1 de 2020, leur choix a assurément marqué leur année. 

Est-il besoin d’ajouter que nous respectons et apprécions les goûts des artistes mis en ligne sur cette plateforme. Nous savons pertinemment que leurs fans seront ravis qu’ils les expriment sur PAN M 360, aussi sommes-nous d’autant plus honorés de cette généreuse collaboration. De surcroît, ces choix sont tout à fait complémentaires aux sélections de notre communauté !

En vous souhaitant une bonne année 2021, voici trois pavés de plaisir, soit trois parties d’un même concept : un artiste 2020, son choix 2020 ! – Alain Brunet

Tire le coyote est un authentique fleuron de la tendance kebamericana, auteur accompli, compositeur, interprète et aussi mélomane fervent, preuves à l’appui !

Adrianne Lenker, Songs and Instrumentals

 « La leader du groupe Big Thief présente ici un magnifique deuxième album solo. Enregistré simplement dans une cabane du Massachusetts,cet opus offre onze chansons douces et mélancoliques en phase parfaite avec l’automne et l’incertitude  pandémique. »

Jeff Tweedy, Love Is The King

« Ce 3e album solo de chansons originales en trois ans est son meilleur à mon humble avis, ce qui demeure extraordinaire pour un artiste aussi prolifique ayant quelque 30 années de songwriting derrière la cravate. Pour cet opus, le leader du groupe Wilco oscille entre la légèreté du country plus traditionnel et la profondeur de ballades folk, comme lui seul sait les construire. »

Nicolas Boulerice vient de lancer l’album Maison de pierres, projet parallèle au Vent du Nord, vaisseau amiral du trad keb dont il est un incontournable, voire un de ses artistes les plus influents.

Artús, Cerc  

Ciac Boum, L’homme sans tête

«Les uns font du rock expérimental avec du trad, les autres font du trad, avec du voisinage. Selon le pif du jongleur, ces deux disques vous aideront à faire valser 2020 loin derrière vous. »


Mong Tong est le projet des frères Hom Yu et Jiun Chi, qui  proposent un parcours psychédélique dans le folklore taïwanais d’inspiration occulte où nostalgie, tradition, humour et profonde singularité se mêlent au « côté oriental du rêve ».

Voyage Futur, Inner Sphere

« Un album ambient élégant ! La texture des sons chauds des synthés, des percussions et des arrangements en font l’album que nous avons le plus écouté. »

Robert Nelson, nom d’emprunt inspiré du fameux chirurgien révolutionnaire et patriote indépendantiste du Bas-Canada à l’époque de la rébellion (1837-38), est une véritable force du rap keb, tant en solo qu’au sein d’Alaclair Ensemble.

KNLO, Club Mixtape 2020

« Parce que ça donne la bougeotte ! »


Lisandre Bourdages et Sarah Dion font partie de Nobro, furieux combo hard-rock montréalais exclusivement féminin et donc sans « bro » comme son nom l’indique. Sick Hustle, lancé le 17 avril dernier, a remporté le prix du meilleur EP rock de l’année au récent gala Gamiq 2020.

Haim, Women in music part III

« Étrangement, il a fallu au moins 3 ou 4 écoutes complètes de l’album avant de vraiment l’apprécier. Nous étions déjà fans de leur musique mais avec ce nouvel album, nous trouvons qu’elles sont allées encore plus loin, ont pris plus de risque avec des arrangements et prises de son auxquels on se s’attendait pas nécessairement d’elles. Un gros 10/10 pour Haim en 2020 ! »

Thomas Le Duc-Moreau est chef assistant à l’Orchestre symphonique de Montréal, le plus jeune de l’histoire de l’OSM. C’est dire son potentiel ! Il a occupé ce poste aux orchestres symphoniques de Québec et de Trois-Rivières Il est aussi directeur artistique de l’ensemble Volte.

La 2e symphonie de Sibelius par l’Orchestre symphonique de Göteborg dirigé par Santtu-Matias Rouvali

« L’interprétation de la symphonie est d’une grande profondeur artistique et humaine. À l’écoute, on y ressent personnellement une grande connexion avec la musique, mais aussi à quel point les musiciens se sont dévoués à nous la faire sentir. »


Mara Tremblay est une des plus grandes artistes de la mouvance kebamericana et son récent opus Uniquement pour toi est sans conteste l’un des meilleurs albums québécois de 2020.

 

Marie Nadeau-Tremblay, La peste

« La sensibilité, la profondeur et la justesse de jeu de cette grande violoniste viennent m’apaiser et me permettent de m’envoler avec elle. »

Poirier a tenté un virage vers la chanson pop métissée avec l’album Soft Power paru au cours de l’été 2020, un pied toujours bien ancré sur la piste de danse. Son coup de cœur de cette année, ce n’est pas un album, mais un single !

Kabza De Small & DJ Maphorisa, eMcimbini feat. Samthing Soweto, Aymos, Mas Musiq & Myztro (New Money Gang)

« Kabza De Small et DJ Maphorisa sont sans conteste les maîtres – très prolifiques – de l’amapiano, genre hypnotique et envoûtant à souhait qui flirte avec la house mais dont le tempo est plus lent. Cette chanson, tirée de l’album Scorpio Kings Live de Kabza De Small & DJ Maphorisa, peut jouer cinq fois de suite et j’en redemande encore. Assurément le single de l’année. »


Nicolas Basque est multi-instrumentiste, compositeur et réalisateur studio. Membre fondateur de Plants and Animals, il accompagne d’autres artistes, compose pour la danse et le théâtre.

Antoine Corriveau, Pissenlit

« Parce que je l’aime beaucoup et surtout parce que c’est un album sensible où l’instinct est à l’avant-plan. »

Jake Ingalls est guitariste et claviériste chez les Flaming Lips, mais aussi guitariste et chanteur de Spaceface, formation de Memphis connue pour son pop-rock psychédélique planant et ses jeux de lumières hallucinants. La dernière proposition se veut un album des Fêtes bien lysergique : Holydaze.

Petit Prince, Les plus beaux matins

« Ce disque de Petit Prince est mon préféré de l’année. C’est notre claviériste, Katie, qui me l’a fait découvrir il y a quelque temps. J’attendais avec impatience un album complet et je n’ai pas été déçu. C’est un super mélange de pop française psychédélique à synthés et de bizarreries expérimentales. On se sent téléporté par leurs paysages sonores. J’apprendrais le français si ce type collaborait avec nous. »


Jason Williamson (Sleaford Mods) : Après la sortie d’une compilation retraçant les sept dernières années du duo punk-rap britannique parue en mai dernier, le charismatique chanteur s’apprête à lancer le sixième album des Sleaford Mods, Spare Ribs, le 15 janvier 2021.

Billy Nomates, Billy Nomates

« C’est son premier album et c’est brillant ! Je fais une chanson avec elle sur ce disque et j’en suis vraiment fier (Sleaford Mods lui ont d’ailleurs rendu la politesse sur leur prochain album). Elle a un accent qui pourrait être américain ou canadien mais elle britannique. Je trouve ça intéressant comment elle chante et parle, c’est comme un gros fuck-off à la culture britannique, la preuve que t’es pas obligé de chanter avec un accent comme le nôtre. C’est franchement vraiment bon, écoutez ça! »

Totalement Sublime, c’est Marc-Antoine Barbier (Choses Sauvages) et Élie Raymond (Foreign Diplomats). C’est chanté en français, ça se veut contemplatif, ça sonne comme de la synth-pop et de l’avant-pop avec des saveurs progs ou même asiatiques, ça traite de sujets comme la fatigue, la chaleur, la nostalgie.

Nicolas Jaar, Cenizas

« On aime vraiment le côté assez sombre de cet album presque instrumental qui tire même par moments sur la musique concrète (il est allé pas mal plus dans cette direction avec son deuxième album de 2020, Telas). Cenizas est un album assez immersif qui reste toujours dans une ambiance renfermée et on a beaucoup aimé quand c’est sorti. Élie se souvient très bien que Marc-Antoine est la première personne à qui il a écrit : “Maaaaaaan, t’as écouté ça ?!” »


Manu Militari est rappeur keb, auteur, compositeur, avec cinq albums derrière la cravate. Relativement discret depuis un moment, il réapparaît dans le paysage sonore local, on le soupçonne de mijoter quelque chose…

David Goudreault, Le nouveau matériel

« Mon album préféré de 2020 est un album franc, original et pur, c’est aussi l’oeuvre d’un artiste que j’aime autant que je l’admire »

Pierre Guérineau : Artiste complet, compositeur, multi-instrumentiste, producteur, chanteur, parolier, il fait équipe avec Marie Davidson dans des projets communs dont Essaie Pas, L’Oeil Nu et attise les braises de son projet solo : Feu Saint-Antoine.

Grischa Lichtenberger, Kamilhan, il y a péril en la demeure

« Musicien et artiste visuel sous-estimé, Grischa Lichtenberger m’a complètement désarmé cette année avec son album, résolument le plus “pop” de sa série. De par son utilisation émotive des voix synthétiques (v carg 1br, syn resr), son sens du groove et des textures, à la fois intime et complètement alien, il a été l’un des seuls LP de 2020 à rester sur mon disque dur. »


Aurélien Tomasi est clarinettiste et saxophoniste pour la formation multiculturelle Gypsy Kumbia Orchestra, de surcroît compositeur et arrangeur. 

El Balcón, La Bruja

« En s’inspirant du son jarocho mexicain et de la musique grecque, El Balcón présente une esthétique musicale unique et inusitée, riche tout en restant accessible. De la même façon que le Gypsy Kumbia Orchestra le fait avec les musiques afro-colombiennes et balkaniques, El Balcón propose un métissage original, particulièrement représentatif de la richesse cosmopolite du Montréal actuel. Avec l’album La Bruja, El Balcón propose des arrangements intéressants de son traditionnel, ainsi que quelques pièces originales. »

Scott Feltham a joué plusieurs instruments avant de choisir définitivement la contrebasse et d’acquérir le niveau nécessaire à l’obtention d’un poste au sein de l’OSM.

William Prince, Reliever

« Cet artiste a l’une des voix les plus chaleureuses que je connaisse. Ses chansons sont d’une grande douceur et me touchent droit au cœur. Dans ses textes, il est souvent question d’espoir et d’optimisme face aux défis et aux luttes. Des propos tout à fait actuels. »


Gab Bouchard est issu d’une famille d’éminents Bleuets de l’indie rock, son album Triste pareil a attiré l’attention de plusieurs au début de 2020.

Mara Tremblay, Uniquement pour toi

« Je trouve que c’est tellement abouti, tellement bien ficelé. J’ai toujours aimé Mara, et là, j’étais content qu’elle revienne avec un disque aussi solide. Je sais pas si c’est parce que j’aime tout le monde qui a participé à cet album, mais selon moi, c’est pas mal dans les top de 2020 au Québec. »

Lou Canon lançait au printemps son dernier album, Automatic Body, très beau travail dans les boisés torontois de la dream pop, de la synth-pop ou de l’avant-pop.

Jennifer Castle, Monarch Season

« Jennifer Castle a quelque chose de surnaturel. Quand elle chante, c’est comme si je me retrouvais dans les bras tendres et apaisants d’une mère. Elle fait taire le bruit dans ma tête. »


Mirabelle est le nouveau pseudo de Laurence Hélie, qui faisait dans le kebamericana au tournant de la précédente décennie, des années avant de ressurgir avec un projet totalement différent, cette fois bilingue : Late Bloomer.

Helena Deland, Someone New

« J’avais été happée par le talent de cette fille lorsqu’elle avait assuré la première partie de Matt Holubowski, il y a quelques années. Cet album est d’une beauté rare et je pourrais écouter en boucle et pour toujours la première minute de la première chanson sans jamais m’en lasser ! »

Taylor Swift, Folklore 

« Ce n’est pas très en marge comme choix, j’en conviens, mais j’assume. Comme tout le monde, je ne m’attendais pas à cet album. Je ne savais pas non plus à quel point j’en avais besoin et à quel point il me ferait du bien. La douceur et la sobriété des arrangements… les textes ! Les choses auraient sûrement été différentes si on enlevait 2020 de l’équation, mais ce retour aux sources était franchement tout ce que je pouvais encaisser cette année. »

Arlo Parks, EP Black Dog

« J’aime tout tout tout de cet EP… la poésie, sa voix, l’instrumentation respire, on s’accroche à chacune de ses paroles. J’attends avec grande impatience son prochain album en 2021. »

Joseph Edgar a sorti cet automne l’EP indie folk-rock Peut-être un rêve, pur jus de l’Acadie contemporaine dont il est l’un des éminents créateurs de chansons.

Klô Pelgag, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

Antoine Corriveau, Pissenlit

Les Hay Babies, Boîte aux lettres 

« Difficile de choisir un album en particulier, car chacun m’a fait planer à tour de rôle, en boucle d’accompagnement de mes marches quotidiennes et de mes soirées autour de la table tournante. Alors, je déclare ex-aequo ces trois quasi chefs-d’œuvre. Pourquoi eux, malgré quelques autres qui les talonnent de près ? De un, parce que j’ai décidé de rester dans la francophonie (désolé Dylan). De deux, car ces artistes ont su m’emporter dans un monde musical complètement libre, sans toutefois délaisser la maîtrise mélodique et le travail des textes. De trois, parce que depuis leur début y’a rien qui sonne comme eux, et avec ces disques, on ressent vraiment qu’elles et il plantent chacun leur drapeau en plein dans le cœur noir de 2020, me permettant de voyager loin, sans bouger si loin que ça, à ma plus grande joie. »


Marie-Hélène Landry, chanteuse du groupe montréalais Obsolete Mankind, roule sa bosse depuis belle lurette dans les savanes où ça hurle le métal. 

Fuck the Facts, Pleine noirceur

« Parce que les artistes de ce groupe  se sont vraiment réinventés pour cet album. »

Alexandre Lapointe est un bassiste extrêmement sollicité et leader de la formation The Brooks.

King Krule, Man Alive

« Cet album aborde encore une fois les recoins sombres de la vie en société et trouve un moyen de la traduire en perle poétique et mélodique. Archy Ivan Marshall a une très belle manière à lui de mélanger tout style de musique confondue avec agilité ce qui rend ce projet vraiment intéressant peu importe l’album qu’on écoute de King Krule. Qu’il s’agisse de jazz, de hip-hop à la J Dilla ou encore de rock, tout est fait avec brio. »


Yan Thiel est guitariste pour les groupes de métal Obsolete Mankind et Necrotic Mutation

Wake, Devouring Ruin

« Ça n’aura pas été facile, mais je vais opter pour Devouring Ruin de Wake. À la base un groupe purement grindcore, Devouring Ruin, le 5e album du groupe, se démarque par la qualité et la lourdeur de ses compos et nous démontre à quel point le band a évolué musicalement. »

Population II, trio de rock franco expérimental, a lancé l’album À la Ô Terre cet automne chez Castle Face et suscite de plus en plus d’intérêt auprès des amateurs.

Brigid Dawson & The Mothers Network, Ballet Of Apes

« Un premier album solo de l’ex-chanteuse/claviériste du groupe Thee Oh Sees/OCS. On y retrouve des chansons envoûtantes, une production remarquable et des collaborations avec d’incroyables musiciens situés un peu partout sur ce globe : Sunwatchers, Mikey Young (Total Control/Eddy Curre).


Alex Henry Foster est une figure de proue du post-rock montréalais, son offrande la plus récente s’intitule Snowflakes in July.

Gunn-Truscinski Duo, Soundkeeper

« En cette année faite de confusion et d’improbables, je me suis réfugié dans l’univers atmosphérique, drone, expérimental et méditatif du magnifique album instrumental Soundkeeper qu’a lancé le duo de créateurs jazz/psych et bruitistes Steve Gunn et John Truscinski en guise de 4e album. Il m’a offert l’immersion nécessaire à me perdre à travers l’écho de mes réflexions, tout en me permettant de ne jamais totalement sombrer dans l’obscurité de mon environnement oscillant entre chaos et catharsis. »

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