POCHETTES DE 2021 : NOTRE TOP 20!

par Rédaction PAN M 360

Un des plaisirs des posséder des albums vinyles ou CD, c’est de pouvoir étudier la pochette sous tous les angles tout en écoutant la musique. Il arrive parfois que la pochette soit tellement captivante qu’on en oublie la musique; il arrive aussi que le contenu soit beaucoup moins intéressant que le contenant (combien de fois s’est-on fait avoir !). Le meilleur, bien sûr, c’est quand la musique et la pochette sont toutes deux excellentes… voire inoubliables. Sur les centaines de disques aux pochettes formidables qui nous sont passés entre les mains, en voici 20 qui ont retenu notre attention.

L’équipe de Pan M 360


Weezer
OK Human
Atlantic/WEA

Le dessin hyper chargé de l’artiste visuel suédois Mattias Adolfsson évoque ce qui pourrait être l’intérieur d’un ordi (pour demeurer en phase avec le clin d’œil évoqué par le titre de l’album) ou de studio spatial ultra bordélique, sorte de joyeux foutoir dans lequel on peut se perdre pendant des heures, examinant attentivement chaque menu détail. Rivers Cuomo, leader de la formation pop-rock américaine et grand amateur de comics, est paraît-il tombé sous le charme des dessins du suédois lors d’un passage dans une boutique de bandes dessinées. (Patrick Baillargeon)


Noé Talbot
Remercier les accidents
Slam Disques

Pour illustrer la pochette de son recueil Remercier les accidents, le chansonneur pop-folk-rock-punk Noé Talbot nous propose un saule au fût immergé par les eaux du lac Wanaka, dans le sud de la Nouvelle-Zélande. Cet arbre résilient doit figurer sur des milliers de clichés; celui qu’a choisi Noé provient du photographe belge Loïc Naessens. Difficile de dégoter une adéquation plus parfaite du végétal, de l’aquatique, du minéral et du céleste. « J’te promets pas grand-chose sauf le présent », chante Noé sur Pour l’instant, dixième pièce de l’album. C’est bien ce que nous dit ce saule : seul compte le présent. (Luc Marchessault)


Altin Gün
Âlem
Indépendant

Puisqu’ils ont Amsterdam comme port d’attache, pas étonnant que les chefs de file du psych-rock turc Altin Gün ornent leurs pochettes d’albums d’illustrations hallucinogènes (jetez un coup d’œil à Yol, leur autre album de 2021). La parution indépendante Âlem, une exclusivité Bandcamp, nous présente une forme mystérieuse qui provient de l’imagination architecturale du designer britannique Alexander Khabbazi. Cette illustration mérite une mention spéciale, tout comme l’initiative qu’a prise Altin Gün de remettre tous ses revenus de vente de musique à l’organisation environnementale EarthToday. (Rupert Bottenberg)


IDLES
Crawler
Partisan

Vous avez déjà éprouvé cette sensation de simplicité incertaine en regardant quelque chose plus d’une fois pour en déchiffrer le sens? C’est ce qu’incarne cette pochette d’album simpliste, mais déroutante. Un logis à deux étages avec fenêtres ouvertes sur un fond sombre. À droite, un astronaute solitaire ou un motocycliste rétro (c’est ambigu) flotte dans le vide, chaussé de godasses de sport. On dirait une scène de théâtre ou une page de catalogue IKEA. On pourrait bien essayer d’établir un lien thématique avec les chansons, mais il s’agit simplement d’une œuvre photographique à la fois abstraite et marquante. (Stephan Boissoneault)


Máquina Delírio
Mefistovalsas
Indépendant

À ce que l’on sait, ce duo de la ville merveilleusement nommée de Florianópolis, au Brésil, n’a pas conclu de pacte avec le diable pour son album à tendance psycho-rock tripatif Mefistovalsas. Toutefois, un accord a bel et bien été conclu avec l’artiste Pedro Correa, qui a réuni ici tous ses éléments préférés : globes oculaires, cosmos, félins sauvages et formes géométriques. Ça ferait une affiche blacklight parfaite, non? (Rupert Bottenberg)


Attacca Quartet
Of All Joys
Sony Classical

Après l’illustration aux couleurs vibrantes et psychédéliques de leur premieralbum Real Life, aux sonorités électro, le deuxième album publié en 2021 par l’Attacca Quartet est présenté dans une facture visuelle plus sobre et épurée qui fait écho à son répertoire minimaliste. La palette évoque l’émergence de l’ombre vers la lumière alors que l’illustration de l’oiseau, signée Anja Hoppe, évoque le côté aérien du répertoire, mais aussi la liberté retrouvée de pouvoir créer et jouer ensemble après des mois de confinement. (Alexandre Villemaire)


Squid
Bright Green Field
Warp

Cette pochette, tout comme les morceaux de Bright Green Field, est bien remplie. Le champ vert luxuriant, les poubelles formant un personnage, le ciel bleu éclatant : tous des éléments qui sautent aux yeux. Il s’agit à la fois d’une image désarmante par la simplicité de la composition et engageante par la complexité des éléments. Il faut aussi mentionner le superbe mélange de bleu et de vert pimpant s’accompagnant d’un gris triste, donnant l’impression d’un bonbon pourri de l’intérieur. Un album n’est pas obligé de n’avoir qu’un excellent contenu audio, l’emballage peut aussi être superbe ! (Louis Garneau-Pilon)


Super Break Orchestra
The Breaks EP
Trigger

Les dix membres du Super Break Orchestra de Tokyo produisent le genre de funk lourd et cuivré conçu pour accompagner les affrontements de breakdancers. Qui de mieux pour créer l’illustration de leur premier EP que Dragon76, qui mélange le style street-art américain et les traditions du graffiti hip-hop avec les animations, les jeux vidéo et l’art populaire de son Japon natal? Sans oublier une sensibilité samouraï prononcée (pas étonnant qu’il gagne des batailles artistiques dans sa ville d’adoption, NYC). (Rupert Bottenberg)


Marianne Faithfull & Warren Ellis
She Walks in Beauty
BMG

L’an dernier, nous apprenions avec effroi que la grande et belle Marianne Faithfull avait contracté la COVID. Malgré son âge avancé et sa santé fragile, elle a survécu au virus. Puis, au printemps dernier, Lady Marianne a fait paraître She Walks in Beauty, un album où, sur d’envoûtants paysages sonores créés par Warren Ellis, elle récite la poésie des Romantiques anglais : Byron, Hood, Keats, Shelley, Wordsworth, Tennyson. Le livret qui accompagne l’édition physique du disque est magnifique. Des peintures signées par l’artiste britannique Colin Self s’ajoutent au texte de chacun des poèmes. La contemplation de ces images impressionnistes complète l’expérience de l’auditeur en le plongeant dans un univers poétique d’une grande splendeur. (Steve Naud) 


Vistas
What Were You Hoping To Find?
Retrospect

Vue en vignette, la pochette du deuxième album des effervescents pop-rockers écossais Vistas semble être un simple et agréable motif géométrique. Mais si l’on zoome, on s’aperçoit qu’il se passe beaucoup de choses dans l’œuvre du designer coloradien Rosston Meyer, fondateur de Poposition Press, un maître du livre pop-up moderne qui applique cette technique de 3D instantanée à la pochette de l’édition vinyle du disque. (Rupert Bottenberg)


Dream Theater
A View From The Top Of The World
InsideOut

Ce n’est qu’après avoir identifié l’auteur de l’illustration que j’ai compris pourquoi elle avait retenu mon attention. En plus de signer les pochettes de Dream Theater depuis Octavarium (2005), le style surréaliste de l’artiste canadien Hugh Syme est visible, depuis 1975, sur des centaines d’albums (Rush, Bon Jovi, Iron Maiden) et de publicités (le dentifrice Sensodyne!). Pour illustrer le titre du 15e album du groupe métal progressif, Syme a choisi comme sommet du monde le Kjeragbolten, un bloc erratique situé sur la montagne Kjerag, en Norvège. (Christine Fortier) 


Ken Sasaki
Keep Playing 2
Indépendant

Un « son rétro qui n’est pas simplement nostalgique », c’est ainsi que le Tokyoïte Ken Sasaki définit sa pop sympathique, douce et légère avec une saveur de funk haut de gamme, de chiptunes et de « pop urbaine » japonaise des années 80. L’illustration de la pochette, réalisée par Shinsuke Koshio, fondateur du studio de design SUNDAYVISION, va dans le même sens : elle a l’air de bien sonner, et peut-être même de goûter bon ! (Rupert Bottenberg)


Jerusalem In My Heart
Qalaq
Constellation

Des femmes ne peuvent cacher leur désemparement derrière leur masque de procédure. Il y a eu l’explosion dans le port de Beyrouth à l’été 2020, c’est la cata des catas. Le Liban était déjà plongé dans une crise profonde contre la corruption et le communautarisme, la misère économique se mettait de la partie et l’espoir de reconstruction a pris un dur coup. Mené par le Canado-Libanais Radwan Ghazi Moumneh, le véhicule multidisciplinaire Jerusalem in my Heart accuse le coup à travers cet excellent collaboratif, manifestation de solidarité internationale avec cette profonde inquiétude libanaise (Qalaq) en toile de fond de la création. La photo sélectionnée pour la pochette de l’album ne pouvait être mieux choisie, afin d’exprimer l’état des choses et la musique qui s’en inspire. (Alain Brunet)


Chad Vangaalen
The World’s Most Stressed Out Gardener
Flemish Eye

Chad Vangaalen, de Calgary, est depuis longtemps un nom familier de la musique indépendante canadienne – cela fait maintenant une bonne vingtaine d’années qu’il pratique son folk-rock idiosyncrasique, ainsi qu’avec ses illustrations et ses animations (rappelez-vous son incroyable vidéo de 2020 pour Seductive Fantasy de Sun Ra Arkestra). L’énergumène au visage spaghetti qui figure sur cet album, l’une des nombreuses publications de Vangaalen cette année, est un bon exemple de son style de dessin animé psychédélique, à la fois bête et sinistre. (Rupert Bottenberg)


Gazelle Twin & NYX
Deep England
NYX Collective

Gazelle Twin enchaîne les réussites. Son talent se voit aussi dans celui qu’elle a de s’entourer d’artistes tout aussi brillants. Ce magnifique album se veut la suite logique des concerts londoniens où elle se produisit avec le chœur féminin de drone électronique NYX, dans des versions remaniées de certaines des chansons composant son album Pastoral (2018). L’œuvre de l’illustratrice italienne Elisa Seitzinger, avec son bestiaire médiéval éclaté et désinvolte, ne saurait mieux seoir à Deep England. Le design graphique de la pochette a été réalisé par Jonathan Barnbrook, à qui l’on doit le graphisme de l’ultime album de David Bowie, Blackstar. (Geneviève Gendreau)


Population II
À la ô Terre
Castle Face

Cette pochette est celle de mon année 2021, car elle est tout ce que j’aime de Montréal : les belles rencontres imprévues, celles où on se laisse guider par l’énergie de la ville, ses gens, ses talents et sa musique. Cette pochette est celle que l’on veut absolument posséder, après avoir lâché des larmes de bonheur en découvrant une perle musicale. Cette pochette est celle que l’on veut garder en souvenir comme un Polaroïd que l’on prendrait pour immortaliser à jamais un voyage inoubliable : celui que j’ai fait en écoutant Population II sous le viaduc Van Horne, un jour de novembre 2021. (Salima Bouaraour)


Infiltro
Disforia
Indépendant

Ils ont beau être originaires du milieu de la planète, les noise-rockeurs équatoriens d’Infiltro poussent leur boucan abrasif à l’extrême. La pochette de leur dernier album, Disforia, est ornée de la présence charmante d’un rat punk accro aux pilules, une image archétypale qui pourrait émaner de la plume dégoulinante de la légende de la bande dessinée underground S. Clay Wilson, ou encore de celle du maestro graphique grunge des années 90 Savage Pencil. Or, l’illustration est l’œuvre du dessinateur et illustrateur Paco « Afromonkey » Puente, fondateur de l’anthologie Azno Cómics. (Rupert Bottenberg)


Hayden Pedigo
Letting Go
Mexican Summer

Se décrivant comme étant un « artiste non émergent d’Amarillo, Texas », Jonathan Phillips a utilisé une photo que lui a donnée Hayden Pedigo en guise d’inspiration pour la pochette de l’album. Il raconte que celle-ci était l’une des nombreuses photos dérisoires de Pedigo où il est habillé en streetwear. Phillips en a fait une œuvre peinte à l’huile sur un panneau de bois de 12 pouces par 12 pouces. De cette œuvre fut créée la pochette de l’album, provocante par ses couleurs et l’étrangeté du personnage. (Isabelle Marceau)


Tendinite
Neither/Nor
Araki / Poutrage

Tendinite est un trio originaire de Reims qui propose du punk garage lo-fi à la fois brut et efficace. Son plus récent album, Neither/Nor, en témoigne. Le mutant à plusieurs bras de la pochette est l’œuvre de Val l’Enclume, un graphiste dont le style absurde et apocalyptique a valu à Tendinite d’être associé au groupe marseillais de sérigraphie Dernier Cri. (Rupert Bottenberg)


Ghost Rhythms
Spectral Music
Cuneiform

Deuxième album chez Cuneiform pour la dizaine de musiciens du groupe français Ghost Rhythms, mené par le batteur Xavier Gélard et le pianiste Camille Petit. Une pochette étrange, de Jonathan Martin, qui n’est pas spécialement reliée au thème du disque (la distanciation et son remède : la télépathie), mais qui a un caractère accidentel, ou involontaire, ayant un certain charme. La musique est une manière de rock progressif jazzé qui a des affinités avec celui de Soft Machine ou de Miriodor. À découvrir. (Réjean Beaucage)

PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (PREMIÈRE PARTIE, DE JANVIER À MARS)

par Rédaction PAN M 360

L’an 2021 nous a réservé une suite de nouvelles plutôt moches… mais beaucoup de très bonne musique! L’équipe de PAN M 360 s’est penchée sur les nombreux albums parus en 2021 et a sélectionné les 100 meilleurs. Nous les dévoilerons selon leur mois de parution, en cinq tranches et autant de jours. Voici donc les albums de janvier, de février et d’une partie de mars. Bonne lecture et, surtout, bonne écoute!

L’équipe de Pan M 360

Steve Earle and the Dukes
J.T.
New West

Justin Townes Earle est mort en août 2020 d’une surdose de cocaïne additionnée de fentanyl. Sur J.T., Steve Earle rend hommage à feu son descendant. Onze pièces, dont dix ont été composées et écrites par Justin Townes. Last Words, la onzième, provient de Steve Earle : « J’y étais quand tu es né – Ta mère te tint puis moi aussi (…) – À ton trépas j’aurais souhaité – Y être pour te tenir ainsi ». Steve Earle œuvre, depuis une quarantaine d’années, à l’édification d’une cathédrale de l’americana. Il ne prévoyait sûrement pas, toutefois, y célébrer les funérailles de son fils. (Luc Marchessault)

Arlo Parks
Collapse In Sunbeam
Transgressive

Arlo Parks n’avait que 20 ans lorsque l’album Collapse in Sunbeam fut rendu public, en janvier 2021. Vieille âme! Fruit capiteux d’un étal pop mâtiné de brit-soul/R&B et de beatmaking typiquement hip-hop, cet album met en musique la fraîcheur poétique d’un journal personnel, où l’artiste parvient à extirper de la beauté des grandeurs et misères de sa jeune existence et des mœurs observées chez sa génération. Les douze titres ici proposés par cette enfant de l’immigration africaine au Royaume-Uni se démarquent essentiellement pour le texte et la réalisation de constructions chansonnières, assorties d’accroches mélodiques essentielles au succès pop. Frais, sensible, créatif et intelligent. (Alain Brunet)


shame
Drunk Tank Pink
Dead Oceans

Ce quintette post-punk de South London, au Royaume-Uni, s’est fait connaître grâce à son fantastique premier album Songs of Praise. Et Drunk Tank Pink, le deuxième, est aussi merveilleux. Voici un album rempli de guitares frénétiques, de paroles angoissantes et d’incertitudes sonores qui met l’auditeur à rude épreuve. Ces gars-là sont dans la vingtaine, mais ils jouent comme s’ils avaient vécu des générations. (Stephan Boissonneault)

The Besnard Lakes
The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings

Flemish Eye

Les Besnard Lakes, émissaires non officiels de la psych-expérimentale indie montréalaise, nous ont habitués aux chansons qui stimulent tout le système nerveux. Qui plus est, leurs albums conservent leur éclat. Leur plus récent, cependant, The Besnard Lakes Are the Last of the Great Thunderstorm Warnings, est franchement exceptionnel. Tout comme sur l’album …Are the Dark Horse, les harmonies débordent de style, les synthés dansent, puis les crescendos pop baroques et les couches de guitares post-rock s’entrechoquent. Le genre d’album qui vous révélera quelque chose de nouveau à la 50e écoute. (Stephan Boissonneault)


Connaisseur Ticaso
Normal de l’Est
Joy Ride

Paru au tournant de 2021, Normal de l’Est a résisté à toute concurrence et a enfin élevé Connaisseur Ticaso au rang des meilleurs MC de Montréal. Pour des raisons éminemment systémiques, Steve Casimir (de son vrai nom) a mis une génération avant d’accéder à cette reconnaissance légitime. Normal de l’Est se veut un parcours, la rue est ici un mirador permanent pour ce chroniqueur afro-urbain, éloquent, intelligent, paradoxal. Coordonné par l’incontournable Ruffsound, le beatmaking est digne des meilleures ambiances de série noire, le tout étoffé par un détachement complet de producteurs et rappeurs. Félix bien mérité à l’ADISQ 2021, catégorie Album de l’année – Rap. (Alain Brunet)

Werewolves
What a Time to Be Alive
Prosthetic

Si vous avez envie d’une bonne dose de death-metal ultra-rapide, le 2e album de Werewolves est pour vous. Les membres du groupe, qui œuvrent aussi chez Psycroptic, The Antichrist Imperium, The Bezerker, demeurent en terrain connu avec cette nouvelle entité musicale : vélocité, influences black metal, grind et une petite touche d’industriel. L’objectif avoué du trio, en créant What a Time To Be Alive, était d’injecter dans chaque morceau autant de haine qu’il y a en a dans l’air du temps actuel. Ça dit pas mal tout. (Christine Fortier)


Tommy Guerrero
Sunshine Radio
Too Good

Tommy Guerrero s’est d’abord fait connaître au cours des années 80 en tant que skater pionnier du street-style, au sein de la Bones Brigade. À la fin des années 90, il amorce une œuvre discographique qui se révélera riche, en explorant les tendances de l’époque. Son évolution marquée vers le funk à saveur rétro, baigné d’une bonne mesure de tropicalia dans sa production la plus récente, culmine avec cet album où il a assuré presque tous les postes. Sunshine Radio s’avère une suite bonifiée de son excellent album précédent, Road to Nowhere. Trame parfaite pour prendre ça cool, en rêvant du soleil. (Patrice Caron)

Black Country, New Road
For The First Time
Ninja Tune

Le jeune groupe londonien Black Country, New Road ne craint pas les mélanges improbables et leur trouve une cohésion : post-punk,  post-rock, prog crimsonien, bruitisme, polka-rock, musique contemporaine de souche européenne, minimalisme américain, free-jazz et autres fines herbes frémissent dans la même marmite. La voix étranglée, le ton tragi-comique et les récits  hyperréalistes du frontman Isaac Wood, très bon guitariste au demeurant, ne passent pas inaperçus. Ces salves de mots ponctuent une grande diversité stylistique et différents niveaux d’intensité musicale, tantôt réfléchis, tantôt sauvages, sorte d’attitude à la fois punk et savante. Voilà un des nombreux signes de la résurgence rock en 2021. (Alain Brunet)


Nick Cave & Warren Ellis
Carnage
Goliath

Pandémie oblige, Nick Cave n’a pas requis les services de ses Bad Seeds afin de donner vie à ses nouvelles compositions. Il s’est tourné vers son vieux pote Warren Ellis, mauvaise graine en chef depuis le départ de Mick Harvey. La sombre paire, qui se montre toujours aussi inspirée, a élaboré un album constitué de ballades poignantes (Albuquerque, Lavender Fields) et de morceaux plus menaçants (Hand of God, White Elephant), au-dessus desquels plane toujours l’ombre d’Arthur, fils que le barde australien a perdu à la suite d’un cruel accident. (Steve Naud)

Cult of Luna

Cult of Luna
The Raging River (EP)
Red Creek

À 39 minutes, le 2e EP du collectif suédois pourrait aussi bien être considéré comme un album complet. Les mélodies sinueuses et introspectives, les montées en puissance passionnées et les rythmes hypnotisants s’entrelacent pour former un périple musical engageant et très satisfaisant. Cult of Luna se permet une digression de style avec la chanson Inside of a Dream, une sorte de complainte narrée par Mark Lanegan (Screaming Trees, Queens of the Stone Age). Ce n’est pas le meilleur moment du EP, peut-être parce que cette chanson est tellement différente du reste, mais si Cult of Luna est content, c’est ce qui compte. (Christine Fortier)


The Weather Station
Ignorance
Fat Possum

Après la parution de son album homonyme, The Weather Station, Tamara Lindeman a connu une période plutôt calme, de 2019 à 2020. Elle peaufinait un nouveau son, mettant à profit son écriture de type « flux de conscience » pour commenter le monde qui l’entoure. Elle est revenue en 2021 avec un groupe d’indie jazz qui l’accompagne sur Ignorance… et le résultat est magnifique. Des pièces comme Robber et Tried To Tell You figurent dans ce qu’elle a fait de mieux, jusqu’à maintenant. (Stephan Boissonneault)

Madlib & Kieran Hebden Sound Ancestors

Madlib & Kieran Hebden
Sound Ancestors
Madlib Invazion / Piccadilly

Sound Ancestors est une puissante créature bicéphale dont le hip-hop est une tête, celle du réputé Otis Jackson Jr, alias Madlib, l’autre étant celle de la fine électro qu’incarne Kieran Hebdan, alias Four Tet. Au programme, superbe mélange intégré de beatmaking hip-hop, productions post-IDM, free-jazz, cosmic-jazz post-Sun Ra, jazz-funk, soul/R&B, flamenco nuevo, dancehall jamaïcain, musique de chambre pour cordes et kalimba, musique d’Afrique de l’Ouest comprenant des balafons et on en passe. Cette fresque de 16 titres résulte de procédés bien de notre temps : intégration et modification d’enregistrements préexistants, séances inédites en studio et esthétique hybride. (Alain Brunet)


Kameliia
IV
Overbalance

Cette pianiste de formation classique s’est lancée dans la musique techno et on peut dire que le résultat est plus que réussi. Originaire de Bulgarie, cette musicienne a publié IV sur un label moscovite. Cet album est un mets concocté avec des ingrédients de techno à base de beat fracassant, kick roulant, charlet, échos et réverbes, avec un soupçon de notes de synthé. On notera aussi le petit clin d’œil au cinéma français dans le titre Se leurrer, voire même une prise de position de l’artiste. Kameliia se doit d’être dans votre sélection musicale de fêtes de fin d’année. (Salima Bouaraour)


Ghetts
Conflict of Interest
Ghetts Limited / Warner

Les férus de grime connaissent l’expérimenté Ghetts depuis 2010, époque où la scène d’East London le consacrait parmi les siens. Onze ans plus tard, quiconque apprécie la culture afro-britannique doit absorber ses récits hyperréalistes et consonants, réminiscences d’une existence difficile d’immigrés où il faut composer avec ses carences psychologiques, avec ses difficultés économiques, avec la délinquance et la criminalité. On doit  ici s’incliner devant ce raffinement du style grime au moyen d’une approche orchestrale quasi symphonique, à l’origine fondée sur les styles électroniques anglais d’ascendance afro-caribéenne (dub, jungle, drum&bass, dubstep) et désormais mâtinée de soul/R&B, jazz, musique de chambre de tradition classique occidentale, chant choral et autres bandes originales à la John Barry. (Alain Brunet)


Artistes variés
Strangers In Their Own World
MFC

BitterCaress, à l’initiative du projet, réunit cinq producteurs et productrices que les amateurs et amatrices de fêtes underground torontoises et montréalaises connaissent déjà bien pour leur capacité à faire taper du pied. Les artistes invité.e.s ont composé leur production autour du thème Strangers In Their Own World. Ils et elles explorent des sujets sociétaux comme l’isolation (Oracle Opium, par Aahan), la santé mentale (La Morte d’Alex, par Alexa Borzyk), les violences policières (Brain to body, par Inside Blur), l’itinérance (Street Strangers, par KORVN) et celui d’un avenir meilleur (Vision Of Tomorrow, par ottoman.grüw). Tous et toutes délivrent des pépites de techno dure, crue, froide et rapide. (Elsa Fortant)

Elinor Frey
Vandini : Complete Works for Cello
Passacaille

Découvreuse de trésors, passionnée discrète, Elinor Frey contribue brillamment à l’épanouissement du répertoire du violoncelle ancien depuis plusieurs années, grâce à ses recherches studieuses dans les fonds de bibliothèques un peu partout en Europe. Ici, c’est un certain Antonio Vandini, contemporain et peut-être ami de Vivaldi, qu’elle tente de ressusciter en nous offrant sa musique à la fois joueuse et sérieuse, une rareté dans l’Italie du 18e siècle. (Frédéric Cardin)


Renée Reed
Renée Reed
Keeled Scales

Lorsque la Louisianaise Renée Reed chante de sa voix plaintive et gratte langoureusement sa guitare, c’est une vieille âme que l’on a l’impression d’entendre. Peut-être est-ce dû à la transmission d’un savoir ancestral musical : elle est la petite-fille des accordéonistes Harry Trahan et Bob Reed, petite-nièce du folkloriste, musicien et professeur Revon Reed, et fille de la multi-instrumentiste Lisa Trahan et du violoniste et contrebassiste Mitch Reed. Chantées en anglais et en français, les pièces évoquent l’onirique et nous rappellent le dream-folk de Jessica Pratt. Un premier album envoûtant. (Isabelle Marceau)

Nicolas Horvath
Alvin Lucier: Music for Piano XL
Grand Piano

Le titre complet de cet album est Music for Piano With Slow Sweep Pure Wave Oscillators XL. L’œuvre a été créée en 1992 dans une version d’une quinzaine de minutes, mais la version « XL » de 2020, celle de cet enregistrement, offre 64 minutes d’une musique méditative, immersive et spectrale. Le piano entre en résonance constante avec les deux oscillateurs qui émettent des ondes balayant quatre octaves. L’un des meilleurs extraits du catalogue d’œuvres pour piano du compositeur décédé le 1er décembre 2021. (Réjean Beaucage)


Floating Points, Pharoah Sanders & The London Symphony Orchestra
Promises
Luaka Bop

Héraut du jazz libre dans les années soixante, protégé du grand John Coltrane, le vénérable saxophoniste Pharoah Sanders est toujours allumé. Après avoir entendu un disque du britannique Sam Sheperd, qui crée de la musique électronique sous la bannière Floating Points, il a exprimé le désir de collaborer avec lui. D’où cette rencontre au sommet de la voie lactée, magnifiée par les cordes de l’Orchestre symphonique de Londres. Ce mariage entre les styles et les générations est dominé par le souffle toujours aussi somptueux du pharaon. (Steve Naud)

Serpentwithfeet
Deacon
Secretly Canadian

L’amour au quotidien, les contacts fortuits, les bonheurs et les chagrins, l’expression du désir, les refuges du cocon intime. Josiah Wise, alias Serpentwithfeet, y assume pleinement son identité homosexuelle et contribue à construire l’identité LGBT afro-américaine, en ciselant cette onzaine de chansons pour la plupart magnifiques. Les antécédents gospel sont clairement repérables dans cette musique pourtant adaptée à l’instrumentation hybride de notre époque. Sa tessiture de haute-contre et de ténor léger sied parfaitement à son esthétique, assez exploratoire pour y conclure à une forte personnalité en réalisation, assez conviviale pour fédérer les amateurs de mélodies soul-gospel le moindrement ouverts aux avancées formelles de la pop culture. (Alain Brunet)

PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (DEUXIÈME PARTIE, DE MARS À JUIN)

par Rédaction PAN M 360

Le dévoilement des 100 meilleurs albums de 2021 selon PAN M 360, en cinq tranches et autant de jours, se poursuit avec d’époustouflantes œuvres parues de mars à juin.

L’équipe de Pan M 360

Feu! Chatterton
Palais d’argile
Caroline

Arthur Teboul (parolier et chanteur) et ses collègues Raphaël de Pressigny (batteur), Antoine Wilson (bassiste), Clément Doumic et Sébastien Wolf (guitaristes et claviéristes) disposaient de tout un lot de chansons à l’état de maquettes, lorsqu’a commencé le confinement. Restait à choisir celles qui figureraient sur Palais d’argile, puis trouver un réalisateur. Feu! Chatterton a choisi Arnaud Rebotini et le résultat est plus que probant : Palais d’argile est encore meilleur, à tous égards, que ce qu’a produit Feu! avant. Entre les pièces en appui-livres Un monde nouveau et Monde nouveau défilent douze autres titres tout aussi stimulants les uns que les autres. (Luc Marchessault)

Institut
L’effet waouh des zones côtières
Rouge Déclic

L’effet waouh des zones côtières est le troisième album du trio Institut, après Spécialiste mondial du retour d’affection (2016) et Ils étaient tombés amoureux instantanément (2011). Arnaud Dumatin, directeur d’Institut, a presque tout écrit et composé. Comme parolier, il se pose généralement en observateur désabusé. Il nous balade dans le champ littéraire de Michel Houellebecq, là où l’air ambiant exhale des effluves de fin de civilisation. Nina Savary élève la proposition de sa voix exquise. Le musicophile sera réconforté par L’effet waouh des zones côtières car la poésie, même lucide et blasée, demeure porteuse d’espérance. (Luc Marchessault)


Danny Driver
Ligeti : 18 études

Hyperion

Le syncrétisme des meilleures pratiques musicales du 20e siècle. C’est un peu ce que sont les Études de Ligeti, un monument du piano savant moderne, à la fois ludique, exigeant et stimulant. Danny Driver s’est approprié ces grandioses miniatures avec force et personnalité. (Frédéric Cardin)

BAAB
Rédactions tranquilles
MFC Records

Pour son premier album, le duo montréalais BAAB s’est intelligemment et créativement approprié les codes de la lo-fi house, du jazz et de la pop, allant parfois même jusqu’à flirter avec l’expérimental. La voix éthérée de Mariève Harel-Michon, alias Bayta, s’entrelace avec fluidité et douceur aux compositions accrocheuses de Charles-David Dubé. C’est prenant, touchant et ça met du baume sur l’âme. Avec Rédactions tranquilles, c’est un vent de fraîcheur qui souffle sur la scène locale. Assurément à suivre. (Elsa Fortant)


Gojira
Fortitude
Roadrunner Records

Une chose est certaine: le quatuor français Gojira a une moyenne élevée en matière de qualité d’album. Sur sept parutions, y compris Fortitude, il n’y a que de The Link (2003) qu’on est incapable de réécouter. En 25 ans de carrière, Gojira a presque toujours réussi l’exploit de se réinventer dans son propre univers, composé de chansons multidimensionnelles et envoûtantes. Il y a encore matière à réflexion dans les textes de Gojira. Puis, des mélodies enveloppantes et puissantes nous rappellent que le groupe n’a pas perdu toute sa force de frappe, même si les harmonies prennent plus de place qu’avant. (Christine Fortier)

Dry Cleaning
New Long Leg
4AD

Si Dry Cleaning emprunte à un tas de groupes issus de la scène art-punk, post-punk ou alternative, de Siouxsie and the Banshees à The Fall en passant même par Marianne Faithfull ou tous ceux, plus contemporains, ayant adopté le style déclamatoire plutôt que le chant (Sleaford Mods, Yard Act, Protomartyr, Gudrun Gut et tant d’autres), on doit admettre que le groupe de Londres a su s’imposer grâce à la voix froide et détachée de sa chanteuse Florence Shaw. D’un ton monocorde, elle livre sans émotion des paroles frisant l’absurde dans lesquelles cohabitent observations du quotidien et clins d’œil ironiques. La dichotomie entre la voix et la musique est encore plus flagrante en concert, alors que la dame demeure impassible tandis que tout le reste du groupe s’énerve sur ses instruments. Bien que la formule a ses limites (quoique les Sleaford Mods en sont à leur 11e album…), l’approche inusitée de Dry Cleaning intrigue et risque de charmer pour encore un petit moment. (Patrick Baillargeon)


Cadence Weapon
Parallel World
eOne Music

Cadence Weapon a fait du millage sur la route du Prix Polaris, qu’il a remporté en 2021 après y avoir été sélectionné sur la liste courte dès 2006. Le rappeur mérite pleinement le fameux prix, car il a mis au point un rap électronique parfaitement distinct des tendances hip-hop à la mode en Amérique du Nord (trap, drill, etc.) et des variantes du grime britannique, tout en puisant de chaque côté de l’Atlantique pour ainsi mettre au point un langage unique. Excellent chroniqueur de la mouvance sociale, ceci incluant le racisme systémique et les possibles dérives autoritaires dans un environnement numérique, Cadence Weapon est sans conteste un artiste hors du commun. (Alain Brunet)

Laurence Anne
Musivision
Bonsound

Dream-pop, art-rock, funk cosmique, synthwave… ces étiquettes réunies ne peuvent décrire avec exactitude cet opus de Laurence Anne, distinct de toutes les mouvances de la scène indie en Amérique francophone, ce qui lui a valu le statut d’« artiste de l’année » au GAMIQ. Ainsi, sa voix laineuse et haut perchée survole des arrangements singuliers et une étonnante diversité compositionnelle. Un tantinet sibyllin, cet album se veut un « recueil de lettres de correspondance destinées à un ancien amant secret », ainsi que la « trame sonore qui résonne entre les murs d’un manoir mystérieux ». Alors… on ne pénètre pas dans ce manoir pour ses propriétés poétiques, mais bien pour les riches vibrations sonores qui y résonnent. (Alain Brunet)


Birmani
Birmani
Cuchabata

Après trois microalbums portant le sceau Birmani et lancés entre l’automne 2018 et le printemps 2019, voici un recueil qu’on pourrait qualifier de complet puisqu’il totalise 33 minutes et quelques secondes de musique. On y entend des rythmes syncopés, des riffs qui fendent l’espace auditif, un blues lourdement lesté de psychédélisme, des évocations de Soundgarden, Queens of the Stone Age ou Mastodon. Outre l’apport textuel de l’auteure Gabrielle Delamer sur trois chansons, Simon Doucet-Carrière, Antoine Lévesque-Roy et Mathieu Racine ont tout fait eux-mêmes. Cet album homonyme gonflera de bonheur le cœur de tous les musicophiles friands de sonorités stoner, métal et sludge. (Luc Marchessault)

Konstantia Gourzi
Anajikon

ECM

On se promène dans l’écoute d’Anajikon comme dans un rêve brumeux, mélodies poignantes ici, quelques dissonances légèrement épicées ailleurs, nous accompagnant comme un guide bienveillant. On a vite l’impression de plonger dans une trame sonore d’un film de Theo Angelopoulos. C’est vrai que la plume de Gourzi a quelque chose d’aussi évocateur que la musique d’Eleni Karaindrou, et nous invite presque parfois à attendre l’entrée de la voix magique d’Angélique Ionnatos. Nils Mönkemeyer (alto), William Youn (piano), l’orchestre de l’Académie de Lucerne et le Miguet Quartett sont tous excellents. À ne manquer sous aucun prétexte. (Frédéric Cardin)


Charles Richard-Hamelin
Chopin : 24 préludes; Andante Spianato et Grande polonaise brillante

Analekta

CRH est résolument romantique, incitant à souhait toute la viscéralité des partitions à s’épanouir totalement. Chopin est une extension de l’âme musicale du jeune homme, qui continue de gagner en maturité d’année en année. Cet album démontre la puissance évocatrice que CRH construit avec brio, dans chacune des 24 perles miniatures de l’op. 28 signées de la main du grand Frédéric. (Frédéric Cardin)

Deine Lakaien
Dual
Prophecy Productions

Ce groupe emblématique de la scène culturelle allemande nous offre un dixième album fort original : dix nouvelles pistes, composées sous l’inspiration de pièces d’autres artistes, précèdent les reprises par le groupe de ces pièces inspiratrices. Elles proviennent d’horizons musicaux éclectiques, de Can (Spoon) à Cat Stevens (Lady D’Arbanville) en passant par Brel (La chanson des vieux amants) et même Linkin Park (My December), chansons auxquelles le groupe a le génie d’offrir autant d’écrins faits sur mesure. Aux éminents talents de compositeur du pianiste Ernst Horn s’ajoute la voix d’Alexander Veljanov, d’une douceur et d’une générosité sans faille. (Geneviève Gendreau)


Squid
Bright Green Field

Warp

Nous pourrions passer des heures à décortiquer les multiples facettes de Bright Green Field. Nous pourrions nous attarder aux textes qui dénoncent l’industrie pharmaceutique, qui ironisent sur les victimes de la mode à l’ère numérique, qui ridiculisent les appareils d’aérobie dans les gymnases. Nous pourrions nous attarder aux talents musicaux et académiques des artistes de Squid, qui s’inspirent des autodidactes des générations précédentes. Nous pourrions discuter du mélange astucieux de genres et d’improvisations qui font toute la couleur de ce vaste champ musical. Par souci de brièveté, on peut dire que c’est très très bon. (Louis Garneau-Pilon)

Yautja
The Lurch

Relapse

Vous aimez les groupes capables de vous surprendre avec des changements de rythmes intrépides? Alors écoutez Yautja. Le trio de Nashville est composé du bassiste-chanteur Kayhan Vaziri (Coliseum, Die Young), du batteur-chanteur Tyler Coburn (Thou, Gnarhwal, Mutilation Rites) et du guitariste-chanteur Shibby Poole (Thirdface), ce qui donne également un bon indicatif de la qualité de The Lurch. À l’écoute, on songe d’abord à Converge, Baptists et Pig Destroyer, mais des passages évoquent aussi le mathcore de The Dillinger Escape Plan, la fureur de Napalm Death et la profondeur de Gorguts. On ne peut que vous recommander fortement The Lurch, de Yautja. (Christine Fortier)


Teke::Teke
Shirushi
Kill Rock Stars/Ray-On

Monstre à sept têtes, Teke::Teke est une drôle de bête. Conçu à la base comme un hommage improbable au légendaire guitariste japonais Takeshi Terauchi, la bande a élargi son champ d’action, fusionnant pratiquement tout sur son passage, incorporant à sa mixture plusieurs instruments traditionnels ou exotiques à ceux qui le sont un peu moins, créant ainsi son propre univers musical. La musique schizophrène du collectif montréalais est tout sauf banale et Shirushi, premier album complet du septuor, l’illustre parfaitement en dix temps. Du surf-rock nippon à des envolées épiques à la Sergio Leone ou à la Badalamenti, en passant par des charges punk-prog baignées d’essences lysergiques et d’autres morceaux mystiques se rapprochant de l’enka nippon, l’ensemble est mené brillamment par la théâtrale chanteuse Maya Kuroki. S’exprimant uniquement en japonais, Kuroki captive, sublimant magistralement la musique de la troupe, lui donnant un aura de mystère ou de folie. (Patrick Baillargeon)

Robert Robert
Silicone Villeray
Chivi Chivi

Silicone Villeray se trouve au nord du Colorado Plateau et à l’ouest de Rosemount, Minnesota. C’est là que vit Arthur Gaumont-Marchand, alias Robert Robert. Sur Silicone Villeray, il délaisse quelque peu les variantes électro et house de la musique de club pour se concentrer sur des sous-genres pop. Robert s’est mis à l’écriture de textes, avec un coup de main d’Hubert Lenoir et de Benoît Parent. Le résultat s’avère probant : réflexions, introspections et observations simples mais fort bien tournées. Robert Robert atteint, sur Silicone Villeray, le délicat équilibre prosodique aussi cher aux créateurs de pop que l’était l’Arche d’alliance à Indiana Jones. (Luc Marchessault)


Night Beats
Outlaw R&B
Fuzz Club

Night Beats est le véhicule de l’auteur-compositeur-interprète Danny Lee Blackwell, seul membre permanent de cette formation basée dans l’État de Washington. On suit l’évolution de sa palette musicale depuis 2011. Sans provoquer de coup de foudre comme la cultissime chanson Puppet on a String, l’album Outlaw R&B amène le son de Night Beats vers des horizons où les perspectives se déforment, à travers l’écran de chaleur. On sort un peu du garage, mais on ne s’en éloigne pas trop non plus. Juste assez pour prendre un peu de soleil. (Patrice Caron)

Mustafa
When Smoke Rises

Regent Park Songs

Pendant que les jeunes de sa génération préféraient le hip-hop, Mustafa écoutait Nick Drake, Joni Mitchell et Richie Havens. Il estimait que le folk lui permettait d’explorer un langage poétique plus intime, plus sentimental. L’album When Smoke Rises explore le sentiment ressenti après une tragédie :  son titre et ses pièces font référence à la mort de son ami et rappeur Smoke Dawg, victime d’une fusillade en 2018. Ces huit chansons folk-pop constituent une introspection des étapes du deuil. The Hearse porte sur l’envie de venger la mort de son ami, mais se décline finalement comme une chanson d’amour, plutôt qu’une chanson violente. (Jade Baril)


Yoo Doo Right
Don’t Think You Can Escape Your Purpose
Mothland

Le post-rock fleurit à Montréal depuis l’époque où Godspeed! You Black Emperor et Fly Pan Am en ont jeté les bases. Or, Yoo Doo Right en opère tranquillement la refonte. Le son de Yoo Doo Right peut faire s’évaporer des larmes et trembler les rues d’une ville: de véritables galaxies sonores prennent forme puis implosent, en l’espace de six minutes. L’album Don’t Think You Can Escape Your Purpose, paru en 2021, constitue un chef-d’œuvre auditif. (Stephan Boissonneault)

Jesse Royal
Royal
Easy Star

Pour son album Royal paru en juin dernier, Jesse Royal s’est entouré d’une demi-douzaine de réalisateurs – Sean Alaric (Koffee), Natural High et Wayne Thompson, entre autres – pour onze titres de styles variés, mettant tous de l’avant sa prose rastafarienne. Le disque commence et se termine avec des paraboles, la sagesse rasta coule librement sur une variété de rythmiques empruntant au hip-hop, au jazz, au blues, à l’afrobeat et, évidemment, au dancehall. En à peine quelques années, Royal s’est développé une réputation enviable qui attire des collaborateurs bien en vue comme Kumar, Runkus, Stonebwoy, Protojé et Vybz Kartel. (Richard Lafrance)

PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (TROISIÈME PARTIE, DE JUIN À AOÛT)

par Rédaction PAN M 360

Le dévoilement des 100 meilleurs albums de 2021 selon PAN M 360, en cinq tranches et autant de jours, se poursuit avec d’autres titres fabuleux parus de juin à août.

L’équipe de Pan M 360

Billie Eilish
Happier Than Ever
Interscope

La colorée sensation pop et icône de la génération Z, qui passe du ton chuchoté à l’aérien, a encore une fois composé cet album avec son frère Finneas dans le sous-sol de ce dernier. Auréolée de deux Grammy en 2021, dont un pour la pièce No Time to Die (chanson-thème du dernier James Bond), après une pléthore de récompenses prestigieuses sur les deux côtés de la grande mare en 2020, Eilish s’impose comme l’une des artistes incontournables de cette nouvelle décennie. Majeur. (Claude André)

Dobet Gnahoré
Couleur
Cumbancha

Couleur est une ode à la femme, un éloge de la francophonie, une lettre d’amour à la maternité, une célébration de la musique africaine… Mais avant tout, un excellent album! Dobet Gnahoré nous offre un tour de force qui contient un petit quelque chose pour tous. Ceux qui aiment l’afro-pop trouveront leur compte dans les rythmes envoûtants de la diva africaine. Ceux qui veulent élargir leurs horizons pourront découvrir un tout nouvel univers musical entraînant. Ceux qui veulent danser auront de quoi se trémousser jusqu’au petit matin! (Louis Garneau-Pilon)


Etana
Pamoja
Freemind Music

La chanteuse Etana avait sorti un album autoproduit intitulé Gemini en 2020. Déjà de retour cette année avec Pamoja, qui signifie « ensemble » en swahili, la Jamaïcaine s’est entourée de nombreux artistes sur l’album, provenant pour la plupart du continent africain. On y trouve aussi l’incontournable Vybz Kartel, Damian « Junior Gong » Marley et les Européens Alborosie et Patrice. En matière de rythmes, elle a puisé dans l’afrobeat, le dancehall et, bien sûr, le reggae-roots auquel elle nous habitué depuis ses débuts. Très riche en influences, réalisé de main de maître et interprété par l’une des chanteuses majeures de la scène actuelle, Pamoja marque un grand coup en 2021. (Richard Lafrance)

René Lussier
Complètement marteau

ReR Megacorp / Circum Disc

Plus qu’à l’extraordinaire guitariste ou au compositeur déjanté, c’est à un René Lussier chercheur de sons que l’on a affaire ici. Sauf pour le quatuor de contrebasses (4 fois Hugo Blouin) que l’on peut entendre dans Le clou (1999), c’est Lussier qui joue de tout, incluant « tout un lot de percussions maison faites de frottements, de bruits de bouche, de spatules à gâteau, de broches à barbecue et de styromousse sur une vitre mouillée », sans compter, bien sûr, du daxophone et des guitares. Un bon cru! (Réjean Beaucage)


Ofer Pelz, Meitar Ensemble
Trinité
New Focus

Après des études à Jérusalem, puis à Paris, c’est à l’Université de Montréal qu’Ofer Pelz a obtenu un doctorat en composition. Il utilise différentes méthodes de travail, comme l’exploration du concept de « répétition instable », la rétro-ingénierie et des manières de composer qui sont inspirées des mathématiques ou dérivées de l’électroacoustique (spirale logarithmique, accumulation de boucles, etc.). L’ensemble Meitar est basé à Tel-Aviv, mais ce disque offre néanmoins plusieurs occasions d’entendre, fût-ce par la bande, « le son de Montréal ». (Réjean Beaucage)

King Gizzard and the Lizard Wizard
Butterfly 3000
KGLW

Il est parfois dur de trouver l’inspiration pour un premier album. Trouver l’inspiration pour le 18e l’est probablement tout autant. Pourtant, le très prolifique septuor King Gizzard and the Lizard Wizard réussit son pari. KGLW délaisse légèrement l’intensité du prog-rock pour des boucles de synthé de style dream-pop. Le résultat est épatant. Les textes ont aussi évolué, délaissant les histoires fantasques d’autrefois pour s’intéresser au monde ambigu du rêve. Butterfly 3000 est peut-être un détour inattendu pour la sensation prog australienne. Or, puisqu’il s’agit d’un groupe spécialisé dans les détours inattendus, celui-ci en vaut largement la peine. (Louis Garneau-Pilon)


Greentea Peng
Man Made
AMF/EMI

Après deux EP et de nombreux simples, la Britannique Greentea Peng signe Man Made, un premier album d’une étonnante cohésion. Fille d’un père acteur d’origine arabe et d’une mère africaine, Aria Wells – de son vrai nom –  et son groupe The Seng Seng Family proposent 18 titres de néo-soul lascive, largement colorée d’effluves psychédéliques, R&B, dub, funk, acid-jazz, bhangra, trip-hop et hip-hop, qui viennent appuyer des textes aux forts contours sociopolitiques, bien que parfois un peu naïfs. Si son style peut légèrement faire penser à celui de Lily Allen ou d’Erykah Badu, les comparaisons s’arrêtent là, la Londonienne ayant un truc définitivement bien à elle. (Patrick Baillargeon)

Haepaary
Born by Gorgeousness
Flipped Coin

Après le succès retentissant de la formation sud-coréenne Leenalchi, voici le duo Haepaary, de Séoul, qui modernise lui aussi les traditions enracinées localement. Compte tenu de sa vision plus large, Haepaary s’apparente au groupe japonais Kuunatic, tout aussi mystique, et à Prairie WWWW de Taiwan. Le duo pratique une sorte d’électro-confucianisme subversif et rituel, revisitant la musique des temples royaux de la dynastie Joseon. Les deux chanteuses s’opposent également au patriarcat en explorant le genre vocal traditionnellement masculin appelé namchang gagok. Le résultat est envoûtant, voire obsédant. (Rupert Bottenberg)


Hélène Barbier
Regulus
Michel / Celluloid Lunch

Avec Regulus, Hélène Barbier s’impose bien modestement comme la reine du bricolage avant-pop lo-fi. Sur ce ce deuxième album solo, qu’elle a pas mal fait toute seule dans son coin à la maison (pandémie oblige), la chanteuse et multi-instrumentiste Française – exilée à Montréal depuis une dizaine d’années – créé un univers intime, peuplé de petites chansons faussement approximatives, entre no-wave soft et post-punk minimaliste, une musique engageante et originale au charme fou. Regulus est l’œuvre d’une créatrice ingénieuse et inventive qui n’a pas peur du risque. (Patrick Baillargeon)

Hildegard
Hildegard
Chivi / Section 1 (RoW)

Nous avons ici un cas patent de synergie, Ouri et Helena Deland sont ici inspirées par la nonne Hildegarde von Bingen, rarissime femme de lettres au Moyen-Âge, compositrice, artiste, grande mystique. Les Montréalaises ont débusqué ce qui les élève au-delà de leurs accomplissements individuels (électro et chanson indie-folk-pop) fort louables, au demeurant. Les formes chansonnières y sont déconstruites à souhait, les mélodies vocales et les textes se trouvent au service d’œuvres construites telles des pièces électroniques ou instrumentales; les arrangements, traitements et transmutations des sources (voix, instruments, claviers, cordes, sons) témoignent d’une finesse hors du commun. (Alain Brunet)


Sleater-Kinney
Path of Wellness
Mom + Pop Music

Path of Wellness est le dixième ouvrage de cette formation passée récemment de trio à duo, après le départ de la percutante batteuse Janet Weiss. Les guitaristes-chanteuses Corin Tucker et Carrie Brownstein ont réalisé elles-mêmes ce nouvel opus. L’esthétique rythmique de Janet Weiss est pérennisée ici par trois batteurs qui se relaient efficacement. Rien de bien inusité sur Path of Wellness, pas grand-chose qui ne correspond pas au mode opératoire de S-K. Outre ces claviers qui parent avantageusement plusieurs pièces. Mais chez ces femmes d’Olympia dans l’État de Washington, même le non inusité est olympien. (Luc Marchessault)

Amenra
De Doorn
Relapse

Le groupe flamand, actif depuis 1999, présente un délectable album cette année. En pleine maîtrise de ses moyens, il nous catapulte dans un espace où la gravité règne. En dépit de cette lourdeur extrême qui caractérise leur esthétique, les pièces respirent : les atmosphères sont précautionneusement installées, et le cri primal de Colin H. Van Eeckhout donne la pleine mesure de la souffrance. Il est parfois rejoint par le chant de Caro Tanghe (Oathbreaker), instillant des parcelles d’espoir. On comprend que cette douleur ne confine pas à une simple plainte, mais charrie une catharsis, aussi grave qu’est âpre « de doorn », c’es-à-dire « l’épine », titre de l’album. (Geneviève Gendreau)


Anika
Change
Sacred Bones

Après un premier album en 2010 puis un EP en 2013, Anika n’a plus rien fait paraître sous son propre nom (préférant se joindre à d’autres artistes, notamment la formation mexicaine Exploded View), jusqu’à ce Change, sorti au cours de l’été. Avec sa beauté froide, son phrasé rappelant celui de Nico et ses chansons art-pop mécaniques, Annika Henderson n’a eu aucun mal à (re)séduire un public aux goûts plus avant-gardistes. Coréalisé par la principale intéressée ainsi que Martin Thulin d’Exploded View, Change voit la chanteuse germano-britannique créer ses propres chansons, alors que presque tous les morceaux de son premier effort étaient des reprises. Change amène aussi Anika hors des sentiers néo-dub et un peu plus près du krautrock et du post-rock, tout en demeurant toujours audacieuse, expérimentale et fort élégante. (Patrick Baillargeon)

U-Roy
Solid Gold

Trojan Jamaica

Solid Gold est paru quelques mois après la mort de U-Roy et propose plusieurs nouvelles collaborations impressionnantes avec des poids lourds comme des nouveaux venus. L’album reconfirme la pertinence de papa U-Roy avec ses reprises de classiques jamaïcains, dont les surprenantes Man Next Door avec Santigold, ainsi que Stop That Train en compagnie de Rygin King. Big Youth offre une relecture convaincante de Every Knee Shall Bow et Richie Spice, un Wear You to The Ball qui aurait même satisfait Duke Reid… Ziggy Marley propose une version énergisée de Trenchtown Rock et Shaggy accompagne le doyen DJ dans un style old-school bien assumé sur Rule The Nation. (Richard Lafrance)


Arjun Vagale
Time Top
Quartz Rec

Arjun Vagale est resté sous silence quelques années pour se consacrer à la création de son label et de son projet Asymetrik. Ce sont deux entités stylistiques complètement distinctes. Arjun nous a créé cinq titres de dub techno hypnotique. Au fil de l’écoute, on se laisse paisiblement glisser dans la charmante noirceur de Scatter Dos, après avoir piétiné sévère sur Time Cop. Sustain Sequence, éphémère et envoûtante, vous laisse sur une note acidulée pour, énergiquement, en redemander. (Salima Bouaraour)

Rodrigo Amarante
Drama
Polyvinyl

Cruellement méconnu dans l’hémisphère nord, Rodrigo Amarante jouit d’une grande notoriété au Brésil d’où il est originaire, puisqu’il a fait partie de Los Hermanos, formation indie rock assez célèbre pour remplir les stades. Ayant élu domicile aux États-Unis, il enregistre maintenant en solo des albums qui sont des bijoux d’inventivité et de finesse. Son petit dernier, Drama, marie subtilement folk, rock, samba et bossa nova. De sa voix suave et réconfortante, il chante en anglais et en portugais des textes qui abordent les grandes questions de l’existence, sans toutefois se prendre au sérieux. (Steve Naud)


Giri
Antichthon
Axis

Avec Antichthon, Giri explore le thème du cosmos et des voyages dans l’espace. Antichthon, c’est la planète qui pourrait accueillir l’humanité puisqu’elle doit quitter la Terre. L’équipe scientifique de la mission Discovery Behind The Sun voyage à bord du Cyrillia. Sur le chemin, elle croise un vaisseau jumeau avec, à bord, une équipe venue d’Antichthon qui se dirige vers ce qui semblerait être leur futur lieu de vie : la Terre. Rêve ou réalité? À la manière d’un récit de science-fiction, la tension se bâtit tant à l’échelle micro d’une pièce que macro de l’album. Force est de constater que Giri est un excellent conteur. (Elsa Fortant)

Emma Jean Thackray
Yellow
Movementt

Sorti sur l’étiquette qu’Emma-Jean Thackray a créée, Yellow propose un son riche et organique, enregistré en studio. Peut-être pourrait-on le ranger dans la catégorie « musique lègère » grâce à des titres particulièrement accrocheurs comme Say Something? Une chose est sûre, Yellow est plus accessible que Um Yang, son EP précédent (2020), qui jouait dans la cour free-jazz. Les quatorze compositions convoquent des noms comme J Dilla ou Fela Kuti. Amatrice d’afro-beat, la bandleader emprunte à la house ses motifs rythmiques kick-hi-hat-snare, ce qui confère un groove imparable à son travail. (Elsa Fortant)


Lingua Ignota
Sinner Get Ready
Sargent House

La dialectique dure de Sinner Get Ready est relativement comparable à celle observée dans les enregistrements précédents de Lingua Ignota : enchevêtrement, accrochage, collision, déchirure, suture, symbiose. Ses récentes allégations d’agression par Alexis Marshall (du groupe Daughters), avec qui elle a eu une liaison, contribuent à épaissir les états évoqués dans cet album excellent. Cette Lingua Ignota, langue inconnue si vous préférez, marie les musiques sacrées et folklores d’Europe et d’Amérique, le chant des Appalaches, le chant choral et cette magnifique voix de contralto. Avec ceci en prime : la portion plus soyeuse et plus douce de son expression n’a jamais atteint de tels sommets. (Alain Brunet)

Susumu Hirasawa
Beacon
Teslakite

Icône de la techno-pop audacieuse du Japon des années 1980, Susumu Hirasawa est surtout connu pour les inoubliables musiques des films de Satoshi Kondu, défunt maître de l’animation japonaise. Les décennies n’ont pas entamé la sensibilité d’Hirasawa, qui allie la gravité hymnique à l’humour ironique et pince-sans-rire. On retrouve, sur son quatorzième album solo, ses figures mélodiques familières, sa grandeur opératique et ses envolées de fausset, tout comme son étrange mais séduisante juxtaposition de dureté martiale, d’absurdité ludique, de candeur et de sons électroniques déconcertants. L’élément crucial réside dans la sympathie et l’optimisme qu’Hirasawa ne manque jamais de projeter, cette lumière qui fend éternellement les ténèbres, comme le phare que suggère le titre de l’album. (Rupert Bottenberg)

PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (QUATRIÈME PARTIE, D’AOÛT À OCTOBRE)

par Rédaction PAN M 360

Le dévoilement des 100 meilleurs albums de 2021 selon PAN M 360, en cinq tranches et autant de jours, se poursuit avec nos ultra-sélections parues entre août et octobre.

L’équipe de Pan M 360

The Limiñanas / Laurent Garnier
De Peliculas
Because

Le couple français Lionel et Marie Limiñana s’affaire à pasticher un son psychédélique aux échos sombres et transatlantiques. À l’aide de bourdons hallucinés et de poésie débauchée, The Limiñanas attirent les spectres de l’Été de l’amour de 1967. Sur De Películas, ils collaborent avec Laurent Garnier, vétéran du Manchester des années 1980 et titan de la French Touch. L’album repose ainsi sur des grooves qui assurent, flottant sur l’air et se mouvant à un rythme raisonnable. C’est le confort qui prime, pas la vitesse : ces ondes rythmiques sous-tendent avec grâce les grondements d’orgue et les récits rocailleux des Limiñanas. En prime : les intonations mordantes d’Edi Pistolas – de la légendaire formation dance-punk latino Pánico –, qui pimentent la très remuante Que Calor!. (Rupert Bottenberg)

Hubert Lenoir
Pictura de Ipse : musique directe
Simone Records

La ballade SECRET donne le ton de Pictura de Ipse : musique directe : Hubert passe aux confidences, les guitares ont pris le bord, les claviers, synthés et programmes règnent, les ambiances funkisantes dominent. Cet album, qu’Hubert a réalisé lui-même, constitue à bien des égards un hommage à Prince, comme l’illustre spectaculairement QUATRE-QUARTS. Pour résumer, Hubert Lenoir a largué le néo-glam, est allé voir du côté de Flying Lotus, Mac Miller, Thundercat, Frank Ocean et l’immense Prince, puis nous a pondu l’album québécois le plus audacieux et le plus réussi de 2021. (Luc Marchessault)


André Duchesne
Travaux publics : ballades urbaines, vol. 1 et 2
Autoproduction

C’est sans doute plus difficile de faire de la musique en groupe ces derniers temps, alors le cofondateur de Conventum s’est constitué un ensemble virtuel (guitares, basse, programmation [sax et batterie]). Ensuite, il s’est amusé à tout faire tout seul : enregistrement, montage, mixage, etc. Le résultat est étonnant, et on trouve là des couleurs de cette protomusique actuelle des années 70-80, quand Conventum ressemblait à Henry Cow (ou vice versa), mais avec en plus une dose de DIY qui fait tanguer la musique. (Réjean Beaucage)

Deutsch Nepal
Dystopian Partycollection III

Entartete Musikk

Les parutions de Deutsch Nepal se font rares. Le présent album constitue le troisième volet des Dystopian Partycollection, dont les deux premiers datent de 2008 et 2016. Il s’agit cette fois d’une compilation de pièces, reprises et versions alternatives composées entre 2012 et 2021, sur lesquelles interviennent certains collaborateurs. Sans prétention, donc. L’ensemble s’avère moins uniforme que ses albums, mais la magie opère toujours. On retrouve avec bonheur les imprécations vocales de Peter Andersson, qui avec la présence surprenante du guitariste italien Alessio Betterelli (How Low…), qui avec les rythmes glacés de Geoffroy Delacroix, alias Dernière Volonté (Amanda Lear). (Geneviève Gendreau)


Tasha
Tell Me What You Miss the Most
Father/Daughter Records

Dans Tell Me What You Miss the Most, son deuxième album, Tasha chante qu’elle resterait au lit la journée tout entière si elle le pouvait. Sa lente batterie au son duveteux et sa guitare légèrement saturée appellent autant à la douceur qu’à la mélancolie. Sa flûte, ses cordes, sa voix céleste, un léger écho et des titres évocateurs (Burton Island, Lake Superior) forment une enveloppe chaude. La simplicité soulève des sentiments lorsqu’elle est bien exprimée. C’est une pause nécessaire qu’elle nous offre ici, entre le ciel et la terre, le tumulte des jours gris et du bruit de la ville, pour un plus bel hiver. (Anne-Sophie Rasolo)

Hayden Pedigo
Letting Go
Mexican Summer

Musicien prolifique à seulement 27 ans, on peut présager que la notoriété et le rayonnement du Texan Hayden Pedigo ne cesseront de croître. Sur Letting Go, on aperçoit un ciel bleu, un ranch à l’abandon et de hautes plaines texanes qui s’étendent à perte de vue. Alternant entre une six cordes et une douze cordes, la guitare acoustique est jouée à l’American primitive et Pedigo manie parfaitement les rythmes, comme le ferait un conteur. Les pièces font naître en nous des émotions vives, fondamentales, ce qui fait de Letting Go un album saisissant. (Isabelle Marceau)


Little Simz
Sometimes I Might Be Introvert
Age 101 – AWAL

Si on cherche la définition d’une femme, artiste, épanouie, rayonnante, mettant sa beauté et son intelligence au service du concept de la femme puissante, capable de dégager à la fois force et douceur d’une seule traite et de poser ses textes engagés avec génie, on la trouvera chez Little Simz. Mon cher collègue et ami, Alain Brunet a déjà chroniqué cet album et je le suis sur toute la ligne. J’ai mis cette reine dans ma liste, car elle dégage une maturité incroyable ainsi qu’un talent indéniable. Sa personnalité exceptionnelle se ressent à travers sa voix, et ce, peu importe les styles de ses albums. Pour moi, l’image et les symboles qu’elles véhiculent honorent toutes les femmes de ce monde. (Salima Bouaraour)

Michael Spyres, Orchestre philharmonique de Strasbourg, Marko Letonja
Baritenor
Erato

Est-ce possible pour un même chanteur d’interpréter à la fois des rôles de baryton et de ténor? Michael Spyres se présente comme l’exception à cette séparation des voix. D’abord baryton, Spyres a passé plusieurs années à perfectionner sa voix pour élargir son ambitus vocal. Le résultat est étonnant; on reste médusé d’entendre avec quelle aisance ce dernier revêt les habits vocaux de différents personnages et alterne entre des aigus bel cantistes et des graves sonores verdiens. Accompagné par Marko Letonja et l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, rien ne sonne forcé et le grain de la voix demeure stable et percutant, dans l’exécution. (Alexandre Villemaire)


Suuns
The Witness
Secret City Records

The Witness explore de nouvelles avenues chez Suuns : inclusion d’instruments acoustiques, à vent ou à cordes, superbes arrangements presque jazz, ponctuant ainsi les hybridations entre les esthétiques avant-rock, électroniques ou expérimentale auxquelles Suuns nous a habitués, depuis 2010. The Witness aborde poétiquement divers angles de notre voyeurisme mondialisé, faits et gestes planétaires simultanément observés au quotidien par des millions d’humains. Il y a dans cet album une valeur ajoutée dans une portion congrue des arrangements et de l’exécution. Voilà certes l’un des meilleurs crus de cette extraordinaire formation, toujours l’une des plus importantes de la scène montréalaise. (Alain Brunet)

Low
Hey What
Sub Pop

En 2018, la formation Low en a déboussolé plus d’un en faisant paraître Double Negative, album sur lequel elle faisait exploser les structures de ses chansons à grands coups de distorsion et d’assauts électroniques. Dépassé par le radicalisme de cette approche, le bassiste Steve Garrington allait quitter le groupe qui ne compte désormais que le couple formé par Alan Sparhawk et Mimi Parker. Les harmonies vocales réconfortantes du duo font maintenant leur chemin à travers une nuée de bruits discordants et nous démontrent qu’au milieu du chaos ambiant, les lumières de l’humanisme parviennent toujours à nous éclairer. (Steve Naud)


Nicolas Bernier et Simon Trottier
Les éternités vibrantes

Indépendant

Il s’agit d’une musique pour le moins atmosphérique. Dans le mouvement final de onze minutes, qui donne son titre à l’ensemble, on entend presque la voix – ou l’instrument soliste – qui pourrait s’élever au-dessus de ce qui constituerait alors une magnifique toile de fond. C’est quand même un sacré pouvoir que de nous faire entendre ce qui n’est pas là, et c’est celui qui se développe à travers ce programme qui s’appuie sur une certaine forme de simplicité volontaire. (Réjean Beaucage)

LLNN
Unmaker
Pelagic Records

Le 3e disque du groupe danois est, selon le communiqué qui l’accompagne, un récit sonore tonitruant sur la façon dont la technologie, en combinaison avec certaines structures du pouvoir, transforme l’humanité et affecte les valeurs humaines. Cette description donne tout son sens à la noirceur qui se dégage des volutes sludge post-metal d’Unmaker. Un disque méditatif qu’on écoute en boucle. Matt McCachy, chanteur du groupe montréalais Cryptopsy, collabore à la chanson Desecrator. (Christine Fortier)


Emily D’Angelo; das freie orchester Berlin & Jarkko Riihimäki
enargeia
Deutsche Grammophon

La mezzo-soprano Emily D’Angelo rivalise d’audace en offrant un premier album qui repousse les conventions avec un programme éclectique, mélangeant œuvres médiévales enrobées d’indie rock électro et pièces de compositrices du XXIe siècle. Les œuvres « augmentées » d’Hildegard von Bingen côtoient ainsi les pièces graves et planantes d’Hildur Guðnadóttir, les percutants et lyriques airs de Missy Mazoli et les poignants extraits du cycle Penelope de Sarah Kirkland Snider, dont on retiendra le mémorable The Lotus Eaters avec son efficace et engageant passage rock de guitare électrique et de batterie, auquel se greffe le timbre grave et clair D’Angelo de manière surprenante. Un album choc d’une jeune artiste lyrique qui chamboule le canon associé aux chanteurs classiques. Et c’est tant mieux! (Alexandre Villemaire)

Malik Djoudi
Troie

Lisbonne Lux

Voici Troie, dont le titre renvoie au fameux cheval, sauf qu’au lieu de receler un commando de guerriers grecs, il réserve au musicophile une douzaine de belles pièces électro-soul signées Malik Djoudi. Leur dénominateur commun réside dans la suavité qu’elles exhalent, à divers degrés, sans jamais que ce soit trop. Il faut dire que Malik Djoudi chante haut, toujours juste, d’une voix qui agit comme un onguent anti-inflammatoire non stéroïdien. Duos avec la rappeuse Lala &ce, le monstre sacré Isabelle Adjani et Philippe Katerine, qui personnifie le personnage-titre de la comptine déhanchante Eric. On sourit donc brièvement avant Petit héros, finale mélancolique d’un album par ailleurs tonique. (Luc Marchessault)


Fuck Toute
Coké Computer
Slam Disques

Ça commence par Gelé su’l feu, riff tribal à tendance arabisante, grosses caisses qui pistonnent sur un méchant temps, voix gutturale à affoler un oto-rhino-laryngologiste, et ça se poursuit pendant 36 minutes et demie, jusqu’à la dernière note de Persona. Nous avons affaire à des praticiens adroits chez qui prime la rigueur harmonique, à des musiciens qui alternent les genres et les tempos sans coup férir. Sur ce deuxième opus complet, Fuck Toute édifie l’auditeur par sa cohésion musicale et textuelle. Le groupe qui se trouve aujourd’hui au confluent du punk, du métal et du bruitisme québécois s’appelle Fuck Toute, qu’on se le dise. (Luc Marchessault)

Circuit des Yeux
-io
Matador

Haley Fohr, mieux connue sous le nom de son projet principal Circuit des Yeux, est une autrice-compositrice-interprète possédant un registre vocal de quatre octaves. De ses débuts lo-fi où elle s’accompagnait à la guitare douze cordes et lançait des albums expérimentaux sombres, ses compositions sont devenues plus mélodiques et dramatiques. L’album -io nous présente des pièces puissantes grâce à une musique orchestrale capable d’égaler sa voix. Il s’agit de son album le plus accompli. (Isabelle Marceau)


Marissa Nadler
The Path of the Clouds
Sacred Bones

Des ballades dream-folk sombres composent ce 9e album, conçu pendant la pandémie et réalisé par Nadler. Lors du confinement, elle visionna intensivement les reprises d’épisodes de la série Unsolved Mysteries; les histoires sordides ou fantastiques servirent d’inspiration pour l’écriture des textes. Cet isolement forcé l’aura également incitée à apprendre à jouer le piano, apprentissage qu’elle mettra en pratique de manière exploratoire sur l’album. Elle a pu compter sur ces collaborateurs (à distance) :  la harpiste Mary Lattimore, la guitariste Emma Ruth Rundle, le claviériste Jesse Chandler (Mercury Rev) et Simon Raymonde, ex-bassiste des Cocteau Twins. (Isabelle Marceau)

Andrew Wan, Charles Richard-Hamelin
Beethoven : Sonates pour violon et piano nº 4, 9 & 10
Analekta

Le violoniste Andrew Wan et le pianiste Charles Richard-Hamelin concluent, de manière impériale, leur série des intégrales des sonates pour violon et piano de Beethoven, commencée en 2018. Unis dans une expression de jeu synergique, le duo de choc livre une interprétation cohérente des multiples dynamiques et nuances des sonates de Beethoven. De l’écriture pianistique fine et richement texturée de la quatrième sonate, en passant par la compétition musicale virtuose qu’est la neuvième, pour finir par les textures harmoniques lyriques et mordantes de la dixième, les deux interprètes livrent une performance habile et sensible d’une grande musicalité. (Alexandre Villemaire)


Vanishing Twin
Ookii Gekkou
Fire

C’est Cathy Lucas, une multi-instrumentiste éclairée, qui tient la barre de Vanishing Twin. À titre de commandante du vaisseau, c’est à elle que revient le mérite de tirer autant de cohésion d’un projet aussi multidirectionnel. Stereolab est le point de référence le plus évident, mais attardons-nous à tous les autres succulents ingrédients de cet excellent deuxième album. Au fil de celui-ci, on a droit à de la disco spatiotropicale à faible gravité, à de l’exotisme élégant et ellingtonien, à des harmonies célestes et à des textes au raffinement inusité. Puis, près d’une phrase sur deux se termine par un point d’interrogation, ce qui atteste de la curiosité insatiable qui nourrit ces aventuriers du son. (Rupert Bottenberg)

Juçara Marçal
Delta Estácio Blues
Mais Um

La chanteuse et compositrice de São Paulo Juçara Marçal constitue le tiers de Metá Metá, trio afrosonique et très expérimental de samba-punk. Elle a lancé en 2021 Delta Estácio Blues, un album solo peut-être un peu plus accessible, mais non moins inventif et inspiré. Et, bien que le détestable président brésilien Bolsonaro n’y soit jamais nommé, l’album véhicule une énergie politique irrésistible. Mentionnons également La femme à barbe, reprise aussi décapante que l’originale de la grande Brigitte Fontaine. (Rupert Bottenberg)

PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (CINQUIÈME PARTIE, D’OCTOBRE À DÉCEMBRE)

par Rédaction PAN M 360

Le dévoilement des 100 meilleurs albums de 2021 selon PAN M 360, en cinq tranches et autant de jours, se conclut avec les opus les plus marquants des derniers mois de l’année.

L’équipe de Pan M 360

La Zarra
Traîtrise
Universal

Attention coup de cœur. D’emblée, l’album s’ouvre sur « Fille de joie », une pièce qui plante le décor du personnage qu’est La Zarra. Juxtaposition d’une voix contralto et tragique au propos mélancolique à une musique qui évoque les grosses productions cinématographiques avec ses cordes et ses beats saccadés. Le personnage s’impose. D’entrée de jeu, il s’agit de choisir d’y croire ou non. Va pour la première option. Bang! (Claude André)

Converge / Chelsea Wolfe
Bloodmoon I
Epitaph

Chelsea Wolfe se joint de nouveau au groupe Converge, l’objet étant de jeter un éclairage ambient à l’approche de la formation, réputée pour la complexité et la haute virtuosité mathcore de ses propositions. Or, on s’applique ici à jouer et chanter sur des tempos moyens ou lents, les choses deviennent forcément plus mélodiques, les ambiances plus douces qu’aigres. Nous sommes ici dans un contexte idéal, là où se rencontrent la profondeur d’un concept, l’animalité, la sensualité, la lourdeur, la saturation doom-metal, les guitares dégoulinantes, les influx post-rock ou post-prog, la virtuosité de l’exécution. (Alain Brunet)


Clinic
Fantasy Island
Domino

Le groupe qui portait des masques de chirurgiens avant que ce ne soit la mode a livré, en octobre dernier, ce qui pourrait bien être le disque le plus positif et peut-être le plus pop et le plus électronique de son catalogue. Pour résumer, Clinic s’est mis au disco funky, élargissant sa palette sonore grâce à l’ajout de plusieurs nouveaux gadgets et instruments farfelus. Ce neuvième effort du désormais duo de Liverpool mélange des influences aussi disparates que The Human League, Fun Boy Three, Kid Creole et The Coconuts, le disco cosmique italien, le Memphis Jug Band et le vieux blues en un tout cohérent, groovy et toujours menaçant. (Patrick Baillargeon)

Dooms Children
Dooms Children
Dine Alone

Wade MacNeil, qui officie chez Alexisonfire et Gallows, a créé un véritable grimoire rock psychédélique, un album imprégné de toutes ses insécurités, passions et expériences hallucinatoires. MacNeil sait exactement ce qu’il veut, musicalement. Sur ce premier opus solo, il fait se rencontrer le psych-rock des années 1960 et la musique de jam-bands contemporains. Dooms Children est saupoudré de riffs mémorables, de sons obsédants et de chants veloutés. (Stephan Boissonneault)


Xenia Rubinos
Una Rosa
Anti-

S’exprimant en espagnol et en anglais, cette brillante métisse américaine procède à un mélange protéiné de genres, au croisement de la synth-pop, de la synthwave, de l’avant-pop, de la soul/R&B, du hip hop, du jazz, de la rumba ou du boléro, le tout enrobé d’une touche expérimentale rejaillissant sur pas moins de 14 chansons et pièces. Una Rosa, deuxième opus studio paru chez Anti-, offre ainsi un répertoire furieusement éclaté, dont on apprécie la cohérence et la vaste culture musicale au fil des écoutes. L’approche compositionnelle, les arrangements atypiques et la voix très chargée émotionnellement font de Xenia Rubinos une artiste d’exception. (Alain Brunet)

Jerusalem In My Heart
Qalaq
Constellation

Quel autre artiste que le Canado-Libanais Radwan Ghazi Moumneh procède à ces mélanges extrêmes de musique traditionnelle/classique du Levant et de sombres propositions ambient aux frontières du bruitisme? Le maître d’œuvre de cette singulière approche multidisciplinaire a mis au point un langage unique, distinct de toutes les propositions moyen-orientales et occidentales, moult collaborations à l’appui dans le cas qui nous occupe. Métaphoriquement, Qalaq peut être perçu comme le documentaire émotionnel des violentes secousses subies à Beyrouth en 2020, ainsi que des enjeux esthétiques auxquels ses artistes doivent aujourd’hui s’adapter. Voilà l’expression de l’anxiété profonde… ce que signifie le mot Qalaq. (Alain Brunet)


Omar Sosa & Seckou Keita
Suba
Bendigedig / Otá Records

Quatre ans après leur magnifique Transparent Waters, le pianiste cubain et le griot sénégalais récidivent avec Suba. L’excellent percussionniste vénézuélien Gustavo Ovelles, décorateur nuancé et discret, les accompagne sur cet album. Il y a une telle connivence, une telle qualité d’écoute dans ce trio magique qu’on entend même les silences entre eux, la retenue, la tendresse, l’humanité… Suba, le titre de cet ouvrage, signifie bel et bien « ode à l’aube » dans la langue maternelle de Keita. Mentionnons aussi la présence d’un autre invité de marque, le violoncelliste brésilien Jaques Morelenbaum. Hautement recommandé. (Ralph Boncy)

Aquaserge
The Possibility of a New Work for Aquaserge
Crammed Discs

Pour ce nouvel ouvrage, les neuf musiciens du collectif protéiforme toulousain Aquaserge se fendent d’hommages à quatre compositeurs contemporains, soit Edgard Varèse (1883-1965), Giacinto Scelsi (1905-1988), György Ligeti (1923-2006) et Morton Feldman (1926-1987). Gros programme, qui comprend cinq pièces-hommages composées par Aquaserge, puis une chanson écrite par Varèse sur des vers de Verlaine, ainsi qu’une pièce de Morton Feldman sur un texte de Rainer-Maria Rilke (en deux versions). C’est calme, c’est frénétique, c’est mélodieux, c’est échevelé, c’est semi-classique, c’est nouveau-prog, c’est post-jazz, c’est avant-rock, ça rue dans les brancards, ça modère les transports, c’est fort, c’est rude, c’est rond, c’est bon. Très très bon, même. (Luc Marchessault)


Christina Pluhar / L’Arpeggiata
Alla Napoletana
Erato

Musique truculente aux accents de la commedia dell’arte, du folklore et de la gouaille des ruelles étroites de la Naples des 17e et 18e siècles. Lyrisme délicat, onomatopées croustillantes, rythmes enlevants, bonne humeur communicative. Un album hommage aux premiers succès de Palmarès de l’histoire! (Frédéric Cardin)

Joy Crookes
Skin
Sony

En laissant se dérouler l’album de Joy Crookes, la pochette la montrant avec une armure de peau dorée prend une signification particulière. Au-delà du pouvoir qu’elle incarne à travers ses mots et la puissance discrète de sa voix, Joy Crookes, de son jeune âge, suscite un certain élan d’admiration. Skin est un album chargé d’une palette d’émotions et de couleurs, déclinées grâce à des textes dont elle est en grande partie l’auteure et d’une troupe d’instrumentistes (saxophone, tuba, basse, batterie) qui donnent corps à cette œuvre. Cet album dépasse la mouvance actuelle des chanteuses londoniennes de pop sucrée qui défilent en ce moment. (Anne-Sophie Rasolo)


Michael Klein
Trip Image
Odd Even

Trip Image se visualise plus qu’il ne s’écoute, tel un condensé de glitch haut en couleur. Une composition ardemment déchiffrable. Michael Klein, pianiste de formation classique né à Francfort, se familiarise avec la scène techno allemande dans les années 1990. La texture synthétique pétille sur un fond de modulaire hallucinogène, liée par une profondeur cacophonique. Trip Image a une saveur autant épileptique qu’orgasmique. Taste, Whisper, Touch et Smell : vos sens seront en totale déperdition. (Salima Bouaraour)

Attacca Quartet
Of All Joys
Sony Classical

Les membres de l’Attacca Quartet, ensemble primé aux GRAMMY Awards de 2019, proposent sur cet album un répertoire unique dans son assemblage, aux antipodes du point de vue historique, mais lié par une unité thématique. Avec beaucoup de dextérité et une grande musicalité, les interprètes font cohabiter les lignes épurées des œuvres minimalistes de Glass et Pärt, ainsi que la richesse harmonique des compositeurs des XVIe et XVIIe siècles tels Dowland, Bennett et Gibbons. Dans une esthétique à la fois méditative et pleine de vitalité, l’ensemble cimente son approche artistique, soit une redéfinition du quatuor à cordes et de son répertoire. (Alexandre Villemaire)


Bernard Lavilliers
Sous un soleil énorme
Universal

Les partisans du « trafiquant de métaphores » seront ravis et apaisés en écoutant Sous un soleil énorme, ce 22e album des plus réussis qui saura nous faire danser, voyager, triper, rêver, réfléchir et éclater en sanglots en onze chansons, et ce, dès Le cœur du monde, le premier titre. Peut-être son meilleur depuis l’immense Carnet de bord en 2004. Entre l’intime et le monde, Lavilliers tangue, mais pas toujours, sur des rythmes argentins accrocheurs et enveloppants, où des cuivres retentissants viennent ajouter des touches de lyrisme salvateur. (Claude André)

IDLES
Crawler
Partisan

La formation IDLES poursuit sur sa lancée, publiant presque un album par an depuis son premier, Brutalism, en 2017. Ultra Mono (2020) semblait insurpassable, mais IDLES nous revient avec ce qui est sans doute le meilleur post-punk atmosphérique entendu depuis belle lurette. Crawler diffère des albums habituels d’IDLES : la musique y est lente et lourde, la guitare discordante, la basse et la batterie tonitruantes. Les paroles de Joe Talbot sont violemment pacifistes, mais tout se tient dès le départ, lorsque Talbot demande aux auditeurs « Vous êtes prêts pour la tempête? »… (Stephan Boissonneault)


Léonie Pernet
Le Cirque de Consolation
InFiné

En seulement deux albums (l’autre est Crave, paru en 2018), une bande-son de série présentée sur Arte (H24 – 24 heures dans la vie d’une femme) et trois ou quatre microalbums (dont certains contiennent des remixes de ses chansons par Acid Arab, Malik Djoudi et Arthur Simonini), Léonie Pernet réussit à circonscrire son identité sonore. Son électro tend souvent vers l’acoustique, la Terre n’est jamais loin, le firmament non plus. On ne rit pas, « Le vide me poursuit depuis l’enfance », chante-t-elle dans La mort de Pierre. Le vieux tison new wave d’il y a 45 ans rougeoie encore. Tout, sur cet album dangereusement envoûtant, a été composé et écrit par Léonie Pernet, avec un coup de main de Jean-Sylvain Le Gouic pour quelques pièces. (Luc Marchessault)

Bruce Liu
18th International Frederic Chopin Competition: Bruce Liu
Deutsche Grammophon

Si vous n’avez pas eu l’occasion de suivre et d’entendre les prestations de Bruce Liu, premier Canadien à remporter le premier prix du Concours international de piano Frédéric Chopin, dont c’était la dix-huitième édition, alors cet album est fait pour vous. Sur cet album – assurément le premier d’une longue série –, on entend Bruce Liu interpréter l’essentiel du répertoire des épreuves éliminatoires, de son jeu dynamique et vivant. Sans tomber dans l’excès de sentimentalisme et d’intériorité que l’on peut souvent trouver chez Chopin, le jeune pianiste montréalais s’approprie le matériau musical dans un rendu bien personnel, empreint de lyrisme virtuose et d’une grande gaieté. (Alexandre Villemaire)


CMD
Social Factory Reset
Fixed Rhythms

Force, finesse et ambiance atmosphérique : tels sont les mots qui pourraient potentiellement définir cette dernière sortie de Corina MacDonald, alias CMD. Néanmoins, cela resterait extrêmement réducteur si on ne s’en tenait qu’à ces trois termes. Social Factory Reset est un EP d’une richesse et d’une qualité remarquables: le fruit d’un effort de longue haleine. CMD nous dévoile ici un album qui s’écoute de façon fluide et naturelle avec des sons (re)travaillés, triturés et enchevêtrés les uns aux autres, donnant à l’ensemble une composition d’une harmonie et d’une quiétude remarquables. Un subtil mélange entre dub, acid, techno, house, voire post-new wave et electro. Corina est une femme aguerrie de la scène montréalaise puisqu’elle est productrice, DJ, animatrice d’une émission de radio – Modular Systems sur CKUT 90.3FM –  et s’est produite à maintes reprises au festival MUTEK, notamment. Je lui souhaite de continuer à briller encore plus haut et plus loin en 2022. (Salima Bouaraour)

The Witching Tale
The Witching Tale
Bellissima Records

Voici le premier album d’un groupe formé de la compositrice et productrice Katharine Blake (Mediæval Bæbes, Miranda Sex Garden) et du multi-instrumentiste Michael J. York (Teleplasmiste, The Utopia Strong, Coil). Six musiciens supplémentaires ont été mis à contribution pour enrichir, si besoin était, ce ravissant opus tout en contrepoints et en dissonances. Riche est l’épithète qui vient en tête devant la liste des 28 instruments utilisés, en plus du chant et des enregistrements extérieurs. La musique n’apparaît jamais saturée : finement écrite et interprétée, l’impression en est une de légèreté et de grâce. De véritables joyaux qui trouvent à marier, de manière toujours adroite, élévation et expérimentation. (Geneviève Gendreau)


Ascii.Disko
Todos los conciertos, todas las noches, todo vacío
Young and Cold Records

Tout portait à croire que le vétéran originaire de Hambourg avait laissé tomber sa carrière musicale. Sa pièce Phoenix (2008) présageait-elle ce retour que l’on n’osait plus attendre? Quoi qu’il en soit, Ascii.Disko renaît bel et bien de ses cendres, de toute évidence encore fumantes. Il renoue robustement avec ses sonorités caractéristiques, tantôt minimalistes, tantôt extrêmement pesantes. L’artiste maintenant établi en Espagne nous offre un album d’une très grande attractivité, qu’il s’agisse de pistes plus introspectives et minimalistes (Stillstand, Unter Wellen) ou de véritables brûlots dansants (Selbstaufgabe, Todas las noches, So Anders) qui n’ont rien à envier aux classiques de son répertoire. (Geneviève Gendreau)

Arca
Kick ii, iii, iiii, iiiii
XL

Arca a entrepris de multiplier les compositions à travers Kick, cycle amorcé publiquement en juin 2020 et dont on a droit aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième volets. Non seulement cette artiste transgenre y réussit le tour de force d’implanter bruitisme et électroacoustique de pointe dans un contexte de pop culture, mais encore y infuse-t-elle ses racines latino-américaines à travers une œuvre déjà colossale. Décliné en chapitres distincts où s’entrelardent reggaeton, cumbia électronique, post-rock et grunge, le vaste projet Kick nous en dit plus long sur le génie d’Arca. (Alain Brunet)

dancehall / dub reggae / reggae / roots reggae

Robbie Shakespeare O.D. : 27 septembre 1953 – 8 décembre 2021

par Richard Lafrance

Avec son compère de longue date Sly Dunbar à la batterie, le bassiste Robbie Shakespeare formait The Riddim Twins, reconnue comme la section rythmique suprême du reggae des 50 dernières années. Son décès, de problèmes rénaux à 68 ans mercredi dernier à Miami, où il résidait depuis quelques années, met en lumière les périodes charnières qui ont défini la musique jamaïcaine contemporaine depuis les années 70, et dont il était l’un des principaux architectes.

À l’adolescence, après s’être essayé à la guitare, puis à la batterie, il développa une fascination pour le son de la basse électrique d’Aston « Family Man » Barrett, alors membre de la formation The Hippy Boys qui traînait souvent dans sa cour, voisine d’un centre de distribution de ganja très prisé des musiciens de Kingston Est. Barrett accepta de lui enseigner sa technique et Shakespeare entreprit d’accompagner les frères Barrett – « Fams » et son batteur de frère Carly – en studio aussi souvent que possible. Il assurait le montage et démontage de la batterie, tout en observant son jeu de basse. Plus tard le soir, Fams lui enseignait plus précisément, chez lui, les lignes de basses déployées au cours de la session quotidienne. Vers 1972, quand Family Man quitta les Hippy Boys pour se joindre aux Upsetters, Shakespeare le remplace et s’engage également auprès du groupe The Revolutionaries, le groupe maison du mythique studio Channel One, duquel il sera l’un des architectes sonores principaux en développant le son « Rockers ». L’année suivante, au club reggae Tit For Tat, il fait la rencontre du batteur Lowell « Sly » Dunbar, monte sur scène avec lui pour quelques morceaux et scelle ainsi une collaboration qui s’étirera sur plus de cinq décennies.


The Riddim Twins, en demande par tous les grands producteurs de l’époque, dont particulièrement Bunny Striker Lee qui les fait accompagner ses artistes fétiches comme Cornell Campbell, Johnny Clarke, Linval Thompson et Barry Brown sous le nom The Aggrovators, bourlinguent quelques mois en tant qu’agents libres, pour ensuite former leur label et maison de production Taxi Gang en 1979. Leur première production, Gregory Issacs avec Soon Forward, sera un immense succès et leur attirera les stars du moment, dont Dennis Brown, Sugar Minott, Augustus Pablo et Barrington Levy. Cette popularité immédiate amènera donc le duo à accompagner les artistes jamaïcains les plus en vue de l’époque, en plus d’artistes internationaux qui débarquent en Jamaïque ou aux studios Compass Point aux Bahamas – Chris Blackwell, propriétaire d’Island Records et du studio, les nomma « groupe d’accompagnement maison » (Compass Point Allstars) –  pour enregistrer avec eux : on pense entre autres à Mick Jagger, Bob Dylan, Yoko Ono, Jackson Browne, Carly Simon, Joe Cocker, Cindy Lauper, Grace Jones, Sting, Britney Spears et, évidemment, Serge Gainsbourg.


À l’aube des années 80, après la mort de Bob Marley, Sly & Robbie développent un son et une image inspirée de la culture du rock, qui propulsera le trio vocal Black Uhuru à une renommée mondiale et leur procurera un Grammy en 1985 pour l’album classique Anthem; ils en récolteront deux au total, avec onze nominations, ainsi qu’une tournée en première partie des Rolling Stones. Le Taxi Gang n’est pas en mal de tournées non plus : en compagnie de Yellowman, Ini Kamoze et Half Pint en 1986, les Riddims Twins écument la planète et renouvelleront la proposition avec Michael Rose, Johnny Osbourne et Bitty McLean dans les années 2000.

Au début des années 90, le duo introduit Murder She Wrote, de Chaka Demus et Pliers et sa reprise de Bam Bam de Pliers, empruntée à la chanson gagnante du tout premier Festival de chanson jamaïcain de Toots & The Maytals en 1966, qui sera échantillonnée copieusement jusqu’à nos jours. Toujours très actif, le duo proposait cette année même son plus récent opus à saveur expérimentale, Red Hills Road, sur l’étiquette française Tabou.

On estime que Sly & Robbie ont joué ou produit près de 200 000 chansons en carrière! L’an dernier, le magazine Rolling Stone décernait la 17e place des meilleurs bassistes de tous les temps à Robbie Shakespeare. Voici ce que le premier ministre jamaïcain Andrew Holness a tweeté ce matin : « On se souviendra de lui pour sa contribution remarquable à l’industrie de la musique jamaïcaine. »

(photo : gettyimages)

indie rock / krautrock / math rock / néo-psychédélique / pop-rock / post-rock / punk / rock expérimental

Faits saillants du FME 2021

par Stephan Boissonneault

Ce festival boréal a accueilli certains des artistes les plus fascinants du moment.


Le week-end dernier, à huit heures de voiture de Montréal, avait lieu à Rouyn-Noranda la 19e édition du Festival de musique émergente (FME). Pendant quatre jours, les musicophiles ont pu voir et entendre les créateurs de musique qui ont le vent dans les voiles, au Québec et en Ontario. Des représentants de la vieille garde y étaient aussi, comme les porteurs du flambeau post-art-rock The Besnard Lakes et les héros du prog-métal futuriste Voivod. Or, le FME met surtout en scène des artistes dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler. PAN M 360 se fait un devoir de vous présenter quelques incontournables.

Hippie Hourrah

Les fans des formations The Growlers ou Allah Las se réjouiront du son de Hippie Hourrah, le nouveau projet psychédélique-paisible de Cédric Marinelli (Les Marinellis), Miles Dupire-Gagnon (Elephant Stone, Anemone) et Gabriel Lambert (Elephant Stone, Anemone, The Besnard Lakes). Hippie Hourrah transporte l’auditeur dans un brouillard hypnotique. Vous serez émerveillés par les solos de guitare aux effets de boucles et de delay. La formation transcende amplement le bizounage de guitares, cependant. Un sitar-basse produit d’efficaces effets de bourdon, les textes en français semblent légers, mais sont complexes. Hippie Hourrah s’avère la trame sonore parfaite d’un jogging matinal, d’une séance de yoga ou d’une dégustation de produits psychédéliques, si c’est votre truc. Le groupe sera en concert à Sherbrooke en novembre.

Marie Davidson & L’Œil Nu

Marie Davidson fait de l’électro-pop expérimentale depuis 2012, année de parution d’un premier album homonyme. Son plus récent projet comprend un trio d’amis-musiciens de longue date, qui ont tous fait leurs armes sur la scène DIY de Montréal. Leurs prestations valent le coup. Il s’agit d’un retour à l’électro-pop éthérée si particulière de Marie Davidson, mais avec de plus grandes dents. Le nouvel album Renegade Breakdown pourrait servir de bande-son à tout film d’horreur ou de suspense. La voix vaporeuse de Davidson ensorcelle l’auditeur. Les sonorités de ce nouveau projet ne sont pas sans rappeler les gloires classic-rock comme Heart ou Fleetwood Mac, mais elles évoquent aussi l’ambiance sombre d’une discothèque allemande. On écoute cet album fort, tard le soir, après quelques consommations. Marie Davidson & L’Œil Nu font un concert par mois à La Tulipe, avant d’aller tourner en Europe.

Ouri

La prestation de la multi-instrumentiste, DJ et productrice de musique électronique Ouri au FME nous a permis de souffler un peu, après des performances plus tonitruantes. Elle joue d’une foule d’instruments dont la guitare basse synthé, basse et lap steel. Ajoutons à cela sa voix R’n’B langoureuse, et on obtient un résultat saisissant. Son groupe d’accompagnateurs, constitué d’un maître-claviériste et d’un solide DJ au synthé modulaire, est tout à fait digne de mention. La prestation a pris fin sur une note angélique, lorsque le chanteur québécois Antony Carl a harmonisé sa voix à celle d’Ouri sur le simple Felicity, paru il y a un mois.

Yoo Doo Right

Montréal a son lot de formations chouchous post-rock et krautrock. Et elles sont prolifiques. Il y a bien sûr Godspeed You! Black Emperor et Fly Pan Am, mais aussi les nouveaux venus Yoo Doo Right, qui ont lancé en mai leur premier album complet, Don’t Think You Can Escape Your Purpose. Ce groupe est en train de faire sa place. Si A Place to Bury Strangers est le groupe le plus bruyant de New York, alors il en va de même pour Yoo Doo Right à Montréal. Le volume était au max lors de ce concert qui a littéralement résonné dans les rues de Rouyn-Noranda; il s’agissait d’une prestation « secrète » à l’extérieur. Le post-rock de Yoo Doo Right, surtout instrumental, hypnotise le musicophile. Les « interludes » de dix minutes sont axés sur la répétition, pour provoquer un enchantement cosmique chez le spectateur. Les riffs gargantuesques, la basse tonitruante et le rythme martial vous étourdissent, vous incitent à songer à la complexité de la vie et du cosmos… et à en redemander.

Ducks Ltd.

Le son de Ducks Ltd. se trouve entre celui – de type jangle-pop – des Smiths et celui de groupes plus contemporains comme Beach Fossils. La voix du chanteur Tom McGreevy a l’intensité d’une bagarre générale dans un bar, ce qui n’empêche pas la musique du groupe d’être apaisante et chic. Ducks Ltd. compte aussi dans ses rangs Evan Lewis, qui participe à la composition et à l’écriture des chansons. Sur fond de guitare ensoleillée et d’accords mélodieux, McGreevy chante la fragilité de l’humanité. Les accroches indie-rock vous donneront à la fois envie de sauter partout et de songer à ce qui cloche, chez l’autre. Get Bleak, leur premier microalbum du duo, contient des traces de nihilisme, de cynisme et de pessimisme rock. Un album complet, Modern Fiction, paraîtra en octobre.

The OBGMs

Ayant pour nom un sigle correspondant à « Oooh Baby Gimme Mores », The OBGMs est un trio punk-rock de Toronto au son trempé dans la sueur et la fureur. Comme les légendes punks Bad Brains et The Jam, les OBGMs chantent des récits de trahison, de ressentiment et de découragement. Il faut les voir en concert. Toutefois, on se sentira bizarre de ne pouvoir « mosher » au son de leur punk mélodique, compte tenu des restrictions actuelles. Le chanteur Densil McFarlane domine la scène, avec ses mouvements de tête et son attitude DIY. Comme lorsqu’il s’étend sur la scène ou court sur celle-ci pendant toute une chanson. Précisons que le groupe figure sur la liste restreinte des prix Polaris, pour son album The Ends paru en 2020.

Visibly Choked

Beaucoup de groupes ont vu le jour durant la pandémie, par rejet ou par passion. Au nombre de ceux-ci se trouve la formation punk hardcore expérimentale Visibly Choked, de Montréal. Ses membres se produisaient sur l’une des scènes les plus modestes du festival, mais la violence de leur prestation a provoqué une sorte de narcose chez tous les spectateurs. Avec son visage qui se tordait comme sous l’effet d’épisodes de colère aiguë, ainsi que ses sourires provocateurs, la chanteuse Gabby Domingue semblait possédée. La musique de Visibly Choked est radicale; elle se trouve à la frontière du math-rock expérimental et du punk blastbeat extrême. La voix de Gabby provient d’un puits de fureur et de douleur. Tous les spectateurs ne peuvent qu’en prendre acte. On a eu l’impression d’un concert bref, mais il importe d’avouer que cette chevauchée cacophonique nous a fait perdre toute notion de temps. Un simple, Mother Tongue, paraîtra dans quelques jours et un microalbum homonyme sera lancé en novembre. Mais n’oubliez pas : il faut les voir en concert.

post-punk / punk

Henriette Valium : 4 mai 1959 – 1er septembre 2021

par Réjean Beaucage

Patrick Henley, mieux connu sous le nom de Valium, nous a quittés récemment, une pilule difficile à avaler. Bédéiste et artiste visuel hors normes, Valium avait aussi une grande passion pour la musique. Notre journaliste Réjean « Bowell » Beaucage, batteur de Valium et les Dépressifs, livre ici un touchant témoignage à l’égard de son ami et complice de toujours.

Je veux vous parler non pas du fantastique artiste visuel qu’était Valium, mais plutôt de quelques-uns des hauts faits de sa carrière à la scène.

Ça remonte à loin entre Valium et moi… J’ai fumé mes premières cigarettes et mes premiers cigarillos sur le bord de la rivière L’Assomption, à Repentigny, avec lui, vers l’âge de 10-12 ans — lui il avait deux ans de plus, une caractéristique qu’il a gardée toute sa vie.

La première fois que je l’ai vu sur scène, c’était à la polyvalente Jean-Bapstiste-Meilleur, dans le cadre d’un spectacle d’étudiants, et il faisait… du mime. Il avait un béret je crois, il personnifiait un artiste, mais c’était l’artiste suprême, Dieu, et on le voyait en pleine création du monde. C’était limpide. C’était surtout déjà fantastique et ça retenait certainement l’attention.

Plus tard, on s’est un peu perdus de vue, puis on s’est retrouvés à Montréal, d’abord complètement par hasard, dans le métro, puis par la suite sans doute dans le giron de la faune des Foufounes électriques. En 1987, une première fois, je l’ai invité à mon émission de radio, « Tapage nocturne », à CIBL-FM. Il venait de lancer 1000 rectums, c’t’un album Valium et il revenait d’Angoulême. On pensait déjà à ce moment-là à lancer ce qui est devenu Valium et les Dépressifs.

Notre inspiration et, pour nous, à vrai dire, la seule concurrence, c’était nos amis du groupe Vent du Mont Schärr, que Valium a rapidement rebaptisé « Vendu mes Schnolls ».

Alors quoi de plus normal que notre premier concert soit donné en première partie de Vent du Mont Schärr, dans un spectacle du Nouvel An, le 31 décembre 1988 aux Foufounes électriques?

Premier show de Valium et les Dépressifs

À l’époque, le chanteur de Vent du Mont Schärr, Jean-Luc Bonspiel, avait l’habitude de se retrouver tout nu pendant ses shows, et Valium était bien décidé à rivaliser avec lui, alors on a donné une superbe interprétation de Pas de chance, le hit de Vent du Mont Schärr, et Valium s’est évidemment mis tout nu. Mais nous, on avait un percussionniste, en la personne de Pierre Labinne, et c’était un percussionniste assez spécial. Dans cette pièce-là, il appuyait le beat en frappant une scie ronde sur je ne sais plus quoi, mais ça faisait une grande traînée d’étincelles qu’il envoyait évidemment en direction de Valium, nu, et c’était de toute beauté.

Flashforward à 2015

En 2015, Valium avait le projet de republier notre disque de 1993, C’est un monstre, et il voulait en faire une version double CD avec un paquet d’extras. Il a fait le projet de A à Z et il me l’a transféré pour approbation, comme en principe il l’a aussi envoyé au guitariste Steps Ladéroute (aussi connu sous le nom de Stéphane Delaney) et au bassiste Jules Métro (aussi connu sous le nom d’Yvan St-Pierre, mais que Valium appelait quelques fois affectueusement Gay Jaw). Le projet n’a jamais été lancé officiellement, mais il était disponible sur le site de Valium (http://www.henriettevalium.com) — je ne sais pas s’il existe d’heureux propriétaires de cet objet.

Voici ce que Valium nous écrivait pour nous le présenter :

« Salut mes p’tits pipiaux! Si jamais c’est réédité c’est un boîtier de CD double avec le plastique du fond transparent pour voir l’ancien derrière du CD original. Il y a 2 CD, le CD original studio, et un CD en données MP3 de l’album studio remastérisé + les 3 k7 + les shows live + 2 extras + 1 jam, donc en tout 77 titres.

J’ai opté pour 1 seul livret 32 pages mais en flip side, d’un côté la repro identique du livret du CD original (16 pages), de l’autre les nouvelles infos et photos (16 pages), c’est pourquoi dans le PDF la moitié des pages sont à l’envers.

Dans ce que je vous envoie, il n’y a pas le CD original mais juste les nouveaux MP3. Il n’y a rien de figé dans le béton, si jamais vous désirez des changements, il n’y a pas de problèmes. J’ai aussi mis une photo de Luc « Urbain Desbois » Bonin à l’intérieur du livret, mais si jamais il (tu) veut-veux la changer, pas de problèmes, comme contact résiduel j’ai mis mon e-mail et celui de Bowells. »


Valium et les Dépressifs, 1988 : Jules Métro (basse), Valium (voix/textes), Bowell (batterie), Steps Ladéroute (guitare), Rémi 1/2 (sax).

Alors, pour préparer ce double CD, Valium et moi on a fouillé dans nos archives et je lui ai transféré toutes mes cassettes, photos, etc. C’est à partir de ça qu’il a travaillé.

Dans les infos que je lui ai transférées, il y avait deux erreurs majeures. D’abord un concert que l’on n’a jamais donné, à Ottawa — peut-être qu’on a oublié d’y aller…

Et aussi, j’avais oublié d’inscrire notre tout dernier show, notre fameux voyage à Marmora, en Ontario, un coin perdu, et sans doute un secret très bien gardé dans le nord du lac Ontario.

Le dernier show

Je vous passe les détails, mais on a fini par se rendre, avec la van à Valium, ce jour d’octobre 1994. Quand on est arrivé à ce qui devait être un grand festival punk ou, apparemment, l’année précédente il y avait eu des milliers de personnes, on est tombé sur les 5 ou 6 organisateurs, tous pétés sur le champignon ou l’acide. Il devait y avoir un autre groupe, mais il n’était pas encore arrivé. Et surtout, la scène n’était pas montée, pas d’éclairage, pas de système de son… Alors, sous la direction du valeureux Steps Ladéroute, fort de son expérience d’électricien aux Foufs, on a monté tout ça.

Comme on était dans le fin fond de nulle part, l’électricité, c’était une génératrice qui fonctionnait à l’essence.

Elle était à côté de la scène.

Rendu à l’heure du show, on était à peu près aussi en forme que les organisateurs, et je crois bien que ça a été un de nos meilleurs shows, avec un Valium qui se tortillait en roulant sur scène comme je ne l’avais jamais vu auparavant. Devant nous, il y avait les organisateurs et leurs ami-e-s, et l’autre groupe, qui était finalement arrivé.

En sortant par le côté de la scène, on passait à côté de la génératrice. Quelqu’un avait laissé à côté de celle-ci, en plein devant son tuyau d’échappement, le restant du bidon d’essence. Il avait au moins doublé de volume, et il s’en est fallu de peu pour que la carrière de chanteur d’Henriette Valium se finisse comme elle avait commencé, sous une pluie d’étincelles.

Donc, j’avais oublié d’inscrire ce concert dans la liste de nos exploits.

Et quand j’ai revu le livret que Valium a préparé pour notre double CD virtuel, je me suis rendu compte que le texte du livret, en fait, est rédigé comme une note qui me serait destinée.

Voici ce que ça dit (attention, c’est du Valium) :

« Bon mon gretch j’avais oublié Pierre « Labinne » Lefebvre — Cool et merci mais j’ai une dernière question pour toué mon ami le géant, dans ton listing de show il n’y est pas mentionné notre escapade à Marmora Ontario? Te sens-tu mal? As-tu honte? Était-ce notre dernier spectacle ami tourlouttoutou?

Moi je crois que oui, genre fin octobre 1994, ou alors fin octobre 1993? Pas mal comme question hein caporal Repenpoche?

Tu es faberglasté? Pas si con que ça la De Valium? Échec et mat mon Réjean Beaukalissedecave!

– Ha famme don ta yeule!

– Quoi?

– T’as ben compris mon gros kalisse d’épais

– Ayoye manne tu veux!

– Fuck you! Mange d’la marde!

– Oké ben dit bonjour à Andrée… Ha ben salament… Pis le 15 août 1993 à Carleton, t’étais-tu là? Tu penses-tu qui y’a rien que du vrai dans toutte pi ki manque eu rien nulle part saint-simonak?

Moi quand j’ai vu « 15 août 1993 à l’Université de Carleton (Ottawa) », j’ma dit que c’était peut-être une référence cachée à Marmora, parce que j’m’en souviens pas pantoute. Mais j’me souviens pas non plus d’avoir « enregistré le show du Purple Haze en vue d’un album » (t’as-tu ça?)… Pi oui caltoche Marmora.

J’pense que c’était notte dernier show. J’vois pas comment on aurait pu finir mieux – LOL (loin ou libres). Mais là, toi tu me demandes si c’est « fin octobre 1994 ou fin octobre 1993″… Calvaire, tu sais pas lire? Pi l’show sul ciment en juin 1994, on existait-tu dans ce temps-là? Fa que je dirais octobre 1994, écoeure-moué pu… »

Je suis bien content que notre amitié explosive ne se soit pas terminée à Marmora.

On a poursuivi ça pendant 27 ans.

Et dans la liste de 20 concerts inscrits dans le livret du CD, il a gardé Carleton, et il n’a pas inscrit Marmora.



Bowell et Valium au Cheval Blanc, 27 juin 2017 (photo Andrée DeRome).

Addendum

J’ai discuté avec Steps Ladéroute et Jules Métro à l’extérieur du salon funéraire où se tenait le jeudi 9 septembre une cérémonie d’adieu pour Valium. Il ne s’en souvenait pas, je ne m’en souvenais pas, mais le guitariste et le bassiste sont formels : nous avons joué à l’Université de Carleton le 15 août 1993… En première partie d’un band « de preppies » (dixit Ladéroute). Et Valium a bien failli se battre avec leur chanteur (dixit Métro). Ça ne me revient toujours pas, mais enfin. En ce qui concerne Marmora, ça, pas de litige, ce fut en effet notre dernier show. Salut Valium.

dub / dub reggae / dub-techno / dubtronica / reggae / roots reggae

Lee Perry, O.D. (20 mars 1936/ 29 août 2021)

par Richard Lafrance

Sorcier des manettes, visionnaire excentrique, le savant fou du reggae est définitivement parti en orbite, nous laissant en héritage une œuvre touffue, magistrale et fascinante.

Natif de Kendal, petit village du comté de Hanover dans l’ouest de la Jamaïque en 1936, le jeune Rainford Hugh Perry n’accorde que peu d’importance à la vie scolaire, préférant se consacrer à celle de la rue. Il perfectionne son jeu de domino afin d’en tirer profit et se fait connaître comme un danseur hors-pair. Dans la jeune vingtaine, à la fin des années 50, alors que le ska fait fureur sur l’ile, il est attiré par les possibilités qu’offre la capitale Kingston. Il passe d’abord quelques années à bosser pour le producteur musical influent du moment, Coxsone Dodd, qui, après un long refus, lui fera enregistrer un premier extrait, Chicken Scratch, à l’ouverture de son légendaire Studio One en 1963, extrait qui lui vaudra son premier surnom. Dodd lui offre ensuite des responsabilités artistiques, comme auditionner les nouveaux artistes, composer des chansons, en réaliser les arrangements. Mais le peu de reconnaissance du patron -bien connu dans l’histoire de la musique jamaïcaine- le poussera du côté de ses compétiteurs, Prince Buster d’abord, pour qui il enregistre quelques titres, puis Joe Gibbs, pour qui il produira en 1968 I Am The Upsetter (qui lui collera en tant que deuxième surnom et deviendra également le nom de son groupe d’accompagnement).

Il commence ensuite à enregistrer à son compte, bien qu’il ne possède pas encore son propre studio et place un premier titre au palmarès, People Funny Boy (1968), en réplique à Joe Gibbs, sur lequel il utilise probablement le premier échantillon sonore recensé : celui des pleurs de son fils Omar, à qui il dut donner la fessée…

En 1969, il fait la connaissance des Hippy Boys, jeune formation regroupant Aston «Family Man» Barrett à la basse, son frère Carlton à la batterie, Alva Lewis à la guitare et le saxophoniste Val Bennett. Avec cet ensemble, il fera paraître un premier album, The Return of Django, dont la chanson-titre au style early reggae, ou skinhead reggae, se hissera au numéro 5 des palmarès britanniques. On l’invita aussitôt à faire une première tournée en Angleterre. Il se fait alors une spécialité d’enregistrer des morceaux instrumentaux, influencés des films westerns italiens et des films de kung-fu.

À cette époque, les Wailers, en quête de nouveaux repères après leur passage à Studio One, l’approchent et Scratch décide que malgré leur talent évident, Bob semble d’après lui possédé par de mauvais esprits (duppys, mauvais esprits ou fantômes, très présents dans la culture jamaïcaine) et compose pour lui Duppy Conqueror. Jusqu’en 1971, Perry poussera Bob, Peter et Bunny à développer leur talent de composition et d’interprétation. À ce titre, il est aisé de constater la similitude entre la voix et le phrasé que Bob Marley a développées et celles du producteur. Lee Perry leur fait alors un coup bas : faire paraître leur production et encaisser leurs royautés au Royaume-Uni, sans leur en parler. Ils prendront leur revanche, en lui « volant » les frères Barrett, qui fondent alors la première mouture des Wailers. Quelques années plus tard, cette rivalité sera mise de côté, alors que Bob fera de nouveau appel à Perry pour réaliser Punky Reggae Party en 1977 et, finalement, Jah Live en 82, en réponse au décès de l’Empereur Haile Selassie.

Vers 1972, le son roots s’impose et Perry commence à expérimenter avec différents bruitage et effets sonores. Il enregistre de plus en plus de succès mémorables, tels les Fever et Curly Locks de Junior Byles, ainsi que To Be A Lover de George Faith. Ses expérimentations sonores l’amènent à reprendre ces pistes instrumentales qu’il retravaille, distord et remixe pour réaliser Blackboard Jungle, reconnu comme l’un des tout premiers albums dubs !

Vers la fin de 1973, Scratch a une vision : il doit bâtir son propre studio d’enregistrement, chez lui à Washington Gardens, une banlieue chic de Kingston, qu’il baptisera The Black Ark. La musique qu’il y enregistrera pour les 5 prochaines années, sur un 4 pistes qui donne pourtant l’impression d’en avoir 24, marquera un tournant dans l’histoire du reggae. Le musicologue Steve Barrow explique alors que : « Le son Black Ark était comme la signature d’un peintre sur sa toile ». Or, quelques années plus tard, dans une entrevue pour le magazine Rolling Stone, c’était au tour de Keith Richards de déclarer : « On ne peut décrire Lee Perry : c’est le Salvator Dali de la musique ».

De 1974 à 1979, Le Black Ark produit plusieurs pièces maîtresses de l’âge d’or du reggae : War In A Babylon de Max Romeo; Super Ape des Upsetters; Police And Thieves de Junior Murvin; Party Time des Heptones, mais surtout Heart Of The Congos des Congos, probablement son album le plus créatif et novateur. Puis, alors que le pays sombre dans ce qui s’apparente à une guerre civile, de nombreuses chansons anti-violence y voient le jour, comme Cross Over, de Junior Murvin, où City Too Hot, de Perry lui-même. Il signe alors un contrat de distribution internationale avec Island Records et le son du studio attirera l’attention d’artistes rocks, tels que Paul McCartney, Robert Palmer et The Clash.

Mais le succès a souvent un côté sombre : De nombreux pique-assiettes, vagabonds et truands gravitent autour du Black Ark, souvent dans l’espoir de lui soutirer de l’argent. Scratch ressent la pression, peine à se consacrer à sa musique et carbure de plus en plus à la ganja et au rhum blanc. En 1979, le studio cesse ses opérations et Pauline, sa femme quitte la maison avec ses enfants. Pour les quatre ans qui vont suivre, les visiteurs réguliers retrouvent un Lee Perry qui semble rapidement sombrer dans la folie. Un matin de 1983, le Black Ark flambe. Le producteur a déclaré de nombreuses fois qu’il avait lui-même brûlé le studio dans un accès de frustration, mais il aurait pu aussi s’agir d’un problème électrique. On risque maintenant de ne jamais le savoir précisément.

En exil à Londres pour les 6 prochaines années, il enfile les collaborations plus ou moins fructueuses, jusqu’à ce qu’il enregistre Time Boom avec Adrian Sherwood, ce qui contribue à le remettre sur pied. En 1989, il s’installe en Suisse avec sa nouvelle femme, Mireille Ruegg, qui deviendra sa gérante et avec qui il aura deux enfants, Gabriel et Shiva. En 1995, il inaugure son nouveau studio, The White Ark, son laboratoire secret… qui brûlera également, cette fois par accident; une chandelle oubliée, semble-t-il.

Le vieux shaman, étonnement vigoureux lors des 20 dernières années de sa vie, a collaboré avec plusieurs artistes reconnus internationalement, avec plus ou moins de succès. L’une de ses plus récente tournée en 2013, en compagnie du collectif américain Subatomic Sound System, ramenait au-devant de la scène ses compositions remixées parues sous le titre Super Ape Returns To Conquer et lui a sûrement valu de nouveaux fans. D’autre part, rappelons que sa période Black Ark, alors qu’il était au sommet de sa créativité, fut amplement documentée avec la réédition de plusieurs albums et anthologies, particulièrement la plus définitive, celle de son biographe attitré David Katz, Arkology (1997). Trois ans plus tard, Katz publiera la biographie officielle de Scratch, People Funny Boy : The Genius Of Lee « Scratch » Perry, une lecture fortement conseillée.

La surprise fut de taille, le 29 août dernier, quand on a constaté que ce vieux fou du roi hyperactif n’était finalement pas immortel. La raison exacte de son décès n’a été précisée nulle part, mais on a eu vent d’une attaque cardiaque. Un tel visionnaire, qui a révélé Bob Marley à lui-même, développé le concept du dub et d’échantillonnage sonore pour les générations et styles musicaux à venir, ne foule pas la face de cette terre très souvent. Lee Scratch Perry, Ordre de la Distinction de la Jamaïque, se mérite une place de choix au panthéon de la musique tout court.

https://www.youtube.com/watch?v=cG-FNwBCvO8

La courte liste du Prix Polaris

par Rédaction PAN M 360

Le jeudi 15 juillet, le Prix de musique Polaris a finalement rendu publique sa courte liste qui honore et récompense 10 albums canadiens de musique choisis par un jury composé de 199 membres.

Ces albums se retrouvaient parmi la longue liste, sortie le 15 juin dernier, où 40 albums se taillaient une place pour passer à la prochaine étape. Le nom du gagnant sera dévoilé le 27 septembre prochain.

Notez que les artistes en caractère gras sont issus du Québec ou y résident et que seulement l’un d’entre eux, Klô Pelgag, s’exprime en français.

Pour en savoir davantage sur les 40 sélections du Prix Polaris avant la liste courte, c’est ICI

Cadence Weapon – Parallel World
DijahSB – Head Above The Waters
Dominique Fils-Aimé – Three Little Words
Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
Leanne Betasamosake Simpson – Theory of Ice
Mustafa – When Smoke Rises
The OBGMs – The Ends
TOBi – ELEMENTS Vol. 1
The Weather Station – Ignorance
Zoon – Bleached Wavves

Par Jade Baril et Myriam Bercier

La liste longue du Prix Polaris

par Rédaction PAN M 360

Le mardi 15 juin, le Prix de musique Polaris dévoilait sa première liste 40 albums, de laquelle les jurés détermineront bientôt la liste courte, soit 10 albums dévoilés publiquement le 15 juillet prochain.

Pour déterminer la liste longue, 204 albums ont été pris en considération par un jury composé de 199 membres, dont deux font partie du comité de direction de PAN M 360.

Notez que 16 artistes ou groupes en caractères gras sont issus du Québec ou y résident.

Notez également que seuls 3 artistes ou groupes sur 40, soit Thierry Larose, Julien Sagot et Klô Pelgag, s’expriment en français, ce qui représente 7,5% de la liste longue du Polaris.

Art Bergmann – Late Stage Empire Dementia
Bernice – Eau De Bonjourno
The Besnard Lakes – The Besnard Lakes Are The Last of the Great Thunderstorm Warnings
Leanne Betasamosake Simpson – Theory of Ice
BIG|BRAVE – Vital
Cadence Weapon – Parallel World
Charlotte Cardin – Phoenix
CFCF – memoryland
Clairmont The Second – IT’S NOT HOW IT SOUNDS
Helena Deland – Someone New
DijahSB – Head Above The Waters
Kathleen Edwards – Total Freedom
Dominique Fils-Aimé – Three Little Words
Fiver with the Atlantic School of Spontaneous Composition – Fiver with the Atlantic School of Spontaneous Composition
Thanya Iyer – KIND
Yves Jarvis – Sundry Rock Song Stock
Rochelle Jordan – Play With the Changes
LAL – Meteors Could Come Down
Daniel Lanois – Heavy Sun
Thierry Larose – Cantalou
Russell Louder – Humor
Elliot Maginot – Easy Morning
Mustafa – When Smoke Rises
Laura Niquay – Waska Matisiwin
Nyssa – Girls Like Me
The OBGMs – The Ends
Dorothea Paas – Anything Can’t Happen
Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
Savannah Ré – Opia
Allison Russell – Outside Child
Julien Sagot – Sagot
Sargeant X Comrade – Magic Radio
Shabason, Krgovich & Harris – Philadelphia
Yu Su – Yellow River Blue
Julian Taylor – The Ridge
TEKE::TEKE – Shirushi
TOBi – ELEMENTS Vol. 1
Vagina Witchcraft – Vagina Witchcraft
The Weather Station – Ignorance
Zoon – Bleached Wavves

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