Sweet Swana Montréal: pour une juste part d’électro arabe (5e partie- fin)

par Salima Bouaraour

5. Artistes électro swana sous les projecteurs PAN M 360: Sammy Halimi, Crissemarqueur, Firas Nassri, Mourad Bncr, OM El Beat, Shadya, Wake Island

La population arabe constitue 20,6% des minorités visibles de l’agglomération  montréalaise, occupant ainsi la 2e position après la population noire, elle, avoisinant les  30%. Visible, dit-on? Peut-être pas tant que cela. Fort est de constater leur faible  représentativité dans plusieurs domaines de la société y compris dans le milieu de la  musique électronique. 

 

Pourtant, les artistes électro swana ont le vent en poupe dans toutes les grandes métropoles du monde! Montréal, néanmoins, n’échappe pas à la mouvance, elle regorge de petits  trésors, mais plus souvent encensés à l’étranger ou en dehors de la Province que sur l’île.  Leur visibilité dans les médias ou sur les grandes scènes ou dans des événements  d’envergure sont encore plutôt minimes, ici. 

Pour PAN M 360 notre collaboratrice Salima Bouaraour met ici en lumière ce  vivier foisonnant d’artistes impliqués dans le développement de la vie culturelle et  nocturne montréalaise ainsi que la promotion et la défense des valeurs d’égalité, de justice,  de créativité, d’inclusivité et de célébration de la beauté arabe.  

PAN M 360 vous souhaite une bonne écoute et vous pouvez accéder ici à la page Souncloud de Sweet Swana Montréal 

Par ordre alphabétique 

Aquaventure (Canada/Québec/Algérie): 

Sammy Halimi est curateur pour les séries d’événements estivaux Oxygen et producteur connu  sous le nom d’Aquaventure. 

 

Tant ses événements que sa production musicale s’inspirent de la Nature et de tous les potentiels  qu’elle peut offrir en terme de cadre accueillant pour la collectivité lors d’une expérience sonore  ou d’idéation.  

On a pu retrouver Sammy lors du Festival Mutek sur scène ou en projet de création avec RAMZI  ou en tant qu’intervenant lors des Conférences Internationales du Sommet de la Nuit pour 

partager avec la ville de Montréal, la manière d’investir les parcs ou les sites semi-naturels  inusités pour les artistes en prenant pour modèle Berlin ou Amsterdam.  

Crissemarqueur (Canada/Québec/Tunisie)

Taher Gargouri est le cerveau derrière LATEX, une série d’événements hors-normes kinky et  ultra-avant gardiste.

DJ connu sous le nom de Crissemarqueur, Taher est aussi curateur de la  société de production Slata Prod (Tangerine, Kafichanta, LATEX). Il est aussi co-fondateur de la  Fédération des Arts Nocturnes – FANTOM-

LATEX apporte une énergie nouvelle et contagieuse aux scènes kink et rave montréalaises tout  en créant un espace plus sécurisant et plus qu’indispensable aux individus (artistes et public  confondus) BIPOC, queer et marginalisés, leur permettant ainsi de s’exprimer et de célébrer leur  identité. Fusionnant le BDSM et la Techno dans des espaces inclusifs et sécuritaires pour les  ravers montréalais, LATEX propose une expérience sensorielle live à la communauté. 

Crissemarqueur explore avec franchise et sincérité ses racines nord-africaines à travers des  morceaux percussifs et sensuels teintés de nuance techno. Ses mix sont d’une grande richesse en  terme de sélection et il aborde une technique remarquable pour offrir un panel d’écoute à son  public en alternant de la musique traditionnelle orientale, de la techno percussive, noire et  dansante ainsi que de l’électro.  

Notre interview de Crissemarqueur ICI

Firas Nassri (Canada/Québec/Syrie)

Firas est un artiste et un producteur prolifique qui explore à travers sa musique ses désirs, les  diverses facettes de son identité et de sa culture multidimensionnelle ainsi que le sens de la  création.  

Son album, La Levantine en 2021, a connu un franc succès, entremêlant musique électronique et  orientale. Sorti sur l’étiquette CosmoVision, cet album a été porté par le collectif dont le but est  de promouvoir les artistes montréalais.es issu.es de l’immigration à travers une approche  collaborative.  

Entre autres, il développe Ossa Project: un duo avec un multi-instrumentiste et chanteur libano canadien – Naïm Souaid – où ils explorent des contes en arabe chantés sous fond de musique  électronique, riche, variée et onirique.  

Son dernier projet « Ghosts Within » a été soutenu par le Conseil des Arts du Canada et présenté  en avant-première à Vancouver. Le 24 septembre dernier, il fut dévoilé au public montréalais  avec enthousiasme.  

Site web de Firas ICI

Compte Instagram de Firas ICI

Indistinct voices of PA (Canada/Québec/Algérie)

Mourad Bennacer (Bncr) est un artiste multimédia versatile et polyvalent, depuis plus de deux  décennies.

Son travail sonore et visuel s’inspire du concept de mémoire éphémère tout en  s’imprégnant de beat-music laissant ainsi une grande place à la texture et au détail. Il crée, de ce  fait, un point de ralliement entre son héritage culturel nord-africain, des univers empreints de  science-fiction et une fascination pour l’obsolescence technologique.  

Depuis plusieurs années, il mène une carrière professionnelle prolifique en tant que formateur et  concepteur sonore spécialisé dans la création d’environnements immersifs à la Société des arts  technologiques, l’audio spatialisé et la réalité mixte. Mêlant prise de son réelle, instrumentation,  synthèse sonore et techniques de microsampling, son langage musical s’approprie la notion  d’espace de façon singulière et se rapproche de la composition cinématographique. Il collabore  régulièrement avec des artistes de renommée tels que Pierre Friquet ou les studios Nature  Graphique ou le fameux Iregular. 

Son EP UNREST, sorti chez Unlog en 2021, se veut une synthèse de ce parcours, une transition  assumée vers une nouvelle couleur musicale.  

Mourad est également un membre actif de Silicon Beats, un collectif de musique électronique  connu pour ses jam et ses ciné-concerts. Il est également cofondateur d’Unlog, un collectif et  label de musique axé sur les explorations électroniques et audiovisuelles. Unlog a su forger une  signature musicale distinctive au fil de ses dix ans d’activité en tant que label et organisateur  d’événements musicaux, soutenant le travail d’artistes internationaux et locaux tels que Engone  Endong, Camille Frey, Tehu, Vince Konigan, TSF et bien d’autres.

Site officiel ICI

Page Bandcamp ICI

Compte Vimeo ICI

Compte Instagram ICI

Om El Beat (Canada/Québec/Syrie)

La productrice et DJ Om El Beat – Batoul Almohamad – est d’origine syrienne et basée à  Montréal.

Cette artiste queer prolifique a de nombreux albums et performances à son résumé.  Elle entremêle des ambiances nostalgiques sous fond d’électro mélancolique. Ses mix sont une  fusion de musique swana, électro et techno.  

L’étiquette CosmoVision a également porté certains de ses projets avec brio.  

Sa présence sur scène se fait souvent aux côtés de Crissemarqueur, Wake Island, SHADYA,  QUEEN AND QUEER et bien d’autres encore! Son activité au Proche Orient est extrêmement  riche.  

En 2021, un incroyable live a été tourné avec drone surplombant la ville d’Istanbul en Turquie.  https://soundcloud.com/batool-mohamad 

SHADYA (Canada/Québec/Algérie) 

Artiste queer, féministe intersectionnelle décoloniale et engagée dans la lutte contre le racisme systémique, SHADYA mène un parcours pluriel depuis plus de vingt ans.

Elle est fondatrice et co-manager d’une étiquette de musique électronique – Chez.Kito.Kat records – depuis 2006, DJ,  journaliste pour PAN M 360, co/curatrice des soirées Tempio Nero/AnaLoveMyLog et impliquée  dans des comités comme le Conseil de Nuit de MTL24/24 (depuis 2020) ou le comité Racisme,  exclusion sociale et laïcité de l’État de la Ligue des droits et libertés (2021).  

Par le biais d’une gestion collective horizontale avec DBY et Mr Bios (producteurs et DJs), son  label compte à ce jour 91 publications d’une trentaine d’artistes internationaux. La direction  artistique est résolument orientée vers les musiques électroniques exploratives, le plus souvent  analogique et modulaire. Les références « dancefloor » sont distribuées par Lobster Theremin  (UK) et Underscope (FR). Les artistes du label montréalais se retrouvent sur les scènes des  grandes institutions de la musique électronique: Berghain, Mutek, Le Sucre…L’étiquette est  référencée sur Hate Music, Trax, Nova, The Wire, Les Yeux Oranges, Resident Advisor, Les  Inrockuptibles, NPR, Le Monde, FIP Radio de Radio France.  

Longtemps performeuse dans un groupe d’électro clash en Europe, elle se consacre aujourd’hui à  la pratique du djing entremêlant des sélections électro/techno/breaké/acid/oriental/dark/jungle/ hip hop electro breaké swana. SHADYA se produit régulièrement à Montréal et a eu la chance de  célébrer les 20 ans de la Nuit Blanche au MTELUS en février 2023 en partenariat avec  MTL24/24 ou une célébration en musique pour le Musée d’art contemporain Pompidou de Bruxelles au Kanal Studio en 2021. 

ra.co/dj/shadya 

https://chezkitokat.com/

Wake Island (Canada/Québec/Liban)

Wake Island est un duo de producteurs de musique électronique originaire de Beyrouth et basé à  Montréal.

À travers leur musique, ils tentent de concilier leurs racines libanaises avec leur vie  nord-américaine. Mêlant sonorités moyen-orientales à des rythmes techno, ils créent des  chansons pop qui rappellent parfois les années 80 et 90, tout en gardant une claire ouverture vers  le futur.  

Le duo est formé de Philippe Manasseh (il/lui) et Nadim Maghzal (il/lui), deux immigrants  libanais qui se sont rencontrés à Montréal au début des années 2000. Depuis 2018, le groupe est  fortement établi entre New York et Montréal dans les scènes moyen-orientales et LGBTQ.

Ils ont notamment créé Laylit, une soirée dansante cherchant à valoriser la diversité musicale de la  région du moyen orient et d’Afrique du Nord.  Glorifiée par le New York Times et Pitchfork, Laylit a célébré, durant l’été 2023, son 5e  anniversaire avec une tournée Amérique/Proche-Orient et une session Boiler Room, à New York. 

Depuis 2020, ils se concentrent sur des projets multidisciplinaires, établissant leur présence dans  les domaines interactifs et VR/AR.  

Pour cette compilation, Wake Island nous offre généreusement une track de leur dernier album:  Sleep 2.0 de l’album Born to Leave. 

Wake Island Boiler Room, Été 2023, New York INTÉGRER les vidéos du boiler room MNSA (Wake Island).  

Nadim Maghzal (Wake Island) 

FIN

Sweet Swana Montréal: pour une juste part d’électro arabe (4e partie)

par Salima Bouaraour

4. Quand la Musique, l’Histoire et la Politique sont intrinsèquement liées 

La population arabe constitue 20,6% des minorités visibles de l’agglomération  montréalaise, occupant ainsi la 2e position après la population noire, elle, avoisinant les  30%. Visible, dit-on? Peut-être pas tant que cela. Fort est de constater leur faible  représentativité dans plusieurs domaines de la société y compris dans le milieu de la  musique électronique.  

Pourtant, les artistes électro swana ont le vent en poupe dans toutes les grandes métropoles du monde! Montréal, néanmoins, n’échappe pas à la mouvance, elle regorge de petits  trésors, mais plus souvent encensés à l’étranger ou en dehors de la Province que sur l’île.  Leur visibilité dans les médias ou sur les grandes scènes ou dans des événements  d’envergure sont encore plutôt minimes, ici. 

Pour PAN M 360, notre collaboratrice Salima Bouaraour met ici en lumière ce  vivier foisonnant d’artistes impliqués dans le développement de la vie culturelle et  nocturne montréalaise ainsi que la promotion et la défense des valeurs d’égalité, de justice,  de créativité, d’inclusivité et de célébration de la beauté arabe.  

L’immigration arabe au Canada est ancienne. On recense le premier arrivant venu du Liban en 1882! À Montréal, la communauté algérienne est au deuxième rang après celle d’Haïti puis on  pourra citer l’Italie, la France et le Maroc. (Source : Québec interculturel)

Néanmoins, si on ose évoquer le terme de communauté arabe, il faudrait bien redéfinir ce que  le terme « ARABE » englobe à lui seul: Afrique du Nord? Proche Orient? Moyen Orient? Toutes  confessions confondues? Mosaïque linguistique? Diversité culturelle? À cela s’ajoute dans la  réflexion, le terme plus usité et on ne peut plus pertinent de “Swana » qui est plus en adéquation avec la réalité post-coloniale.  

En définitive, si nous voulons rester concentré sur notre sujet, on se limitera, cette fois-ci, à leur  implication dans le milieu de la musique électronique à Montréal et leur point d’ancrage sur la  scène extra muros.  

Néanmoins, « l’insertion dans le milieu culturel d’artistes issu-e-s de l’immigration (longue ou  récente) et d’artistes racisée-s né-e-s au Québec peut assurément participer à la cohésion  sociale et contribuer à un imaginaire collectif inclusif, c’est-à-dire à un vivre ensemble  incarné. Or, Il est regrettable de constater que les artistes dits de la diversité ne sont que trop  peu mentionnés lorsqu’il s’agit de pratique professionnelle, et que les citoyen-ne-s dits de la  diversité sont trop souvent perçus comme ayant besoin de médiation. Une pleine  reconnaissance des artistes dits de la diversité, ainsi qu’une représentation diversifiée juste et  adéquate à tous les paliers institutionnels, décisionnels, administratifs et créatifs. » (Source : Ville de Montréal)

Voilà qui est plus  que nécessaire, sinon urgente à mettre en œuvre concrètement. C’est ainsi qu’en 2017 se  détermine la politique de développement culturel de la ville de Montréal suite à la publication d’un mémoire sur la diversité artistique. Il est donc bien question ici du vivre et du travailler ensemble de manière égale.  

En outre, cette notion spécifique du « besoin de médiation » laisse sous-entendre que les  individus issus des groupes ethniques auraient besoin d’être en quelque sorte aiguillé et de  bénéficier de la bienveillance, souvent teintée d’un paternalisme néo-colonial si il est maladroitement mené par des individus issus de la population dite « Blanche ». Ce rapport  préconise de même réviser la sémantique qui porte, en effet, un réel préjudice aux actions  positives car elle induit une sécession invisible mais définitivement palpable entre le « Eux et le  Nous », le « Eux et les Autres ».

Par conséquent, « Une présence ainsi marquée et assumée de notre diversité montréalaise,  permettant réellement à tout un chacun de se reconnaître et de s’identifier autant dans les  structures que dans les récits créés, servirait sans aucun doute à la création d’un vivre  ensemble réel »  (Source : Ville de Montréal)

Le débat sur cette problématique est ainsi bel et bien un enjeu large et massif nous ramenant à notre sujet: la représentation des artistes arabes de la scène électro à Montréal. Il est impératif  de renégocier, collectivement, et dans l’espace public, au sens large, l’image que l’on se fait  d’eux ainsi que la manière dont la société les perçoit et les conçoit, sans compter leur implication  à toutes les échelles. La musique et l’art, dans leur essence même, sont des vecteurs forts de  l’intégration au cœur de la société.  

De par son ancienneté sur le territoire canadien et son poids démographique représentatif à  Montréal, les artistes arabes de la scène électro sont de ce fait dans la légitimité de se reconnaître  dans toutes les facettes de la société ainsi que de bénéficier des mêmes opportunités que ce soit en termes de programmation, d’opportunités professionnelles, de positions décisionnelles ou en  termes d’influence dans l’espace public.  

Par conséquent, les projecteurs doivent être davantage multidirectionnels afin de rectifier le tir et  de déclencher des actions concrètes positives pour que le « EUXet les AUTRES» deviennent un  NOUS substantiel. 

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Sweet Swana Montréal: pour une juste part d’électro arabe (3e partie)

par Salima Bouaraour

3. L’électro-techno-pop swana déferle sur la scène internationale! 

La population arabe constitue 20,6% des minorités visibles de l’agglomération  montréalaise, occupant ainsi la 2e position après la population noire, elle, avoisinant les  30% (1). Visible, dit-on? Peut-être pas tant que cela. Fort est de constater leur faible  représentativité dans plusieurs domaines de la société y compris dans le milieu de la  musique électronique.  

Pourtant, les artistes électro swana ont le vent en poupe dans toutes les grandes métropoles du monde! Montréal, néanmoins, n’échappe pas à la mouvance, elle regorge de petits  trésors, mais plus souvent encensés à l’étranger ou en dehors de la Province que sur l’île.  Leur visibilité dans les médias ou sur les grandes scènes ou dans des événements  d’envergure sont encore plutôt minimes, ici. 

Pour PAN M 360 notre collaboratrice Salima Bouaraour met ici en lumière ce  vivier foisonnant d’artistes impliqués dans le développement de la vie culturelle et  nocturne montréalaise ainsi que la promotion et la défense des valeurs d’égalité, de justice,  de créativité, d’inclusivité et de célébration de la beauté arabe.  

Bien connue pour son avant-gardisme et son syncrétisme musical, la scène électronique  londonienne voit, aujourd’hui, la communauté arabe brassée à grand coup de génie les influences  de musique traditionnelle orientale avec de l’électro breaké à l’instar de ce que la déferlante  tendance électro-pop indienne, des années 90/2000, avait fait en explosant pour faire danser le  monde entier! Aux USA, le phénomène fait rage. L’Institut du monde arabe à Paris programme régulièrement des artistes arabes électro. 

Issus du Proche et du Moyen Orient, ces artistes s’exportent de plus en plus: Saliah (UK/Liban),  Toumba (UK/Jordanie), Ibrahim Abu-Ali / DJ Habibeats (USA/Jordanie) etc. On pense évidemment à Omar Souleyman qui a largement et fortement participé à démocratiser cette tendance à l’échelle internationale. Et bien d’autres encore comme la Palestinienne Sama’ Abdulhadi.  

Et pendant ce temps-là, que se passe-t-il chez nous ? À vrai dire, de nombreux artistes  sont déjà florissants depuis plusieurs années! Néanmoins, leur visibilité reste bien en deçà de  leur dynamisme et de leur talent.  

Prenons pour exemple le collectif Laylit. Créé en 2018, il s’établit entre New York et Montréal  dans les scènes moyen-orientales et LGBTQ. Des soirées dansantes cherchant à valoriser la  diversité musicale de la région du Moyen Orient et d’Afrique du Nord sont régulièrement  organisées entre autres par les deux compères de Wake Island. La salle de spectacle  Ausgang Plaza, menée par Malick Touré, directeur général et DJ Mr Touré!, situé sur la rue Saint-Hubert, fut leur lieu de subterfuge, à Montréal.  

En moins de 5 ans, le collectif a explosé sur la scène internationale avec une reconnaissance bien  méritée due aux fruits de leur travail acharné et de leur talent – New York Times, Pitchfork, Boiler  Room, tournée en Europe/Amérique du Nord/Moyen Orient.  

Lorsqu’une ville a un vivier d’énergie et de pareil talent, on voudrait le voir programmé bien plus souvent dans une plus grande diversité de salles, de concerts, de festivals et bénéficier de plus de visibilité dans les médias québécois. En mai dernier, la série RADAR, présentée par M  pour Montréal et Mundial Montréal en collaboration avec QUB musique les a programmé pour  la sortie de leur nouvel album. 

Force est de constater lorsqu’on observe la scène électronique montréalaise, des artistes issus de la population non racisée occupent le stage et leur carrière explose en quelques  mois, sans exagérer. Tout le monde en a conscience. Tout le monde le voit. Mais rares sont celles  et ceux qui veulent exposer le débat publiquement.  

Plus que jamais, en 2023, il est totalement légitime de se questionner sur les mécanismes menant  à ce type de parcours différencié, à vitesse désynchronisée, sachant que la qualité, la créativité et  les compétences ne sont pas ici en question, aucunement.

Qu’en-est-il alors? 

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Sweet Swana Montréal: pour une juste part d’électro arabe (2e partie)

par Salima Bouaraour

2. Une scène en mouvement et progression constante 

La population arabe constitue 20,6% des minorités visibles de l’agglomération  montréalaise, occupant ainsi la 2e position après la population noire, elle, avoisinant les  30% (1). Visible, dit-on? Peut-être pas tant que cela. Fort est de constater leur faible  représentativité dans plusieurs domaines de la société y compris dans le milieu de la  musique électronique.  

Pourtant, les artistes électro swana ont le vent en poupe dans toutes les grandes métropoles du monde! Montréal, néanmoins, n’échappe pas à la mouvance, elle regorge de petits  trésors, mais plus souvent encensés à l’étranger ou en dehors de la Province que sur l’île.  Leur visibilité dans les médias ou sur les grandes scènes ou dans des événements  d’envergure sont encore plutôt minimes, ici. 

Pour PAN M 360 notre collaboratrice Salima Bouaraour met ici en lumière ce  vivier foisonnant d’artistes impliqués dans le développement de la vie culturelle et  nocturne montréalaise ainsi que la promotion et la défense des valeurs d’égalité, de justice,  de créativité, d’inclusivité et de célébration de la beauté arabe.  

 

La scène électronique montréalaise a connu et connaît encore une grande avancée comparativement à d’autres scènes dans le monde. Les individus dits non dominants comme les femmes, les catégories marginalisées – queer-bipoc-trans – jouissent d’une plus grande accessibilité et visibilité sur  la scène.

Cependant, pour permettre de toujours progresser vers un  avenir plus radieux, il persiste encore des enchevêtrements complexes de la discrimination  systémique et des enjeux liés, par exemple, à la représentation des femmes racisées et/ou queer,  ainsi que la problématique d’accès aux postes décisionnels, de leadership et d’accès aux médias.  

En effet, les personnes dites racisées ou issues des nations autochtones ont eu plus d’opportunités même si la situation est toujours criante face aux multiples défis liés à l’Histoire.  En outre, un immense travail de fond a été mis en place pour remédier au difficile accès à la  scène des artistes noirs. Son poids démographique des minorités visibles est de 28,3% (1) de  l’agglomération montréalaise.

Il est clair que l’accessibilité à toutes les sphères de l’espace  public dont la scène musicale doit être primordiale.  En prenant en compte, tous ces facteurs, un débat se doit d’être mis sur la table: la sous représentativité des artistes arabes de la scène électronique montréalaise. Bien que ce groupe représente le cinquième des minorités visibles (Statistiques Montréal 2016 (1 et 2) ), il reste en  souterrain comme un trésor bien gardé. Des collectifs tentent de rectifier la situation, mais tant  bien que mal, souvent de leur propre initiative. Les défis sont de taille!

RÉFÉRENCES

 

1. Minorités visibles. Population dans les ménages privés selon les groupes de minorités visibles,  agglomération de Montréal, 2021 

2. Population d’origine ethnique arabe au Québec en 2016 

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Sweet Swana Montréal: pour une juste part d’électro arabe (1e partie)

par Salima Bouaraour
  1. Cantonné dans le folklore de l’imaginaire collectif 

La population arabe constitue 20,6% des minorités visibles de l’agglomération  montréalaise, occupant ainsi la 2e position après la population noire, elle, avoisinant les  30% (1). Visible, dit-on? Peut-être pas tant que cela. Fort est de constater leur faible  représentativité dans plusieurs domaines de la société y compris dans le milieu de la  musique électronique.  

Pourtant, les artistes électro swana ont le vent en poupe dans toutes les grandes métropoles du monde! Montréal, néanmoins, n’échappe pas à la mouvance. La ville regorge de petits  trésors, mais plus souvent encensés à l’étranger ou en dehors de la Province que sur l’île. Leur visibilité dans les médias ou sur les grandes scènes ou dans des événements  d’envergure sont encore plutôt minimes, ici. 

Avec ce dossier de notre collaboratrice Salima Bouaraour, PAN M 360 met en lumière ce vivier foisonnant d’artistes impliqués dans le développement de la vie culturelle et nocturne montréalaise ainsi que la promotion et la défense des valeurs d’égalité, de justice,  de créativité, d’inclusivité et de célébration de la beauté arabe.  

Dans cet esprit festif de rassemblement, une compilation vous emmènera dans leur univers respectif. 

Avant cela, une analyse mérite toute votre attention.  En voici le 1er volet!

De nombreuses manifestations culturelles mettent à l’honneur la beauté arabe ainsi qu’un large  panel de sa florissante musique. On pense bien évidemment au Festival du Monde Arabe, existant depuis 23 ans, qui est devenu un événement incontournable ou au Centre Culturel Marocain, installé ici depuis 2014, qui participe à l’interculturalité, l’interaction et la coexistence  des différentes civilisations et cultures ainsi qu’à la promotion de la convergence et le  rapprochement entre elles ou bien encore à des micro-festivals comme celui de la Palestine (créé  en 2023).

Mais, qu’en est-il de la zone fragmentaire de l’électronique? Certains diront le néant! Si il  s’agit de la représentativité des artistes arabes électroniques programmé.es dans les événements  plus institutionnels ou les festivals de renommée. La portion est infime. Et pourtant, ces artistes issus de la communauté sont nombreux, extrêmement prolifiques et créatifs à souhait! Parfois, plus reconnu.es à l’étranger que sur l’île. 

Comme toujours, les données sont manquantes ou parcimonieuses lorsqu’il s’agit de problématique nichée ou possiblement considérée comme subalterne par certains. De nombreuses recherches corroborent ce phénomène de l’invisibilisation (2).  

Références:

1. Minorités visibles. Population dans les ménages privés selon les groupes de minorités visibles, agglomération de Montréal, 2021 

2 Le racisme systémique dans la musique/Soumission/Exploitation/Ostracisation (série de podcasts  histoire/musique/sociologie): 

• Portrait et témoignage de Saïd Taghmaoui (acteur, témoignage des parcours désynchronisés à vitesse  différée liés aux discriminations systémiques dans le cinéma): 

• Rokhaya Dialo (journaliste indépendante, éditorialiste, réalisatrice. Débat basé sur les récentes  recherches concernant l’intersectionnalité des femmes racisé.es dans toutes les sphères de la société)

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OSM | Voyage au cœur de l’Orgue Pierre-Béïque

par Rédaction PAN M 360

La 90e année d’existence de l’organisation (fondée en 1934 sous le nom des Concerts symphoniques de Montréal) coïncide avec les dix ans de l’Orgue Pierre-Béique, qui fut inauguré le 28 mai 2014. Et l’OSM le souligne en grand: 28 concerts avec de l’orgue sont programmés cette saison, avec notamment un mini festival de l’orgue prévu au printemps pour souligner son anniversaire.

PAN M 360 a eu la chance incroyable de visiter l’imposant instrument en compagnie de Jean-Willy Kunz, l’organiste en résidence de l’OSM. Avec une passion évidente, il a guidé les membres des médias dans les coulisses et y a expliqué le fonctionnement de l’Orgue Pierre-Béique.

Puisant dans sa grande expérience et dans sa maîtrise de l’instrument, il s’est transformé en un organologiste hors pair ! 

L’Orgue Pierre-Béique est une merveille de l’organologie et de la fabrication d’instruments modernes au Québec. Conçu et construit par la maison Casavant Frères, avec le concert des architectes Diamond Schmitt et Ædifica pour le design visuel, c’est l’instrument le plus imposant de l’orchestre. 

Même la gigantesque octobasse de la Maison symphonique semble petite face à ses quinze mètres de haut et douze mètres de large. Selon l’expert en résidence, il fait environ le double du plus grand orgue que Jean-Sébastien Bach a connu de son vivant (jusqu’en 1750), Pas moins de 6 489 tuyaux de toutes les tailles permettent à l’organiste de reproduire la presque totalité des instruments de l’orchestre avec une précision ahurissante, également avec la possibilité de combiner ces sons. 

« J’aime bien imiter les autres instruments de l’orchestre durant le réchauffement avant le concert », nous avoue Jean-Willy Kunz avec le sourire aux lèvres.

Durant une amusante démonstration, il joue la note la plus basse, qui s’apparente à un claquement étant donné la fréquence si basse (environ 50 Hz), puis passe à la note la plus aiguë de l’instrument, sur le jeu du piccolo, dont la fréquence est si haute (11000 Hz environ), que plusieurs ne sont pas en mesure de l’entendre!

Entre les mains d’un virtuose, l’orgue symphonique est un orchestre à lui seul, réparti sur ses quatre claviers et ses 83 jeux. Au carrefour de l’art et de la science, « l’orgue est le fruit de plus de 30 000 heures de conception, de construction, d’ajustement et d’accordage », nous raconte Jean-Willy Kunz. Avec des pièces qui vont des grands tuyaux visibles dans la salle qui font plus de 30 pieds de long, jusqu’aux plus petits jeux qui font appel à des pièces aussi petites qu’un stylo. De plus, l’orgue est en mesure d’atteindre jusqu’à 100 décibels en activant les chamades (soit les tuyaux dirigés vers le public), juste au-dessus des 96 décibels des cuivres quand ils soufflent à plein poumons. L’organiste admet avec plaisir qu’il a pu apporter le volume pendant les concerts avec I AM cette semaine.

Jean-Willy Kunz aime décrire l’Orgue Pierre-Béique comme “un instrument qui rayonne, tant dans sa sonorité et dans sa conception que dans son importance pour la musique classique à Montréal.” « Certes », il continue « il existe des orgues qui sont bien plus grands, comme à Atlantic City ou au Macy’s à Philadelphie, ou encore des salles au Canada avec des orgues, mais peu sont autant valorisés qu’ici à la Maison symphonique. L’OSM a su prendre compte de l’importance d’un tel instrument. Le poste que j’occupe, celui d’organiste en résidence, est unique en son genre. »

Nous avons la chance d’entendre ici un instrument unique et fascinant. Kunz considère l’orgue comme un instrument d’avenir qui est en évolution constante. Le fruit de cette longue évolution depuis l’antiquité, l’Orgue Pierre-Béique est une petite merveille musicale locale qui a eu et aura un impact bien plus grand que les confinements de la Maison symphonique.

Pour en apprendre plus sur l’orgue, une exposition est installée à l’Espace OSM pendant toute la saison. Aussi, visitez la page si le site de l’OSM ICI.

Vidéo de 2018

indie rock

Going too far, paying the price

par Alain Brunet

Until further notice, several North American radio stations, including CBC, are pulling Arcade Fire’s discography from their programming following recent allegations of sexual misconduct against lead singer Win Butler.  

We don’t actually know how many fans are disgusted by the allegations, but many have already come forward on social media, refusing to attend an Arcade Fire concert as the band’s world tour has just kicked off in Dublin. What’s going to happen?  In any case, many outraged fans want their money back, but it’s unclear how much of it is actually worth. More pragmatically, the AF tour will run its course if a negligible portion of the public abandons their (former) favorite indie rock band. 

If not, it could go wrong. Really.  The damage to the future of Arcade Fire could be huge, unless Win Butler can clearly demonstrate his denial of the accusations made against him by his alleged victims… or he can convince us of the relative seriousness of his actions. This is far from being done. 

We are not there yet, let’s wait and see before deciding. And let’s have a look at the facts and try to understand the case better.

Last Saturday, these allegations of sexual misconduct were revealed by an investigation conducted by Pitchfork, which reports the testimonies of four people allegedly victims of Win Butler. The Pitchfork text mentions SMS, sexual photos, forced touching (on the buttocks or in the panties, who cares), the position of authority of a thirty-year-old with fans in their early twenties, almost impossible to refuse the advances of a rock singer of this stature.

Needless to say, these allegations of inappropriate conduct spread around the rock/pop world like wildfire.

When contacted by Pitchfork to counter-check the allegations, Win Butler responded through publicist Risa Heller, a renowned expert in crisis management. 

In a written statement provided to Pitchfork, AF’s lead singer acknowledged having sexual interactions with each of the four individuals, but maintained that they were consensual and that he was not the initiator. 

His colleague from Arcade Fire, partner and mother of his child Régine Chassagne officially supported him, nevertheless declaring in a press release that his partner « had lost his way and that he had found it again ». One can guess here his perception of a marital drift, apparently being part of the past. But… let’s remember Hillary and Bill Clinton… Anne Sinclair and Dominique Strauss-Kahn… the spouses had also protected their man and consented to this humiliation. For better or for worse?

In another written statement provided to Pitchfork regarding these allegations of sexual misconduct, Win Butler refers to a period of drinking and depression, and repeatedly apologizes to the alleged victims. 

“While these relationships were all consensual, I am very sorry to anyone who I have hurt with my behavior,” he wrote. “As I look to the future, I am continuing to learn from my mistakes and working hard to become a better person, someone my son can be proud of. […] I’m sorry I wasn’t more aware and tuned in to the effect I have on people – I fucked up, and while not an excuse, I will continue to look forward and heal what can be healed, and learn from past experiences.”

One can certainly sympathize with his difficult psychological condition that led him to this quagmire but…as he says himself, that is no excuse. Time will tell if Win Butler had a right or wrong, sober or drunk notion of a consensual relationship. Time will tell if the rock star’s repentance is too little, too late. In the weeks and months to come, we’ll eventually know if he’ll be able to get out of this extremely delicate situation, the negative outcome of which would precipitate the decline of Arcade Fire, a band that embodies progressive values and mobilizes progressive audiences… irony of fate!  If the allegations prove true and Win Butler’s sexual misconduct is proven beyond a reasonable doubt, it will likely be the end of his public career. And, sadly, the likely end of Arcade Fire as the flagship band of the hipster generation.

But let’s not forget that many rock stars did what Win Butler did in the eras before his – even worse! Those days are long gone. Flirting and butt play from a position of authority has been around since time immemorial, but it seems clear that these behaviors are now frowned upon.  

Based on greater equity between humans of all sexual identities, the notion of a consensual relationship may still be unclear to some, but it quickly becomes clear when such differences in relational perceptions are publicly revealed by the alleged abused and their alleged abuser. There is reason to believe that Win Butler is sincere in his defense but… there is also reason to believe that he’s been overstepping a misjudged boundary. At the very least, he is learning the hard way how to identify that boundary legitimately set by social improvements in the status of women and respect for any human beings. 

To be continued…

MEDIA SOURCES:

PITCHFORK

CBC

CBC (2)

LA PRESSE

THE GUARDIAN

Vu et entendu à Osheaga, dimanche

par Alain Brunet

31 juillet 2022 – Montréal – Coco & Clair Clair au Festival de musique et d’arts Osheaga, au parc Jean-Drapeau. TIM SNOW/OSHEAGA


Coco & Clair Clair

Coco & Clair Clair est un duo pop d’Atlanta, Géorgie. On les dit pionnières du « demon glam rock », une étiquette qui semble ne pas leur seoir de prime abord. On préfère décrire leur travail comme un mélange vivifiant de bedroom-pop et de hip-hop. Leur notice biographique indique qu’elles se sont rencontrées sur Twitter en 2012 et ont eu tôt fait d’enregistrer des chansons ensemble. Awful Records a encadré ce duo interracial – super rafraîchissant pour tous les jeunes mondialistes du Deep South américain –, dont le phrasé indolent et les mélodies vaporeuses confèrent une saveur unique. Très sympa.

Zach Zoya 

Le Québécois Zach Zoya, un des rappeurs les plus en vue au Québec ces dernières années, négocie un virage avec le microalbum No Love is Even Wasted. Nous en avions la version sur scène avec DJ, instrumentistes et invités dont le doué producteur Benny Adam qui mène aussi une carrière de performer. Le risque est intéressant, car aucun artiste misant sur la soul pop mâtinée de hip-hop n’a encore atteint une grande notoriété à Montréal. Cela ne saurait tarder et Zach Zoya pourrait bien être le premier à s’imposer.

31 juillet 2022 – Montréal – Mahalia au Festival de musique et d’arts Osheaga, au parc Jean-Drapeau.

Mahalia

Native du Leicestershire, fière représentante de la diversité au Royaume-Uni (origines jamaïcaines et irlandaises), Mahalia prenait contact avec la foule d’Osheaga. Elle n’est ni la première ni la dernière à métisser la néo-soul, le hip-hop soul et une sensibilité afro-britannique à peine perceptible dans le cas qui l’occupe. L’objectif évident de Mahalia est de conquérir le marché pop de sa génération, avec des accroches mélodiques qui portent ses réflexions sur sa propre existence de jeune métisse en Occident. En marche depuis 2016, la chanteuse aujourd’hui âgée de 24 ans a déjà lancé deux albums studio, Love and compromise (2019) et Diary of Me (2016), suivi du tout récent microalbum Letter out Ur Ex.

Inhaler

Tout connaisseur de musiques populaires sait que les « fils de » prennent de grands risques à exercer le même métier que celui de leurs parents célèbres. Depuis 2020, le fils de Bono tente sa chance avec le groupe Inhaler, dont c’était la première apparition à Osheaga. Elijah Hewson s’avère, pour l’instant du moins, une pâle copie de son paternel. La voix, les mélodies, les grooves rock, les riffs de guitare… Quelques menus détails ne peuvent en confirmer la singularité, c’est carrément du sous-U2. Son groupe fait dans le rock des années 80, ses chansons ressemblent beaucoup trop à celles des premiers opus du mégaband irlandais. Gênant, embarrassant… Papa devrait être mal à l’aise. En tout cas, je le suis à sa place, je n’aimerais vraiment pas voir mon fils en version réduite de moi-même.

Ashnikko / Pat Beaudery/OSHEAGA


Ashnikko

Ashton Nicole Casey, mieux connue sous le diminutif Ashnikko, même avantageusement attitude punk, attitude rock, électro et hip-hop. Et c’est de la pop contagieuse! L’univers créatif de cette Américaine de 26 ans est riche car il met de l’avant un croisement parfaitement réussi de genres peu conciliables d’entrée de jeu. Directe, opiniâtre, abracadabrante, très drôle mais aussi dramatique et abrasive, cette jeune femme est un véritable feu d’artifices. Ses flammèches peuvent certes émerveiller et divertir mais aussi causer quelques brûlures si vous traversez sa zone d’influence.

Safia Nolin / Simon White & OSHEAGA


Safia Nolin

Laissons de côté toute allusion à ses démêlés avec les paumés des médias sociaux, rapportés et commentés régulièrement par les médias de référence, tentons d’oublier Maripier Morin la repentante et concentrons-nous sur les réels dons artistiques de Safia Nolin, dont le dernier chapitre créatif est clairement le plus accompli. Les magnifiques versions « sunset » de son album Seum étaient privilégiées à Osheaga avec guitares, basse, distorsion shoegaze et rythmes rock d’une binarité exemplaire. La voix solo de Safia et les voix harmonisées de son band contrastaient bellement avec la corrosion de l’instrumentation et la douleur du propos. Cette artiste grandit certes dans l’adversité, le talent et la lumière finissent par l’emporter sur la souffrance.

Cordae

Avant que s’amène l’excellent groupe Idles, on pouvait découvrir le rappeur Cordae, métis allumé de Caroline du Nord. Écoutez ses albums The Lost Boy (2019) et From a Birds Eye View (2022) et vous constaterez que ce mec n’est pas un touriste du hip-hop.  Gunna, Lil Wayne, H.E.R., Lil Durk, Freddie Gibbs, Stevie Wonder (à l’harmonica chromatique), Eminem et Roddy Ricch n’y apparaissent pas par hasard. Sa prestance sur scène, son flow très solide, l’accompagnement ambitieux de ses musiciens (instrumentistes et DJ/producteur), le propos intelligent de ses rimes, voilà autant d’éléments qui définissent un artiste qui durera.

Dua Lipa

Parmi les Olivia Rodrigo, Doja Cat, Billie Eilish et autres Camilla Cabello, la Britannique Dua Lipa est l’une des nouvelles conquérantes de la planète pop. Principale tête d’affiche à Osheaga, elle promeut une disco-électro-pop aussi prévisible que spectaculaire mais… ça le fait! Pourquoi bouder son plaisir? La scénographie, les projections, les éclairages et les chorégraphies résultent d’un budget colossal, les tubes (dont le mashup Cold Heart avec Elton John), les paillettes et les costumes moulants, bref le showbiz tel qu’on l’imagine en 2022. Dua Lipa est une authentique bête de scène à l’occidentale. Ses origines bosniaques, albanaises et kosovares, sa sympathie sincère pour la communauté LGBTQ et son féminisme assumé en font un personnage public à la fois glamour et progressiste. Paradoxe intéressant…

afro-électro / afrobeat / alt-folk / avant-garde / bruitiste / EDM / folk expérimental / folktronica / hip-hop / indie rock / indietronica / post-punk / rock

Osheaga 2022 : les bons, les brutes et les brillants

par Stephan Boissonneault

Le parc Jean-Drapeau s’est transformé en un paradis pour les musicophiles le week-end dernier, à l’occasion du 15e festival de musique et d’arts Osheaga. La programmation d’Osheaga 2022 était très variée, il y en avait pour tous les goûts. On y retrouvait des artistes étrangers en tournée comme Idles, Dua Lipa, Yeah Yeah Yeahs et les héros locaux Arcade Fire, mais aussi quelques artistes qui se sont fait connaître sur Tik Tok comme Tai Verdes, Pink Pantheress, 100 gecs, Crawlers et ainsi de suite.

Cela semble être une nouvelle tendance pour les festivals : programmer des artistes qui deviennent « viraux » sur Tik Tok pour une chanson qui est partagée des millions de fois, puis obtenir une place dans un festival international. Donc, il est difficile de reprocher à Osheaga d’avoir suivi la tendance, quant aux groupes mentionnés ci-dessus.

Parfois, ces nouveaux musiciens peuvent vous surprendre, comme ceux de Crawlers qui ont offert une prestation intéressante. Et parfois, le manque d’expérience sur scène peut se retourner contre soi, comme chez PinkPantheress qui a dû terminer tôt en raison de difficultés techniques et d’un manque de voix. Elle était assez timide et devra améliorer sa présence scénique.Quoi qu’il en soit, la fin de semaine a été agréable, compte tenu de la combinaison de bonne musique et de temps qui, heureusement, n’était pas étouffant. Sans plus tarder, voici mes observations quotidiennes d’Osheaga 2022 pour PAN M 360.


Première journée 

La journée a commencé par un bref retour au shoegaze des années 90 mâtiné d’americana et de coldwave, gracieuseté de King Hannah, un duo de Liverpool. Je n’ai assisté que brièvement à leur prestation à la Scène des arbres Sirius XM, car je devais ensuite me frayer un chemin jusqu’à Charli XCX sur la scène principale. King Hannah a rendu sublimement les pièces de l’album I’m Not Sorry, I Was Just Being Me, paru en 2021. Il y a une magie particulière à ce duo, soutenu par un batteur, et sa chimie sur scène était assez hypnotique.

Je suis arrivé en retard à Charli XCX afin d’aller voir Parcels, un groupe indie-pop australien, sur la scène Verte. C’était bien, mais j’ai l’impression d’avoir entendu beaucoup de groupes offrant la même ambiance indie-disco et le même style. Et la foule attendait manifestement Turnstile, sur la scène adjacente. 

Charli XCX était déjà en ébullition sur la scène principale, légèrement vêtue d’une brassière rouge et d’un pantalon de yoga moulant, chantant et dansant sur les chansons de son hyper-pop Crash. Je ne suis pas un grand fan de musique pop, du moins pas de cette génération, mais Charli XCX est une pro. Elle sait comment faire remuer la foule et faire durer le plaisir, elle a ensorcelé l’auditoire pendant une heure. Je suis parti tôt pour aller voir Turnstile, une autre sensation, cette fois dans le domaine du punk-hardcore.   

Turnstile jouait soudé et avait une bonne énergie, mais je m’attendais à ce qu’ils soient plus lourds et plus hardcore, d’autant plus que le guitariste se servait d’une guitare Jackson et avait l’air de faire partie d’un groupe de speed-metal. C’est peut-être le chant de type Jane’s Addiction qui m’a rebuté, mais il était bon de voir un véritable mosh-pit se former. Et Turnstile avait beaucoup de fans sur place, car une grande partie de la foule connaissait leurs paroles. Pourtant, pour moi, cela semblait plus à du pop-punk alt-rock qu’à du punk-hardcore.

Le groupe suivant était Yeah Yeah Yeahs, qui s’est franchement déchaîné sur la scène principale. Ce sont des habitués des festivals et ils savent comment doser l’apparat, le dance-punk et la pop pour faire bouger la foule. La chanteuse Karen O est arrivée affublée d’un casque de motard à pointes et vêtue d’une combinaison colorée qui ressemblait à une peinture de Jackson Pollock. Des serpentins colorés et frangés étaient également attachés à ses épaules et à son micro.

L’excitation suscitée par sa tenue était difficile à contrôler. Le reste du groupe avait l’air trop mollo et a laissé Karen O mener chaque chanson. Ils ont joué beaucoup de vieux morceaux, y compris les tubes, notamment Heads Will Roll à la fin. Il allait être difficile de faire mieux. Mais le groupe suivant était nos légendes locales, Arcade Fire, qui ont tout juste fait paraître l’album We.

Yeah Yeah Yeahs / Pat Beaudry & OSHEAGA

Arcade Fire a joué près de 20 chansons pendant un concert de deux heures et j’ai été surpris d’entendre quelques chansons de Funeral, mon album préféré. C’est fou de voir à quel point ce groupe est devenu important. Ils avaient l’habitude de jouer dans des clubs minuscules et maintenant ils tournent avec une boule disco géante qui surplombe la scène principale, déployant des éclairages psychédéliques à la Pink Floyd.

À un moment donné, pendant Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), qui m’a toujours semblé être une reprise de Blondie, la chanteuse et claviériste Régine Chassagne avait des lumières qui se reflétaient sur sa boucle de ceinture brillante. Je suppose que l’on peut s’attendre à cela de la part d’un groupe dont un des albums s’appelle Reflektor. Je dois dire que lorsqu’ils ont joué les vieilles chansons, elles semblaient aussi présentes et actuelles que lorsqu’elles sont sorties. Bien qu’Arcade Fire soit un groupe s’appuyant sur la nostalgie d’une époque plus simple, ce sont des musiciens fantastiques, alors bravo à Osheaga de les avoir mis en tête d’affiche après l’annulation des Foo Fighters.

Arcade Fire / Pat Beaudry / OSHEAGA

Deuxième journée

Le deuxième jour d’Osheaga semblait plus axé sur le hip-hop avec Freddie Gibbs, Skiifall et Slowthai. Ce dernier a offensé – par inadvertance – certaines personnes, qui ont interprété au premier degré son t-shirt Destroy avec swastika (plus d’info là-dessus plus loin). Également au programme : Burna Boy et Future, qui ont remplacé ASAP Rocky, qui devait apparemment remplacer Kendrick Lamar.

Shemar Mckie, qui se fait appeler Skiifall, est un artiste montréalais originaire de Saint-Vincent (NDLR : dans les Caraïbes).  Son DJ et lui étaient excellents. Skiifall est également hilarant lorsqu’il a reproché à la foule de ne pas l’encourager durant sa nouvelle chanson Pistol Whip. « Vous êtes nuls, je vais devoir le faire tout seul », a-t-il dit en riant. À un moment donné, il a demandé à un admirateur de monter sur scène et de rapper avec lui, ce que le fan a assez bien réussi, mais Skiifall a dû mettre fin à l’exercice ensuite. « Tu me tues, mon ami », a-t-il dit en riant. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont mis sur la scène des Arbres Sirius XM, la plus petite, parce qu’il aurait facilement pu ouvrir pour Freddie Gibbs; mais bon, je ne suis pas un programmateur de festival.

Un autre groupe montréalais, Men I Trust (que nous avons interviewé ici) jouait ailleurs au même moment. Son rock-pop jazz indé décontracté accompagnait parfaitement cet après-midi couvert.

Tai Verdes est ensuite monté sur scène et je n’ai pas réussi à embarquer dans son mélange de pop-rock et de hip-hop. Par moments, on aurait dit un groupe de reprises de dad-rock, ça ne collait pas. Je voulais assister à la prestation de Sophia Bel, qui est sous étiquette Bonsound, une autre artiste locale qui fait de la pop post-punk bizarre et raffinée, mais il semblait y avoir des problèmes techniques et elle a dû commencer plus tard, ce qui a sans doute réduit son concert de moitié. Elle était vêtue d’un tutu comme une mini-fée maniaque, et je suis persuadé que sa prestation a dû être géniale – je m’assurerai de me reprendre lors d’un autre concert à Montréal –, mais je devais trouver me rendre à Freddie Gibbs. Son album avec The Alchemist, Alfredo, est l’un de mes albums hip-hop préférés des cinq dernières années.

Freddie Gibbs a fait l’un des concerts que j’ai préférés à Osheaga, même si, par moments, le mixage et sa voix semblaient plus timides que d’habitude. Ses rimes rapides et la précision de son élocution sont, à mon avis, du niveau des plus grands. Il a aussi demandé à la foule de scander « Fuck the Police » à plusieurs reprises, question de mettre de l’humour et du dynamisme dans tout ça. Quand il a entamé Scottie Beam, les fumeurs d’herbe s’en sont donné à cœur joie, il y a même eu un mosh-pit.

« Merde, ces gars-là ici font un mosh-pit, j’adore ça ici! », s’est-il exclamé. « Mettons-leur un rythme plus lourd! » a-t-il ajouté, tandis que le MC a entamé Crime Pays. Freddie disposait aussi d’une unité spéciale de deux personnes, sur scène, l’air cool; on aurait dit que l’une de leurs tâches consistait à lui rouler des joints. Un vrai gangster.

30 juillet 2022 – Montréal – Freddie Gibbs au Festival de musique et d’arts Osheaga, au parc Jean-Drapeau. TIM SNOW/OSHEAGA

Après Freddie Gibb est arrivé Slowthai, un rappeur britannique en colère qui aime la controverse et s’est fait connaître par ses textes politiques dans Nothing Great About Britain, à l’époque du Brexit. Sa musique est abrasive et bruyante, mettant à profit des éléments de grime et de trap. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé et sa violence semble bidon. Il semblait vouloir provoquer les gens. Il a également porté un t-shirt avec un swastika; les représentants d’Osheaga ont dû s’en excuser officiellement, le lendemain du concert.

« Quiconque n’est pas d’accord avec vous finira dans une housse à cadavre », a crié Slowthai au micro en enlevant sa chemise pour révéler ses tatouages. Sans doute que Slowthai est un gentil jeune britannique, dans la vraie vie. Mais qu’en sais-je? Il a également demandé à une spectatrice de monter sur scène pour rapper Inglorious avec lui, et elle s’en est bien sortie. Je ne peux imaginer ce que l’on peut ressentir, lors d’un moment comme ça.

J’avais très hâte de voir Khruangbin, un trio de rock psychédélique qui m’a servi de musique de fond pour écrire, depuis que je les ai découverts lors du premier confinement de 2020. Osheaga les a programmés sur la scène principale, ce qui semblait étrange étant donné qu’il s’agit d’un groupe instrumental « lysergique » et que, pour une raison quelconque, personne ne dansait. La musique était géniale, le son impeccable, mais peut-être que les gens voulaient plus de hip-hop. Moi, j’ai adoré chacun des instants de ce spectacle. Les projections visuelles sur le grand écran, montrant les membres du groupe qui se déplacent, se déphasent et se fondent, ajoutaient une touche fabuleuse au concert. Et je pourrais écouter Laura Lee à la basse et Mark Speer à la guitare pendant des heures. À un moment donné, ils ont joué un pot-pourri de reprises, certaines qui avaient du sens, comme Miserlou, et d’autres n’en avaient aucun, comme Bennie and the Jets d’Elton John.

Khruangbin / Pat Beaudry & OSHEAGA

Après Khruangbin, j’ai jeté une oreille à 100 gecs, et je ne sais toujours pas vraiment ce dont j’ai été témoin. Un gars est habillé comme un personnage de film d’’animation, une femme crie des insanités dans un micro auto-tuné. Peut-être que c’est mon âge qui me rattrape, mais je ne comprends pas l’engouement pour ce groupe célèbre sur Internet. Personnellement, je ne supporte pas l’auto-tune et 100 gecs se résume à cela, fusionnant l’hyper-pop (mais pas de la même manière que Charli XCX, qui fait ce j’appellerais, heu, de la musique) et de la production de je ne sais quoi d’autre. Je suppose que je ne suis pas assez jeune pour comprendre ou me soucier de 100 gecs, mais à mon avis, c’était épouvantable.

J’avais besoin d’un nettoyage auditif et c’est ce que m’a procuré Polo & Pan, un duo électronique français qui est passé maître dans l’art de créer de la dance-pop apaisante. Les effets visuels m’ont rappelé les festivals électroniques auxquels j’assistais il y a de nombreuses années.

J’ai vu un peu de Burna Boy et je devrai retourner le voir, puisque j’ai pris goût à sa folie. Il était accompagné d’un groupe de 15 musiciens et ressemble à un prince nigérian sur scène. Son mélange de dancehall et de reggae-rap m’a rebuté un peu au début, mais son sens du spectacle a fini par me convaincre.

Le groupe Future ne m’intéressait pas et rien ne m’a fait changer d’avis, alors j’ai opté pour Caribou, qui m’a vraiment surpris. Je m’attendais à de la musique de fond et à un DJ, mais il avait un groupe complet et m’a époustouflé avec son mélange de folktronica et de soft-dance. Mon seul reproche était la foule qui cherchait la pagaille, je suppose que j’aurais fait la même chose si j’avais été sur le même parterre EDM à consommer des drogues pendant huit heures.

Troisième jour

Je suis arrivé plus tard le troisième jour, épuisé. J’ai entendu les riffs lourds de Royal Blood alors que je faisais du vélo sur un chemin ensoleillé dans le parc Jean-Drapeau. J’avais vu la fin d’un de leurs concerts, il y a plusieurs années, lorsqu’ils ont fait la première partie de Queens of the Stone Age; ils semblent bien se porter.

J’ai vu quelques minutes de Girl in Red, qui sonne comme si Billie Eilish avait joué dans Blur, et j’aurais aimé en voir plus. Cette auteure-compositrice-interprète norvégienne n’a que 23 ans; je m’attends à de grandes choses de sa part.

Au même moment, Lucy Dacus faisait une prestation tranquille, la foule était minuscule. C’est dommage, car son précédent concert à Montréal était bondé et que le son y était mille fois meilleur. Malgré tout, elle a assuré et a fini avec la chanson indie-rock Night Shift, que même les plus âgés ont entonnée. Je vous recommande d’aller la voir la prochaine fois qu’elle viendra à Montréal. Elle est une Phoebe Bridgers plus intime, à mon avis, et on ne peut pas juger un artiste en se basant sur une prestation de festival.

Ma sérotonine était épuisée au moment où Glass Animals est passé. J’ai entendu une ou deux chansons qui étaient géniales, mais encore une fois, je n’avais plus d’énergie. J’avais besoin de trouver un remontant pour Wet Leg. Il s’est avéré que ce remontant était un peu d’herbe, quelques « Coors Banquet » et… Wet Leg elles-mêmes, qui faisait leurs débuts canadiens à Osheaga. Ce jeune groupe, qui a gagné en vitalité avec son post-punk et son rock indé à l’esprit vif sur des chansons comme Chaise Longue, a été merveilleux sur scène. Leurs plaisanteries sur scène étaient hilarantes et on pouvait voir qu’elles passaient les meilleurs moments de leur vie. Je n’ai jamais vu autant de sourires de la part d’un groupe. Un des points forts de mon Osheaga.

Wet Leg – Simon White/Osheaga

Je n’ai rien à cirer de Machine Gun Kelly. Tout ce que je sais, c’est qu’il sort avec Megan Fox et fait une sorte de pop-punk et de hip-hop. Il ressemblait à une publicité de Pepto Bismol et sa musique est tout simplement dégueulasse. Je déteste vraiment la façon dont les influenceurs font semblant de jouer de la musique sur scène. Encore une fois, c’est peut-être juste l’âge, mais je ne comprends pas.

Heureusement, je suis parti tôt pour avoir une bonne place à Idles, les Stooges post-punk de Bristol qui sonnent comme une soûlerie rock’n’roll en studio. Je m’entraîne en écoutant leur musique tout le temps et leur premier album, Brutalism, est toujours l’un de mes préférés. Ils ont lancé une salve de chansons avant de dire saluer la foule. J’en voulais plus et j’en ai eu, lorsque leur guitariste Mark Bowen a couru comme un fou en robe à fleurs pendant I’m Scum. Bravade, intensité, satire, ces gars-là ont tout compris.

« Qui est un sac à merde, ici? », a demandé le chanteur Joe Talbot. La foule a crié et le groupe a continué. À un moment donné – et je ne suis toujours pas sûr que c’était de la théâtralité –, il semblait que quelqu’un dans la foule voulait se battre avec Talbot et essayait sans cesse de le faire descendre de scène pour l’affronter.

« Tout le monde se tait. Ce gars a quelque chose d’important à dire », a lancé Talbot. « Non mon gars, je n’irai pas dans la foule parce que j’aime être sur scène », a-t-il renchéri.

Ils se sont lancés dans The Wheel, de leur plus récent album Crawler. Cette chanson sonnait si bien, avec sa structure d’accords chimériques et le lyrisme désinvolte de Talbot. Cet homme est un pacifiste en colère qui tient un micro et c’est splendide à voir. Ils ont terminé avec la chanson pro-immigration Danny Nedelko. Rien n’aurait vraiment pu égaler ma soirée.

31 juillet 2022 – Montréal – IDLES en spectacle lors du festival Osheaga au parc Jean-Drapeau TIM SNOW/OSHEAGA

Alors que je me dirigeais vers l’espace VIP pour boire jusqu’à la fin de la nuit, j’ai pu entendre quelques chansons de Dua Lipa, la Madonna de la présente génération, je suppose? Elle avait plus de dix danseurs de soutien et sa pop-disco était très agréable. Elle a également une voix formidable et n’utilise que quelques astuces vocales ici et là. Quand j’écoute la musique pop moderne, il est difficile de savoir ce qui est authentique. Dua Lipa est une véritable mégastar.

Et avec ça, ma première édition Osheaga a pris fin. Qui sait ce qui nous attend l’an prochain.

Photos reproduites avec l’aimable autorisation du festival Osheaga.

Prix Polaris 2022 : les dix albums de la liste courte!

par Rédaction PAN M 360

Ça y est, la liste restreinte ou « liste courte » des candidats au prix Polaris 2022 vient d’être publiée. Les musicophiles se réjouiront de constater que cette sélection de dix albums ratisse large, stylistiquement. Fait à noter, l’excellent album Pictura de ipse: musique directe de notre cher Hubert Lenoir y figure. On remarquera aussi les albums des Montréalais Ourielle Auvé, alias Ouri, et Pierre Kwenders, respectivement intitulés Frame of a Fauna et José Louis and the Paradox of Love. Puis, on constate avec bonheur que Chiac Disco, le succulent et truculent fricot funk-cadien de Lisa LeBlanc fait partie de la dizaine. Voici la liste complète, l’annonce de l’album gagnant aura lieu le 19 septembre 2022.

  • Alpha, Charlotte Day Wilson
  • Labyrinthitis, Destroyer
  • Pictura de ipse: musique directe, Hubert Lenoir
  • Waves, Kelly McMichael
  • Chiac Disco, Lisa LeBlanc
  • Sewn Back Together, Ombiigizi
  • Frame of a Fauna, Ouri
  • José Louis and The Paradox of Love, Pierre Kwenders
  • Tao, Shad
  • Life After, Snotty Nose Rez Kids

La liste longue du Prix Polaris, ordre alphabétique

par Rédaction PAN M 360

Le Prix de Musique Polaris, présenté par CBC Music, a révélé sa longue liste de 40 albums.

Cette année, la longue liste est une présentation du Conseil des arts du Canada.

La longue liste du Prix de musique Polaris 2022 est la suivante :

AHI – Prospect
Arcade Fire – WE
Backxwash – I LIE HERE BURIED WITH MY RINGS AND MY DRESSES
BADBADNOTGOOD – Talk Memory
Jean-Michel Blais – aubades
Basia Bulat – The Garden
Tanika Charles – Papillon de Nuit: The Night Butterfly
Chiiild – Hope For Sale
Destroyer – LABYRINTHITIS
Julie Doiron – I Thought Of You
The Garrys – Get Thee To A Nunnery
The Halluci Nation – One More Saturday Night
Joyful Joyful – Joyful Joyful
Adria Kain – When Flowers Bloom
Lydia Képinski – Depuis
Pierre Kwenders – José Louis And The Paradox Of Love
Ada Lea – one hand on the steering wheel the other sewing a garden
Lisa Leblanc – Chiac Disco
Hubert Lenoir – PICTURA DE IPSE : Musique directe
Luna Li – Duality
Les Louanges – Crash
LOONY – soft thing
Kelly McMichael – Waves
Men I Trust – Untourable Album
Haviah Mighty – Stock Exchange
myst milano. – Shapeshyfter
Cedric Noel – Hang Time
Ombiigizi – Sewn Back Together
Orville Peck – Bronco
Ouri – Frame of a Fauna
P’tit Belliveau – Un homme et son piano
PUP – THE UNRAVELING OF PUPTHEBAND
SATE – The Fool
Shad – TAO
Sister Ray – Communion
Snotty Nose Rez Kids – Life After
Stars – From Capelton Hill
Tanya Tagaq – Tongues
The Weeknd – Dawn FM
Charlotte Day Wilson – Alpha

Cette année, 223 albums ont été pris en considération lors du processus de sélection de la longue liste par un jury de 197 membres.

« À mesure que le secteur se rétablit, la musique et les arts continuent de nous remonter le moral et de nous motiver à aller de l’avant. Le Conseil des arts du Canada est extrêmement fier de collaborer avec le Prix Polaris pour reconnaître l’apport des musicien.ne.s figurant sur la longue liste de cette année. Nous saluons leur esprit et applaudissons leurs créations. » – Carolyn Warren, directrice générale des Programmes de subventions aux arts du Conseil des arts du Canada.

La longue liste de 2022 a été dévoilée chez Numbers, un espace événementiel situé dans le quartier West End de Toronto, par le biais d’une vidéo réalisée par Daniel Tal et produite par Vox Future. Il s’agissait du premier rassemblement public organisé par le Polaris depuis 33 mois. La vidéo de dévoilement de la longue liste a également été diffusée simultanément sur la page Facebook et les chaînes YouTube du Polaris.

La courte liste de 10 albums sera dévoilée en direct le 14 juillet dans le cadre d’une émission spéciale de deux heures via Drive sur les ondes de CBC Music. Une rediffusion de l’émission spéciale sera proposée sur CBC Music le dimanche 17 juillet. Cet automne, l’album lauréat du Prix de musique Polaris 2022 sera également dévoilé sur CBC Music. Plus de détails à ce sujet seront annoncés dans les prochaines semaines.

L’album lauréat sera révélé lors du Gala Polaris le lundi 19 septembre, au Carlu, à Toronto. Pour célébrer son retour dans la salle qui a accueilli Glenn Gould, Billie Holiday, Frank Sinatra et de nombreux événements Polaris, le Prix de musique Polaris vient de mettre en vente 100 billets d’admission générale pour son Gala. Ces billets à prix spécial (40 $ plus taxes) sont disponibles dès maintenant sur Ticketmaster en quantité limitée.

Le Prix de musique Polaris remet 50 000 $ à l’artiste ayant créé l’album canadien de l’année, jugé uniquement sur sa valeur artistique et sans considération pour le genre musical ou la popularité commerciale. Les neuf autres artistes en nomination, dont les albums figurent sur la courte liste de 2022, recevront 3 000 $, une gracieuseté de Slaight Music. De plus, le Prix de musique Polaris s’est associé à Play MPE pour offrir à l’artiste derrière l’album lauréat un forfait mondial pour la distribution et la promotion d’une parution musicale (simple ou album) d’une valeur maximale de 3 025 $ CA. Play MPE offrira également aux neuf autres artistes de la courte liste des forfaits de distribution d’une valeur maximale de 1 000 $ CA.

Les albums admissibles au Prix de musique Polaris 2022 doivent être parus entre le 1er mai 2021 et le 31 mai 2022. Un jury indépendant composé de membres des médias musicaux de tout le Canada détermine la longue et la courte liste. Onze personnes parmi les membres du jury sont ensuite choisies pour faire partie du grand jury. Ce grand jury se réunit lors du Gala du Polaris pour choisir l’album lauréat du Prix de musique Polaris.

Les gagnant.e.s antérieur.e.s sont Cadence Weapon (2021), Backxwash (2020), Haviah Mighty (2019), Jeremy Dutcher (2018), Lido Pimienta (2017), Kaytranada (2016), Buffy Sainte-Marie (2015), Tanya Tagaq (2014), Godspeed You! Black Emperor (2013), Feist (2012), Arcade Fire (2011), Karkwa (2010), Fucked Up (2009), Caribou (2008), Patrick Watson (2007) et Final Fantasy / Owen Pallett (2006).

Nous avons hâte de donner le coup d’envoi d’une nouvelle année incroyable grâce à notre personnel, notre jury, notre conseil d’administration, nos artistes, nos commanditaires et les membres de la communauté.

Saison 2022 des évènements du Prix de musique Polaris

14 juin – Annonce de la longue liste : la longue liste du Polaris comprend les 40 albums sélectionnés qui seront pris en considération pour le prix d’une année donnée.

14 juillet – Annonce de la courte liste : à partir de la longue liste de 40 albums, le Polaris dévoile les 10 albums finalistes qui seront pris en considération pour le prix d’une année donnée.

19 septembre – Gala Polaris : notre prestigieux évènement de révélation des albums lauréats, le Gala Polaris, propose des performances musicales en direct des artistes figurant sur la courte liste du Polaris. L’album lauréat du Prix de musique Polaris est désigné le jour même du gala par un grand jury de 11 membres sélectionné.e.s parmi l’ensemble du jury du Polaris.

21 octobre – Prix du patrimoine Polaris de la famille Slaight : le Prix du patrimoine est un prix de la critique et une campagne de sondage publique qui vise à célébrer les albums canadiens classiques créés avant la première édition du Polaris en 2006. Comme pour le Prix de musique Polaris, les albums candidats et gagnants du Prix du patrimoine sont des albums de la plus haute distinction artistique, sans égard aux ventes ou aux affiliations.

Nous reconnaissons l’appui financier de FACTOR, du gouvernement du Canada par l’entremise du ministère du Patrimoine canadien (Fonds de la musique du Canada) et des radiodiffuseurs privés du Canada.

CE CONTENU PROVIENT DU PRIX POLARIS ET EST ADAPTÉ PAR PAN M 360

Ausgang Plaza ou comment être rassembleur et inclusif dans un « espace public fragmenté »  

par Salima Bouaraour

« Programmation éclatée », « développer la curiosité du public », « forcer les rencontres  inter-culturelles montréalaises », tels sont les termes employés par Malick Touré pour décrire le travail accompli et les objectifs à atteindre de ce lieu unique en son genre: Ausgang Plaza.  Son directeur général explique les enjeux de cet “espace public fragmenté” qui se veut un lieu de vie rassembleur et inclusif.

Un concept de bar culturel à la montréalaise avant gardiste  

Fondé en 2014, Ausgang Plaza est un organisme sans but lucratif qui œuvre dans la diffusion  et la production d’initiatives culturelles locales, situé en plein cœur de Rosemont, sur la Plaza  Saint-Hubert. La bâtisse se répartit en une multitude d’espaces locatifs: une salle de diffusion  pluridisciplinaire de 4 500 pieds carrés, une boutique pop-up, un studio de production, une  librairie et une école d’art.  

Des événements pluridisciplinaires sont accueillis, tout au long de l’année, depuis 7 ans:  musique, danse, art visuel et cinématographique, conférence et débat. La programmation est  pensée et élaborée en collaboration avec des acteurs et des actrices de la vie culturelle  montréalaise.  

Depuis sa création, on ne compte plus les moments mémorables: Qualité de luxe (projet de  musique d’inspiration africaine -soca, dancehall, reggae, afrobeat- exporté par Malick à  Ausgang, anciennement au défunt bar, Les Bobards, avec Ghislan Poirier et Kyou); Gaybash et  les soirées P.L.U.R. / PEACE • LOVE • UNITY • RUNWAY; les Marchés de novembre ou le  rassemblement des créateurs.trices en art visuel, culinaire et artisanat divers. À cela s’ajoutent  les festivals tels que les Filministes (œuvres cinématographiques liées aux enjeux des genres  et des féminismes) ou Laylit (célébration artistique des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du  Nord) ou encore des débats sur la justice climatique et autres questions de société. 

La dernière perle arrivée dans le bâtiment est la librairie Racines. Une librairie? Oui, une  librairie où l’on peut consulter et acheter des ouvrages de tous horizons dont l’un des objectifs  est d’offrir une place privilégiée et de redonner une juste assise aux auteur.e.s racisé.e.s.  

La « Robin Hood Theory », au sens figuratif mais aux actions bien réelles  

« Je suis venu ici par hasard et j’ai fait un party incroyable! » s’exclame joyeusement Malick  lorsque je lui demande ce qui amène les gens vers Ausgang. Puis, il ajoute, fermement, qu’il y  a aussi un énorme travail de démarchage et de concertation pour offrir les espaces aux artistes  et aux organismes dont les valeurs rejoignent les leurs. « Nous faisons le nécessaire pour rendre  le lieu accessible », précise-t-il. 

Effectivement, les missions d’Ausgang sont de promouvoir, de dynamiser et d’offrir  l’accessibilité aux acteurs.trices culturels dans toute leur diversité pour faire vibrer la  communauté hétéroclite montréalaise.  

Malick a été sollicité par l’organisme pour programmer des partys, étant donné son parcours  d’artiste musical sous le pseudonyme de Mr. Touré! «Mon travail de DJ m’aide à comprendre  ce qui fait rester le public sur le plancher », m’affirme-t-il avec force et confiance. Après avoir  fait des études en stratégie de production à l’UQAM, pour satisfaire la soif de diplôme de ses  parents, il sait avec conviction que sa vie ne peut pas se résumer à un emploi de bureau. 

Mr. Touré!  

Crédit photo : Justine Boucher @jsteju  

« J’aime monter des projets, que ça marche, prouver quelque chose et travailler en équipe  pour la communauté », insiste-t-il lorsque j’aborde avec lui la manière dont sa personne et son  charisme bienveillant teintent l’image d’Ausgang. En tant qu’enfant d’immigré et noir, son  parcours fut semé d’embûches mais aussi de belles occasions. Bien que reconnaissant les  effets pervers du racisme systémique ancré dans toutes les interstices de la société –  consciemment ou inconsciemment -, Malick veut briser le plafond de verre et distiller son  énergie titanesque aux autres, d’où la « Robin Hood Theory »: donner à ceux et à celles qui en  ont besoin pour vivre l’ascension artistique ou sociale.  

Malick incarne, avec Jessye -une force incontournable d’Ausgang- une équipe de sept  personnes à temps plein pour faire vivre Ausgang. Les défis sont énormes pour développer les  échanges entre personnes expérimentées et novices afin de monter des projets solides. Les  enjeux financiers sont de taille, certes. Cependant, il faut aussi concilier la mission d’offrir des  tarifs doux à des artistes aux talents de grande envergure ayant des moyens financiers limités  et joindre un vaste public. « La priorité est avant tout de donner une certaine satisfaction à la  communauté », précise-t-il pour définir son rôle de directeur. 

Être moins organique et développer une vision sur le long terme  

L’avenir s’annonce radieux pour Ausgang. Récemment nominé dans la catégorie « Overcoming  Adversity Award – Medium Venue/Festival » par le Canadian Live Music Association, Malick ne  cache pas sa joie d’avoir « la reconnaissance des autres » et de constater à quel point la  résilience les a aidé à surmonter un certain nombre de défis.  

Avec son équipe, il souhaite accentuer le potentiel du lieu pour être reconnu comme diffuseur,  augmenter le nombre d’événements mais aussi leur fréquence ainsi que faire rayonner  Ausgang hors l’île de Montréal. Offrir une voix à l’extérieur aux talents divers et variés de « ma  ville ». 

Étant bien curieuse de connaître sa position sur ce que la ville de Montréal pourrait leur offrir  pour faciliter leur activité, nous engageons la conversation sur ce terrain mouvant. Il est connu  que le système de gestion administrative et territoriale de Montréal doit se moderniser pour  donner plus de liberté et de souplesse à ce type de lieu. Le concept de bar culturel à  l’européenne serait une chance. Ausgang souhaiterait avoir accès à un permis d’occupation de  salle de spectacle et non plus de simple bar car son champ d’action est bien plus large  comme nous pouvons le constater. Cependant, au vu de sa localisation, dans un zonage  mixte, commercial et résidentiel, la problématique du bruit n’y est pas anodine, mais un simple  permis bar ne permet pas d’élargir le public aux moins de 18 ans et de pouvoir bénéficier de  plus d’opportunités.  

Ausgang Plaza est sans conteste  un lieu de vie rassembleur et inclusif dans un espace public  réconcilié grâce à l’énergie débordante et chaleureuse de Malick Touré et son équipe de choc. 

Prochains événements:  

• 11 juin: Laylit (2ième édition d’une soirée qui célèbre la diversité musicale et artistique des  pays du Moyent Orient et d’Afrique du Nord) 

• 12 juin: DJ set de Mr. Touré aux Francos de Montréal, au MTELUS 

• 24 juin: Lady Wray, chanteuse africaine américaine, née en Virginie, basée à Atlanta (Géorgie) 

Mr. Touré!  

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