Ici Tokyo | Unhellys, duo iconoclaste @ Nepo Club, Mitaka

par Alain Brunet

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est une région où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.

Unhellys @NepoClub, 20 mars

Kim rappe, chante, joue de la guitare basse sur mesure et est également capable de dessiner de belles lignes et riffs avec une trompette de poche. Midi chante également et joue surtout de la batterie à un excellent niveau. Les deux membres génèrent des boucles électroniques passionnantes en temps réel. Au-delà de ces considérations, UNHELLYS est un duo explosif, unique en son genre. Ils semblent absorber tous les genres de la musique contemporaine : rap, hardcore, punk, jazz, dancehall, électronique, noise et même d’autres sous-styles sont au service d’un son cohérent et brillant. À travers ce son, on trouve un vaste corpus de chansons de protestation, une collection très créative de déclarations qui ne manque pas d’humour caustique et d’un grand sens de l’absurde. Spectaculaires, radicaux mais aussi raffinés, les UNHELLYS offrent un spectacle grandiose (avec des lumières et des projections de toute beauté) partout où ils se produisent. Par chance, nous avons pu assister à l’un de leurs concerts intimes au Nepo Club, une petite salle de Tokyo plus précisément située dans le quartier de Mitaka, après quoi nous leur avons demandé cette interview.

PAN M 360 : Bonjour, je suis Alain Brunet de Montréal Canada, pour www.panm360. Je vous ai rencontré lors de votre concert à Mitaka le 20 mars dernier, il y a quelques semaines. J’ai quelques questions à vous poser, les voici !

こんにちは、カナダのモントリオールからwww.panm360のアラン・ブリュネです。数週間前、3月20日の三鷹公演でお会いしましたね。いくつか質問が

PAN M 360 : Depuis quand travaillez-vous sur ce projet et comment vous êtes-vous rencontrés et avez-vous décidé de monter un groupe ?

 いつからこのプロジェクトに取り組み、どのようにして知り合い、バンドを始めることにしたのですか?

KIM : Nous avons créé UHNELLYS en 1998. Nous étions camarades de classe au lycée. Nous, les moutons noirs, avons commencé à faire de la musique underground.

私たちは1998年頃からUHNELLYSを始めました。高校の同級生です。天邪鬼な私たちはアンダーグラウンドな音楽を始めました。

PAN M 360 : Le processus d’assemblage des genres musicaux et des personnalités a-t-il été long pour aboutir à ce que nous avons entendu lors du concert et sur votre page Bandcamp ?

コンサートやBandcampのページで聴いた音楽のジャンルや個性をまとめるのに、時間はかかりましたか?

KIM : No, it didn’t take long. There’s not much difference between the way I played when I started and the way I play now. I just love loop music.

いいえ、時間はかかりませんでした。始めた頃の演奏と、今の演奏に違いはあまりありません。loopする音楽がとにかく好きなんです。

PAN M 360 : Y a-t-il d’autres groupes de votre type au Japon, c’est-à-dire mêlant le punk hardcore au rap, au funk, au jazz ou à la musique d’avant-garde ?

パンク・ハードコアにラップ、ファンク、ジャズ、アヴァンギャルドなノイズを融合させたようなバンドは、日本には他にいますか?

KIM : Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un d’autre. S’il y avait quelqu’un d’autre, nous déciderions de faire de la musique différente.

他にいないと思います。もし他にいたら私たちは別の音楽を作ることにするでしょう。

PAN M 360 : Vous devez avoir de fortes influences musicales d’Asie mais aussi d’Occident. Est-il pertinent pour vous de mentionner les plus importantes s’il y en a ?

あなたはアジアだけでなく、西洋からも強い音楽的影響を受けているはずです。最も重要なものがあれば挙げてください。

KIM : J’ai été particulièrement influencé par la musique new-yorkaise des années 90. Parmi eux, Soul Coughing est spécial. Je l’écouterai jusqu’à ma mort.

90年代のNYの音楽に特に影響を受けました。その中でもsoul coughingは特別な存在です。死ぬまで聞き続けます。

PAN M 360 : Pouvez-vous décrire certains aspects de vos textes, votre approche poétique, votre humour, votre esprit critique, votre vulnérabilité ou autre ?

あなたの歌詞、詩的なアプローチ、ユーモア、批評的思考、脆弱性など、いくつかの側面について教えてください。

KIM : La plupart de mes textes abordent des problèmes. J’ai abordé la politique, la race, l’énergie nucléaire, les vaccins, l’eau et bien d’autres sujets. Plutôt que de me plaindre de la « réponse » que j’ai trouvée, je reviens sur le problème. L’information circule trop vite. Je veux que vous vous arrêtiez, que vous regardiez en arrière et que vous réfléchissiez. N’oubliez pas l’humour.

私の歌詞は問題提議がほとんどです。政治、人種、原発、ワクチン、水、他にもたくさん扱ってきました。私が考えた「答え」を訴えるのではなく、問題をぶり返すのです。情報の流れはあまりにも早すぎる。立ち止まって、振り返って、考えて欲しいのです。ユーモアも忘れずに。

PAN M 360 : Pouvez-vous vivre de votre musique au Japon ? Quelles sont vos conditions sociales et économiques en tant que musicien ?

日本では音楽で食べていけますか?音楽人としての社会的・経済的条件は?

KIM : Je pense qu’il est difficile de vivre de la musique underground. Mais pour quelqu’un qui aime la musique underground, ce n’est pas un problème.

アンダーグラウンドな音楽で生活するのは難しいと思います。しかしアンダーグラウンドな音楽を愛した人間にとって、それは大したことじゃない。

PAN M 360 : Visez-vous des marchés spécifiques ? Où se situe votre public ?

特定の市場を持っていますか?観客はどこにいますか?

KIM : Le Japon compte beaucoup de petites salles. C’est probablement le plus grand nombre au monde. Les gens qui s’y réunissent acceptent n’importe quel type de musique. Un monde mystérieux et bienveillant.

日本には小さいベニューがたくさんあります。きっと世界で一番あります。そこに集まる人はどんな音楽も受け入れてくれるのです。不思議で優しい世界。

PAN M 360 : Parce que vous créez ce type de musique hybride, votre identité artistique internationale est-elle aussi forte que votre identité japonaise ?

あなたはこのようなハイブリッドな音楽を創作していますが、あなたの国際的な芸術的アイデンティティは、日本的なアイデンティティと同じくらい強いですか?

KIM : C’est vraiment très fort. En fait, le label auquel j’appartiens est un label australien, et 99 % de la musique qui m’influence vient de l’étranger.

強いです。実際所属しているレーベルはオーストラリアの音楽レーベルですし、自分が影響を受けた音楽の99%は海外の音楽なので。

PAN M 360 : Collaborez-vous avec d’autres musiciens ? Avez-vous le sentiment de faire partie d’une grande communauté d’artistes à Tokyo ou ailleurs ?

他のミュージシャンとのコラボレーションはありますか?東京や他のどこかで、より大きなアーティストのコミュニティの一員であると感じますか?

KIM : C’est la meilleure question. J’adore Soul Coughing, et j’ai participé au travail du chanteur de Soul Coughing, Mike Doughty, avec le rap japonais. J’ai le disque en ma possession et j’ai demandé à ma femme de le mettre avec moi dans ma tombe.

最高の質問です。私はsoul coughingを愛していますが、soul coughingのボーカル、Mike doughtyの作品に日本語ラップで参加しました。レコードを所持していますが、墓に一緒に入れてくれと私の妻に頼んであります。

PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets ?

次のプロジェクトは?

KIM : J’ai commencé à ne jouer que des percussions et de la voix. Les grands changements prennent du temps, mais nous avons besoin d’inspiration si nous voulons continuer à faire de la musique pendant les décennies à venir.

打楽器と声だけの演奏を始めています。大きな変化のために時間がかかりますが、私たちが何十年先も音楽を続けていくには刺激が必要です。

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Ici Tokyo | Jeff Mills presente The Trip: Enter the Black Hole @ Zerotokyo, Shinjuku

par Rupert Bottenberg


Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est un endroit où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PANM360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet, qui étaient au Japon au printemps dernier.


Jeff Mills presente The Trip: Enter the Black Hole @ Zerotokyo, Shinjuku, 1er avril, 2024

Depuis 2009, Jeff Mills organise des spectacles multimédias sous le nom de The Trip. Figure fondatrice de la scène techno de Détroit, le nom de Jeff Mills est rarement prononcé sans les appellations « parrain » ou « pionnier », et sa fascination pour la science-fiction est manifeste depuis de nombreuses années. C’est ce qui motive The Trip : Enter the Black Hole, la dernière itération de sa série d’événements multimédias, dont la première mondiale a eu lieu le jour du poisson d’avril à Zerotokyo, un vaste espace de club facile à parcourir, situé dans le ventre souterrain du complexe de divertissement Tokyu Kabukicho Tower récemment érigé, au cœur de la zone Kabukicho de Shinjuku, qui est par ailleurs un lieu de pacotille et d’ordure.

Vêtu d’une combinaison d’astronaute d’époque et assis à un poste de travail tout aussi antique et encombré de consoles (avec un téléphone à cadran rouge, sans doute pour alerter Houston en cas de problème), Mills a livré un délicieux mixage en direct tout en servant de maître de cérémonie pour un spectacle comprenant de la danse contemporaine abstraite, des projections hypnotiques et deux apparitions de Jun Togawa, une actrice/chanteuse superstar d’avant-garde depuis les années 1980.

Assumant le rôle d’une sorte d’oracle intergalactique, Togawa a été littéralement roulée sur scène – sa tenue volumineuse, de la taille de nombreux appartements tokyoïtes, était l’œuvre du costumier du spectacle, Hiromichi Ochiai, fondateur de la marque FACETASM. Togawa a prononcé ses soliloques dans un sombre sprechgesang, bien que, selon nos sources (le rendez-vous de votre correspondant pour la soirée), ce qu’elle bredouillait était en grande partie absurde.

Ce manque de substance était en accord avec les danseurs peu exceptionnels chorégraphiés par Hiroaki Umeda, et surtout avec le peu de pertinence scientifique des débats. On peut affirmer sans crainte que Mills ne remplacera pas Neil DeGrasse Tyson en tant qu’autorité en matière d’espace extra-atmosphérique. Divisée en cinq chapitres, l’émission offre peu de faits concrets sur la physique quantique et les phénomènes cosmiques, mais utilise plutôt un sentiment général de grandeur et d’émerveillement comme tremplin pour les images fascinantes créées par le fondateur de Cosmic Lab, C.O.L.O (dont le pseudonyme signifie Cosmic Oscillation Luminary Operator).

Tout cela était à la fois au service de la merveilleuse musique que Mills assemblait sur place, et lié par elle. Les chapitres de l’émission comprenaient des titres tels que « Abstract Time » et « Time in Reverse », et en effet, sa musique pour cette émission transcende toute période spécifique de l’évolution de l’EDM, et toute obligation d’établir ce qui pourrait venir ensuite. En fait, pour un mix dont le thème est le froid, l’obscurité et les confins de l’espace, on a souvent l’impression qu’il est assez chaleureux et, si j’ose dire, confortablement ancré dans son pays (le doux grondement d’un Hammond B-3 qui se glisse dans la palette sonore de Mill y a sans doute contribué). Pas de quoi se plaindre : c’est pour Mill que le public s’est principalement déplacé, et il n’a pas déçu.

Mills qualifie l’ensemble d' »opéra cosmique » et, bien qu’il n’ait aucune signification scientifique, il s’agit néanmoins d’une œuvre d’art solide et satisfaisante pour la génération rave. Il s’agit d’un spectacle sur l’univers qui a un attrait assez universel, mais qui est empreint d’une forte sensibilité japonaise – même le programme souvenir distribué au moment du départ contient un manga complet, dont Mills lui-même est l’acteur principal.

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Ici Tokyo | Polysics et Helsinki Lambda Club, Peanut Butters @ Fever, Shimokitazawa

par Rupert Bottenberg


Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est un endroit où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PANM360 a le plaisir de rendre compte.

Cela fait près de trois décennies que les Japonais du « pogo punk en technicolor » proposent leur mélange de rock garage et d’électronique rétro (ils sont nommés ainsi en l’honneur d’un synthétiseur Korg). On ne s’en rendrait pas compte en écoutant le concert de Polysics au Fever, une salle de taille moyenne plutôt banale, un peu à l’écart des sentiers battus de Shimokitazawa, le quartier hipster le plus en vue de Tokyo. Le groupe est connu pour son niveau d’énergie élevé sur scène, et lorsque cette scène se trouve dans une partie de la ville qu’ils chérissent manifestement et où ils jouent fréquemment, ils sont difficiles à battre à cet égard.

Vêtus de leurs combinaisons jaunes et de leurs lunettes de soleil à barre de censure, le fondateur et leader Hiroyuki Hayashi et sa troupe ont une dette énorme envers Devo, et ils ne s’en cachent pas. Ils ont repris, cité et même collaboré avec Devo au fil des ans, tout en reconnaissant l’inspiration de P-Model (le premier groupe new-wave de Susumu Hirasawa) et, bien sûr, de Yellow Magic Orchestra, toujours vénéré au Japon.

Les premières parties étaient frustrantes : le rock indé générique de Peanut Butters était tout à fait oubliable et les inflexions rétro d’Helsinki Lambda Club(légèrement funk et psychédélique) n’étaient pas beaucoup plus engageantes. Polysics s’est rattrapé avec un set puissant, parsemé d’échanges rapides avec Hayashi, tandis que le bassiste Fumi semblait se délecter de ses bêtises. Alors que leur dernier disque (parmi des dizaines) est sorti il y a cinq ans, espérons que Polysics trouvera une raison de repartir en tournée internationale, et vite.

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Ici Tokyo | McDog Works/Namara Mazaru underground idol showcase @ Loft X, Shinkoenji

par Rupert Bottenberg


Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est une région où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début précoces sont très appréciées et l’énergie même des publics locaux est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps.

McDog Works/Namara Mazaru underground idol showcase @ Loft X, Shinkoenji, 26 mars

Grâce à des groupes comme Kyary Pamyu Pamyu, Babymetal, plus récemment Atarashii Gakko ! et l’industrie artisanale AKB48 (qui détient le record du monde Guinness du « plus grand groupe pop », avec 90 membres en rotation), la modalité pop de longue date et typiquement japonaise appelée aidoru (« idole ») s’est imposée au niveau mondial ces dernières années. Des imitateurs sont apparus dans toute l’Asie et, dans le cas de la vague K-pop de Corée du Sud, ils sont parvenus à rivaliser avec la scène japonaise originale, voire à l’éclipser. C’est dommage, car en termes de production musicale, d’originalité, de spécificité et, souvent, de bizarrerie, les Japonais restent imbattables.

La meilleure façon de décrire l’Aidoru est de parler d’interprètes féminines de chant et de danse, en solo ou en unités coordonnées avec des costumes assortis, qui se produisent sur des morceaux préenregistrés. Les revenus proviennent moins des billets de concert et de la vente de disques que de la publicité, des produits dérivés et, surtout (et c’est problématique), de micro-moments de joie artificielle à prix élevé avec des fans masculins solitaires, ce qui illustre parfaitement le principe de l’interaction parasociale. Tout cela est un peu effrayant, plus qu’un peu triste et, après quelques verres, plutôt hilarant à observer.

La scène des idoles a ses superstars, dont certaines sont mentionnées ci-dessus, et, en dessous, un niveau de jeunes talents commerciaux, grand public et polis. L’élément le plus intéressant, cependant, est le mouvement chika aidoru, ou idole underground. Confinés à des salles minuscules et à des prix de poche, les chika aidoru sont peut-être les outsiders de l’industrie, mais à part peut-être les spectacles époustouflants de KPP, c’est sa composante la plus intéressante.

Les idoles font partie de l’écurie d’une agence de management, et deux de ces agences, McDog Works et Namara Mazaru, ont fait équipe pour ce showcase dans le minuscule club de sous-sol Loft X, en présentant trois groupes chacune. Les ouvreurs, Chicken Blow the Idol, fraîchement revenus d’une tournée aux Philippines et vêtus d’ensembles vintage en pied-de-poule, étaient probablement le groupe le plus fort et le plus uni de la soirée, mais seulement par une petite marge. Le niveau d’énergie et l’ambiance attrayante sont restés dans le rouge tout au long de la soirée, bien au-delà de ce que l’on pourrait raisonnablement attendre d’un concert en milieu de semaine dans une salle en sous-sol, avec peut-être deux douzaines de participants en tout.

Ils ont été suivis par Tokyo Psychopath, le plus punk rock du groupe par son attitude et son apparence, qui semble s’adresser avec précision à un public de jeunes lesbiennes. L’un des membres du quatuor manquait à l’appel, mais les trois présents ont compensé avec un set déjanté et maladroitement chorégraphié, qui a culminé avec le membre Oni Gunso perché sur un escabeau planté au milieu de la piste de danse, autour duquel un « cercle de la mort » (mosh pit) très poli et attentionné a spontanément fait irruption.

Kuroguro a suivi, et comme leur nom l’indique, le noir était le nouveau noir lorsqu’il s’agissait de tailler leurs tenues –un look de Lolita gothique à fleur de peau avec un soupçon de militarisme inquiétant. Le fait que trois des quatre membres soient des membres à part entière de Kyary Pamyu Pamyu est également quelque peu déconcertant. C’est sans doute un avantage.

Avec leurs robes bouffantes et ornementées, VS. VERSE étaient probablement les plus proches, en termes de style vestimentaire, des groupes d’idoles de niveau moyen du quartier d’Akihabara, bien que, comme les autres groupes de la soirée, leur son s’appuie fortement sur le punk rock et des explosions périodiques de cris, pour contrebalancer la néoténie sucrée et calculée que le modèle d’idole exige en général.

NEOTOKYO-TRIBE, dont le nom fait référence à plus d’un anime classique du tournant des années 90, étaient vêtues de tenues blanches exceptionnellement légères. Un haut de bikini sournois a laissé une pauvre fille au bord permanent d’un dysfonctionnement de la garde-robe. Il convient de mentionner que, contrairement à la plupart des autres formations d’idoles, la musique de NEOTOKYO-TRIBE est produite par un membre du groupe, Panya Melt. Himegoto Zettaichi (qui se traduit approximativement par « valeur absolue de la princesse ») a clôturé la partie musicale de la soirée. Ils ont abandonné leur look habituel, des tenues d’affaires noires et grises asymétriquement fracturées, pour un mélange loufoque d’écossais, de redingotes Pollyanna et de haori éclaboussants, afin de compléter leur chorégraphie particulièrement ludique et inspirée.

Une fois la musique terminée et les lumières allumées, l’inévitable processus d’après-spectacle de la scène idolâtre s’est mis en branle. Les différents groupes se sont rassemblés pour que le public qui s’attardait (en nombre égal à celui des artistes) fasse la queue, distribue des cadeaux et se laisse aller à des bavardages ineptes avec eux (pour un coût d’environ 10 $/trois minutes). Votre humble correspondant ne peut pas en dire plus sur cet aspect, car sa poignée de yens a été mieux utilisée pour des boissons mélangées au bar, mais ce qui est certain, c’est que pour l’énergie absurde, l’électro-pop-punk accrocheuse bien que formulée (une sorte de bubblegum du 21ème siècle), et le spectacle divertissant, la scène idol underground du Japon est difficile à surpasser.

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Ici Tokyo | Neko Hacker @ O-East, Shibuya

par Rupert Bottenberg

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est une région où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.

Neko Hacker @ O-East, Shibuya, 23 mars 2024

L ‘une des nombreuses salles sous la bannière O dans le quartier éternellement animé de Shibuya, toutes détenues par le géant du streaming Spotify, O-East ne peut néanmoins pas être blâmée pour sa propreté, ses excellentes lignes de son et de vue, et son espace qui est une priorité dans une mégapole aussi dense et vertigineuse. La capacité de la salle (1 300 personnes) a néanmoins été entièrement occupée par le public enthousiaste (à la limite de la frénésie), dont peu avaient dépassé l’âge minimum de consommation d’alcool, fixé à 20 ans au niveau national. Certes, il s’agissait d’un spectacle gratuit (avec une demande de dons à la fin du concert), mais on ne peut nier la vénération féroce du public pour Neko Hacker, un duo et des amis qui ne sont guère connus en dehors du Japon.

Cela devrait changer, car le duo principal, le guitariste et producteur Sera et le parolier et auteur-compositeur Kassan, s’est donné pour mission depuis 2018 de « répandre la musique japonaise dans le monde ». Ce qu’ils font, c’est un amalgame presque parfait des sons contemporains de la culture pop du pays. Ils l’ont baptisé « kawaii future rock », c’est-à-dire « kawaii X EDM X rock ». La première partie, qui signifie « mignon » en japonais, est représentée par l’omniprésence de l’art des fans d’anime shoujo (les avatars du duo, qui apparaissent sur les pochettes de leurs disques et sur l’image ci-dessus, sont deux techno-coquettes, l’une avec des cheveux couleur pêche, l’autre turquoise à la Hatsune Miku), et par les jeunes femmes qui font office de chanteuses invitées, déboulant sur scène juste au moment où les pistes vocales préfabriquées de Kassan ne suffisent plus à les faire passer. Les deux autres ingrédients se manifestent sous la forme de jams vidéo-ludiques soutenues par des grooves trance et complétées par des riffs de guitare endiablés.

Cet élément rock a été renforcé dans la dernière partie du concert par l’apparition soudaine d’un trio heavy-metal complet (basse, batterie et une deuxième guitare) – tout à fait inutile, tout à fait drôle et agréable. Le tout était complété par un barrage vidéo sur l’écran de fond, une soupe chaotique de graphiques 8-bit et de filles chibi cyberpunk en dessin animé.

Ce qui est indéniable dans la musique accélérée et joyeusement exagérée de Neko Hacker, reflétant une tendance omniprésente dans le rock indépendant japonais, c’est l’esprit prononcé du ganbatte, un encouragement japonais qui pourrait s’expliquer par quelque chose comme « fais de ton mieux, nous croyons en toi ». Assaillis par le déclin démographique, la récession économique et l’anxiété environnementale, les Japonais ont du mal à faire preuve d’optimisme ces jours-ci, mais malgré cela, ou peut-être à cause de cela, les jeunes s’en emparent et en font un bruit délicieux.

Pour son 10ème, le Festival afropolitain nomade est de retour à Montréal

par Sandra Gasana

 « Gestion et développement de projets culturels, une approche afro-féministe. » 

Tel était le thème de la 2ème journée du volet professionnel du Festival afropolitain nomade, qui rassemblait sur une même scène des professionnels de l’industrie culturelle provenant du Québec, du Brésil et du Cameroun, sous l’animation de Marina Mathieu. Jaqueline Fernandes a brisé la glace. Originaire de Brasilia, au Brésil, elle est gestionnaire culturelle, elle fonde le Festival Latinidades en 2008, et continue son activisme pour la cause des femmes noires au Brésil, encore trop invisibles dans le milieu de l’art. 

« Au Brésil, on nous invite dans les festivals pour parler de racisme, alors que dans la salle à côté, on discute de business », raconte-t-elle. En plus du festival, Jaqueline a créé l’Instituto Afrolatinas qui fait de la recherche en recueillant des données.

 « Les données sont les seuls moyens de prouver ce que nous vivons, ces données deviennent des faits, puis s’opèrent les transformations ». 

Dalila de Carvalho est du même avis. Montréalaise et originaire du Brésil, Dalila est sociologue, immigre à Montréal en 2013 et se penche pour son doctorat sur l’insertion des musicien.ne.s immigrant.e.s dans la « musique du monde ». En abordant les tendances qui ressortent de ses recherches doctorales, elle insiste tout comme Jaqueline sur l’importance des données, puisqu’il n’en existe pas beaucoup sur le sujet. 

Retraçant l’historique de l’appellation «musique du monde», son travail consiste à  faire ressortir les rapports inégaux qui existent à l’intérieur de cette catégorie. « La musique du monde permet de faciliter la circulation des artistes, à travers les festivals par exemple, mais ensuite ils retournent dans leur pays d’origine », affirme-t-elle.

Elle distingue cependant cette réalité de celles des artistes montréalais qui sont cantonnés dans cette catégorie trop générale, qui vient diluer leurs spécificités. « Les critères de musique ne devraient pas être basés sur l’origine de l’artiste mais bien sur le style de musique », conclut-elle. Toutefois, elle propose de ne pas tout simplement supprimer cette catégorie « sans d’abord comprendre la logique qui l’a créée ». 

Le terme « diluer » est revenu dans les propos de Louise Abomba, originaire du Cameroun. Venant du milieu du hip-hop, elle se présente comme activiste culturelle et accompagne de jeunes artistes en arts plastiques, en danse, en théâtre afin qu’ils atteignent leur plein potentiel et que « leur fragilité devienne une force ».

Après 20 ans passés dans le mouvement culturel, elle insiste sur la notion de « redéfinir les narrations ». Oratrice hors-pair, elle donnait des frissons à la salle à chacune de ses prises de parole. « Le savoir-faire, on connaît. Mais c’est le savoir-être qui est le plus important. Nos narrations sont diluées, nous devons repartir à la source. » 

Cette redéfinition des narrations, l’artiste la voit comme une possibilité de nous repositionner. Elle rappelle notamment aux femmes artistes l’importance de travailler ensemble puisque l’art transcende tout et devient un vecteur de dignité. Elle a pris le temps d’ouvrir la cérémonie en partageant un rituel tout droit venu de son Cameroun natal, et a clôturé l’activité en envoyant de la force à chacune des femmes sur la scène.

« Au Brésil, de plus en plus de festivals s’intéressent à l’Afrique alors que d’autres, beaucoup plus gros, n’ont  aucun intérêt. Après la pandémie, nous avons connu une crise dans le milieu des festivals », nous partage Jaqueline.

« La bureaucratie est devenue difficile, tout a pris de la valeur, les billets d’avion sont plus chers », donne-t-elle en exemple. Selon elle, les festivals qui vont survivre sont ceux qui sont plus nichés, puisqu’ils mettent en valeur les identités, la diversité. « Le futur de l’industrie est dans ces festivals », conclut-elle, avant d’énumérer une liste de festivals à surveiller.

La quatrième panéliste, Diane Gistal, est Montréalaise d’origine haïtienne. Elle est gestionnaire culturelle, elle est née et a grandi en France, de parents passionnés d’histoire et de culture. Elle fait des études en histoire et en littérature avant de se tourner vers les arts visuels, ce qui la conduira plus tard à la direction de Nigra Iuventa, une organisation à but non lucratif dédiée à la promotion de la scène artistique afrodescendante et africaine.

Questionnée sur le manque de représentativité dans les cercles de pouvoirs auxquels elle a accès, Diane préfère parler des exemples de leadership au féminin qu’elle côtoie au quotidien. « Je crée les espaces dans lesquels je veux évoluer, je m’entoure de femmes comme Veeby, avec toute leur authenticité, et qui ont la force de se déployer pleinement ».Si nous avons déjà toutes ces émotions durant le volet professionnel, comment seront les concerts du 30, 31 mai et 1er juin ?  À suivre dans un texte à venir !

4100 milliards d’écoutes de chansons en 2023… bonne nouvelle pour les artistes?

par Luc Tremblay

Luminate, organisme auparavant connu sous le nom de Nielsen SoundScan, a rendu public cette semaine son rapport d’analyse de l’industrie musicale en 2023. Sans surprise, c’est l’écoute en ligne qui domine le marché.On diffuse beaucoup de musique, mais c’est toujours la misère pour la majorité des artistes. C’est La misère des niches, pour reprendre le titre d’un essai de notre collègue Alain Brunet, paru en 2018.

Le rapport en donne un exemple probant.

Pour consulter de le rapport de Luminate, c’est ici

Jetons d’abord un coup d’oeil aux faits saillants de ce rapport:

  • En 2023, il y a eu 4100 milliards d’écoutes audio en ligne sur Terre, c’est 22,3% de plus que l’année précédente.
  • Si on additionne les écoutes vidéos aux écoutes audio, on obtient 7100 milliards d’écoutes en ligne, une augmentation de 33,7%.
  • Sans surprise, c’est Taylor Swift qui domine le marché avec 1,79% de toutes les écoutes en ligne.
  • Le genre musical dominant aux États-Unis est le hip-hop (25,5 % de l’écoute), suivi du rock (19,9%) et de la pop (12%)
  • Au Canada, la croissance est un peu plus faible:
    • 130 milliards d’écoutes audio en ligne,soit  une croissance de 15% par rapport à 2022.
    • 145 milliards d’écoutes audio et vidéo en ligne, une croissance de 18,3%
  • La vente d’albums est toujours marginale. Au Canada, il s’est vendu 5,1 millions d’albums (physiques et numériques), une baisse de près de 2%

Au-delà de Taylor Swift, qu’est-ce qu’on écoute?

Du vieux stock. Le répertoire des chansons âgées de 18 mois et plus occupe 73% de l’écoute.  Le mélomane moyen passe la grande majorité de son temps à écouter ce qu’il connaît.

Une industrie où les blockbusters dominent

La pyramide des écoutes en ligne présentée ci-haut nous offre un cliché spectaculaire de l’emprise des blockbusters sur le marché. On y observe :

  • 184 millions de titres sont sortis en 2023
  • De ce nombre, 160 millions de chansons ont toutes obtenu moins de 1000 écoutes, ce qui génère un revenu moyen de 4$ *
  • 436 000 chansons ont été écoutées 1 million de fois ou plus, cd qui représente à peine 0,2 pour cent de la production. Un million d’écoutes, c’est un impact important,  l’équivalent 100 000 albums vendus à l’époque pré-streaming **. Or, la rémunération obtenue par l’artiste est de 4000$. Même si l’on parvient près du sommet, l’air se fait rare. En somme, pour 99,8% de la production, il n’y a pas de modèle économique viable.

L’anglais toujours dominant mais en régression

Par ailleurs, on note deux statistiques intéressantes dans ce portrait de l’année 2023:

  • L’hégémonie américaine décline. En deux ans, l’écoute de chansons en anglais est passée de 67% à 55% au profit de la production en hindi qui, dans la même période, est passée de 4 à 8%. Le marché indien de l’écoute en ligne est en pleine croissance. 
  • Les jeunes américains s’ouvrent sur le monde. 63% des membres de la Génération Z et 65% des milléniaux déclarent écouter de la nouvelle musique pour découvrir de nouvelles cultures. Dans un monde où le repli sur soi et la peur de l’autre, de l’étranger semblent gagner du terrain, on verra cet attrait comme une bonne nouvelle.

Le portrait de l’année 2023 de Luminate confirme une tendance lourde en musique; cette forme d’art accroît son rayonnement mais, paradoxalement, cela ne profite pas aux auteurs, aux compositeurs, aux interprètes.

*L’emploi du revenu moyen est justifié par le fait que les droits d’auteurs varient d’un pays à l’autre, il est généralement convenu d’utiliser un taux moyen de 4$ par 1000 écoutes.

**Pour les fins de l’exercice nous utilisons le chiffre de 10 chansons par album. Donc un million de chansons divisées par dix = 100 000 albums.

Crise des médias: après Meta et Google, pourquoi pas Bell, Rogers et Telus?

par Luc Tremblay

La plateforme PAN M 360 est née de la crise et dans la crise des médias… qui revient nous hanter dans l’actualité. Les coupes drastiques de la télévision traditionnelle chez TVA et la réduction budgétaire de CBC/Radio-Canada nous remettent sur le nez cette crise amorcée depuis trop longtemps déjà… et dont nous ne voyons pas la sortie. C’est pourquoi nous réfléchissons très fort à un avenir plus radieux que celui qui se présente à nous… sans solutions viables.

Professionnel du développement stratégique des grands médias depuis les années 80, notre collaborateur Luc Tremblay s’est joint à PAN M 360 pour participer avec nous au chantier des nouvelles plateformes de référence. À notre effort de réflexion, il suggère une série d’analyses sur l’actuelle crise des médias.

Les projets de loi C-18 et C-11, qui encadrent les acteurs  internationaux du numérique exploitant le marché canadien, commencent à se mettre en place. On ne peut douter de leur impact positif sur la visibilité et le financement de la production d’informations et de contenus canadiens et d’information à moyen terme. 

Mais ce ne sera pas suffisant. L’attrition des revenus des médias traditionnels va se poursuivre. Inexorablement. 

Pour aider à la transformation numérique, stimuler la production d’ici et compenser les travers du nouvel ordre, il faut urgemment trouver d’autres sources de financement que la vente de publicité traditionnelle. 

Vers qui se tourner ?

Les grands principes qui ont conduit à la création du Fonds des médias du Canada doivent être repensés pour y inclure les services internet et de mobilité. En effet, plusieurs arguments militent en faveur de l’option de mettre les géants canadiens des télécommunications à contribution. Ces derniers engrangent des profits exponentiels grâce à leur posture d’oligopole. 

En 2022, Bell, Telus et Rogers ont généré plus de six milliards de bénéfices. Intégrés verticalement les groupes médiatiques les plus importants au pays ne viendront pas s’asseoir devant le CRTC et y proposer de prendre une partie de leurs profits pour la redistribuer aux producteurs de contenus vidéos, de musique, et de journalisme. C’est une évidence. 

Alors voyons pourquoi il faut les forcer à le faire.

Du propriétaire artisan au conglomérat

Il faut remonter au milieu des années 1990 pour comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Les entreprises médiatiques étaient alors, pour la plupart, contrôlées par des propriétaires entrepreneurs, capitalistes assumés mais également artisans du métier. Des patrons près de leurs opérations, exigeants quant au rendement financier mais assez facile d’accès et ayant en général une bonne compréhension des enjeux d’affaires spécifiques de leurs propriétés.

Les premiers changements se manifestent au milieu des années 1990, lorsque les canaux spécialisés ont pris leur envol en télévision et que la multipropriété en radio a été permise, la valeur des organisations a été multipliée par 5, parfois plus. On était soit vendeur ou acheteur. La première vague de consolidation a créé des entreprises ayant des milliers d’employés et détenant des actifs concentrés en radiodiffusion, en affichage extérieur, ou en production de contenu.

Astral, CHUM, Corus pour nommer les plus importants, étaient des joueurs avec de grosses capitalisations boursières, exclusivement dédiés à l’exploitation de médias dont les moindres gestes étaient surveillés par les analystes financiers. Les règles des marchés boursiers faisaient leur entrée dans la conversation. Toute une industrie apprenait, un peu fascinée, le jargon financier : résultats trimestriels, BAIIA, bénéfice par action. 

Puis, avec les transactions sont venues les synergies, économies d’échelle et autres rationalisations. Nous vivions un premier choc. Le centre de décision s’éloignait des opérations, des directions de programmation, des artisans, des artistes, des rêveurs.

De plus en plus contrôlés par des actionnaires préoccupés par la valeur de l’action, et non plus par des artisans comprenant les aléas d’un métier soumis à la dictature de la créativité, aux modes, aux humeurs des artistes et à l’actualité, les comités de direction des empires médiatiques ont adopté l’approche de courte vue de la gestion trimestrielle.

Les géants des télécommunications (telcos) font des emplettes

À compter du début des années 2000 et pendant la dizaine d’années qui ont suivi, des transactions importantes ont modifié le paysage : Québecor a acquis Vidéotron et TVA, Rogers a fait de même avec CHUM, Bell a mis la main sur AAstral, Cogeco sur les actifs de Corus au Québec.

Les géants des télécommunications (telcos) sont devenus des joueurs intégrés verticalement : fournisseurs de câblodistribution, de services internet et de mobilité et grands propriétaires de média. La donne a radicalement changé. Non seulement, les médias étaient maintenant soumis à la pression de la gestion au rythme des résultats trimestriels, mais encore, faisant partie de groupes gigantesques, ils n’étaient plus au centre de la conversation. Importants certes, mais plus au centre. 

Mis à part leur rendement financier, les divisions médias étaient intéressantes pour les telcos parce qu’elles devenaient un formidable mégaphone pour vendre de la bande passante et des téléphones. Dans chacun de ces grands groupes, par leurs revenus, leurs profits, leurs nombres d’employés, les médias sont, au mieux, mineurs, souvent marginaux, parfois carrément accessoires, de plus en plus une distraction. 

On s’en occupe quand on a le temps. On a d’autres chats à fouetter : bâtir des infrastructures pour desservir les communautés des régions, maintenir ses technologies de télécommunication à la fine pointe, ou encore justifier les différences tarifaires avec l’Europe. Or, en tant que média, si vous devez vous adapter à la plus grande révolution technologique de notre époque, ce n’est pas une approche garante de succès. On ne traverse pas la mère de toutes les tempêtes en naviguant à temps partiel.

L’espoir déçu

Le passage des groupes médiatiques sous le contrôle des telcos avait suscité des attentes et de l’espoir dans l’industrie. Des propriétaires aux poches profondes, champions de technologies, n’était-ce pas la meilleure solution pour garantir une transition numérique structurée, soutenue par la compétence et du capital abondant ?

L’année 2023, dominée par des annonces de coupures toutes plus spectaculaires les unes que les autres, est le point culminant d’une approche de courte vue qui ne se dément pas depuis dix ans : les telcos gèrent leurs divisions médias en leur imposant une rigueur budgétaire qui ne laisse que peu de place à l’innovation, et surtout peu ou pas de moyens, alors que la situation exige précisément le contraire.

Force est de reconnaître que les entreprises de télécommunications n’ont pas livré la marchandise pour les médias. Pire, elles ont évacué le talent qu’on y trouvait à force de coupures et de rationalisation.

Un nouveau fonds à la mission élargie

Le moment est venu d’adopter une approche différente. Le Fonds des médias du Canada  (FMC), reconfiguré à partir du fonds de production de la câblodistribution, fut érigé sur une prémisse dont l’évidence crève les yeux : les câblodistributeurs faisaient des profits en distribuant le contenu télévisuel sans contribuer à son financement. 

Le FMC a corrigé cette situation et contribué à l’essor de la production canadienne. Ce fonds souffre maintenant d’un problème systémique : la désaffection des services de câblodistribution. Avec la diminution du nombre d’abonnés à ces services, causée par le mouvement inverse vers les plateformes sur demande, les fonds ne cessent de diminuer.

Le principe fondateur du fonctionnement du FMC devrait être désormais appliqué aux fournisseurs de service internet et de mobilité. Une large part de leur bande passante sert aujourd’hui à consommer des contenus vidéos et audios. Si l’exploitation du canal de distribution télévisuel (la câblodistribution) vient à avec des responsabilités de contenu, comme l’industrie et le CRTC en ont convenu il y a 30 ans, pourquoi en irait-il autrement pour les services internet et de mobilité ?

Un pourcentage des revenus des fournisseurs de service internet et de mobilité (en câblodistribution, c’est un peu plus de 4%) devrait être perçu par  le FMC. On réglerait ainsi le problème de l’érosion des revenus du Fonds. Mieux encore, pourrait-on injecter de l’argent supplémentaire à une industrie affamée.

Mais nous ne devrions pas limiter l’utilisation de ces fonds à la production de contenu audiovisuel. Si la presse et la télévision sont frappées de plein fouet, depuis vingt ans les artistes œuvrant en musique ont souffert. Leurs œuvres sont diffusées en continu jusqu’à plus soif sur les plateformes, mais ils n’en récoltent que de maigres revenus. 

L’implantation d’une telle mesure pour corriger l’iniquité du nouvel ordre numérique en musique en injectant quelques dizaines de millions de dollars dans la production musicale canadienne serait plus que bienvenue.

Crise des médias | À propos de Radio-Canada

par Luc Tremblay

La plateforme PAN M 360 est née de la crise et dans la crise des médias… qui revient nous hanter dans l’actualité en cette fin d’année. Les coupes drastiques de la télévision traditionnelle chez TVA et la réduction budgétaire de CBC/Radio-Canada nous remettent sur le nez cette crise amorcée depuis trop longtemps déjà… et dont nous ne voyons pas la sortie. C’est pourquoi nous réfléchissons très fort à un avenir plus radieux que celui qui se présente à nous… sans solutions viables.

Professionnel du développement stratégique des grands médias depuis les années 80, notre collaborateur Luc Tremblay s’est joint à PAN M 360 pour participer avec nous au chantier des nouvelles plateformes de référence. À notre effort de réflexion, il suggère une série d’analyses sur l’actuelle crise des médias.

Depuis des décennies, l’idée de cesser la vente de publicité à la Société Radio-Canada (SRC) revient occuper l’espace public avec une régularité métronomique. Dans le contexte de la crise actuelle, elle est reprise avec plus d’insistance. 

Ses tenants arguent que les 450 millions de dollars en revenus publicitaires actuellement touchés par la SRC seraient automatiquement transférés vers les diffuseurs privés, et que cela mettrait fin à la dépendance de la société d’État envers un marché de la pub devenu incompréhensible. On dit aussi que la SRC pourrait enfin échapper aux pressions des cotes d’écoute, nécessaires pour tirer son épingle du jeu auprès des annonceurs.

Et tiens, tant qu’à y être, la société d’État se recentrerait sur une nouvelle interprétation de sa mission de diffuseur public : produire du contenu plus pointu que les médias privés ne proposent pas faute de potentiel commercial. Qui a dit qu’un diffuseur public devrait s’inscrire dans la marginalité ?

Pour s’opposer à une telle mesure, deux arguments prévalent.

On invoque que le coût serait trop important pour l’État canadien, et qu’une plus grande dépendance de la société envers les fonds gouvernementaux la mettrait à la merci du politique. 

Au premier des deux, opposons le modèle de la BBC qui reçoit au Royaume-Uni un financement public quatre fois plus important per capita que la SRC. La qualité de son contenu, que ce soit en documentaire, en fiction ou en information, son impact dans la société britannique, ses innovations technologiques (rappelons que la BBC savait faire de l’écoute en continu avant Netflix avec son fameux iPlayer!), en font un standard à l’international.

Certes, la BBC n’échappe pas aux difficultés liées aux perturbations actuelles, ou à la démagogie d’un Boris Johnson qui a gelé son financement voilà deux ans. Mais s’inspirer d’un modèle qui fait école est un scénario plus prometteur que n’importe quel autre. 

Quant à la dépendance accrue envers le politique, elle se vérifiera sans doute. Mais la SRC peut-elle vraiment prétendre à l’indépendance économique? Elle reçoit 1,3 milliard de financement public chaque année. Elle est l’objet de menaces de coupures de la part des conservateurs et a vécu des programmes de rationalisation par le passé. L’enjeu existe déjà, utiliser cet argumentaire est un bien faible rempart.

On constate l’évidence de la contre-productivité d’une telle mesure en faisant un examen plus approfondi. 

Avant d’aller dans cette direction, la ministre devrait d’ailleurs prendre le temps de mandater une ou plusieurs agences de placement média pour scénariser les transferts d’argent.

Comme le savent les praticiens de l’industrie publicitaire, les annonceurs cherchent des auditoires. En leur retirant l’accès à ceux des plateformes de la société d’État, il est illusoire de penser qu’un principe de vase communiquant s’appliquerait automatiquement. Les annonceurs rejoignent déjà les auditoires des TVA, Bell, La Presse et autres joueurs privés avec leurs campagnes actuelles. Tout planificateur média vous le confirmera : ajouter de la fréquence et du poids média pour surexposer le même public est contre-productif. Ces centaines millions de dollars, libérés par l’abolition de la publicité à la SRC, risqueraient plutôt de se retrouver en bonne partie chez les méga joueurs que nous connaissons.

Si 20 % de l’argent touché par la SRC se retrouve chez Google et Meta, on constatera à terme que les 100 millions récemment arrachés à Google avec la loi C-18 sont, ironiquement, ressortis du pays pour prendre la direction de la Californie. Quand on libère l’argent lié à des investissements stratégiques, on n’a aucune idée de la façon dont la nouvelle stratégie va se déployer. La part du gâteau qui se déplacerait vers les deux acteurs majeurs du numérique pourrait très bien atteindre 30 % et même 40 %. Le cauchemar qu’on cherche à éviter : l’amplification du phénomène.

Le secteur privé trouve son compte avec les investissements efficaces qu’il fait année après année sur les plateformes radio-canadiennes. Pourquoi déstabiliser ces  450 millions de dollars et courir le risque d’en voir une bonne part sortir du cycle de financement de productions canadiennes et d’information ?

Non vraiment. Quelle mauvaise idée. Quelle perte de temps.

Si on s’entend sur le principe d’un financement étatique soutenu et de la nécessité d’occuper l’espace commercial, les pratiques de la SRC et son rôle dans l’industrie doivent cependant faire l’objet d’un examen approfondi. 

Son comportement actuel s’assimile trop souvent à celui d’un holding privé engagé dans une lutte à finir avec sa compétition. À titre d’exemple, l’absence d’ouverture à de la publicité sur ses plateformes pour les entreprises médiatiques qu’elle considère comme ses compétiteurs ou encore la faible ouverture à des contenus externes sur Tou.tv et OhDio.

Dans un scénario de mutualisation, où les joueurs mettraient en commun des pans de leurs activités, la SRC devrait revoir certaines pratiques, agir comme un aidant pour l’industrie. Avec ce scénario, le pactole radio-canadien ne serait donc pas réinjecté dans l’industrie, le problème économique resterait pratiquement entier.

La mise à contribution des services de vidéo/audio sur demande, de Google et de Meta est un pas dans la bonne direction. Les lois C-11 et C-18 font ce travail. Mais pour atténuer le choc, favoriser l’innovation et permettre l’adaptation et l’amélioration du système, il faut faire plus. 

L’érosion des revenus des joueurs traditionnels va s’amplifier. Où trouver d’autres sources de financement ?  Les contenus audios et vidéos numérisés nous parviennent par les connexions Internet et de mobilité que les géants des télécommunications nous vendent (à fort prix).

À suivre: La  contribution des télécoms à la production de contenu canadien.

Crise des médias: un adulte dans la classe

par Luc Tremblay

La plateforme PAN M 360 est née de la crise des médias… qui revient nous hanter dans l’actualité en cette fin d’année. Les coupes drastiques de la télévision traditionnelle chez TVA et la réduction budgétaire de CBC/Radio-Canada nous remettent sur le nez cette crise amorcée depuis trop longtemps déjà… et dont nous ne voyons pas la sortie. C’est pourquoi nous réfléchissons très fort à un avenir plus radieux que celui qui se présente à nous… sans solutions viables.

Professionnel du développement stratégique des grands médias depuis les années 80, notre collaborateur Luc Tremblay s’est joint à PAN M 360 pour participer avec nous au chantier des nouvelles plateformes de référence. À notre chantier de réflexions, il suggère une série d’analyses sur l’actuelle crise des médias.

Comme les « majors » de la musique l’ont fait il y a 15 ans, les acteurs industriels des médias traditionnels cherchent aujourd’hui à préserver les structures actuelles et s’inscrire dans la durée. Y arriveront-ils ? Poser la question…

De toute évidence, les leçons de l’histoire récente de l’industrie de l’enregistrement musical n’ont pas été apprises, pour l’instant du moins.

Rappelons-en les faits. 

Pour se sortir de la crise du téléchargement illégal dans les années 2000, Sony, Warner, Universal, soit les trois multinationales de l’enregistrement ayant survécu aux grands bouleversements des années 2000, ont conclu des ententes à rabais avec Spotify et les autres plateformes d’écoute en continu. Les artistes en paient le prix et le paieront encore longtemps.

Ce qui se passe aujourd’hui du côté des médias traditionnels laisse présager un processus similaire de vente à rabais, dont l’objet est de maintenir les mêmes structures.

On a déjà pu le constater aux audiences du CRTC sur l’application du projet de loi C-11 (Loi sur la diffusion continue en ligne), les patrons d’entreprise tendent à réagir comme l’ours polaire accroché à un morceau de banquise qui fond.

On s’active, on s’insurge, on monte aux barricades pour sauver un secteur industriel et des emplois bien rémunérés, soit. Mais il s’agit d’abord ici de préserver la culture canadienne et québécoise d’une part, et la qualité de l’information, assise du processus démocratique, d’autre part.

On entend leurs dirigeants, par exemple, soutenir qu’il faudrait adoucir les contraintes, la réglementation et autres freins apparents. Qu’avec moins d’obligations, les diffuseurs retrouveraient la santé. 

On conviendra, bien sûr, qu’il y a un déséquilibre spectaculaire entre la réglementation imposée aux entreprises de communication canadiennes et la liberté totale dont bénéficient Netflix, Spotify et leurs semblables. L’intention du processus en cours est de modifier cet état de faits.

Mais comment le modifier ?

Passer le cadre réglementaire à la guillotine pour dupliquer le modèle du far web dans le secteur des médias traditionnels serait une grossière erreur à mon sens. Il serait inutile, voire indécent, d’injecter de l’argent public dans un éventuel fonds d’urgence pour préserver le statu quo. On cherchera l’erreur si ce fonds d’urgence devient pérenne.

Les solutions de sortie de crise ne peuvent rimer avec statu quo. Les propositions qui suivent cherchent à répondre à cet objectif.

Les médias traditionnels devraient réfléchir ensemble

À mon sens, les médias traditionnels devraient réfléchir ensemble. Le chantier de leurs états généraux souhaités devraient être complémentaires à celui de la modernisation du système de radiodiffusion en cours depuis le dépôt du rapport Yale en janvier 2020, dont les trains de mesures proposées par cette équipe sagace se mettent en place… tard, très tard. Et il y a de la résistance, de Meta notamment, mais ce mouvement intelligent et nécessaire est bel et bien entamé.

La modification du cadre réglementaire et législatif ne sera pas suffisante. Il faudrait aller plus loin.

L’industrie devrait se structurer différemment, sur des bases de mutualisation, de regroupement des activités qui ne concernent pas la production de contenu et d’information. Une telle rencontre aurait pour premier bénéfice de rassembler les acteurs de l’industrie dans cet esprit: la collaboration. Un arbitre devrait alors siffler alors la fin de la période des hostilités pour que les considérations de concurrence soient mises de côté, du moins pour un temps.

Quiconque balaie cette idée du revers de la main en la qualifiant d’utopique doit se demander quelle vision de l’avenir est plus engageante : celle d’une mise en commun des ressources des acteurs locaux ou encore la dystopie actuelle qui mène tout droit à la mainmise des géants du web sur la production culturelle et l’asphyxie subséquente du journalisme.

Small is not beautiful

Pourquoi souhaiter un regroupement ? À cause de la masse critique. 

Les “barbares numériques”, comme les nomme Alain Saulnier (ex-patron de la SRC devenu prof et référence dans le romaine), gagnent parce qu’ils ont du volume. Ce qui leur procure trois avantages majeurs: d’abord les milliers d’informaticiens qu’ils emploient leur procurent une nette supériorité technologique. Ensuite, les dizaines de milliards de dollars investis en production de contenus par les Netflix, Amazon, Disney en font des destinations incontournables pour l’usager. Enfin, le volume de données prélevées sur leurs centaines de millions, voire milliards d’usagers bonifient leurs algorithmes, en améliorant l’expérience usager et l’efficacité publicitaire.

Seule la combinaison des forces mènerait à profiter  des mêmes avantages.

La distribution des contenus a été la première activité déconstruite par l’expansion des fonctionnalités du web. Mais après une dizaine d’années d’expérimentation, la question se pose : les Crave, Illico et Tou.tv en vidéo, iHeart, QUB et RadioPlayer en audio; ces marques reconnues et jouissant d’auditoires importants n’ont pu sauver la mise, la vague de coupures sanglantes survenue cette année en est la preuve flagrante. Majeures à l’échelle canadienne, ces plateformes restent marginales à l’échelle internationale.

Qui plus est, le regroupement de l’entière production canadienne sur deux plateformes (vidéo et audio) permettrait de créer des produits d’appel plus pertinents. Il serait d’ailleurs assez facile d’en structurer le répertoire en mettant en valeur les marques des producteurs de contenu, cette façon de faire est déjà une norme dans l’industrie – Bell Média organise son offre de cette façon sur CRAVE avec ses propres marques et celles qu’elle exploite sous licence. 

La répartition des revenus se ferait en fonction des abonnés que chacun amènerait au service. On en convient, le coût d’un tel service ferait l’objet de négociations corsées, un arbitrage serait nécessaire. Les puissantes machines promotionnelles des conglomérats seraient un ingrédient essentiel du succès d’une telle plateforme et engendreraient une croissance des abonnements. 

Les coûts de maintien des plateformes serait rationalisé, les économies seraient  investies en recherche et développement. Où se retrouveraient alors les contenus réunis de ces plateformes ? Il existe des plateformes fonctionnelles, il suffit d’en choisir une parmi celles qui existent, de créer une nouvelle marque, d’y faire migrer les répertoires et répartir les revenus au prorata de la consommation.

Au passage, la création jeunesse, qui souffre cruellement à l’échelle locale, pourrait en bénéficier largement; elle retrouverait sa pertinence sur une plateforme de diffusion en continu où l’accès d’un jeune de 15 ans a la même valeur que celui d’un adulte de 49 – Netflix le démontre avec éloquence.

Le pari, en somme : l’ensemble serait plus fort que la somme de ses parties. 

Bientôt la suite de cette réflexion: bonification de l’offre aux annonceurs, publicité (dont celle à CBC/Radio-Canada), gestion des données

Crise des médias: “ Il n’en restera qu’un seul ”

par Luc Tremblay

La plateforme PAN M 360 est née de la crise des médias dont il est question dans l’actualité cet automne. Les coupes drastiques de la télévision traditionnelle (TVA) et les coupes récentes de CBC/Radio-Canada nous remettent sur le nez cette crise amorcée depuis trop longtemps déjà. C’est pourquoi nous réfléchissons très fort à un avenir plus radieux que celui qui s’offre à nous… sans solutions viables.

Professionnel du développement stratégique des grands médias depuis les années 80, notre collaborateur Luc Tremblay s’est joint à PAN M 360 pour participer avec nous au chantier des nouvelles plateformes de référence. Il suggère ici une série de réflexions sur l’actuelle crise des médias.

Alors que s’ouvre la saison de ski alpin, la crise des médias nous donne l’impression d’être à mi-pente d’une piste triple losange noir pour laquelle nous n’avons pas le niveau, entraînés par la force de gravité à travers des bosses, des sous-bois et des plaques de glace qui rendent notre descente douloureuse. On se doute bien que la succession de chutes et de blessures ne se terminera pas entre amis pour un 5@7 au chalet de la montagne.

Les analystes  répètent ad nauseam que la crise actuelle est sans précédent. Amorcée voilà plus de 20 ans, la disruption numérique est une folle descente dont on ne voit pas encore la fin. L’adaptation, la transformation inévitable de cette industrie, lieu de production culturelle et d’information, exigera de ses acteurs une déconstruction complète des paradigmes qui l’ont régi jusqu’aux premiers chocs des années 2000.

L’industrie musicale: le canari.

L’industrie musicale a été la première à subir les coups de boutoir de cette révolution. Les plateformes d’écoute en continu par abonnement, Spotify, Apple Music, YouTube, Deezer, ont semblé au départ offrir une approche qui pourrait protéger les artistes du téléchargement illégal en leur offrant rétribution au prorata des “plays”. Nous avons vite déchanté : aujourd’hui, seuls les artistes internationaux qu’on qualifie de “blockbusters” tirent leur épingle du jeu et encaissent des revenus substantiels pour leur écoute sur ces plateformes.

Bien sûr, l’industrie s’est adaptée. On a assisté à un transfert spectaculaire: la musique produite en studio a vu sa valeur se diviser par dix, sinon plus, et celle présentée sur scène a effectué un mouvement inverse chez ses artistes les plus populaires. Aujourd’hui, il y a toujours beaucoup d’argent dans l’industrie musicale, les superstars ne s’en sortent pas mal du tout, merci, mais ce sont les artistes nichés,  immensément majoritaires, qui ont écopé.

La niche prenant ici un sens large: au-delà des standards de la pop beyoncienne, tout artiste ou presque reçoit ce qualificatif et surtout la maigre rémunération qui y est associée! Le monde de la musique se cristallise dans un nouveau modèle qui profite aux blockbusters et où la majorité des artistes souffrent. 

Pour nourrir le débat actuel, il serait à propos de se souvenir que cette structure a émergé dans un contexte de panique, pour éviter que les médias affolés ne répètent les erreurs commises en musique. En quelques années, les “majors” de la musique ont signé des ententes à rabais avec les plateformes de streaming pour se sortir du piratage qui avait cours et sécuriser leur position au détriment de celle des artistes dont ils gèrent les répertoires.

Les autres pans de l’industrie médiatique et culturelle regardaient ce qui passait avec la musique en voulant croire que le phénomène ne les menacerait pas. C’était oublier que ce qui pouvait être dématérialisé le serait forcément.

La musique était aspirée par la numérisation de ses productions et la déconstruction de ses canaux de distribution, la presse écrite suivait pas très loin derrière. En quinze ans, le secteur canadien de la presse écrite a vu ses revenus passer de près de 4 milliards de dollars à quelques centaines de millions. 

Beaucoup plus lourde à numériser et surtout à distribuer, la télévision linéaire a commencé à subir le même traumatisme au début des années 2010. Le tout a été amplifié exponentiellement par les médias sociaux, qui déterminent de nombreuses variables de la crise. 

Cette transition s’accélère et bientôt se conclura par la marginalisation des médias traditionnels. L’exemple de la diffusion sur Facebook de l’hommage à Karl Tremblay, décision prise de bonne foi, dans l’esprit d’une plus grande accessibilité, en est, chez nous, la plus récente démonstration.

Ralentir le choc pour permettre l’innovation.

La question de l’adaptation aux changements se pose en cette fin d’année avec une criante acuité. On verra ici une similitude entre la crise des médias et le réchauffement climatique.

La rapidité avec laquelle les changements climatiques se produisent empêchent les

écosystèmes de s’adapter.  Idem pour l’écosystème médiatique. Les solutions que les analystes patentés et politiciens proposeront aujourd’hui seront demain des prothèses peu efficaces. Il faut ralentir le choc pour permettre la transition, pas revenir à 1993.

Alors devant l’ampleur de cette crise, il faut d’abord assumer l’inconfort qui accompagne les solutions à venir.

Faisons un peu de maths, les chiffres nous guident vers ce pragmatisme;  au Canada 60% des dollars publicitaires sont maintenant investis dans le numérique et de ce 60%, 80% vont à Google et Meta. Il reste donc la moitié des dollars disponibles pour l’ensemble des médias du pays. Cette  tendance s’alourdit  depuis vingt ans et ne s’inversera pas.

Dans un tel contexte, les comportements compétitifs et les structures actuelles du marché ne peuvent être la réponse. La mise en commun des ressources pour ralentir la déconstruction et la recherche en innovation devient une évidence et cela sur tous les fronts: modèle de distribution, gestion des données usagers, offre publicitaires aux annonceurs, financement public de Radio-Canada et de la production privée, il faut tout revoir selon de nouveaux paradigmes.

Autrement, il n’en restera qu’un seul, comme le disait Sean Connery dans le film Highlander ce vieux sci-fi des années 80.  L’atrophie sera progressive, les joueurs disparaîtront jusqu’à ce qu’il n’en reste, au mieux, que quelques-uns.

Ne serait-il pas  plus stratégique de ne faire qu’un, d’unir véritablement les forces, encore considérables, des médias traditionnels, pour faire face à la menace et innover ? 

Ce sont les avenues que nous explorons dans notre prochain épisode. Pour le lire, cliquez ICI

18e GAMIQ: ÉCOUTEZ LES GAGNANT.E.S !

par Rédaction PAN M 360

Le dimanche 3 décembre dans un Théâtre Plaza archi-plein, le 18e Gala Alternatif de la Musique Indépendante du Québec (Gamiq) a mis en relief la musique alternative et émergente du Québec, toutes langues, toutes cultures, tous genres, tous styles musicaux confondus.

Élisapie (artiste de l’année), La Sécurité (révélation de l’année et album indie rock ) et Population II (révélation de l’année), Arielle Soucy (espoir 2024) et plus d’une trentaine d’autres artistes ou pros de l’industrie sont repartis dans la neige avec leur Lucien – statuette baptisée en hommage au poète rock.

Avant que l’animatrice Émilie Roux ne prenne la barre du gala, Patrice Caron, le fondateur du Gamiq, a démarré le show en rendant hommage à feu Karl Tremblay, affirmant en substance que le regretté chanteur était un punk à l’origine, qu’il en avait été témoin à l’Hémisphère gauche avant que les Cowboys Fringants passent à une autre ligue tout en conservant l’empathie proverbiale des punks. Consensus national, force est d’observer !

Les groupes et artistes Margaret Tracteur (kebamericana), le Choeur des Growlers (métal choral), Naïma Franck (soul pop), Shauit (autochtone) , Belle Grande Fille , Alice, DVTR (punk), Cure-Pipe (indie pop), Laura Krieg (synthwave) et Calamine (rap keb) ont offert tour à tour leur numéro de production au public essentiellement constitué d’artistes et professionnels du champ gauche québécois.

Voici la liste des gagnant.e.s et leur récente production sur Bandcamp

ÉCOUTEZ TOUS LES ARTISTES !

Artiste de l’année : ELISAPIE

Révélation 2023: LA SÉCURITÉ

Révélation 2023: POPULATION II

Espoir 2024: ARIELLE SOUCY

Album rock: FUUDGE – …qu’un cauchemer devienne si vrai

EP Rock: GRAND PUBLIC – Idéal tempo

Album indie-rock: LA SÉCURITÉ – Stay safe!

EP Indie-rock: LYSANDRE – Les heures innocentes

Album Pop : SHEENAH KO – Future is now

EP Pop : LUIS CLAVIS – Échos d’une vie distante, volume 2

Album Folk: VANILLE – La clairière

EP Folk: PÉPÉ ET SA GUITARE – Ta yeule pis joue

Album ou EP Rap / Hip-hop: CALAMINE – Lesbienne woke sur l’autotune

Album ou Ep Électro : SUPER PLAGE – Magie à minuit

Album ou EP Post-Rock/Post-Punk: ATSUKO CHIBA – Water, It Feels Like It’s Growing

Album ou EP Punk: ENFANTS SAUVAGES – Arythmie

Album ou EP Métal: GET THE SHOT – Merciless Destruction

Album ou EP Soul / R&B : NAÏMA FRANCK – Petite fille devient grande

Album ou EP Jazz : OLIVIA KHOURY – Portraits

Album ou EP expérimental: FLORE LAURENTIENNE – Volume II

Album ou EP Country: HAUTERIVE – Hauterive

Album ou EP World: ROBERTO LOPEZ – Ritual

Album ou EP Trad: SHAUIT – Natukun

Hors-Québec (Canada): BAIE – Grand Bleu

Simples: ANTOINE CORRIVEAU: La panique est une fleur

Vidéoclip — Auto-production: SAINTS MARTYRS – Minotaure

Vidéoclip — Production sur un budget (5000$ et moins): DVTR – DVTR

Viédoclip — Production professionnelle: VIOLETT PI – Celui qui attend / Baloney Suicide

Vidéoclip — Animation : BON ENFANT – Pâte à biscuit

Étiquettes de disques

  • Mothland

Médias

  • CFAK Gagnants ex-aequo
  • CHOQ.ca Gagnants ex-aequo
  • CHYZ 94.3 Gagnants ex-aequo
  • CISM 89. Gagnants ex-aequo
  • ecoutedonc.ca Gagnants ex-aequo
  • Le Bad Crew Gagnants ex-aequo
  • Le Canal Auditif Gagnants ex-aequo

À noter que PAN M 360 ne figure pas sur cette liste vu l’apparence de conflit d’intérêt: Patrice Caron fait partie de notre équipe de direction.

Balados Musique

  • Le Clash Podcast 

Relations Médias

Salle de spectacle

  • Le Zaricot 

Festival

  • La Noce

Représentation d’artistes

  • Ruel Tourneur

Service à la communauté

  • Le Pantoum

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