FAI 2025 | Un week-end à l’hôtel… du plus grand rassemblement folk de la planète 

par Michel Labrecque

La 37e édition de l’évènement Folk Alliance International s’est déroulée dans un grand hôtel de Montréal du 19 au 23 février. 2,500 participants parmi lesquels plusieurs centaines d’artistes. Elles et ils ont discuté, assisté à des conférences, négocié des spectacles et ont surtout fait et écouté de la musique. Michel Labrecque a pu assister à cet événement privé à titre de journaliste. Il en est ressorti les oreilles pleines. 

Partout, on voit des étuis de guitares, de violon, de contrebasse, dans une sorte de désordre organisé. On pressent que, bientôt, tous ces instruments vont se mettre à jouer. 

Comme tous les participants, je dois faire la queue pour obtenir les documents qui me permettront de circuler librement sur les huit étages que le Folk Alliance occupera dans l’hôtel pour les cinq prochains jours. 

Devant moi, un groupe de jeunes femmes allumées discutent avec passion. Je découvre qu’elles travaillent pour l’étiquette québécoise de disques Bonsound. Elles me remettent immédiatement un bout de carton, qui m’invite à assister le lendemain à des mini-concerts de Shaina Hayes, Lisa Leblanc et Matt Holubowski, entre autres, à partir de 22 h 30, dans une chambre d’hôtel du neuvième étage. 

C’est une des particularités de ce rassemblement. En plus de concerts boutiques (showcases) dans des grandes salles, il y a des centaines de mini concerts privés dans des petites chambres, dont on a enlevé le lit et le bureau. Écouter Matt Holubowski à tout au plus six mètres de distance. J’hallucine! 

Une fois mon laissez-passer obtenu, j’aborde un type jovial, qui se moque dans un français teinté d’accent anglais, de la prétention de Donald Trump de faire du Canada le 51e État américain. Il s’appelle Ciarán Mac Cowan, il vient de Belfast en Irlande du Nord et parle un français plutôt riche. Nous sympathisons et il me promet qu’il me racontera des tas d’histoires sur la période de la guerre civile dans son coin de pays. 

L’évènement n’est pas encore commencé que déjà, les rencontres s’annoncent fertiles.

La raison d’être de cet événement consiste à mettre en réseau des artistes folk et des organisateurs de concerts et de festivals et aussi de permettre aux musiciens de mieux se fédérer et se démerder dans la jungle du showbizz, dominée par les grandes compagnies qui ont peu à cirer du folk. 

Le 20 février, à midi, la plus grande salle est pleine à craquer pour assister à la grande entrevue que « notre » Allison Russell va donner à Ann Powers, autrice et critique de musique pour National Public Radio, la chaîne publique américaine. 

Sous les applaudissements nourris de la foule, majoritairement anglophone et américaine, Allison s’exclame en français: bienvenue dans la ville ou j’ai grandi, cette ville formidable », avant de retourner à l’anglais pour raconter que, tout près d’où nous sommes, se trouve la grande Cathédrale Marie-Reine-du-monde, où elle allait se réfugier souvent pendant la journée alors qu’elle était sans abri. 

Nous le savons: l’immense chanteuse et musicienne folk americana a eu une enfance très difficile, dont ses deux disques parlent abondamment. « Les quinze premières années de ma vie constituaient une zone de guerre ». Elle est venue à Folk Alliance pour parler de résilience, pour partager son expérience à ses collègues. comme en témoigne son dernier album, The Returner. 

Cette gagnante d’un Grammy (en plus de sept  nominations) est devenue une célébrité dans cet univers folk créatif. Mais Allison reste très humble et raconte que, pendant la pandémie, elle s’est retrouvée sans le sou et sa survie a dépendu de la solidarité d’autres artistes. 

Depuis onze ans, cette Montréalaise habite Nashville aux États-Unis. Allison Russell ne mâche pas ses mots devant ce qui se passe politiquement dans son pays d’adoption. 

« Ça sent le fascisme à plein nez! Trump et ses alliés veulent nous diviser, mais ça ne fonctionnera pas », dit la chanteuse en générant des applaudissements nourris. « Un rassemblement comme celui-ci nous inocule contre la haine », ajoute-t-elle. 

Le Folk Alliance International est basé à Kansas City aux États-Unis. De toute évidence, c’est un organisme plutôt progressiste, qui compte des sous-groupes pour les communautés noires et autochtones. Le folk est connu pour son parti-pris souvent progressiste, mais il y a aussi des musiciens americana de toutes tendances et parfois apolitiques. 

« La musique folk est celle du peuple », nous dit Alex Mallett, le directeur-adjoint de l’organisation. « L’inclusivité et la diversité font partie de notre ADN et nous allons continuer dans ce sens, quelque soit le climat politique », ajoute-t-il. Il ajoute que ça ne fait qu’un mois que Donald Trump est élu et qu’il est encore tôt pour évaluer l’impact. 

Quelques ateliers et discussions ont évoqué cette nouvelle ambiance politique, mais au Folk Alliance, tout le monde est là avant tout pour la musique. Et il y en avait pour tous les goûts dans ces multiples prestations, destinées aux promoteurs et aux organisateurs de festivals.

Le pays en vedette cette année est le Portugal. Vous pouvez lire mon compte rendu sur l’alt-folk de ce pays dans un autre article. 

On pouvait entendre un fort contingent québécois de toutes origines: du trad punk de La Patente au violoncelle de Jorane, en passant par le mélange tropical de Wesli et la fusion brésilienne de la batteuse Lara Klaus. 

Du côté canadien, j’ai découvert avec plaisir Alysha Brilla, Torontoise d’origine indo-tanzanienne, qui fait un fantastique mélange de genres et The Pairs, un trio de femmes qui se distinguent par des harmonies très agréables. 

Il y a aussi d’importantes délégations d’Australie, de Catalogne, des pays scandinaves. Et une salle réservée à une multitude d’artistes autochtones internationaux. Parmi ceux-ci, j’ai été subjugué par Sara Curruchich, une guathémaltèque d’origine Maya, que j’avais eu le plaisir d’interviewer pour PAN M 360 il y a un an et demi. Avec un groupe entièrement féminin, dont une virtuose de la marimba, Sara a littéralement cassé la baraque et fait danser tout le monde tout en livrant des messages très engagés. On peut être engagé tout en souriant. Espérons qu’on la reverra bientôt dans des festivals ou concerts chez nous.

Une autre surprise a été la taïwanaise indigène Sauljaljui, que j’ai pris au départ pour une africaine. On ne cesse jamais d’apprendre. Cette jeune femme nous ensorcelle avec un cocktail de tradition et de folk-rock.

 

Du côté américain, mon coup de cœur a été Gina Chavez. Cette Texane d’Austin, que j’ai eu la chance d’interviewer en 2018 pour Radio-Canada, est une autrice-compositrice LGBTQ qui assume son identité et qui chante autant en espagnol qu’en anglais. Elle a monté un groupe innovateur pour sa prestation: trombone, violon, percussions, guitare électrique. Tout cela sonnait éminemment bien. 

Tout au long de ces trois jours, il y a des jams spontanés. J’aperçois tout à coup quinze violons qui se mettent à improviser ensemble. Nous, journalistes, nous faisons sans cesse solliciter par des artistes qui veulent attirer notre attention. Deux jeunes femmes m’abordent dans la langue de Sheakspeare, avant de comprendre que c’est un imbroglio. Nous sommes tous Québécois francophones. 

Blanche Moisan-Méthé et Gabrielle Cloutier sont deux complices musicales dans l’excellent groupe world Méduse. Elles ont chacun leurs projets solo BLAMM pour l’une et , pour Gabrielle, sous son propre nom. Elles m’expliquent la difficulté et la complexité d’obtenir des « gigs » (des concerts)  dans cet immense marché aux puces musical. Quand je les rencontre, Méduse a en vue un concert en Alberta. Pour le reste, rien. 

Blanche Moisan-Méthé a fait l’objet d’une entrevue de Varun Swarup sur notre site, en 2023 pour son premier – et très original- album, qui fait une grande place aux cuivres, que Blanche joue en plus du banjo et de la guitare. Elle travaille avec une multitude de groupes, dont Gypsy Kumbia Orchestra. C’est ça la vie d’artiste en 2025. Elle a donné plusieurs mini-concerts- c’est en général quinze à vingt minutes-dans ces chambres d’hôtel, entre 22h30 et 2 heures du matin. J’espère que ça a donné des résultats. Les artistes doivent payer plusieurs centaines de dollars pour se retrouver ici. 

Le vendredi soir, dans un escalier, je retrouve mon Irlandais du Nord, Ciarán Mac Gowan, qui me convie en français à un de ses sept mini-concerts donnés dans une chambre d’hôtel. Je découvre que son apprentissage du français est dû à son exil en France, durant la guerre civile en Irlande du Nord. Il a aussi vécu en Californie.

Pour ce mini-concert, il est accompagné par un harmoniciste et un guitariste solo. Tous entassés dans la petite chambre, nous nous laissons bercer par leur musique, ainsi que par le folksinger chilien Nicolas Embar et par l’américaine du Nebraska Hope Dunbar. Ce groupe hétéroclite alterne dans les chansons. Les spectateurs embarquent. Les artistes se congratulent. Au même moment, environ 120 mini-concerts se déroulent sur quatre étages du Centre Sheraton. 

Nous sommes tous et toutes saoulés de musique. Ça va nous prendre quelques jours pour nous en remettre. 

FAI 2025 | Le Portugal comme vous ne l’avez jamais entendu

par Michel Labrecque

Pour la 37ème édition du Folk Alliance International, une grand-messe du folk international tenue à Montréal cette année, une nouvelle vague de alt folk portugais a déferlé. En attendant de les accueillir sur les scènes d’ici, Michel Labrecque est allé à leur rencontre.

Quand on associe musique et Portugal, on pense immédiatement au fado, ces complaintes qui déchirent les âmes et les cœurs. Le genre a ses adeptes et il existe du très bon fado. Mais j’ai découvert cette semaine que la musique folk portugaise était beaucoup plus riche et qu’un groupe de musiciens portugais actualise, voire réinvente ce genre.

Je ne m’attendais pas à parler aussi rapidement de politique dans mes rencontres avec ces artistes, qui sont mis en vedette dans le cadre du Folk Alliance International de cette année.

« Tu dois comprendre que, pendant les années de dictature, les dirigeants n’aimaient pas le folklore, souvent très percussif, qui galvanisait les citoyens », me raconte l’autrice-compositrice Joana Alegre.

« Ils préféraient le fado, qui était plus individualiste que collectif et je pense qu’encore aujourd’hui le Portugal en porte la trace. 

Le Portugal a été une dictature de 1926 à 1974. Il a commémoré l’an dernier le cinquantenaire de son retour à la démocratie.

Joana Alegre a fait paraître en 2024 Luas, un album de folk-pop lumineux qui incarne tout-à-fait cette nouvelle vague. On y entend des effets électro mais aussi des instruments traditionnels portugais qui fusionnent avec de très riches harmonies vocales. « Je suis entre différents genres et ça me plait », dit la jeune femme qui a une formation en classique et en jazz. 

Le petit Portugal compte une somme faramineuse d’instruments traditionnels. À commencer par ces guitares très particulières, appelées « violas ». Elles ont entre quatre et dix-huit cordes, ont des tailles différentes, elles ont une sonorité très particulière. Il y a la viola braguesa, la campanica, la de arame, et plusieurs autres, sans compter le cavaquinho, qui existe aussi au Brésil et qui, en Hawaï est devenu le ukulele.

« Je ne connaissais absolument rien de toutes ces guitares, me dit O Gajo, de son vrai nom João Morais. « Puis un jour, j’ai découvert ce son et j’en suis tombé amoureux ». O Gajo est une sorte de Bob Dylan à l’envers : ancien rocker et punk dans de nombreux groupes, il a délaissé et vendu ses guitares électriques au profit des violas de son pays. Ai-je besoin de vous rappeler l’histoire de Bob Dylan, qui s’est fait huer en 1965 au festival folk de Newport pour avoir adopté la guitare électrique. Très bien racontée dans le récent film  A Complete Unknown .

Depuis sa conversion acoustique, O Gajo s’est lancé dans une odyssée qui vise à pousser sa viola vers des zones inédites. Dans certaines pièces, on se croirait presque dans un raga indien. Dans d’autres, on sent encore le souffle du rock, incarné sur un mode acoustique. Dans son dernier opus, Terra Livre (2024), O Gajo dialogue avec Ricardo Vignini, un Brésilien qui joue de la viola caipirinha, la cousine brésilienne de la viola portugaise. Cela donne une longue introspection passionnante entre deux lusophones de chaque côté de l’Atlantique, qui fusionnent musicalement.

« Il faut savoir que ces instruments ont failli disparaître », lance Antonio Bexiga, alias Tó-Zé (à droite sur la photo), du groupe RAIA, lors d’un atelier-conférence sur ces « cordophones », le nom générique qu’on donne à ces violas traditionnelles. « Plus personne ne s’intéressait à ces instruments ». Seule la viola braguesa était encore jouée sous les années de la dictature.

RAIA, tout comme Bicho Carpintero, sont d’autres groupes qui amènent les traditions dans de nouveaux territoires, mélangeant les genres et les influences. Le Portugal est le pays invité cette année par l’organisation Folk Alliance international. Ce qui nous permet de découvrir ses musiques d’une qualité impressionnante. 


« C’est véritablement une nouvelle scène portugaise et ces artistes ont tendance à collaborer entre eux ce qui enrichit le tout »,me raconte Nuno Saraiva, (voir photo ci-dessus) un Canadien-Portugais qui a travaillé pour monter cette mission musicale à l’étranger. Lui-même est un musicien et joue dans le groupe Lusitanian Ghosts, un OVNI musical folk-rock, qui chante en anglais tout en utilisant des guitares traditionnelles portugaises.

Il faut également parler de Retimbrar, un groupe percussif et ludique de Porto (voir photo ci-dessous). Ils sont huit, deux femmes et six hommes, dont six chantent parfois de façon polyphonique. Avec une ribambelle d’instruments de percussions, des petites castagnettes à l’énorme tambour. Et ça déménage furieusement, comme ils l’ont démontré sur une scène privée de Folk Alliance. S’ajoutent aux instruments traditionnels des claviers et des guitares électriques.

Je vous dis: on trouve beaucoup d’innovation dans cette mouvance alt folk portugais.

Je termine avec trois autres innovateurs dans les extrêmes du genre. 
João Diogo Leitao est un guitariste classique qui s’est réinventé en écrivant des compositions pour viola portugaise. Son album Por Onde Fica a Primavera (2020) est un bijoux de folk méditatif et complexe, avec des compositions raffinées, qui montrent la formation classique du guitariste. Souvent la guitare est réverbérée, ce qui nous amène directement dans la stratosphère…

Marta Pereira Da Costa est la Pat Metheny du fado. La première femme du Portugal à devenir une guitariste d’accompagnement pour les chanteurs de Fado, elle a choisi d’élargir son répertoire instrumental en s’inspirant du jazz, des musiques brésiliennes et latines. Sa dernière offrande, Sem Palavras (2024) constitue un dialogue très riche avec le pianiste d’origine cubaine Ivan Melon Lewis. Marta Pereira Costa joue de la guitare portugaise, un instrument différent des violas dont nous avons parlé plus haut.


Finalement, un autre OVNI: Omiri (voir photo ci-dessus). De son vrai nom Vasco Ribeiro Casais, est à la fois un DJ et un ethnologue. Il se déplace dans les campagnes pour recueillir des chants et des instruments traditionnels et filmer les gens.  Puis, il échantillonne tout ce matériel et compose des rythmiques et mélodies. Par la suite, il joue des instruments en direct, alors qu’on voit derrière des vidéos qui correspondent aux échantillonnages effectués. Souvent, ses instruments traditionnels sont électrifiés. Vachement ludique !

J’ai découvert ces artistes avec un grand bonheur. J’espère qu’on pourra les revoir bientôt en concert sur nos terres. Obrigado por ler. Merci de me lire. 


Affinités méconnues entre métal et classique, Ze dossier

par Rédaction PAN M 360

Les 29 et 30 janvier se tiennent les premières mondiales du programme Voïvod symphonique, rare manifestation grand public juxtaposant la “grande  culture “ classique avec le monde souterrain du métal. Pourtant, nombreux sont les liens qui unissent ces deux traditions européennes, tant par leur musique que par leur histoire. Néanmoins, ce rapprochement reste méconnu, même chez les plus érudits, notamment chez les musiciens d’orchestre sauf exceptions. Pour démystifier le contexte duquel culmine cette collaboration hors du commun, notre collaborateur et musicologue Laurent Bellemare, vous propose ici un brillant survol comparatif des similitudes entre ces deux univers. À ce dossier, nous greffons les trois interviews réalisées dans le contexte de Voivod symphonique, réalisées par Alain Brunet: Michel Away Langevin de Voïvod, la maestra Dina Gilbert qui dirige le programme, et l’arrangeur des pièces de Voïvod, Hugo Bégin, avec la participation de Laurent Bellemare.

crédit photo: Alain Brunet

 » Pour l’occasion, David Therrien Brongo et moi avons été interviewés par Laurent Kolam Indah (Bellemare) de PAN M 360 pour préparer un immense dossier en 4 parties pour discuter de la question. Il y a beaucoup à dire. Plusieurs voient les affinités entre Vivaldi/Bach/Beethoven et Rhapsody Of Fire, Nightwish, Sonata Arctica, mais peu encore réalisent les affinités entre Stravinsky/Ligeti/Ferneyhough et Martyr, Meshuggah et Necrophagist » , souligne Pascal Germain-Berardi, un de nous principaux interviewés.

« Quand on pense, poursuit-il, que la musique pop est née en réaction aux musiques complexes classiques et jazz du début du 20e siècle, et que quelques décennies plus tard, de cette musique pop est né la musique métal en réaction à la simplicité du pop et investie d’une mission de transgresser toutes les frontières, on découvre conséquemment, à la source de l’impulsion créatrice, des volontés artistiques très similaires entre classique et métal. Vive le classique, vive le métal, et vivement la progression d’une compréhension mutuelle de ces deux univers où les créateurs sont souvent habités des mêmes idéaux mais qui ont simplement des outils et bagages culturels différents pour l’exprimer. »

Affinités méconnues entre métal et classique / Revendication d’un héritage, cousins dans l’épique (1)

par Laurent Bellemare

Les 29 et 30 janvier se tiennent les premières mondiales du programme Voïvod Symphonique, rare manifestation grand public juxtaposant la “grande  culture “ classique avec le monde souterrain du métal. Pourtant, nombreux sont les liens qui unissent ces deux traditions européennes, tant par leur musique que par leur histoire. Néanmoins, ce rapprochement reste méconnu, même chez les plus érudits, notamment chez les musiciens d’orchestre sauf exceptions. Pour démystifier le contexte duquel culmine cette collaboration hors du commun, notre collaborateur et musicologue Laurent Bellemare vous propose ici un brillant survol comparatif des similitudes entre ces deux univers.

Revendication d’un héritage

Avec à peine 60 ans d’existence, le métal a fait des bonds de géants dans son évolution stylistique et technique, une tendance exacerbée par la société technologique du XXIe. Répudiée par les institutions officielles et marginalisée dans la culture de masse, cette musique brute et inaccessible s’était  abreuvée aux références classiques européennes dès le début, références tant compositionnelles qu’extra-musicales.

Si les premiers groupes de hard rock/métal avaient plutôt des racines blues-rock (Cream, Black Sabbath, Deep Purple, Led Zeppelin), un virage technique très net fut observé chez des Judas Priest et autres Iron Maiden. Cette rigueur d’exécution et un travail compositionnel de plus en plus détaillé des morceaux s’accompagnaient d’un usage moins systématique du pentatonisme blues – gammes à 5 notes, typiques du blues.

On observait en outre un lyrisme accru et un travail d’harmonisation dans les arrangements des guitares, le tout enrichi d’un jeu de batterie de plus en plus complexe, de plus en plus rapide. 

Sous l’influence du rock progressif sur le métal, des vagues de groupes tels Queensrÿche et Dream Theater ont catalysé ce nouvel intérêt pour les formes complexes et longitudinales. Plutôt que de répéter des motifs simples, le métal a développé le matériau. 

Cousins dans l’épique

Au-delà de la musique, identifions maintenant les similitudes thématiques entre les mondes métal et classique. Depuis la naissance du sous-genre rock, les groupes de métal s’inspirent librement de la mythologie judéo-chrétienne, que ce soit par blasphème avoué ou détournement subversif de ses symboles, comme l’on fait Black Sabbath, Venom, Slayer. 

Également,  les mondes fantastiques de J.R.R. Tolkien et d’H.P. Lovecraft ont pris une place importante dans les textes du métal.

La métaphore symphonique est très présente, du classique thrash metal Symphony of Destruction, de Megadeth, jusqu’aux Symphonies of Sickness de l’icône goregrind Carcass. 

L’association avec l’orchestre symphonique, un autre symbole de puissance sonique, mais aussi de grandeur triomphale, est également corroborée dans le documentaire culte Metal : A Headbanger’s Journey (2008), où on voit dans le romantisme orchestral de Richard Wagner, ancêtre spirituel du métal.

À suivre:  Retour vers la complexité, métal symphonique et amplification (2)

Affinités méconnues entre métal et classique / Retour vers la complexité, métal symphonique et amplification (2)

par Laurent Bellemare

Les 29 et 30 janvier prochains se tiennent les premières mondiales du programme Voïvod Symphonique, rare manifestation grand public juxtaposant la “grande  culture “ classique avec le monde souterrain du métal. Pourtant, nombreux sont les liens qui unissent ces deux traditions européennes, tant par leur musique que par leur histoire. Néanmoins, ce rapprochement reste méconnu, même chez les plus érudits, notamment chez les musiciens d’orchestre sauf exceptions. Pour démystifier le contexte duquel culmine cette collaboration hors du commun, notre collaborateur et musicologue Laurent Bellemare vous propose ici un brillant survol comparatif des similitudes entre ces deux univers. Voici la deuxième partie de son excellent dossier.

Retour vers la complexité

Pour le compositeur et chef d’orchestre Pascal Germain-Berardi, également fondateur du groupe métal Archetype, cette appartenance au monde classique s’explique par une contre-attaque culturelle :

 «[La pop] était en réaction pour essayer de faire une musique simple, que tout le monde pouvait écouter. Quelques années plus tard, des descendants de la musique pop, le métal est apparu comme un courant ‘anti-pop’. » 

 Dans un environnement où la musique commerciale cherchait à se détacher de la culture élitiste du classique et de ses formes contemporaines, il y avait donc un attrait naturel à puiser dans une musique complexe et hermétique afin de transgresser les nouveaux genres populaires. 

Par ailleurs, Germain-Berardi souligne l’impact du contexte socio-économique dans l’équation: « La musique métal est surtout apparue dans les quartiers pauvres et prolétaires des sociétés riches, où il y avait une énorme effervescence économique. On était en plein dans les trente glorieuses aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon. Au milieu, on avait des quartiers pauvres où les gens ne touchaient aucunement à ça. » 

L’aura de révolte qui traverse toute la culture du métal trouverait son origine notamment dans ce sentiment de précarité économique. 

Métal symphonique ou orchestre amplifié

Depuis les années 1990, certains sous-genres  du métal usant de séquences orchestrales, exécutées au synthétiseur, se sont cantonnés dans le « métal symphonique ». À ce titre, Rhapsody of Fire, Nightwish et Dimmu Borgir sont les exemples les mieux connus, ces groupes constituent la pointe de l’iceberg. 

En contraste, de nombreux groupes plus obscurs y voient un cliché de mauvais goût et adoptent une esthétique qui, consciemment ou non, les rapproche davantage du classique moderne/contemporain du dernier siècle, de par leurs techniques étendues et leur propension à l’expérimentation.

Le percussionniste David Therrien Brongo confirme qu’il n’y a pas de consensus sur les bonnes façons de s’abreuver à l’univers classique occidental : 

« Dans Rhapsody of Fire, ce sont souvent des références à Vivaldi, Bach,  à des cycles de quintes. Un classique simple dans sa forme et son harmonisation. Alors que, du côté des bands de death metal, il y a aussi des références au classique- dans Fleshgod Apocalypse, par exemple, il y a un orchestre mais on est loin de Vivaldi. Harmoniquement, c’est autre chose. Structurellement, c’est autre chose. » 

Effectivement, on entend de plus en plus d’Igor Stravinski ou de Gyorgy Ligeti dans le métal extrême d’aujourd’hui, ce qui n’étonne pas étant donné les effets dramatiques que cette musique cherche à stimuler. On comprendra que l’avant-gardisme des compositeurs modernes et contemporains est tout à fait compatible avec l’esthétique lugubre et l’aura d’inaccessibilité du métal. 

Germain-Berardi nous explique en outre que la principale différence réside dans l’emploi des techniques du classique contemporain à des fins purement expressives dans le métal, alors qu’en musique classique on a tendance à voir des œuvres « études » qui n’existent que pour explorer des techniques de jeu ou de composition :

 « Dans le métal, on veut toujours justifier le son, la sonorité, le frottement par un affect ».

À suivre: Musique savante souterraine ?

Affinités méconnues entre métal et classique / Musique savante souterraine ? (3)

par Laurent Bellemare

Les 29 et 30 janvier se tiennent les premières mondiales du programme Voïvod Symphonique, rare manifestation grand public juxtaposant la “grande  culture “ classique avec le monde souterrain du métal. Pourtant, nombreux sont les liens qui unissent ces deux traditions européennes, tant par leur musique que par leur histoire. Néanmoins, ce rapprochement reste méconnu, même chez les plus érudits, notamment chez les musiciens d’orchestre sauf exceptions. Pour démystifier le contexte duquel culmine cette collaboration hors du commun, notre collaborateur et musicologue Laurent Bellemare vous propose ici un brillant survol comparatif des similitudes entre ces deux univers. Voici la troisième partie de cet excellent dossier.

Musique savante souterraine ?

Pour Pascal Germain-Berardi, le changement des références utilisées dans le métal est aussi un miroir de ce qui est perçu comme classique dans la société. 

Si à une certaine époque, le classique signifiait Bach, Mozart, Beethoven et consorts pour la majorité des gens, ce devait être également le cas pour la plupart des métalleux des années 80 et 90. Mais avec l’accessibilité croissante de la musique sur le web, “ l’omnivorisme” musical des nouvelles générations et aussi l’éducation institutionnelle de nombreux musiciens métal, la connaissance du corpus classique s’est beaucoup approfondie. 

Au Québec, l’un des cas les plus évidents de ce nouveau paradigme est celui de Luc Lemay, guitariste fondateur de Gorguts qui a fait son conservatoire en interprétation (alto) à l’époque de la composition d’Obscura (sorti en 1998, mais composé en 1994). Cet album mythique était un exercice de style renversant complètement les clichés du death metal de l’époque, épurant tremolo picking, power chords et rythmes de thrash metal au profit d’harmonies dissonantes, de formes labyrinthiques et d’exploration des techniques étendues.

Luc Lemay a souvent indiqué qu’il voyait peu de différences entre composer du métal et de la musique de chambre, mis à part l’amplification et la distorsion des timbres. Cette approche a d’ailleurs laissé une trace indélébile sur les courants les plus extrêmes du métal d’aujourd’hui. Pensons ici à Deathspell Omega (France), à Imperial Triumphant (États-Unis) ou encore à Ad Nauseaum (Italie).

Germain-Berardi abonde en ce sens : 

« … que je compose pour quatuor à cordes ou guitare, basse et drum ou orchestre, la musique reste une forme d’énergie. […] Le geste de composition ne change pas vraiment entre l’un ou l’autre ».

Les spectateurs de la dernière édition du festival FIMAV auront pu le constater en entendant Basileus, une œuvre orchestrale de plus d’une heure, dont le langage est un véritable hybride entre les traditions classiques et métal. Le Canadien Harry Stafylakis et l’Autrichien Bernhard Gander sont deux autres figures émergentes de cette esthétique hybride en musique contemporaine. 

Vers un académisme du métal

Les férus de métal ont toujours formé  une communauté valorisant les connaissances, une curiosité qui a entre autres donné naissance à l’impressionnante base de données Encyclopedia Metallum, fondée au Québec en 2002 et gérée depuis par les fans. 

C’est certainement une telle curiosité pour la découverte qui pousse de plus en plus de métalleux à poursuivre de hautes études en musique. Il n’est plus rare aujourd’hui de rencontrer des interprètes classiques ayant fait leurs dents avec le métal, ou encore des improvisateurs jazz en pâmoison devant la complexité  polyrythmique de Meshuggah.

C’est avec l’objectif avoué de faire du métal que David Therrien Brongo dit s’être inscrit en classique au cégep plutôt qu’en jazz/pop: « Je me suis dit que j’allais être plus proche de ce que je veux faire qu’en batterie jazz. Je sentais que j’étais plus proche en musique classique. Il y avait plus de similitudes. »

Le lien avec le jazz, issu d’une culture davantage axée sur l’improvisation et les formes musicales plus libres, est effectivement moins évident. En revanche, le métal est aussi une forme née d’un contexte relativement défavorisé s’étant sophistiqué à une vitesse remarquable. Comme le jazz, on pourrait bientôt imaginer des programmes en métal s’institutionnaliser, et cela s’observe en temps réel dans certaines institutions à travers le monde (ex : Metal Factory, aux Pays-Bas).

À suivre:  Le diable est dans les détails

Affinités méconnues entre métal et classique / Le diable est dans les détails (4)

par Laurent Bellemare

Les 29 et 30 janvier se tiennent les premières mondiales du programme Voïvod Symphonique, rare manifestation grand public juxtaposant la “grande  culture “ classique avec le monde souterrain du métal. Pourtant, nombreux sont les liens qui unissent ces deux traditions européennes, tant par leur musique que par leur histoire. Néanmoins, ce rapprochement reste méconnu, même chez les plus érudits, notamment chez les musiciens d’orchestre sauf exceptions. Pour démystifier le contexte duquel culmine cette collaboration hors du commun, notre collaborateur et musicologue Laurent Bellemare vous propose ici un brillant survol comparatif des similitudes entre ces deux univers. Voici la quatrième et dernière partie de son excellent dossier.

Un enjeu de cordes vocales

À l’instar de l’opéra, dont le vibrato des solistes et les techniques de projection vocale sont souvent durs à digérer pour le commun des mortels, le métal repousse tant de mélomanes à cause de son approche vocale. 

« Le growl, c’est encore la plus grosse barrière », nous explique Pascal Germain-Berardi pour élucider cette appréhension partagée même par de nombreux musiciens. David Therrien Brongo renchérit en précisant que « la voix c’est ce qui rejoint le plus les gens. On utilise nos cordes vocales tous les jours. De s’imaginer growler, j’imagine que les gens, ça leur fait mal. […] Je ne sais pas si c’est une forme d’empathie, un blocage ou le fait que les gens crient… les gens n’aiment pas la chicane… Encore là, la distorsion [de la guitare], c’est le côté granuleux, le grain qui rappelle aussi le growl de la voix. C’est pas lisse ».

Là aussi, il y a un parallèle à faire avec la musique contemporaine et ses techniques grinçantes et bruitistes. 

David ajoute : « Je suis justement sur une pièce où je passe un archet sur [de la] styromousse. Moi, ça ne me dérange pas, mais il y a des gens pour qui ça fait le même effet que des ongles sur un tableau. Je sais qu’au concert, il y a des gens qui vont sauter sur leur chaise à cet effet là… c’est de la musique classique! »

Le diable est dans les détails

Les mondes classique et métal sont de plus en plus proches, mais ce développement est loin d’être généralisé dans l’imaginaire collectif. Même dans le milieu orchestral, peu d’artistes connaissent la musique métal, ce que l’arrangeur de Voivod Symphonique Hugo Bégin nous confirme. 

Quoi qu’il en soit, il y a heureusement une volonté de l’OSM d’accueillir autre chose que des concerts traditionnels. Mais au-delà d’attirer des métalleux au concert classique, peut-on s’attendre à une fusion progressive des deux milieux culturels? 

Pour Pascal Germain-Berardi et David Therrien Brongo, cette potentielle ouverture est plutôt un effet collatéral du fait de la ponctualité de l’événement: « On va pas créer des nouveaux fans de Chostakovich et Mahler avec Voïvod Symphonique même si c’est une clientèle qui pourrait très bien y répondre ». 

Le succès de ce dialogue culturel consisterait-il  plutôt à présenter des concerts hybrides ou on inviterait les deux genres côte à côte sans les fusionner?

Certes, l’Orchestre symphonique de Montréal appose son sceau de légitimité sur la musique de Voivod, et c’est un bel hommage au regretté guitariste Denis ‘Piggy’ D’amour, un mélomane qui s’intéressait notamment à Karlheinz Stockhausen, Penderecki et Ligeti. 

Le programme permettra aussi de célébrer la complexité avant-gardiste du premier groupe de métal québécois à s’être imposé mondialementl, il y a plus de 40 ans. 

Espérons que Voivod Symphonique laissera sa marque dans le paysage culturel et créera un précédent pour d’autres collaborations. Pour l’heure, les concerts de métal avec orchestre restent des événements très ponctuels, et il est remarquable que Montréal, autoproclamée “capitale du métal” en 2019, en soit l’hôte.

FIN

Voilà notre série Ici Tokyo !

par Rédaction PAN M 360

Voici la porte d’entrée de notre série spéciale de 9 contenus consacrés à la culture musicale à Tokyo. Rupert Bottenberg et Alain Brunet ont passé quelques semaines au Japon le printemps dernier, ce qui les a menés à ce reportage émaillé de compte-rendus et interviews. Enjoy!

Ici Tokyo | teamLab Planets, secteur Toyosu

par Alain Brunet

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est une vaste zone où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte.

Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.


Expositions immersives teamLab Planets, 5 avril, Toyosu Area.

À Tokyo, teamLab Planets a un statut comparable à celui de la Société des arts technologiques ou celui du Centre Phi, c’est-à-dire un centre de diffusion et de recherche sur les arts immersifs, c’est-à-dire la réalité augmentée ou virtuelle. Le centre teamLab Planets est situé à Toyosu, une zone industrielle du port en pleine gentrification hi-tech et résidentielle, entre les secteurs de Ginza et d’Odaiba.
L’accès se fait généralement sur réservation, à une heure précise. On y accède par un train léger et automatisé, en fait très similaire au REM, qui donne une excellente vue d’ensemble des environs. Nous trouvons la file d’attente et entrons à l’heure prévue. Le personnel et les écrans de la réception nous invitent à enlever nos chaussures et à rouler nos pantalons jusqu’aux genoux, puis à les déposer dans les casiers prévus à cet effet.

Nous traversons ensuite un couloir de pénombre, puis de lumière, pour arriver dans la première salle, remplie à ras bord de rideaux ou de grilles de cristal à travers lesquels sont projetées des formes et des lumières sur fond de musique d’ambiance. Les chemins à parcourir ressemblent d’abord à un labyrinthe, mais ils mènent finalement au couloir suivant.

Nous nous retrouvons ensuite dans une salle aquatique, où nous entrons dans une vingtaine de centimètres d’eau. On regarde vers le bas et on voit des nénuphars fluorescents et des carpes semblables à celles que l’on voit dans les étangs japonais. Ces projections sont à couper le souffle !
Nous nous retrouvons ensuite dans une pièce remplie de ballons de différentes tailles, avec plus de musique d’ambiance pour correspondre, et diverses lumières projetées sur toutes ces formes circulaires. Les ambiances sonores new-age ne nuisent pas vraiment, mais elles n’étoffent pas l’image comme on pourrait s’y attendre.
Une dernière pièce est consacrée à une immense floraison, accompagnée d’une musique de chambre à la fois instrumentale et électronique, absolument consonante et donc encline aux harmonies néoclassiques dans un contexte ambiant. L’omniprésence des fleurs dans cet univers virtuel s’avère réconfortante, apaisante, un complément plus important à la création visuelle.
La visite est terminée, nous ramassons nos chaussettes et nos chaussures et quittons le TeamLab Planets avec le sentiment que l’impact spectaculaire des technologies l’a emporté sur la profondeur des œuvres au programme.

Toutes les expositions en vidéo ICI

Publicité panam
Publicité panam
Publicité panam

Ici Tokyo | Un récital de la pianiste Eri Yamamoto au Tokyo Opera City Concert Hall, Nishi-Shinjuku

par Alain Brunet

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est un endroit où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.

Rcital d’Eri Yamamoto Piano Recital au Tokyo Opera City Concert Hall, Nishi-Shinjuku, 17 Mars

Vous devez d’abord savoir qu’il y a deux pianistes portant le nom de Eri Yamamoto au Japon. L’une est expérimentée, née et élevée à Osaka, et se produit en tant que jazzwoman aujourd’hui basée à New York… et il y a cette jeune virtuose de Tokyo dont nous avons pu constater le grand potentiel au printemps dernier, plus précisément au Tokyo Opera City Concert Hall. Ce fut une occasion très spéciale d’assister à un concert rempli d’afficionados de la musique classique japonaise, toutes générations confondues, lors d’un récital du dimanche après-midi. Eri Yamamoto a magnifiquement joué et montré ses compétences et sa sensibilité évidente à travers son répertoire, de Chopin à Ravel et Liszt. Quelques semaines plus tard, PAN M 360 l’a jointe à Londres, où elle vit actuellement, pour cette généreuse interview. Nous voulions en savoir plus sur elle et sur la façon dont elle a construit sa jeune carrière depuis son adolescence jusqu’à aujourd’hui. Voici les vidéos d’Eri Yamamoto sur sa page FB si vous cliquez ici.

Publicité panam
Publicité panam
Publicité panam

Ici Tokyo | Orchestra Ensemble Kanazawa au Suntory Hall, Akasaka

par Alain Brunet

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, une région où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.

Beethoven joué par l’Orchestra Ensemble Kanazawa, sous la direction du maestro français Marc Minkowski au Suntory Hall, Akasaka, le 18 mars.

Le 18 mars au Suntory Hall, Main Hall, à 18h30, les Symphonies 5 en do mineur Op.67 et 6 en fa majeur (Pastorale) de Ludwig van Beethoven ont été interprétées par l’Orchestra Ensemble Kanazawa sous la direction du chef d’orchestre français Marc Minkowski. Il s’agit certainement de l’un des orchestres symphoniques les plus renommés du Japon, qui compte plus de trente membres !

Pour un Occidental, assister à un premier concert symphonique de musique occidentale sur le sol japonais est une expérience en soi, quelle que soit la qualité de l’interprétation. Ce fut une prestation solide, mais pas exceptionnelle. L’orchestre existe depuis près de quarante ans et fait preuve d’une grande maturité dans chacun de ses pupitres. On sent ici une culture profonde et intégrée de ce répertoire que tant d’orchestres maîtrisent aujourd’hui.
On sent aussi que le public a une solide culture classique derrière la cravate et la tenue de gala. L’écoute est respectueuse et disciplinée, les applaudissements sont généralement polis, mais nous n’avons pas remarqué une seule ovation, ce qui contraste fortement avec Montréal, la capitale du… standing ovation. Nous l’avons également constaté la veille lors du récital de piano de Yeri Yamamoto.
Pour un Occidental, assister à un premier concert symphonique de musique occidentale sur le sol japonais est une expérience en soi, quelle que soit la qualité de l’interprétation. Ce fut une prestation solide, mais pas exceptionnelle. L’orchestre existe depuis près de quarante ans et fait preuve d’une grande maturité dans chacun de ses pupitres. On sent ici une culture profonde et intégrée de ce répertoire que tant d’orchestres maîtrisent aujourd’hui.
On sent aussi que le public a une solide culture classique derrière la cravate et la tenue de gala. L’écoute est respectueuse et disciplinée, les applaudissements sont généralement polis, mais nous n’avons pas remarqué une seule ovation, ce qui contraste fortement avec Montréal, la capitale du… standing ovation. Nous l’avons également constaté la veille lors du récital de la pianiste Yeri Yamamoto.

L’Orchestra Ensemble Kanazawa (OEK) a été fondé en 1988 avec le soutien de la préfecture d’Ishikawa et de la ville de Kanazawa, au nord-ouest de Tokyo. Le chef d’orchestre Hiroyuki Iwaki a entrepris de créer le premier orchestre de chambre multinational du pays, composé de 40 musiciens du monde entier. L’OEK a un programme chargé, présentant plus de 100 concerts par an à Kanazawa, dans toutes les grandes villes japonaises, y compris au Suntory Hall, l’une des plus importantes salles de concert de Tokyo. L’orchestre se produit également régulièrement à l’étranger.
L’Orchestra Ensemble Kanazawa interprète principalement le répertoire classique, mais encourage également les compositeurs d’aujourd’hui. Plus de 50 œuvres contemporaines ont été créées par l’OEK. Michiyoshi Inoue a été directeur musical après Hiroyuki Iwaki, de 2007 à 2018. Depuis, Marc Minkowski est directeur artistique.

Publicité panam
Publicité panam
Publicité panam

Ici Tokyo | Kagero, jazz sauvage @ Nepo Club, Mitaka

par Alain Brunet

Tokyo, l’une des villes les plus peuplées du monde et certainement l’une des plus intéressantes, est une région où les activités intéressantes ne manquent jamais, y compris les options musicales dans les innombrables « live houses », ou bars à concerts, disséminés sur le territoire municipal. Les musiciens et les amateurs japonais ont depuis longtemps fait preuve d’une soif de sons étrangers et d’un respect éclairé, de sorte qu’il est facile de trouver du rock, du reggae, du jazz et bien d’autres choses encore. Pour le visiteur étranger, ce sont les créations et interprétations typiquement nationales qui sont les plus intéressantes. Bien que les billets ne soient pas bon marché, le système de réservation en ligne est pratique (et honorablement dépourvu de frais supplémentaires perfides), la qualité du son est prise au sérieux, les heures de début sont très appréciées et l’énergie même du public local est stupéfiante. Voici un quatuor d’événements musicaux du début du printemps dont PAN M 360 a le plaisir de rendre compte. Récits de Rupert Bottenberg et Alain Brunet qui étaient au Japon au printemps dernier.

Kagero @ Nepo Club, Mitaka, 20 Mars

Kagero est sans aucun doute l’un des petits ensembles les plus lourds sur la planète Jazz , bien au-delà du Japon. Agressif avec un réel attrait hardcore/punk, puissant, sarcastique, presque acoustique mais musicalement violent, sauvage mais hautement qualifié, ce groupe repousse clairement les limites de l’idée d’un quartet de jazz. Au cours de la dernière décennie, il a été dit que Kagero est devenu un  » sujet  » pour les afficionados du jazz au Japon, et nous ne savons pas exactement pourquoi il ne l’est pas encore pour les auditeurs d’art punk et de jazz en Occident.

Depuis 2005, cet excellent groupe a joué et enregistré principalement au Japon et en Asie. Le groupe est composé de Shiromizu à la basse, Ryu « Ruppa » Sasaki au saxophone, Yokoyama Nana au piano (2005-09), Takayuki Suzuki à la batterie (2005-07, 2008-10, 2010-12), Chieko Kikuchi au piano (2010-aujourd’hui), Tomomichi Hagiwara à la batterie (2012-aujourd’hui).

Nous avons pu constater leur grand talent et leur avance au Nepo Club, dans le quartier de Mitaka, en mars dernier. Et nous sommes heureux qu’ils aient accepté de répondre à nos questions. Les voici !

PAN M 360 : Cela fait près de 20 ans que ce groupe se produit et enregistre. Êtes-vous de véritables pionniers du jazz punk au Japon ?

Yu Shiromizu : Nous ne savons pas si nous sommes de « vrais pionniers » ou non, mais nous ne nous sommes jamais inspirés de ce que quelqu’un d’autre a fait.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour faire ce mélange de free jazz acoustique et d’esprit punk ? Avez-vous eu des influences précoces dans ce sens ?

Yu Shiromizu : Pour nous, le jazz et le punk sont fondamentalement identiques en termes de « liberté ». En termes de fusion, il n’y a pas d’artistes particuliers qui nous ont influencés, mais nous aimons bien sûr plusieurs artistes dans chaque genre.

PAN M 360 : Avez-vous tous les quatre été formés dans des écoles de musique avant de devenir des professionnels ?

Yu Shiromizu : La pianiste Chieko Kikuchi a étudié le piano aux États-Unis, et les trois autres se sont rencontrés dans le club de musique légère d’une université japonaise ordinaire.

PAN M 360 : Avez-vous suivi les groupes de jazz punk occidentaux comme Lounge Lizards, Tupelo Chain Sex, King Krule, Puma Blue, Tim Berne Caos Totale, Last Exit, The Ex et bien d’autres ? As-tu un coup de coeur pour l’un d’entre eux ?

Yu Shiromizu : Pas du tout.

PAN M 360 : Il y a beaucoup de virtuosité dans votre groupe et aussi beaucoup de bruits violents. Comment voyez-vous cette tension ?

Yu Shiromizu : La technologie et le bruit sont des moyens d’exprimer un sentiment d’urgence et d’exubérance.

PAN M 360 : Certains musiciens japonais m’ont dit que la scène jazz locale avait décliné au cours de la dernière décennie. Qu’en pensez-vous ?

Yu Shiromizu : Je ne sais pas si le jazz a décliné au cours des dix dernières années, mais j’ai l’impression que le jazz devient de plus en plus classique au Japon.

PAN M 360 : Dans ce groupe, vous considérez-vous comme des musiciens de jazz ou comme des musiciens libres se référant au jazz moderne tout en faisant autre chose ?

Yu Shiromizu : Je ne suis pas trop concerné par un tel concept. Je suis conscient que chacun d’entre nous est un musicien indépendant, unique en son genre, et que nous sommes un collectif de musiciens.

PAN M 360 : Y a-t-il beaucoup d’autres groupes de jazz punk au Japon ?

Yu Shiromizu : S’il y en a, j’aimerais être leur ami.

PAN M 360 : Quelles sont vos conditions sociales et économiques en tant que musiciens alternatifs ou de niche au Japon ? Comment gagner sa vie avec la musique dans votre pays ? Vous produisez-vous souvent dans d’autres pays ou sur d’autres marchés ?

Yu Shiromizu : La réalité est que l’écrasante majorité des musiciens au Japon ont également un autre travail. À cet égard, les membres de KAGERO ont de la chance. Ils vivent essentiellement de la production musicale et des concerts, qui entraînent inévitablement de nombreuses dépenses. C’est pourquoi Yu Shromizu(Ba) a son propre club de musique live, NEPO. Dans le passé, il s’est rendu deux fois aux États-Unis avec KAGERO, ainsi qu’en Chine et à Taïwan.

PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets en tant que groupe ou en solo ?

Yu Shiromizu : Travailler sur le prochain album, et en tant qu’artiste solo, il travaillera sur un large éventail de projets, de l’expression personnelle à la production de musique commerciale.

Publicité panam
Publicité panam
Publicité panam
Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné