En ce dernier jour du Mutek Forum, PAN M 360 vous propose un compte rendu du panel organisé par FEMINAE NOX consacré à la question de l’artwashing dans l’industrie culturelle électronique. Autour de la table nous avons retrouvé Stacey « Hotwaxx » Hale, marraine de la house music, Salome Asega, artiste et directrice de NEW INC au New Museum et Rachel Weldon, fondatrice de Debaser & Pique.
Modérée par Mira Silvers, fondatrice de Feminae Nox, la discussion a exploré la question du financement corporatif et des stratégies de résistance face à l’instrumentalisation des cultures underground et grassroots par ces mêmes corporations.
Définition et enjeux de l’artwashing
La discussion s’est ouverte sur la définition de l’artwashing. Selon Rachel Weldon, c’est la pratique par laquelle les corporations ou institutions financent des artistes, festivals ou organisations culturelles afin de détourner l’attention de leurs pratiques néfastes ou d’améliorer leur image publique. Cette instrumentalisation exploite le capital social et culturel des créateur⋅ices, d’autant plus – comme le précise Salome Asaga – dans un contexte de gentrification où les artistes deviennent malgré eux des agents de transformation urbaine et sociale.Les panélistes ont souligné la dimension profondément problématique de cette dynamique. La précarité économique des artistes devient un levier de manipulation que les corporations n’hésitent pas à utiliser. Cette dépendance financière nuit à l’expérimentation libre et à la créativité, transformant les créateur⋅ices en outils de communication au service d’intérêts corporatifs, de la même façon que l’est une campagne de relations publiques.
Les enjeux de dépendance au financement privé peuvent être plus importants sur certains territoires que d’autres. On pense évidemment à nos voisins américains. Comme le rappelle Salome Asega, l’absence de financement public généralisé oblige depuis longtemps les organisations artistiques à négocier avec le financement privé. Cette réalité leur impose de définir clairement leur mission et les lignes qu’elles refusent de franchir pour maintenir leur intégrité.
Les intervenantes ont distingué deux types de financement corporatif: celui orienté marketing et celui axé sur la recherche et développement. Le financement R&D permet des partenariats plus authentiques avec une valeur ajoutée réelle pour les artistes et les projets, contrairement au financement marketing qui instrumentalise davantage les créateur⋅ices comme des stratégies de communication.
Comment résister à l’artwashing ?
En deux mots : soutenir et s’impliquer dans les initiatives grassroots et désinvestir des corporations.
Concrètement : la résistance à l’artwashing passe par des engagements institutionnels clairs et des prises de position publiques. Les panélistes ont notamment évoqué l’adhésion au PACBI (Palestinian Academic and Cultural Boycott of Israel), un mouvement qui encourage les institutions culturelles à boycotter les produits israéliens et à refuser les partenariats avec des organisations complices de l’occupation. Cette démarche collective permet aux organisations de dépasser les actions individuelles pour adopter une posture politique cohérente et visible.
La résistance passe également par le refus de l’expansion capitaliste systématique. Plutôt que de chercher la croissance à tout prix, les organisations peuvent identifier et cultiver un public engagé. Pour sa part, Stacey « Hotwaxx » Hale favorise les interactions authentiques avec les participant·es à ses événements et maintient une communication directe et humaine basée sur le bouche-à-oreille et les conversations personnelles (par téléphone, pas par texto, #millennial #GenZ).
L’artwashing a récemment fait l’actualité avec l’acquisition de Boiler Room (BR) par Superstruct Entertainment en janvier 2025, Superstruct étant propriété du géant financier KKR (Kohlberg Kravis Roberts & Co.). KKR investit dans des entreprises liées à l’armée israélienne, aux colonies et à l’industrie de l’armement et utilise désormais la crédibilité culturelle de Boiler Room pour blanchir son image. La communauté artistique mondiale a réagi en boycottant les événements Boiler Room et en forçant leur annulation. Un exemple qui montre que le nombre fait la force, que la passion au bon endroit peut faire déplacer des montagnes et qu’il est encore possible de renverser la vapeur à notre échelle.























