Ayant fait partie du Grand Jury, celui qui choisit l’ultime gagnant du Prix Polaris 2025 décerné à Yves Jarvis le mardi 16 septembre au Massey Hall de Toronto, je me concentre aujourd’hui sur le lauréat.
Tout ce que je peux vous dire à propos du Grand Jury, c’est que je savais l’identité des trois ultimes finalistes dont vous ne saurez jamais l’identité sauf le gagnant – nous sommes liés par le secret, nous avons signé un document pour ce Il vous faut aussi savoir qu’aucun juré du Grand Jury ne savait mardi qui accéderait au trône. Tout ce que je peux vous communiquer en plus, ce sont mes impressions sur le travail récent d’Yves Jarvis, que je suis depuis ses débuts montréalais sous le pseudo Un Blonde.
Élevé à Calgary, Jean Sébastien Yves Audet de son vrai nom, est un animal très spécial.
Je l’ai interviewé quelques fois, j’ai assisté à plusieurs de ses concerts et … me suis un peu lassé de son parcours changeant, déconcertant par moments. Bien sûr, je le savais prolifique et surdoué : multi-instrumentiste aguerri, excellent chanteur, très bon arrangeur, producteur lo-fi pas piqué des vers, bon parolier, chef d’orchestre, improvisateur, architecte d’un paysage absolument unique. Le connaissant un peu trop bien, j’ai mis du temps à me concentrer sur l’écoute d’All Cylinders à sa sortie en février dernier, album aujourd’hui considéré aujourd’hui comme le meilleur album canadien de la communauté Polaris.
Puis la liste longue fut rendue publique, puis la liste courte, je me suis penché avec attention sur cet opus dès le début des rondes élimintatoires. Véritable grower, cet opus cache un effet wow qui se manifeste progressivement, au fil des écoutes, tant et si bien que je puisse aujourd’hui affirmer que cet album est tout simplement excellent.
On y observe la maturité atteinte, la cohérence du discours dans tout ce bric-à-brac apparent dont l’ordre se révèle au fil des écoutes. Folk orchestral, chant choral de haut niveau, pop psychédélique, soul/R&B orchestrale, jazz, rock, fines instrumentations, le tout entièrement exécuté par le principal intéressé.
À l’instar des meilleurs autoproducteurs et hommes-orchestres de la planète pop, Yves Jarvis a cousu toutes les étoffes de tous ses habits, ficelé toutes les composantes de son art composite et ainsi atteint un niveau d’exception.
Encore une fois, Montréal repart avec le Polaris! Pour l’expression française, toutefois, on repassera… ou bien on ne repassera peut-être plus. Mais ça, c’est une autre histoire.























