Fièvre du dimanche soir à l’édifice Wilder ? Gabo Champagne, conceptrice et directrice artistique du programme Tonitruances, se présente sur scène et remercie d’abord Le Vivier et le Conseil des Arts de Montréal, enchaîne sur les reconnaissances d’usage des terres autochtones non cédées, « accaparés par une puissance coloniale et génocidaire ».
Dans le même élan progressiste, Gabo poursuit son laïus sur une “situation très délicate concernant le milieu de la musique classique ou contemporaine… en train de se faire en quelque sorte acheter par un conglomérat international qui poursuit des activités de vols de terres et de génocide et qui, par le biais d’une fondation subventionnée, travaille à financer nos organismes culturels et leur font signer des clauses stipulant qu’ils ne peuvent parler contre l’organisme… pour que les artistes ne puissent se prononcer sur ces actes barbares”…
Sur le point de dénoncer ladite “fondation subventionnée” en haussant le ton, un bourdon de grésillement en brouille le nom. Un collègue trans surgit et invite alors Gabo à quitter la scène au rire de l’auditoire. La conceptrice du programme finit par se retirer devant cette confusion qui commande certaines précisions.
La MC appelle alors à la clarification et invite un personnage loufoque incarnant la première dame de France, Brigitte Macron, rien de moins. La première dame de France débarque sur scène sur le son de La Marseillaise à la trompette pendant que la MC questionne l’identité de genre de Mme Macron, qui répond “Je ne suis pas Brigitte, je suis Jean-Michel!”. Le public est encore plus crampé, lorsqu’il apprend que Jean-Michel a tué Brigitte pour ainsi l’incarner, confiant avoir recruté un adolescent pour accéder à la présidence française.
Voilà un extrait représentatif de ce programme incluant 3 créations canadiennes et une création mondiale. Visiblement, les quatre œuvres sont concomitantes et impliquent la flûtiste Albane Tamagna, le saxophoniste Thomas Gauthier-Lang, la trompettiste Émilie Fortin, la guitariste An Laurence. la pianiste Jenn Mong, la soprano Rebecca Gray, la soprano Caroline Godebert, et le tromboniste Felix Del Tredici. Hormis les tâches instrumentales, chacun/chacune est invité.e à théâtraliser son jeu.
Avec un humour consommé, on y traite d’identité et de transition de genres, de désir, d’identité linguistique, de réception d’hormones le tout entrelardé de commentaires politiques et sociétaux, généralement sous le signe de l’humour.
La musique est simplement conçue et orchestrée, facile à interpréter, sans profondeur conceptuelle apparente. On puise dans la pop, dans les hymnes nationaux de France ou du Royaume-Uni, on peut aussi impliquer la mélodie atonale, l’improvisation libre, le bruitisme, le pré-enregistrement, la caricature du chant lyrique ou la parole déformée (par un mégaphone numérique) dans cette sympathique bouillabaisse.
À peine plus d’une heure plus tard, le meilleur flash: pendant que la distribution s’amenuise sur scène et que les derniers interprètes de Tonitruances se trémoussent jusqu’à épuisement, le public est invectivé par An Laurence: “Calissez donc vot’camp tabarnak!”, ordonne-t-elle. Surpris par un tel fondu de sortie, l’auditoire quitte progressivement la salle dans une joyeuse perplexité.
En somme? En ce qui me concerne, ce vaudeville d’avant-garde se veut probablement un « statement » tout à fait défendable, mais n’a d’autres qualités formelles que d’être divertissant et instructif sur la pensée créatrice de sa conceptrice, une des rares Montréalaises à s’exercer sur le terrain du théâtre musical.























