Ce plus récent volume du grand parcours historique du chant choral de l’Ensemble ArtChoral dirigé par Matthias Maute tire à sa fin avec ce numéro consacré au répertoire du Québec.
Si les volumes précédents témoignaient de choix difficiles tellement le répertoire était vaste, celui-ci relève d’un autre genre de difficulté : celle de faire un tri entre des œuvres de périodes vastement différentes mais aussi de styles très éclatés. La période du 17e au 19e siècle n’est pas riche en créations, compte-tenu de la nature coloniale et peu développée de la nation québécoise. Le 20e siècle (et le 21e naissant) sont plus foisonnants, mais il y a également tout le répertoire folklorique, dans des arrangements parfois assez raffinés, qui méritent une attention. Au final, le programme retenu ne pouvait qu’être parcellaire et assez disjoint, même si Matthias Maute a tout de même réussi à construire une charpente cohérente, sur laquelle il a apposé une conséquente qualité sonore et interprétative.
Le menu est donc divisé en trois plats principaux, dont les éléments s’entremêlent dans une progression non chronologique : des œuvres polyphoniques françaises du 17e siècle, du folklore harmonisé savamment et de la musique moderne/contemporaine.
Les deux œuvres polyphoniques sont de la plume de petits maîtres français sérieux, Henri Frémart (Missa Verba mea auribus) et Artus-aux-Cousteaux (Missa Grata sum harmonia). Ces partitions font partie d’une collection qui était conservée au Petit Séminaire de Québec, ce qui justifie leur présence. Maute a choisi des compositeurs qui ont l’avantage d’être obscurs, avec pour résultat (du moins en ce qui me concerne), qu’on se demande un instant s’ils pourraient être natifs d’ici. Mais non. Les trois extraits de chacune des messes témoignent d’un style très classique, voire conservateur pour cette époque, qui voyait, ne l’oublions pas, émerger les premières flamboyances du Baroque! Rien de surprenant, mais de jolies constructions bien rendues par les choristes.
Trois folklores, dont deux qu’on pourrait qualifier d’incontournables, illustrent le deuxième groupe stylistique, tous très bellement arrangés par Jean-François Daigneault : À la claire fontaine, Quand j’étais chez mon père et Isabeau s’y promène.
Finalement, quatre oeuvres des 20e et 21e siècles complètent le parcours largement insuffisant de ce programme : Maison fermée de William Kraushaar (né en 1989) qui évoque la pandémie avec une texte de Saint-Denys Garneau, Outremont de Matthias Maute (né en 1963), extrait de son cycle Noncerto de la Montagne, Ja de longtemps de Maurice-Gaston Du Berger (né en 1987), qui est largement inspiré de la polyphonie du contrepoint de la Renaissance (avec des murmures mystérieux en introduction qui illustrent des vagues sur un rocher), et finalement Jesus erbarme dich de Claude Vivier (1948-1983), de loin la pièce la plus substantielle de l’album, malgré ses deux petites minutes et demie!
On doit reconnaître que Matthias Maute (et l’Ensemble ArtChoral) ont su relever de manière satisfaisante le défi de commenter quatre siècles de musique chorale, en faisant le pont, habilement, entre les traditions savantes et populaires.






















