Secret City Records est un label montréalais qui incarne en bonne partie les succès et les ambitions de la scène indépendante. Elle a démarré en 2006, avec nul autre que Patrick Watson, en produisant son album Close to Paradise. Vingt ans plus tard, son catalogue inclut trente-cinq artistes, qui vont de Daniel Bélanger à The Barr Brothers, en passant par Alexandra Streliski.
Il était dans l’ordre des choses que, à l’occasion de son 25e anniversaire, Pop Mtl souligne le 20e anniversaire de cette pépite indie montréalaise.
Cela s’est déroulé deux soirs d’affilée à l’emblématique Sala Rossa: le vendredi 25 septembre, avec Antoine Corriveau, Basia Bulat, Brad Barr et Klo Pelgag; suivi du samedi 26 septembre avec Fernie, Bye Parula, Shad, La Force et Unessential Oils. J’ai assisté à la seconde soirée, plutôt réussie et qui offrait très certainement un excellent rapport qualité prix, avec trois heures de musique pour 35 dollars.

La Sala Rossa s’est rapidement remplie et s’est transformée en étuve. En ouverture, Fernie, brésilien-canadien installé Montréal, a fait monter la température, avec sa voix de contre-ténor, presque féminine, et son registre vocal hors normes. Cet artiste qui s’identifie comme queer, que Patrick Watson a pris sous son aile, fait parfois penser à Frank Ocean ou Moses Sumney, mais trace son propre chemin dans un R&B plutôt doux, bien que sa voix puisse vous transpercer.
Fernie a rapidement gagné le public. Par contre, il ne s’est adressé à lui qu’en anglais, une chose que je trouve incompréhensible à Montréal, en 2026. Des grandes stars internationales nous disent quelques mots en français, pourquoi pas un artiste installé ici? Pour poursuivre sur la langue, je serais curieux de l’entendre chanter dans sa langue maternelle, le portugais brésilien. N’empêche: Fernie a un bel avenir devant lui. Il nous a interprété deux nouvelles pièces, prometteuses.

Par la suite, est arrivé sur scène Bye Parula, une étrange poutine musicale montréalaise rock. Je dois avouer: avant le 26 septembre, j’ignorais l’existence de ce groupe, qui m’a très rapidement conquis. Ce trio est composé du catalan Loïc Calatayud (basse), du chilien Sebastian Riquelme (guitare)et de l’italien Sergio D’Isanto (batterie), tous devenus québécois et montréalais.
Ce groupe nous a fait vivre une tornade funk–rock-indie, très incarnée, moins subtile que leur récent opus, Something Out Of Nothing, sur lequel on entend des éléments plus acoustiques et des influences latines. Un groupe définitivement à suivre, qui est encore en train de définir son identité multiple.
Pour revenir sur la langue, Bye Parula chante principalement en anglais, avec un peu d’espagnol et de français. Par contre, ils se sont adressés au public presque entièrement en français. Et la partie importante de la salle qui était anglophone n’y a rien vu de mal…
En troisième partie, Shad, le vétéran rappeur qui a grandi à London en Ontario, nous a inondé de sa prose versatile et il a trouvé le moyen de collaborer avec Bye Parula, pour une pièce. Ces artistes de Secret City semblent tous s’estimer, malgré la pluralité des genres. Et c’est plutôt sympathique à observer.
En quatrième partie, La Force, alias Ariel Engle, s’est imposée. Cette chanteuse et compositrice très polyvalente a fait taire toute la salle rapidement. Cette montréalaise qui a joué autant avec Patrick Watson qu’avec le groupe alternatif torontois Broken Social Scene, nous a livré quelques pièces de ses deux albums solos, tout en nous laissant entrevoir qu’un nouvel opus est prêt. Pour notre plus grand bonheur.
Puisque « toutte est dans toutte », comme disait le poète Raoul Duguay, Warren Spicer, qui a réalisé XO Skeleton (2023), la dernière offrande de La Force, est apparu sur la scène avec sa guitare électrique pour prendre part à la célébration. Nous avions déjà un avant goût de la dernière partie de la soirée, qui était constituée d’une prestation de Unessential Oils, le projet solo de Warren Spicer, également membre du groupe indie Plants And Animals. J’ai beaucoup aimé le seul disque, paru en 2024, un mélange de grooves langoureux à la Sade et de folk rock fluide.
Sur scène, pour la célébration des 29 ans de Secret City, Warren Spicer et ses musiciens, dont un saxophoniste, qui ne figurait pas dans l’album, Unessential Oils a joué plus fort que sur disque. Et Ariel Engle assurait les chœurs, que voulez-vous… Après tout, ces deux complices viennent d’enregistrer une version de Wicked Games, la chanson emblématique de Chris Isaak, qui vient juste de sortir en juin.
Le vieux monsieur que je suis a tiré sa révérence à 23:35, saoulé de notes et de bonnes vibrations. Longue vie à Secret City Records. Qui incarne non seulement le meilleur de la scène créative montréalaise, mais aussi les multiples connivences entre musicien-ne-s de cet écosystème précieux. En français comme en anglais et d’autres langues montréalaises.























