Sur DAMA, MADRiiNA ne présente pas une seule manière d’être une femme. Elle en explore plusieurs facettes : celle qui hésite à ouvrir son cœur, celle qui assume ses désirs, celle qui reprend son indépendance et celle qui comprend qu’il faut parfois laisser une relation derrière soi. En cinq morceaux, l’auteure-compositrice-interprète montréalaise construit ainsi un microalbum où féminité et liberté passent autant par les textes que par sa façon de naviguer entre le chant, le rap et les langues.
Deuxième microalbum de MADRiiNA, DAMA paraît le 24 septembre 2026 sous l’étiquette CM Music. Réalisé en collaboration avec Christophe Martin, le projet réunit « A2 », « AVE MARiA », « TRANKiiLA », « PULL UP » et « LET YOU GO ». Les chansons ont été écrites lors de deux retraites créatives dans le Bas-Saint-Laurent, en août 2024 puis en janvier 2025. Le titre, qui signifie « dame » en espagnol, fait notamment référence aux femmes qui ont marqué la vie de l’artiste et à cette idée de conserver sa dignité et sa liberté malgré les épreuves.
Musicalement, DAMA trouve surtout ses fondations dans le R&B et le hip-hop. Les influences latines sont bien présentes, mais MADRiiNA ne cherche pas nécessairement à les traduire par des formes traditionnelles. Elles apparaissent plutôt dans certaines rythmiques, dans ses mélodies et surtout dans cette facilité avec laquelle elle passe du français à l’espagnol, puis ponctuellement à l’anglais. Ce multilinguisme devient rapidement une composante naturelle de son interprétation. « A2 » ouvre le projet dans un registre doux et romantique. MADRiiNA y incarne une femme habituée à protéger son indépendance, mais qui se surprend à envisager une relation à deux. Elle reconnaît sa peur de souffrir tout en acceptant l’idée de faire un effort si celui-ci est partagé. Cette vulnérabilité trouve un bel écho dans son timbre : une voix claire et douce, légèrement grave, qui peut parfois rappeler certaines couleurs vocales de Cœur de pirate, même si l’univers musical de MADRiiNA demeure résolument tourné vers le R&B. Cette voix prend une tout autre posture sur « AVE MARiA », probablement le morceau le plus marquant du projet. Dès les premières mesures, la production possède quelque chose de franchement hip-hop : une instrumentation sur laquelle on pourrait facilement imaginer un rappeur poser un couplet.
MADRiiNA choisit pourtant d’y installer ses mélodies avant de passer elle-même au rap, notamment en espagnol. Le résultat met particulièrement bien en évidence sa polyvalence. « AVE MARiA » raconte une attirance dont elle connaît pourtant les risques : elle sait que cet homme lui apportera des problèmes, mais décide malgré tout d’assumer le désir qui la ramène vers lui. L’interprétation accompagne parfaitement cette tension entre lucidité et attraction.
MADRiiNA peut être mélodique et feutrée, puis modifier son débit et rapper sans donner l’impression de changer complètement de personnage. C’est peut-être là que DAMA trouve l’une de ses qualités les plus intéressantes. MADRiiNA ne sépare pas vraiment la chanteuse de la rappeuse. Elle passe de l’une à l’autre selon ce que demande le morceau. Son flow demeure généralement posé, presque nonchalant, et s’accorde bien avec une voix qui n’a pas besoin de forcer pour installer sa présence. Le changement de langue fonctionne de la même manière : l’espagnol n’est pas un simple ajout destiné à donner une couleur latine au projet. Il participe au rythme des phrases et à la personnalité de son interprétation.
« TRANKiiLA » en est un bon exemple. Plus directement teinté de sonorités latines urbaines, le morceau demeure difficile à enfermer dans une catégorie précise. Ce n’est ni de la salsa, ni du kompa, ni véritablement du dancehall. Il repose plutôt sur une pulsation lente et chaleureuse, faite pour bouger sans précipitation. On imagine davantage une danse rapprochée dans un coin de soirée qu’une foule lancée au milieu d’une piste. Cette proximité accompagne pourtant un texte consacré au détachement. MADRiiNA n’a plus envie de savoir qui attend l’autre ailleurs et revendique le droit de vivre, elle aussi, selon ses propres règles. C’est une distinction importante dans DAMA : l’indépendance n’implique jamais de renoncer au désir. Elle peut tourner la page sur une relation tout en continuant d’assumer ce qu’elle veut. Cette idée devient encore plus directe avec « PULL UP ». Le morceau s’installe dans un R&B slow qui rappelle certaines productions du début des années 2000, à l’époque où des artistes comme Usher pouvaient faire cohabiter des instrumentales proches du hip-hop avec des mélodies plus charnelles. Le beat est posé et puissant sans devenir mélancolique, tandis que MADRiiNA chante largement en espagnol et prend elle-même l’initiative du rapprochement qu’elle décrit.
Le morceau confirme surtout que cette dimension physique de DAMA n’est jamais uniquement décorative. Elle se trouve autant dans les paroles que dans le tempo, le phrasé et la manière dont MADRiiNA laisse sa voix glisser sur les productions. Le projet peut parler d’amour sans être naïvement romantique et parler de sexualité sans renoncer à l’affirmation de soi. « LET YOU GO » vient finalement refermer cette trajectoire avec davantage de recul. Cette fois, la relation n’a pas fonctionné. MADRiiNA reconnaît les efforts consentis, les traces que laisse une histoire et la difficulté de véritablement passer à autre chose, mais elle arrive malgré tout à la décision de laisser partir l’autre. Ce n’est pas une chanson de revanche. C’est davantage le constat d’une femme qui comprend que certaines histoires se terminent même lorsqu’on aurait préféré une autre issue. C’est aussi l’un des morceaux où sa polyvalence ressort le mieux.
MADRiiNA alterne naturellement entre rap et chant, conserve un flow tranquille et navigue entre français, espagnol et anglais avec une aisance qui finit par devenir l’une des signatures du projet. La progression des cinq chansons donne alors davantage de sens au titre DAMA. « A2 » commence avec une femme qui hésite encore à ouvrir son cœur. « AVE MARiA » explore une attraction qu’elle sait risquée. « TRANKiiLA » revendique le détachement, « PULL UP » assume pleinement le désir, puis « LET YOU GO » arrive au moment où il faut accepter la fin d’une histoire. L’amour, la sexualité, la vulnérabilité et l’indépendance ne sont jamais présentés comme des états contradictoires, mais comme différentes dimensions d’une même personne.
Avec DAMA, MADRiiNA affirme surtout une identité qui ne dépend ni d’un seul genre ni d’une seule langue. Son R&B peut se rapprocher du hip-hop, emprunter certaines couleurs latines ou retrouver la chaleur des slows du début des années 2000. Sa voix reste le fil conducteur, tout comme cette capacité à passer du chant au rap sans rupture. En cinq titres, DAMA dessine ainsi le portrait d’une femme qui peut aimer, désirer, douter, partir et recommencer sans avoir à s’excuser de ses contradictions. MADRiiNA ne cherche pas tellement à définir ce qu’est une « dame ». Elle semble surtout décidée à en écrire sa propre version.























