J’essaie le moins possible d’aller voir des bands pionniers. Tu achètes des billets hors de prix sous le prétexte de l’ultime chance : est-ce que j’aurai vraiment d’autres occasions de revoir ça ? Puis, dès qu’ils montent sur scène, la pensée fuse : fuck, je suis venue ici pour me faire du mal…
Après avoir vu Martin Rev de Suicide au Ritz, je me suis dit : plus jamais. Je suis partie à la troisième track préprogrammée de son clavier, le cœur lourd, en m’excusant à profusion auprès de ma pauvre amie que j’avais traînée là. On aurait dit qu’il jouait là pour rembourser une dette de jeu, à la Frankie Valli.
J’avoue une certaine appréhension avant de voir Cabaret Voltaire, un band m’a initié au post-punk électronique, et ce, même après avoir écouté une performance KEXP convaincante datant de la même année. Leur prestation aura balayé mes pires réminiscences.
Petite histoire courte, Cabaret Voltaire est une entité mythique de la fin des années 70. Originaire de Sheffield, ce berceau industriel du nord de l’Angleterre qui a aussi vu naître The Human League et Heaven 17, le groupe cherchait avant tout à échapper au destin tout tracé d’ouvrier à l’usine métallurgique en faisant de la musique industrielle (cool réorientation). Ce sont des musiciens qui ont commencé sans instruments et qui incarnent l’essence même du DIY farouchement anti-rock ‘n’ roll.
J’y suis allée samedi dernier à la SAT avec mon ami Félix, qui ne connaissait absolument pas le groupe. Il avait juste écouté quelques-unes de leurs tracks expérimentales, bricolées avant qu’ils n’aient accès à des synthés, à partir de loop de tape et de bruits captés dans la grisaille de leur ville.
Ce soir, on était bien loin de leurs premiers enregistrements austères, où Stephen Mallinder murmurait ses revendications écorchant le système capitaliste à coups de samples radio et de répliques de films. Sa voix déformée par la distorsion y égrenait « More meat for the mincer, more fuel for the wheels / More water / More meat / More fuel / More Boss / Kneel to the Boss. » Un peu cliché à dire, mais c’est toujours vrai. Comme beaucoup de choses que les jeunes éveillés beuglaient en 70-80.
J’adore le collage dadaïste de Cabaret Voltaire en studio, mais je dois avouer ne pas être assez dégourdie dans l’industrielle pour l’apprécier quand ça ne groove pas. J’ai été complètement séduite par leur mélodies synthpop plus structurées. Une qualité sonore limpide. Je pense à ce son de zip gras qui venue directement gratter un «Itch» dans mon cerveau ou à la track Kino, que je n’avais jamais pris le temps de bien écouter.
L’énergie 80’s m’a happée, difficile de ne pas embarquer. À plusieurs moments, la basse était si forte que Félix et moi nous sommes regardés, ébahis. De la musique qui doit s’écouter fort qui joue fort. C’est un luxe de ne pas pouvoir s’entendre pendant un concert.
Ce n’était pas un show réservé aux nostalgiques, on sentait complètement l’évolution expérientielle de Cabaret Voltaire, leur excitation errante et leur amour absolu pour leurs tounes.
L’ajout de Tara Busch aux synthétiseurs apporte une vraie bouffée de vitalité. La musicienne s’intègre si naturellement qu’on la croirait là depuis toujours, avec des lignes de synthé qui tombent systématiquement à point nommé. Elle dégage une force adolescente du haut de ses 52 ans. Elle empoigne les knobs de son synthétiseur avec une telle intensité que j’imagine une résistance.
Quelques bières plus tard au Quai des Brumes, je me prends à me justifier d’avoir autant aimé le show d’un vieux band. On me souligne tous mes « mais », comme si j’essayais de m’en défendre.























