jazz moderne

FIJM 2026 | Charles Lloyd, admirer un mythe et plus encore

par Alain Brunet

Être octogénaire bientôt nonagénaire, jouer du saxo ténor et de la flûte traversière. Généralement, lorsqu’on assiste au concert d’un musicien aussi âgé, on se mire dans son glorieux passé puisque nous sommes là devant un mythe vivant, à tout le moins un artiste respecté. Généralement, l’image qu’on en a l’emporte largement sur la qualité réelle de son exécution. C’est ce à quoi je m’attendais de Charles Lloyd samedi soir.

Et je m’étais trompé.

À 88 ans, le musicien américain devrait normalement avoir sérieusement décliné. Le son devrait s’être aminci, l’articulation nettement moins moindre qu’elle ne le fut, l’acuité des idées plus floue, en proie à la redondance. Étonnamment, Charles Lloyd réussit à déjouer les pronostics et le préjugé de l’âgisme. Bien sûr, il n’a pas le niveau qu’il a déjà eu, mais il réussit admirablement à exécuter de superbes musiques improvisées, sans ne rien laisser paraître de ce qui pourrait illustrer son propre déclin, voire sa disparition prochaine.

Le dos à peine voûté, Charles Lloyd reste longtemps debout, on lui donnerait 20 ans de moins pendant qu’il arpente, observe, écoute, joue. La sonorité toujours très ronde de son sax ténor est assorti de pétillements qui lui confèrent une texture unique, surout dans les mouvements lents de ses interprétations. Le phrasé est encore là au saxo comme il l’est à la flûte dont il tire encore un son acceptable.

Sur des tempos lents ou moyens, c’est une longue vie qui s’exprime ici avec le goût sûr qu’on connaît de ce légendaire hippie du jazz, entouré samedi de James Francies au piano, de Harish Raghavan à la contrebasse et Kwebu Sumbry à la batterie. Mon seul hic est le style extrêmement puissant de Francies, qui rappelle un tantinet McCoy Tyner, alors que les pianistes associés récemment à Charles Lloyd, Jason Moran et Gerald Clayton, me semble mieux assortis à l’approche zen et contemplative de leur vénérable employeur.

Ce fut quand même très beau de manière générale, surtout pour la verdeur d’un musicien qu’on allait admirer sans rien lui demander de grandiose. Contre toute attente, ce fut plus grand que nature.

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