OM | Gabriela Montero et l’Orchestre Métropolitain : la musique comme acte de liberté

par Alexandre Villemaire

La pianiste vénézuélienne de renommée internationale Gabriela Montero concluait sa présence à Montréal samedi avec l’Orchestre Métropolitain, dirigée pour l’occasion par la cheffe polonaise Barbara Dragan. Dans le mot d’ouverture que cette dernière à adresser au public – en français -, elle le taquine un peu en disant qu’ils pensaient être venus ici en passant échapper aux considérations politiques seraient déçu. En effet, les œuvres des trois compositeurs au programme, soit Gracyna Bacewicz, Dmitri Chostakovitch et Segrgueï Prokofiev, portaient toute l’empreinte de musiciens ayant expérimenté l’anxiété de la guerre, la censure et le contrôle politique 

Bacewicz a composé sa Symphonie no 2 en 1951. On y perçoit un langage néoclassique ainsi que des passages musicaux innovants. Les premières mesures du premier mouvement peignent des sonorités aux contours ambiguës, évoluant vers de percussions dissonantes avant de dévoiler un paysage lumineux et pastoral. Cette énergie très vive demeure toujours matinée d’un caractère un peu angoissant qui s’incruste dans l’harmonie en arrière-plan, comme si l’ombre de l’omniprésence des affres de la guerre n’était jamais vraiment loin. Ce jeu d’ombre et de lumière se traduit également dans le deuxième mouvement, marqué « Lento tranquille ». Le troisième mouvement est un « Scherzo » habituel au caractère de fanfare, un peu comme s’il évoquait les parades de la Libération. Le dernier mouvement vient conclure l’œuvre de manière vive et incisive, reprenant l’énergie du premier mouvement.

L’éclectisme caractérise le premier Concerto pour piano de Chostakovitch qui « bouscule un peu les bonnes manières » pour reprendre les mots d’introduction de maestra Dragan. Frappé lui aussi par le contrôle de l’Union soviétique sur son œuvre, son œuvre est imprégnée à différents égards des bouleversements sociaux et politiques qui ont traversé la Russie au XXe siècle. Son concerto passe par une ou plusieurs gammes d’émotions et d’attitudes. Il n’est pas d’une virtuosité aérienne, comme on pourrait trouver dans les concertos de Chopin, Beethoven ou Rachmaninov, mais il demande une maîtrise instrumentale très serrée ainsi qu’un contrôle des dynamiques et des affects. Gabriela Montero et Antoine Mailloux, qui joue une partie de trompette prépondérante dans ce concerto, s’enquièrent de cette tâche avec fougue et énergie communicative. Les premiers et troisièmes et quatrièmes mouvements sont ceux dans lesquels on retrouve le plus l’espièglerie, l’ironie et la parodie humoristique que Chostakovitch a dispersées dans son œuvre. Le deuxième mouvement, « Lento tranquille » est de facture plus classique, avec une énergie qui oscillait entre intensité et contemplation.  Comme elle à l’habitude de le faire, Montero qui a été chaudement applaudi, a offert en rappel une improvisation au public en lui demandant de lui proposer un thème musical. En bon public québécois, la Maison symphonique a entonné avec ferveur Gens du pays de Vigneault, que la pianiste vénézuélienne a utilisé comme matériau pour créer une œuvre d’une grande virtuosité.

En conclusion, l’Orchestre Métropolitain proposait des extraits du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev. L’agencement des mouvements reflétait bien la trame narrative du drame shakespearien et Dragan aux commandes de l’orchestre, a donné vie à la partition avec un très grand dynamisme et une énergie.  Que ce soit dans les tonitruants passages de percussions, où Barbara Dragan laissait les musiciens s’en donner à cœur joie, ou dans les moments d’une extrême délicatesse, comme la scène de Frère Laurent, avec ce thème ecclésiastique et noble entonné par le basson que les cordes accompagnent avec élégance. La « Mort de Juliette »  a conclu le concert dans une apothéose élégiaque.

crédits photo : François Goupil

classique / électronique / pop symphonique

Apashe x OSM

par Rédaction PAN M 360

Artiste et producteur à la signature sonore unique, Apashe s’est imposé comme une figure majeure mêlant électronique, hip-hop et influences orchestrales. Son univers puissant et cinématographique lui a valu une place singulière sur la scène internationale. Montréalais d’adoption, ce Belge au parcours fulgurant s’est produit sur de nombreuses scènes prestigieuses. Il franchit aujourd’hui une étape importante en présentant pour la première fois une version symphonique de son répertoire avec l’Orchestre symphonique de Montréal, offrant une expérience immersive d’une rare intensité.

Apashe, an artist and producer with a truly distinctive sound, has carved out a unique place in the music world by blending electronic beats, hip-hop rhythms, and orchestral grandeur. His bold, cinematic style has earned him international acclaim. Originally from Belgium and now proudly calling Montreal home, Apashe has lit up some of the world’s most prestigious stages. Today, he reaches a new milestone: unveiling, for the very first time, a symphonic interpretation of his repertoire with the Orchestre symphonique de Montréal—an immersive experience of extraordinary intensity.

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classique / période romantique / Piano

OM : Roméo, Juliette et les éclats d’un siècle à la Maison symphonique

par Rédaction PAN M 360

Sous la direction de la cheffe polonaise Anna Sułkowska-Migoń, trois compositeurs d’un siècle tourmenté se rencontrent dans un programme où la musique devient un éclat de liberté. Composé au moment charnière de son retour en URSS, le ballet Roméo et Juliette de Prokofiev naît du heurt entre aspirations personnelles et pressions politiques, porté par des mélodies expressives et une modernité éclatante. Le Concerto pour piano n° 1 de Chostakovitch, composé avant que la censure stalinienne ne s’abatte sur lui, surprend par son dialogue audacieux entre piano et trompette, propulsé par l’énergie de Gabriela Montero. La Symphonie n° 2 de Grażyna Bacewicz, écrite dans l’élan de l’après-guerre, allie tension et lumière, révélant la puissance créatrice et la résilience d’une compositrice visionnaire.

Under the baton of Polish conductor Anna Sułkowska-Migoń, three composers from a time of upheaval are brought together in a program where music becomes a spark of freedom. Composed at the pivotal moment of his return to the Soviet Union, Prokofiev’s Romeo and Juliet emerged from the tension between personal artistic ambition and political constraint, carried by expressive melodies and a strikingly modern tone. Composed prior to the tightening grip of Stalinist censorship, Shostakovich’s Piano Concerto No. 1 captivates with its bold dialogue between piano and trumpet, driven by Gabriela Montero’s energy. Grażyna Bacewicz’s Symphony No. 2, written in the immediate aftermath of World War II, marries tension and light, revealing the creative strength and resilience of a visionary composer.

Programme

BACEWICZ, Symphonie n° 2
CHOSTAKOVITCH, Concerto pour piano n° 1
PROKOFIEV, Roméo et Juliette (extraits)

Program

BACEWICZ, Symphony No. 2
SHOSTAKOVICH, Piano Concerto No. 1
PROKOFIEV, Romeo and Juliet (excerpts)

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classique / période romantique

OSM : Schubert selon Herreweghe

par Rédaction PAN M 360

Entre Mendelssohn et Schubert, un dialogue à travers le temps : celui d’un génie saluant un autre. Admirateur fervent de Schubert, Mendelssohn fut l’un des premiers à reconnaître la grandeur de sa musique et à la révéler au monde. Sous la direction sensible et lumineuse de Philippe Herreweghe, ce concert rend hommage à cette filiation artistique. Le Concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn, chef-d’œuvre d’élégance et d’inspiration lyrique, ouvre la soirée avec éclat. Puis la Symphonie n° 9 « La Grande » de Schubert – que Mendelssohn contribua à faire découvrir après la mort du compositeur – déploie toute sa puissance radieuse. Un voyage où l’admiration devient musique, où la passion d’un chef et d’un orchestre fait revivre cette amitié rêvée entre deux esprits fraternels.

Between Mendelssohn and Schubert, a dialogue across time—a genius saluting another. A devoted admirer of Schubert, Mendelssohn was among the first to recognize the greatness of his music and bring it to light. Under Philippe Herreweghe’s sensitive and luminous direction, this concert pays tribute to that artistic kinship. Mendelssohn’s Violin Concerto in E minor, a masterpiece of elegance and lyrical inspiration, opens the evening in brilliant fashion. Then Schubert’s Symphony no. 9, “The Great”—which Mendelssohn helped unveil after the composer’s death—unfolds in all its radiant power. A journey where admiration becomes music, where the passion of a conductor and orchestra revives the dream of friendship between two kindred spirits.

Programme

Felix Mendelssohn Bartholdy, Concerto pour violon, op. 64 (26 min)
Franz Schubert, Symphonie nᵒ 9, D. 944 « La Grande » (48 min)

Program

Felix Mendelssohn Bartholdy, Violin Concerto, op. 64 (26 min)
Franz Schubert, Symphony no. 9, D. 944 « The Great » (48 min)

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Le grand retour de Lang Lang avec l’OSM : une performance impériale

par Alexandre Villemaire

Le début de la 93e saison de l’OSM se poursuivait en grand mercredi soir avec le retour d’un invité de marque en la personne du pianiste chinois Lang Lang. La popularité du pianiste n’est pas à démentir au vu de la présence qu’il y avait dans la Maison symphonique.

En effet, très peu de sièges vides étaient visibles dans l’enceinte de la salle de concert que ce soit du parterre au balcon, et surtout dans le chœur qui avait été ouvert pour l’occasion et qui était rempli en totalité!  Une vue plus qu’imprenable sur les mains de l’interprète.

Pour beaucoup, dont celui qui écrit ces lignes, Lang Lang leur a été présenté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Beijing en 2008. Figure de proue de la musique et un de ses ambassadeurs les plus influents au monde, celui qui, à treize ans, remportait le Concours international Tchaïkovski des jeunes artistes, joue avec une dégaine désinvolte ainsi qu’avec une intensité et une fougue digne du caractère qui anime l’œuvre dont il était le soliste, le Concerto pour piano no 5 de Beethoven appelé « L’empereur ».

Dès l’ouverture qui place le piano à l’avant-plan avec de larges cadences ornementales, Lang Lang a martelé les touches avec vigueur dans une envolée spectaculaire, poussant l’instrument à son maximum, faisant pratiquement résonner l’ivoire du clavier. Le deuxième mouvement a amené un contraste frappant avec le premier par ce tapis de cordes absolument éthéré et mélancolique auquel se greffe le piano. Autant Lang Lang martelait avec intensité les touches dans le premier mouvement, autant dans le deuxième, son toucher était d’une des plus grandes délicatesses. Une des grandes qualités palpables dans la technique et le jeu de Lang Lang est son contrôle des nuances et des dynamiques qu’il arrive à se faire manifester dans un naturel et avec des couleurs absolument impeccables. Cet effet était bien présent dans le deuxième mouvement, mais très apparent dans le premier ou l’enchaînement des nuances fortes vers pianos entre l’orchestre et le soliste s’imbriquait parfaitement. La communion et la communication entre le soliste, le chef et l’orchestre étaient naturels, notamment dans ce duo avec les timbales qui va en decrescendo vers un des silences les plus absolus avant d’entamer, attacca le dernier mouvement flamboyant.

Dès la dernière note, il a reçu des applaudissements sonores et nourris du public, digne des plus grands rocks-stars. Après au moins 5 minutes d’applaudissement, il a gratifié le public de non pas un, mais de deux rappels, soit la Consolation no 2 en mi majeur de Liszt et la « Danse rituelle du feu » extrait du ballet El amor brujo de Manuel de Falla. Il aura fallu à la fin de cette pièce qu’il prenne amicalement par le bras Andrew Wan, premier violon de l’orchestre, pour signifier au public, qui en aurait demandé, qu’il fallait passer à l’entracte. 

Le concerto était précédé de l’Ouverture no 2 de la compositrice allemande Emilie Mayer, au style beethovénien consommé et a été succédé par une représentation sonore des paysages scandinaves de la Finlande de Jean Sibelius avec sa Deuxième symphonie.

L’OSM et Rafael Payare récidivent jeudi soir le 24 septembre avec un programme reprenant ces deux œuvres avec comme grande pièce soliste, le Concerto pour orgues, timbales et orchestre de Francis Poulenc avec Jean-Willy Kunz aux commandes du grand orgue Pierre-Béique.

crédits photo : Antoine Saito

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classique / période romantique / Piano

OSM : Le grand retour de Lang Lang

par Rédaction PAN M 360

Le phénomène Lang Lang revêt, l’espace d’une soirée, les atours d’un empereur. Dans le Concerto n° 5 de Beethoven, il déploie une virtuosité flamboyante, souveraine, qui semble s’affranchir de toutes les pesanteurs. Sous le geste visionnaire de Rafael Payare, cette quête de lumière se prolonge dans l’Ouverture n° 2 d’Emilie Mayer puis culmine dans la Symphonie n° 2 de Sibelius, cri d’émancipation d’un peuple écrasé. De l’Europe napoléonienne à la Finlande sous tutelle russe, la musique devient au final un espace où l’esprit refuse de se soumettre. Une soirée où l’art rappelle que la liberté est d’abord une force intérieure.

For one unforgettable evening, the phenomenon that is Lang Lang takes on the mantle of an emperor. In Beethoven’s Piano Concerto no. 5, he unleashes a dazzling, sovereign virtuosity that seems to transcend all weight and constraint. Under Rafael Payare’s visionary direction, this quest for light continues with Emilie Mayer’s Overture no. 2 and reaches its summit in Sibelius’s Symphony no. 2—a cry of emancipation from an oppressed nation. From Napoleonic Europe to Finland under Russian rule, music becomes a space where the spirit refuses to yield. An evening where art reminds us that freedom is, above all, an inner strength.

Programme

Emilie Mayer, Ouverture nᵒ 2 (10 min)
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano nᵒ 5, op. 73 (38 min)
Jean Sibelius, Symphonie nᵒ 2, op. 43 (43 min)

Program

Emilie Mayer, Overture no. 2 (10 min)
Ludwig van Beethoven, Piano Concerto no. 5, op. 73 (38 min)
Jean Sibelius, Symphony no. 2, op. 43 (43 min)

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classique moderne / musique contemporaine / période romantique

Un lancement de saison tout étoiles pour Yannick et l’OM

par Frédéric Cardin

Le lancement de saison 26-27 de l’Orchestre métropolitain (OM) sous la direction de Yannick Nézet-Séguin avait lieu hier à la Maison symphonique devant une salle passablement comble. Le thème des astres était illustré par les fameuses Planètes de Gustav Holst, ainsi que par une création de la compositrice anishinaabekwe Barbara Assiginaak, Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles). 

C’est cette dernière qui ouvrait l’après-midi (le concert était à 15h). Le public a eu droit à une œuvre resplendissante, scintillante de mille couleurs lumineuses, telle des milliers de joyaux sur un coussin de velours sombre. La partition oscille entre somptuosité ravellienne et miroitement contemporain, dans va-et-vient entre un atonalisme chaleureux et consonances cinématographiques. La foule a chaudement applaudi, à raison.

Un peu hors sujet, mais magistral dans son expression et surtout son interprétation, le Concerto pour alto de l’Anglais William Walton suivait avec énormément de panache. Une œuvre que l’on entend rarement sur nos scènes, et pourtant d’un impérial effet dramatique! Il faut dire que l’altiste Antoine Tamestit maîtrise cette musique sans anicroche. Un son ample et bourré de nuances, capable des plus délicats murmures sans nuire à une projection pleine et entière, comme des plus athlétiques fortes, sans perdre en qualité timbrale. Cet artiste joue, dans le sens holistique du terme : il regarde les musiciens de l’orchestre, les écoute, apprécie leur jeu, leur répond. Un vrai de vrai concertiste, pas un soliste ‘’avec accompagnement’’. Il est probablement là le lien avec le reste du programme : Tamestit est une étoile incandescente. L’homme, sympathique, a pris le micro pour remercier les musiciens (il avait raison, l’OM était dans une forme exceptionnelle) et annoncer un rappel : un arrangement de Flow My Teares de John Dowland. La mélodie poignante de la renaissance a donné quelques frissons, surtout dans son interprétation délicate en duo avec la harpiste de l’OM, Robin Best. On imagine agréablement un récital complet avec ces deux artistes. Pourquoi pas?

En finale, les Planètes de Holst ont pratiquement soulevé le plafond de la Maison symphonique. Yannick n’a pas hésité une seconde et a lancé la guerroyante Mars sur un rythme impitoyable. Avec un OM à son meilleur (chapeau aux solistes de tous les pupitres), le chef a ensuite dessiné une Vénus et une Mercure vibrantes de nuances avant de lancer la magistrale Jupiter à un tempo excitant. Merci de ne pas avoir ralenti son déroulement, ce qui arrive parfois avec quelques chef-fe-s. Ici, non, Yannick a choisi d’exprimer sans se gêner le sentiment de joie qui sous-tend le caractère octroyé par Holst à la géante. La portion centrale, et son thème imposant, avait toute la noblesse requise. 

Saturne et sa cadence appuyée, marquant le passage du temps, avait la puissance voulue et, surtout, exprimait efficacement la nature inéluctable de la marche vers la vieillesse. Uranus et son énergie allante (ainsi que le thème lancé au basson qui rappelle tellement L’Apprenti sorcier de Dukas) avait beaucoup de caractère, alors que l’ensemble se terminait sur l’impressionnisme, d’abord ombrageux puis évoluant vers la lumière, de Neptune. 

Le public était ravi. On ne peut qu’être d’accord avec lui. 

chant choral / chant lyrique / classique moderne / classique occidental / post-romantique

Un jeune Mahler en majesté pour l’ouverture de saison de l’OSM

par Alexandre Villemaire

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) rentre à la maison. Après une tournée triomphale cet été en Europe, qui l’a notamment conduit en Écosse, aux Pays-Bas ainsi qu’en Pologne, où l’orchestre a ouvert le festival “Chopin and His Europe”, la phalange montréalaise était de retour chez elle pour entamer sa 93e saison. Une saison qui s’annonce grandiose a proclamé avec enthousiasme et fierté Mélanie La Couture, présidente et chef de la direction de l’OSM.

C’était effectivement la dynamique sous-jacente de la programmation de ce concert d’ouverture qui mettait à l’honneur un jeune Gustav Mahler et un Mahler plus expérimenté. 

En première partie, c’est le baryton allemand Matthias Goerne qui s’est exécuté dans la performance d’extraits du recueil Des Knaben Wunderhorn [Le cor merveilleux de l’enfant], composé alors que le compositeur était dans la trentaine.

Nous avions parlé de la dernière présence de Goerne plutôt cet été au Festival de Lanaudière où il a interprété Die Winterreise de Schubert (voir notre critique). Si l’on retrouvait ici « l’interprétation incarnée et investie émotionnellement et physiquement » qui le caractérisait dans un contexte intimiste, le rendu avec grand orchestre était à son désavantage. Malgré une interprétation scénique et une vision claire de la représentation des textes qu’il chantait, son timbre se voyait souvent être noyé par la masse orchestrale que Payare collait à sa prose. L’essentiel en était pétri d’une énergie très intime dans Wo die shönen Trompeten blasen [Où sonnent les belles trompettes] et presque trop sereine dans Urlicht [Lumière originelle]. Ce n’est que dans les derniers lieder Revelge [Appel d’éveil] et Der Tamboursg’sell [Le petit joueur de tambour] qu’une énergie nouvelle s’est manifestée, changeant ainsi la dynamique de cette première partie en demi-teinte.

Le cœur du concert résidait véritablement dans la deuxième partie avec la cantate profane Das klagende Lied [Le chant de la lamentation]. On entend déjà dans cette œuvre de jeunesse composée à que Mahler n’a que 20 ans, tous les éléments timbrales, les idées et l’orchestration qui caractérisera le maximalisme de ses symphonies ultérieures comme la Symphonie no2 ou la Symphonie no8 dites « des Milles ». Mahler puise pour ce chant de la lamentation dans deux contes, l’un éponyme de Ludwig Bechstein (1801-1860), et l’autre des frères Grimm, Der singende Knochen [L’Os chantant]. Dans ce récit, deux frères, l’aîné, dur et violent et le cadet, tendre et doux, se mettent en quête d’une certaine fleur rouge qui leur permettra d’épouser une jeune reine. Le plus jeune la trouve. S’endormant au pied d’un saule, il est assassiné par son frère qui s’en empare. Plus tard, un ménestrel passant au pied du saule où gît le squelette du cadet ramasse un os duquel il sculpte une flûte. Lorsqu’il la porte à sa bouche, la flûte se met d’elle-même à chanter et à raconter l’horrible histoire du fratricide. Alors que c’est jour de liesse au château pour les noces, le ménestrel fait irruption, fait entendre ce chant où la flûte accuse directement le nouveau roi de l’assassinat. La foule se disperse, prise d’effroi, les murs s’effondrent, le silence tombe.

Mahler découpe habilement chacun des trois tableaux musicaux au moyen de représentation musicale évocatrice, et de leitmotivs récurrents qui se baladent entre l’orchestre, les solistes et le chœur, qui était d’une grande tenue.

Les solistes n’incarnent pas forcément des personnages définis. Ils sont tour à tour des conteurs qui racontent l’histoire et y donnent la narration. C’est la contralto Rose-Naggar Tremblay et le ténor Clay Hilley qui hérite de la grande partie de cette narration, chacun faisant montre d’une présence et d’interprétation solide dans leur voix respective, Hilley avec son timbre claironnant et rond et Naggar-Tremblay, toujours impérieuse et noble avec son timbre chaleureux et imposant. La soprano suédoise Miah Persson a offert une belle présence avec voix claire, mais dont le teneur peinait à s’imposer. Goerne est venu compléter ce quatuor vocal avec une mention au début du premier tableau. L’OSM et son chef étaient en grande forme, Payare peignant chaque détail du récit avec précision et avec la gestique engagée et dynamique qu’on lui connaît. 

Mention spéciale également pour le second petit orchestre, composé des bois et cuivre qui jouait le « fernorchester » [l’orchestre lointain] dans le dernier tableau à même la fosse de la Maison symphonique. Et oui, il y a une fosse d’orchestre dans cette salle! Après quinze ans d’activité, son usage était tout à fait idéal.

crédits photo : Antoine Saito

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néoclassique / new age / Piano

Ludovico Einaudi | Solo piano à la Maison symphonique

par Rédaction PAN M 360

Le pianiste Ludovico Einaudi interprétera son album Solo Piano, qui réunit sa première collection de compositions pour piano solo. Au cours des trois dernières décennies, Einaudi est discrètement devenu l’artiste classique contemporain le plus célèbre au monde avec ses œuvres qui ont touché des millions de personnes à travers le cinéma, la télévision et des concerts internationaux. Des scènes de l’océan Arctique aux résidences record au Royal Albert Hall, au Barbican et à l’Opéra de Sydney, Einaudi continue de faire découvrir sa musique évocatrice et cinématographique au public du monde entier, avec son orchestre ou seul au piano, là où tout a commencé.

Pianist Ludovico Einaudi will perform his album Solo Piano, his first-ever collection of compositions for solo piano. Over the past three decades, Einaudi has quietly become the world’s most successful contemporary classical artist, with music that has reached millions through film, television and live performances worldwide. From Arctic Ocean stages to record-breaking residencies at the Royal Albert Hall, Barbican and Sydney Opera House, Einaudi continues to bring his evocative, cinematic music to audiences around the globe, both with his ensemble and where it all started, on piano alone.

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classique / post-romantique

OSM : Payare dirige Poulenc et Sibelius

par Rédaction PAN M 360

Deux voix de la modernité se rencontrent ici : Poulenc et Sibelius, chacun ancré dans son époque, mais profondément attentif à l’héritage du passé. Ainsi, le Concerto pour orgue de Poulenc, que Jean-Willy Kunz incarne avec une intensité méditative, mêle solennité baroque et fulgurances du XXe siècle. Cette même tension féconde irrigue la Symphonie n° 2 de Sibelius, où le romantisme affleure sous une écriture audacieusement épurée. En prélude, l’Ouverture n° 2 d’Emilie Mayer agit comme un trait d’union : un romantisme affirmé, pont germanique entre les couleurs françaises et finlandaises, déjà porté par une voix singulière qui se projette vers l’avenir.

Two voices of modernity meet here: Poulenc and Sibelius—each firmly rooted in their time, yet deeply attuned to the legacy of the past. Poulenc’s Organ Concerto, brought to life by Jean-Willy Kunz with meditative intensity, blends baroque solemnity with flashes of 20th-century brilliance. That same fertile tension runs through Sibelius’s Symphony no. 2, where Romantic warmth emerges beneath a boldly pared-down style. As a prelude, Emilie Mayer’s Overture no. 2 acts as a bridge: a confident Romantic voice, a German link between French and Finnish colors, already projecting toward the future.

Programme

Emilie Mayer, Ouverture nᵒ 2 (10 min)
Francis Poulenc, Concerto pour orgue, cordes et timbales, FP 93 (24 min)
Jean Sibelius, Symphonie nᵒ 2, op.43 (43 min)

Program

Emilie Mayer, Overture no. 2 (10 min)
Francis Poulenc, Organ Concerto, FP 93 (24 min)
Jean Sibelius, Symphony no. 2, op. 43 (43 min)

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classique / post-romantique

OSM : Magnifique Mahler – ouverture épique

par Rédaction PAN M 360

Plongez dans l’univers foisonnant de Gustav Mahler, entre légende, poésie et émotion brute. Avec Das klagende Lied, œuvre flamboyante écrite à seulement 20 ans, Mahler signe un conte dramatique où passion et jalousie s’entrechoquent dans un tourbillon orchestral spectaculaire. En contraste, les lieder de Des Knaben Wunderhorn dévoilent un Mahler plus intime, rêveur, parfois malicieux, qui sublime en musique l’univers des contes populaires. Sous la baguette électrisante de Rafael Payare, le Chœur de l’OSM, l’Orchestre en pleine lumière et le baryton légendaire Matthias Goerne nous entraînent dans une fresque sonore à la fois grandiose et intime. Une soirée où Mahler fait battre le cœur du romantisme.

Dive into Gustav Mahler’s rich and vibrant world, where legend, poetry, and raw emotion collide. With Das klagende Lied—a dazzling work composed at just 20—Mahler crafts a dramatic tale where passion and jealousy clash in a spectacular orchestral whirlwind. In contrast, the songs of Des Knaben Wunderhorn reveal a more intimate Mahler: dreamy, playful, and deeply inspired by the charm of folk tales. Under the electrifying baton of Rafael Payare, the OSM Chorus, the Orchestra in full brilliance, and legendary baritone Matthias Goerne lead us through a sonic fresco that is both grand and deeply personal. An evening where Mahler makes the heart of Romanticism beat.

Programme

Gustav Mahler, Des Knaben Wunderhorn [Le cor enchanté de l’enfant]
Rheinlegendchen [Petite légende du Rhin] GMW 26 (3 min)
Wo die schönen Trompeten blasen [Où sonnent les belles trompettes] GMW 35 (7 min)
Urlicht [Lumière originelle] GMW 27 (4 min)
Revelge [Appel d’éveil] GMW 36 (7 min)
Der Tamboursg’sell [Le petit joueur de tambour] GMW 38 (5 min)
Das klagende Lied (version mixte en 3 parties) (65 min)

Program

Gustav Mahler, Des Knaben Wunderhorn [The Boy’s Magic Horn]
Rheinlegendchen [Little Rhine Legend] GMW 26 (3 min)
Wo die schönen Trompeten blasen [Where the Fair Trumpets Sound] GMW 35 (7 min)
Urlicht [Primeval Light] GMW 27 (4 min)
Revelge [Reveille] GMW 36 (7 min)
Der Tamboursg’sell [The Drummer Boy] GMW 38 (5 min)
Das klagende Lied (mixed version in 3 parts) (65 min)

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classique / Création / post-romantique

OM : Yannick dirige Les Planètes à la Maison symphonique

par Rédaction PAN M 360

Yannick Nézet-Séguin nous entraîne au cœur d’un univers sonore grandiose avec l’une des fresques les plus saisissantes du répertoire : Les Planètes de Holst. De « Mars » et ses percussions belliqueuses à « Neptune » enveloppée par des voix féminines éthérées, chaque planète révèle une atmosphère unique. Cette œuvre magistrale déploie toute la richesse et la variété des timbres orchestraux dans un périple aux émotions contrastées. Ce programme s’illumine de la voix chaleureuse et profonde de l’alto dans le Concerto de Walton, porté par la virtuosité d’Antoine Tamestit, maître incontesté de son instrument. En ouverture, la compositrice anishinaabekwe Barbara Assiginaak signe une création inspirée par le ciel étoilé et nous invite à porter attention aux messages qu’il nous envoie depuis les temps ancestraux.

Yannick Nézet-Séguin takes us to the heart of an expansive soundscape with one of the most powerful works in the repertoire: Holst’s The Planets. From the warlike percussion of “Mars” to the ethereal female voices of “Neptune,” each planet reveals a unique atmosphere. This masterpiece showcases the full richness and variety of orchestral timbres in a journey of contrasting emotions. The program is elevated by the warm, deep voice of the viola in Walton’s Concerto, brought to life by the virtuosity of Antoine Tamestit, an undisputed master of his instrument. Opening the concert is a new work by Anishinaabekwe composer Barbara Assiginaak. Inspired by the starry sky, the piece invites audiences to listen to the messages it has carried since time immemorial.

Programme

ASSIGINAAK, Shpiming Nangokaa (première mondiale, commande de l’OM)
WALTON, Concerto pour alto
HOLST, Les Planètes

Program

ASSIGINAAK, Shpiming Nangokaa (world premiere, commissioned by the OM)
WALTON, Viola Concerto
HOLST, The Planets

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