Paru à la fin Janvier 2025, Night Music for John Lennon est le quatrième album que le Boston Modern Orchestra Project (BMOP) et son directeur musical Gil Rose consacre au travail de Lukas Foss (1922-2009). L’une des figures proéminentes de l’avant-garde musicale américaine à partir des années 1960, Foss a pris la succession d’Arnold Schoenberg comme professeur de composition à UCLA et il est également le fondateur d’un quatuor de musique improvisée. Le disque sort simultanément à un autre album, The Jumping Frog of Calavares County, qui contient deux opéras en un acte de Foss.
La pièce titre n’a rien à voir avec la musique de Lennon, ou celle des Beatles. Il s’agit plutôt d’une élégie, une pièce écrite en réaction à l’assassinat de John Lennon le 8 décembre 1980, et que l’auteur aurait commencée le soir même. C’est une commande du quintette Canadian Brass, qui l’a créée en avril 1981. Le prélude est très solennel, les cuivres soufflant doucement une mélodie de longues notes qu’appuient les cordes de l’orchestre. La deuxième partie, « Fugue & Chorale », est plus agitée et le quintette de cuivre commence par se lancer dans un dialogue rythmique avec l’orchestre (et une guitare électrique) qui s’apaise d’abord avant de repartir de plus belle dans un élan chaotique, pour enfin s’éteindre et laisser place à une atmosphère très calme, que vient seulement troubler à la fin une attaque fatale.
Le Cello Concert (qui n’est pas un concerto) de 1966, écrit pour Mstislav Rostropovich, compte deux particularités intéressantes : une partie de violoncelle sur bande qui dialogue avec le soliste, et des choix laissés au chef sur la façon de jouer les sections II et III. Il n’y a pas d’enregistrement dans ces deux parties, mais elles peuvent être jouées de différentes façons selon les sections de l’orchestre, divisée en trois, que le chef choisit d’utiliser. Le présent enregistrement est le seul qui nous donne toutes les possibilités de permutations. On a donc trois versions du 2e mouvement, Lento, avec l’orchestre A, B ou C, et trois versions du 3e, Doppio piu presto, avec les orchestre A et C, A et B, ou C et B. Mais c’est bien la partie de soliste – David Russell ici – qui retient vraiment l’attention. Foss disait de sa pièce qu’elle n’est pas seulement « pour violoncelle », mais « à propos du violoncelle », et pas seulement pour M. Rostropovich, mais à propos du concept de virtuose. Le violoncelle enregistré revient au mouvement final, qu’il ouvre en jouant la sarabande de la Suite pour violoncelle seul no 5, de Bach, ouvrant un autre dialogue avec le soliste.
Le Concerto for Solo Percussion and Large or Small Orchestra (1974, Robert Schulz, percussion) est écrit dans un forme aléatoire, la partition étant faite de blocs de textes distribués selon des durées déterminées. Elle comporte aussi des éléments de mise en scène destinés aux instrumentistes et aussi aux éclairagistes ! Il y a ici aussi de la guitare électrique et, sorti de nulle part, un extrait d’une marche bien connue de John Philip Sousa. Ça s’écoute fort bien, et comme chaque interprétation est inévitablement différente, on en écouterait d’autres versions avec plaisir.