La « reine des botchs » débarque avec un premier album aux teintes folk et grivoises rempli de réflexions humoristiques et d’énergie brute. Sorti le 6 février, 100 filtres porte bien son nom pour le manifeste existentiel d’une jeune femme qui s’inscrira probablement dans la lignée des Bernard Adamus et Orloge Simard de ce monde. Réalisé par Tonyo Morin Vargas, on y observe des relents de musique traditionnelle québécoise, des arrangements de cuivres chauds et une poésie sans autocensure aucune pour surprendre quiconque s’y serait aventuré par hasard.
D’entrée de jeu, Et pis ça r’part nous entraîne, par le biais d’une intro d’harmonica bien sentie, dans la ride exaltée que sera l’opus. L’artiste y partage les questions qui la hantent avec une touche comique et un solo de piano groovy, nous présentant le personnage avec autodérision: «Est-ce que j’deviens une championne mondiale d’échecs, j’vas tu m’faire tatouer en République Tchèque?/ J’m’en vas-tu faire un doctorat hors-diplôme, j’devrais-tu faire teindre mes sourcils chrome? ».
Puis, viennent Nicachet et Six-pack, énergiques et rythmées, pour nous parler respectivement de son amoureux et d’un funky-party. Elles défrichent efficacement la voie pour Mange-moi donc, un fuck you musical où le segment déluré de l’album atteint son paroxysme avec quelques rimes incisives.
Dans un autre ordre d’idées, la mélancolique Blonde à personne s’enchaîne comme une fanfare triste avec ses jolis arrangements de trompette pour nous confier : « J’s’rai pas la blonde à personne pis en plus de ça j’ai les cheveux châtains/ Chu d’jà coincée dans un grand monde d’hommes, pourquoi donc j’en voudrais su’ mon chemin? ». Les inspirations chaleureuses du sud se font plus accentuées encore sur Lequel tu liches?, à propos d’un jeu pas très propre, et Smoke, sur la cigarette, qu’on retrouve un peu plus loin.
Enfin, le presque rigodon sur la dépendance Problème nous sert quelques lignes sans stress, « C’est si riche et savoureux les arômes des joies des anxieux/Les élans prennent enfin un sens dans l’air léger de la dépendance », assorties d’une parenthèse de violon pas piquée des vers. Le premier extrait Dodo Bangbang suit et mène joliment à la dernière, Blanc, qui clôt l’écoute à la lueur d’un espoir en l’amour.
Somme toute, un premier album entraînant, libre et authentique, qui s’écoute en bonne compagnie et préférablement en état d’ébriété. Alice Bro pose ici avec ses acolytes les bases d’un folk grivois féminin bien réalisé qui fait du bien à entendre et nous remplit d’excitation pour la suite de son univers !























