The Spits : Court, toujours

Entrevue réalisée par Patrick Baillargeon

Les Spits refont surface avec l’album VI et, encore une fois, ils font ça court et ils font ça bien.

Genres et styles : garage-punk / punk rock

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Crédit photo : Keith Marlowe

C’est à un Lance Phelps plutôt inquiet qu’on a parlé au lendemain des élections présidentielles américaines. Le batteur du groupe de Kalamazoo, au Michigan, ne cachait pas ses craintes alors que rien n’était encore joué dans cet état clé où se trouvent aussi plusieurs milices d’extrême droite armées jusqu’aux dents. Plutôt que de retenir son souffle en attendant les résultats officiels, il nous a parlé de VI, le nouvel album des Spits paru neuf ans après le précédent, V. Les dix chansons que contient VI, la plupart sous la barre des deux minutes, sont un condensé de plaisir, du pur punk-rock lo-fi sale et faussement crétin dans la veine de ce que la bande a toujours fait depuis ses débuts sur disque en 2000. Réalisé par le prolifique et polyvalent Erik Nervous sur un simple quatre-pistes, VI prouve en 17 petites minutes que, non, les Spits n’ont pas changé d’un iota… et personne ne s’en plaindra.

PAN M 360 : Bon, avant toute chose, est-ce réellement votre sixième album, car on en compte plus que ça sur certaines pages vous concernant ?

Lance Phelps : C’est probablement plus le huitième, en réalité. Si tu comptes 19 Million A.C. qui inclut un tas de singles et de trucs qui n’avaient pas été largement diffusés, et il y a aussi Kill The Kool qui est aussi du même genre… Si tu ajoutes ces deux-là, ça pourrait être le huitième album ! Mais ces deux-là ont des noms et les autres ont des numéros, donc VI est le sixième.

PAN M 360 : VI est donc votre premier album studio complet en neuf ans, pourquoi est-ce que ç’a été si long ?

LP : Pour être franc, chaque fois que je m’absente du groupe, plus rien ne se passe. Il y a quelques années, Erin (Wood) et moi avons commencé à parler de faire un nouveau disque des Spits. Il voulait savoir si je serais intéressé à travailler à nouveau avec eux. J’ai dit oui, alors nous avons commencé à travailler et rassembler du nouveau matériel. Ça ne se passait pas très bien et nous avons fait une petite pause, puis nous y sommes revenus plus tard et les choses ont semblé s’arranger. Mais Shawn et son frère Erin ont une relation de travail difficile (rires). Peut-être que j’en dis trop, mais ils ont du mal à s’entendre, alors mon travail au fil des ans a toujours été d’être une sorte d’intermédiaire entre eux deux pour calmer le jeu. Ils ont du mal à faire les choses ensemble, ils sont trop différents. Ça ne leur prend pas beaucoup de temps pour commencer à se chamailler dès qu’on les laisse seuls dans la même pièce. C’est assez cliché. Enfin… Au moins, nous nous sommes réunis et nous avons pu accomplir quelque chose. En fait, nous sommes très heureux de la façon dont les choses ont tourné. Jusqu’à présent, les réactions semblent très positives, l’album se vend très bien [au moment d’écrire ces lignes, l’album est en rupture de stock, quelques jours après sa sortie]. Ça nous donne un bon coup de pouce, d’autant que nous avons l’intention de sortir quelques EP, dont certains l’année prochaine. Nous allons donc faire une petite poussée de créativité et probablement semer de nouveau à tous vents.

PAN M 360 : J’ai lu que vous aviez enregistré ce disque dans un sous-sol, où et comment exactement avez-vous mis VI en boîte au juste ?

LP : Normalement, nous enregistrons nos albums sur plusieurs mois et jamais complètement au même endroit. Nous allons dans deux ou trois studios différents, mais celui-ci est le premier que nous avons enregistré nous-mêmes à 100 %, dans le sous-sol d’Erin, au Michigan. Ç’a été fait avec les moyens du bord, un vrai labour of love

PAN M 360 : Mais n’avez-vous pas enregistré ce disque avec Erik Nervous ?

LP : Nous avions commencé à enregistrer avant qu’il arrive dans le décor. Erik a 30 ans de moins que nous et il est très doué pour les trucs technos. Pas mal plus que nous. Le fait qu’il soit là pour diriger, appuyer sur les boutons et s’occuper de tout le côté technique a donc été très utile. De plus, nous nous entendons bien. Quand tu vas dans un studio et que tu te retrouves avec des ingénieurs de son bien établis, ils veulent parfois mettre leur touche personnelle, mais ça n’a pas du tout été le cas cette fois-ci. Erik est talentueux, il est très calé en ordinateurs, en logiciels et en techniques d’enregistrement. Même si nous ne nous sommes pas servis d’une console de 64 pistes à la pointe de la technologie, nous n’avons pas besoin de tant d’overdubs de toute façon. Et puis, c’est une nouvelle ère, je pense que les groupes n’ont plus besoin d’utiliser ce genre d’intermédiaire. Il y a tellement de logiciels d’enregistrement disponibles qu’on peut apprendre à se servir de ces appareils par soi-même. Ça ne veut pas dire qu’on devient des Phil Spector en une semaine, mais de toute manière nos besoins ne sont pas très sophistiqués. 

PAN M 360 : Enregistrez-vous toujours avec des moyens aussi limités ?

LP : Non, nous avons travaillé avec de très bons producteurs dans de très bons studios. Nous avons toujours préféré les studios qui utilisent encore des bandes de 2 pouces et de l’équipement analogique. Mais pour celui-ci, j’ai vraiment insisté pour qu’on l’enregistre nous-mêmes, je ne voulais pas aller dans un studio. J’ai donc dû négocier parce que personne ne croyait vraiment que nous pouvions le faire nous-mêmes. 

PAN M 360 : Il est clair que la production de vos disques est quelque chose de très important pour vous. Vous avez un son et un style qui vous est propre et que vous semblez avoir bien travaillé d’un disque à l’autre. C’est même assez impressionnant. Donc, comment faites-vous pour obtenir un son si distinctif ?

LP : Je pense que, comme tout le monde, nous suivons les traces de certains géants. Nous avons nos influences, nos goûts, il s’agit simplement de ce qui sonne bien selon nous. Si c’est trop propret, si les guitares n’ont pas assez de distorsion ou si elles sonnent ringardes ou surproduites, ce n’est pas pour nous. Ça se fait vraiment chanson par chanson, de quelle façon nous voulons qu’elle sonne, en essayant de recréer le son que nous avons en tête. Mais ça aboutit toujours au même résultat : un son boueux et merdique (rires). Je suppose que c’est notre signature !

PAN M 360 : Dans le communiqué qui accompagnait le lancement de VI, il était écrit que le groupe retournait aux sources. C’est un peu étrange car il me semble que vous ne vous êtes jamais bien écartés de vos sources, non ?

LP : Je ne pense pas qu’on en serait capables même si on essayait. Je crois qu’on a dit ça lors d’une entrevue il y a un an ou deux. C’était peut-être l’intention que nous avions, mais une fois que l’on s’engage dans la voie de l’écriture et de l’enregistrement des chansons, ça devient autre chose. Nous avons peut-être eu l’intention de revenir à nos racines, peu importe ce que ça signifie, mais voici ce que ç’a donné et nous allons laisser le public en décider. C’est très difficile d’écrire et de jouer dans un style qui n’est pas le sien. Chaque fois qu’on essaie de faire quelque chose qui sort des sentiers battus, ça finit par nous ressembler de toute façon. Je me demande même pourquoi on se donne cette peine. 

PAN M 360 : Avec tous les troubles sociaux que vous avez connus aux États-Unis, votre dangereux président et la pandémie qui nous affecte tous, dirais-tu que l’année 2020 est une année punk ?

LP : Nous écrivons des chansons sur le déclin de la civilisation depuis que nous avons commencé, c’est un peu notre truc. Je pense que c’est une année punk dystopique, mais pas très punk pour ce qui est de s’amuser. Si c’est du punk, la révolution punk ne semble pas avoir beaucoup de succès. J’aimerais que ce soit une année plus punk. J’aimerais que la Maison Blanche soit prise d’assaut et qu’on traîne le président dehors, ça ce serait punk. Ce que l’on voit en Amérique n’est pas vraiment punk. Les pires côtés du peuple américain sont exposés. C’est maintenant normal de montrer à quel point il est une merde raciste, sexiste, fanatique et ignorante, et qu’il en est fier et agite notre drapeau à la face du monde. Il faut espérer qu’il y aura plus de gens et d’artistes punks qui s’organiseront, qui se feront entendre et qui lutteront contre cette tendance révoltante. J’arrive à un point dans ma vie, et je pense que nous y arrivons tous, où il est très difficile de comprendre ce qu’est le punk ou même si c’est quelque chose, en fait. 

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