Quatuor Molinari: Exploration sonore d’Ouest en Est

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Tardivement, la COVID a frappé le Quatuor Molinari peu avant Noël, à tel point que l’ensemble a dû remettre deux fois plutôt qu’une ce riche programme intitulé Exploration Sonore. 

Constitué d’œuvres modernes et contemporaines des plus audacieuses et avant-gardistes, le menu proposé mercredi prochain fait appel au génie du Polonais Krzysztof Penderecki, du Hongrois Belà Bartok, du Grec (né en Roumanie) Iannis Xenakis dont c’était le 100e anniversaire de naissance en 2022, mais aussi aux propositions singulières de compositeurs nés aux portes de l’Orient, soit l’Iranien Showan Tavakol et l’Azérie Franghiz Ali-Zadeh. 

Premier violon, directrice artistique et fondatrice du Quatuor Molinari, Olga Ranzenhofer nous fournit quelques éléments de compréhension de ces œuvres avant leur exécution, prévue le 18 janvier, 19h30, au Conservatoire de musique de Montréal.

PAN M 360 : Nous avons abordé très sommairement ce programme en septembre dernier dans le contexte de la saison entière du Quatuor Molinari, soyons cette fois plus spécifique avec le programme Exploration sonore.

OLGA RANZENHOFER : Lorsque j’ai choisi le thème Odyssée sonore (présenté l’automne dernier), j’avais déjà oublié que j’avais précédemment trouvé le titre Exploration sonore (rires). Mais il y a quand même un fil conducteur entre les deux programmes car certaines œuvres sont jouées dans chacun. Ainsi, on commence le concert avec une œuvre exploratoire de Penderecki, son Quatuor no.1 composé dans les années 60. Le sonorisme battait son plein à cette époque, il ne fallait surtout pas faire de vraies notes, c’était complètement free! Alors ce sont des bruits… on tape de la main gauche sur les cordes, sur l’instrument, il y a des col legnos, des pizzicatos d’autres effets. C’est une œuvre très puissante qui commence dans le bruitisme et qui est ensuite ponctuée par ces pizzicatos qui prennent de l’ampleur. Il y a donc une variété de propositions formulées dans une structure solide.

PAN M 360 : C’était donc au plus fort de la période expérimentale de Penderecki!

OLGA RANZENHOFER : Oui. Il faut aussi dire que sa partition est très belle à voir, on doit obéir à des signes non conventionnels et ça crée une espèce de tension chez les interprètes. Ils doivent jouer intensément tout en déchiffrant. L’exécution est pensée non pas en mesures mais en secondes,  il y a une ligne du temps et à toutes les 5 secondes. À l’intérieur de ces séquences, une ligne verticale sépare chaque seconde et les notes sont disposées dans ces intervalles illustrés par ces lignes. Tu peux alors devoir jouer au début, au milieu ou à la fin de cet intervalle. Et il y a beaucoup d’aléatoire, de liberté dans l’interprétation. Autant la partition est très précise dans le temps, autant il y a une grande marge de manœuvre dans l’exécution. On aime beaucoup cette pièce qui avait été conçue à l’origine pour le Quatuor LaSalle et que nous avons aussi enregistrée.

PAN M 360 : On ne poursuit pas dans la facilité, puisque vous avez choisi Ergma, de Xenakis, afin de souligner son 100e anniversaire de naissance – plus exactement le 29 mai dernier.

OLGA RANZENHOFER : On part du sonorisme de Penderecki pour ensuite aborder Xenakis, dont l’œuvre est d’une incroyable densité. Ça donne parfois l’impression que nous formons un octuor! Les instruments y jouent souvent deux notes à la fois, souvent des septièmes. C’est un bloc sonore qui exige de ses interprètes une grande intensité. Le rythme est lent, émaillé d’accords plaqués.  Vraiment intéressant, mais pas facile de jouer ce Xenakis! En tout cas, c’est une bonne entrée en matière avec cette œuvre « mono-bloc », qui inclut notamment un solo d’alto qui joue fortissimo pendant que les autres jouent piano et procèdent à de petites interventions. Vers la fin on joue chacun une note, une sorte d’éclaircie avant qu’on reprenne l’effet octuor.  Ça crée un genre de malaise haha ! Tout un parcours. 

PAN M 360 : On passe ensuite à l’Est, plus précisément en Iran avec ce compositeur installé à Montréal pour des études supérieures.

OLGA RANZENHOFER : Showan Tavakol  fait à Montréal son doctorat en composition avec Ana Sokolovic, et qui a composé pour nous une pièce qu’il a intitulée Hologramme modal en plusieurs mouvements.  De lui, nous proposons cette Création pour quatuor et kamânche. Showan, il faut dire, est un virtuose de cette  vielle à pic persane, jouée à la verticale. L’oeuvre est donc conçue pour quatuor et kamâche – deux mouvements sont  prévus avec le soliste et les autres pour quatuor seul. On y explore les musiques modales iraniennes, qui comprennent des quarts de ton ou même des deux-tiers de ton. On essaie ainsi de changer notre son pour satisfaire l’objectif du compositeur, soit fusionner ses propres traditions  à la musique contemporaine de l’Occident.

PAN M 360 : De l’Iran nous partons et nous voilà en Azerbaïdjan.

OLGA RANZENHOFER : L’œuvre de la compositrice Franghiz Ali-Zadeh  avait été écrite pour Kronos Quartet, peu après la mort tragique du fils du violoniste David Harrington – directeur musical du Kronos. C’est une écriture plus occidentale que celle de son collègue, mais elle réussit à faire le pont entre la musique occidentale et celle des territoires désertiques de l’Azerbaïdjan. Dans cet esprit, l’œuvre s’intitule Oasis que la compositrice décrit elle-même comme un lieu de calme, de repos, de refuge. La pièce compte un enregistrement avec des sons de gouttes d’eau, un chant des gazelles de l’amour, d’inspiration iranienne… Moi, j’y entends le bruit des caravanes dans le désert, j’y perçois un bouhaha humain à l’approche de l’oasis. Et puis on arrive, aaaah! Il faut dire que cette œuvre peut avoir un double sens, dans le contexte de  la tragédie mortelle survenue pendant la composition. Les gouttes d’eau peuvent aussi être des larmes…

PAN M 360 : Et on conclut avec Bartok, son fantastique Quatuor à cordes no.3.
OLGA RANZENHOFER : On joue des œuvres récentes dans l’ensemble de ce programme : 1960, 1994, 2022 et… 1927! Cette œuvre de Bartok est d’une grande modernité, c’est le quatuor à cordes où il est allé le plus loin dans la recherche, avec des effets très particuliers pour l’époque, et un contrepoint très serré. La deuxième partie arrive au moment de la récapitulation de la première, celle-ci arrive juste avant la récapitulation de la 2e et ainsi de suite. Tout est imbriqué, tricoté serré, c’est vraiment génial. Une grande exploration sonore en 1927. Alors ce sera un beau concert !

PROGRAMME :

Krzysztof Penderecki : Quatuor no 1

Iannis Xenakis : Ergma

Showan Tavakol : Création pour quatuor et kamânche

Franghiz Ali-Zadeh : Oasis

Béla Bartók : Quatuor no 3

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