Paul Jacobs : seul maître à bord

Entrevue réalisée par Patrick Baillargeon

À la veille de son concert en webdiffusion à M pour Montréal, Paul Jacobs nous parle de son prochain album, de celui qui va suivre et de son autre passion, l’illustration et le dessin.

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Si Paul Jacobs se retrouve bien souvent entouré de plusieurs musiciens sur scène, c’est seul avec lui-même qu’il aime composer, créer et enregistrer sa musique. Tout aussi habile avec la batterie (on l’a vu derrière les fûts chez Pottery), la guitare, les claviers, la console de mixage que le dessin et l’animation, le musicien de Windsor, exilé depuis quelques années à Montréal, présentera son huitième album sur scène dans le cadre de M pour Montréal. En attendant le disque, qui paraîtra au courant de l’année prochaine, il nous dévoile Thanks, un premier morceau tiré de la compilation Sounds From Mothland Vol. 1 – la bande à qui on doit entre autres le festival Distorsion – dont Paul Jacobs a illustré la pochette. 

PAN M 360 est allé à la rencontre virtuelle de ce prolifique et polyvalent artiste, dans son studio maison.

PAN M 360 : Tu as un parcours assez atypique. De batteur pour des formations métal, tu t’es retrouvé en one-man band garage, puis à chanter et jouer de la guitare avec sept ou huit personnes sur scène dans une sorte de maelström psychédélique noise supersonique. 

Paul Jacobs : Je jouais de la batterie dans plusieurs groupes de métal. À Windsor, d’où je viens, il y avait beaucoup de groupes de métal et de hardcore-punk. Je ne voulais donc pas jouer de la musique aussi folle tout le temps mais plutôt faire des trucs comme les Beatles, jouer de la batterie comme Ringo Starr et tout ça… alors j’ai décidé d’apprendre la guitare en 2010. Et puis, j’ai commencé à faire des chansons à partir de là, des trucs que j’aime plus. Mais la batterie est mon principal instrument, quand j’ai démarré Pottery, c’était surtout parce que je voulais jouer de la batterie à nouveau. 

PAN M 360 : Tu as enregistré pas mal de démos durant les derniers mois, dont une partie a servi à la création de ton prochain album… 

Paul Jacobs : Je viens de terminer un album et je commence le prochain parce que j’ai beaucoup de temps à la maison. Je joue et j’enregistre ici quand j’en ai envie.

PAN M 360 : On en sait déjà pas mal au sujet de ton prochain album qui paraîtra sur le label montréalais Blow The Fuse en 2021, mais on ne peut pas tout révéler. Secret défense ! Donc, sans risquer d’en dévoiler trop, peux-tu nous dire plus ou moins de quoi il sera fait ?

Paul Jacobs : Bien sûr ! Ma dernière parution date d’il y a deux ans, je crois. J’ai l’impression d’être passé par une période de transition par rapport à la musique que je veux faire; quelque chose de moins fou, un son plus défini, mieux enregistré. J’ai enregistré cet album avec exactement le même équipement que mes autres albums, mais je me suis efforcé de faire un meilleur mixage, avec plus de clarté et moins de noise. Entre ce nouvel album et le précédent, j’étais plus dans le folk et j’ai commencé à écrire beaucoup de chansons dans ce style. Mais ensuite, avec le temps, j’ai amené beaucoup plus d’éléments psychédéliques, comme les synthés, la batterie et d’autres choses. C’est donc comme un mélange de chansons folk et de rock ‘n’ roll psychédélique. C’est bien que j’aie pris cette petite pause parce qu’elle m’a aidé à comprendre où je voulais aller. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais fini par sortir un album folk.  

PAN M 360 : Donc, comme pour tes autres albums, tu as tout fait tout seul ou tu as eu un peu d’aide cette fois-ci ? 

Paul Jacobs : Non, je l’ai fait par moi-même, comme tous les autres. J’ai aussi fait l’enregistrement et le mixage ici à la maison, mais j’ai fait faire le matriçage par Oliver Ackermann de Death By Audio/A Place To Bury Strangers.

PAN M 360 : Puisqu’il est différent des précédents, quelles ont été les sources d’inspiration pour ce prochain album ?

Paul Jacobs : La raison pour laquelle j’ai voulu changer de son, c’est par rapport aux vidéos d’animation que je fais. Je trouve que c’est plus facile et surtout mieux de faire des vidéos pour des chansons qui ont plus d’émotion au lieu de chansons punk. Tu peux y mettre plus de sentiments. Et y’a aussi que j’écoute plus de trucs comme Cass McCombs, Kurt Vile, des choses comme ça. J’ai voulu faire des chansons qui s’en rapprochent. J’écoute aussi pas mal Gene Clark, les Byrds, Tucker Zimmerman, surtout dans la façon qu’il a d’écrire ses paroles… Des trucs folky dans ce genre, tu vois ? 

PAN M 360 : Donc as-tu d’abord construit l’album en t’imaginant des vidéos ou des images ?

Paul Jacobs : Un peu, oui. C’est ce qui m’a poussé à changer mon son. Je cherchais à faire une musique qui corresponde davantage à mon style de dessin, qui serait plus facile à illustrer. En fait, quelque chose qui ressemble plus à ce que j’écoute quand je dessine.

PAN M 360 : C’est toujours toi qui te charge d’illustrer tes pochettes et qui fait tes vidéos, non ?

Paul Jacobs : Oui, mais j’ai travaillé avec d’autres gens pour certains clips. Par contre, je me charge de toute l’animation. Je pense que la musique et les illustrations devraient aller de pair, je cherche toujours à fusionner les deux. Tout ça, c’est mon projet-passion, si tu veux. Faire de la musique et dessiner, c’est tout ce que j’ai envie de faire, et là, j’ai la possibilité de faire l’un et l’autre et de les relier. En plus, je peux faire tout ça de chez moi, ce qui est encore plus agréable. J’ai aussi fait la pochette pour la compilation sur Mothland, celle de l’album de Pottery ainsi que les vidéos, un clip aussi pour Elephant Stone… Ça me plaît de travailler sur d’autres projets, c’est une sorte de défi que je me donne, essayer de faire un truc qui ne soit pas trop moi, si tu vois ce que je veux dire. Je fais aussi quelques t-shirts pour différents groupes. Pour ce qui est de faire des clips d’animation, on me le propose parfois, ça demande vraiment trop de temps, c’est dingue. Je préfère passer ce temps à faire des trucs pour moi. 

PAN M 360 : Tu disais un peu plus tôt que tu travailles déjà sur un autre album, as-tu envie de nous en parler ?

Paul Jacobs : Ce sera pas mal dans la veine de ce que j’écoute en ce moment à la maison. J’ai envie de faire de la musique que j’aimerais écouter chez moi. Et, une fois de plus, c’est pas mal à base de batterie. La batterie est vraiment présente et j’aimerais faire quelque chose d’un peu plus sombre en quelque sorte. Un truc plus sérieux, plus onirique mais sombre. Pas de dream-pop mais plutôt une sorte de rêve étrange, tu comprends ? Ce sera assez différent du disque qui sortira sur Blow The Fuse, la réalisation sera meilleure, je crois. À chaque album, je m’améliore au niveau de la réalisation, de mes techniques d’enregistrement et tout ça. Ce sera ce que j’ai fait de mieux jusqu’à présent sur le plan de la réalisation, je te dirais; j’ai de nouveaux micros, de nouvelles interfaces…

PAN M 360 : Quel genre de concert vas-tu présenter à M pour Montréal ?

Paul Jacobs : Je fais grosso modo le même show que j’ai donné au dernier Taverne Tour, mais avec six musiciens au lieu de sept. C’est pas mal cool ! Je joue surtout des morceaux de mon prochain album et un titre de mon précédent, Easy

PAN M 360 : Et du côté de Pottery, quelles sont les nouvelles ?

Paul Jacobs : Pas grand-chose à vrai dire. Parce qu’on ne peut pas faire de tournées, chacun est retourné chez lui. Je dirais que le groupe est en pause en ce moment. Le groupe n’est pas mort, un groupe ne meurt jamais vraiment ! Tout le monde prend une petite pause, c’est tout. Il y a des groupes qui ne peuvent pas travailler s’il n’y a pas une tournée à la clé, s’il n’y a pas quelque chose qui ravive la flamme. 

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