N’ayez pas peur, saisissez fermement l’audace qui se cache au fond de vous pour entrer à l’intérieur du Mind Maze. Pour cela, Trees Speak vous invite à imaginer l’acte désespéré, passionnel, mais pacifique, d’un coup de révolver cérébral tiré au hasard dans la foule : un appel au meurtre. De qui ?! Mais … DADA ne vous a-t-il jamais parlé ? Ce n’est qu’une illusion d’optique, plongez d’abord la plaque photographique du visage dans le bain acide.

Afin de bien comprendre ce nouvel album, tracez dans vos esprits un labyrinthe brumeux de miroirs déformants où règne la tension d’un film noir dans lequel la victime, l’assassin et le détective sont une même et unique personne mais ne se connaissent pas. Si chacun dit le contraire c’est parce qu’il a raison. Vous me direz que cela est un paradoxe. C’est DADA qui commence à vous parler. DADA se manifeste toujours par des actes violents que la raison n’a pu combler de mots ou de conventions. Là où le oui et le non se rencontrent pour contempler la naissance de l’homme nouveau dans la douleur.

Préparons le grand spectacle du désastre, l’incendie, la décomposition ! La publication d’une critique de la technique est maintenant devenue une affaire de courage civique. Pas pour Trees Speak. Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire au besoin stérile du progrès vieillot du bourgeois illettré. Après tout, il n’y a pas de réalisation plus classique du surréalisme que l’ensemble formé par une machine et l’être humain qui se tient devant elle. Si le monde devait plonger dans un état de pathologie collective, alors l’anti-dadaïsme serait une maladie.

Préparons la suppression du deuil ! Je sais que vous vous attendez à des explications sur Trees Speak. Je n’en donnerai aucune. Expliquez-moi pourquoi vous existez. Vous n’en savez rien. L’automatisme psychique pur évitera simplement à l’homme de se figer en automate mécanique. Le principe d’indétermination, l’antimatière, la relativité, Hitler, la relativité, la cybernétique, l’ADN, la théorie des jeux etc. Il y a quelque chose dans l’air. La science décrit le monde mais ne l’explique pas. Nos sentiments sont en retard sur nos actes. Nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès moisi a de nouveau conclu un pacte avec la barbarie. Tout ceci n’était qu’une tentative pour rendre impuissant l’absurde et son jeu fou du néant. C’est un échec. 

DADA a des propriétés thérapeutiques.

D

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DADA DÉCIDE

Nul n’est censé ignorer D∀ᗡA.

TREES SPEAK :…..(Geistermaschine)……….Le……le……le…….le…..désert……..est…….un………espace……..de…….liberté……..pour……..la……….création………….Il………..se………développe……….en………nous……..d’une……..manière……que…….nous…….ne……..pouvons………..pas…….comprendre…..end……end……end.………Dada……………………………………………………………………..V…..V……V……Vertigo…….of…….Flaws……..a……..été…….écrit……….sans……….aucune………..pensée……mais……avec……..nos……..émotions……(boum)…..(boum)……(boum)……..Une……grande…….partie……..a…….été…….réalisée……..séparément,……..une……..partie………à……..New…….York……..et………une…….partie……à…….Tucson………pendant……le……COVID…….Nous…….voulions…….faire……quelque……..chose…….d’ImPaRFAiT……..C’était…….une…….expérience…….difficile…….à…….réaliser……….Mais……..nous………avions…….aussi……..l’impression……..que……..c’était……quelque……..chose…….que………nous…….devions………faire……….Ce……fut……..un……..véritable…….CHAOS……..de……..sortir…….tout………ça……..de……..notre……….cœur…………..∞+1=∞…………….1=0………01010111……….01000001…….01010010………01010111………….01000101………….01000010……(BIP)…………………(BIP)……………………(BIP)………Mind….Mazenimmt…..die….Zuhörermit….aufeine….Klangreise….durch….verschiedene….Stimmungen…..und….Dynamiken,die….sowohl….Schönheit….als….auch….Dunkelheit….umfassen…..Wirhoffen,….dass….das….Album….die….angeborene….Neugier….des….menschlichen….Geistesund….unseren….angeborenen….Wunsch….einfängt,sich….in….dieunerforschten….BereicheunsererExistenz….zuwagen……………(BIP)…………………(BIP)……………………(BIP)………..01010111……..01001111……..01010010……….01001100………..01000100……………….(uuuuuuuuu)……………..……(uuuuuuuuuuuuuuuuuuu)……..…………………(uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu).……………………Nous……essayons……..de…….retranscrire……..quelque……..chose……….qui……..n’est……..pas…….tangible,…..une…….émotion……..C’est…….très………particulier……Nous……….le……..faisons………depuis……..des………années………Nous………n’avons………même………pas………besoin……..de………..mots………pour………communiquer……….C’est………tellement……..OOOOOORGAAAAAAAANIIIIIIIIIIIQUE……….C’est……….comme………une………exploration……….Il……..y………a……..beaucoup………de…….route……….Dans…….certaines………chansons,…….il………y……..a…….un…….détour…….Il……..est……….facile………de………..retomber……..dans…….le……..même…….chemin……..traditionnel……..Un………..film………serait……….la………prochaine………étape……….enrichissante………..pour……….nous……….Nous………..nous……….inspirons………..de………..certains………films………classiques…………Mais………..si……….les…….gens……..peuvent………créer……….un……….film………pendant…….une……..minute……….dans……..leur…..esprit,……alors……c’est………la…..plus………belle……..chose………que………nous……….puissions……….accomplir……….Les……….chansons………..parlent……….de……….choses………qui………..existent……….et……..elles………..attendent……….que……….quelqu’un……..les……….trouve………….Cette……….année,……une……….machine………a……….dit……..qu’elle……….pouvait……..ressentir……….des……….émotions………..Nous……….y………voilà………Nous………..sommes……….déjà……….dans……..le………futur………..Nous………..sommes…….déjà………dans……….une……….SIMULATION…………Notre………..façon……….d’aborder………..la………..musique………est…….totalement………liée……..à………notre……..recherche………..La……..musique………..crée……….des………..formes……..Même……..si………cela………semble…………abstrait,………nous………sommes……….tous………..deux……….à……..la……….recherche………de………….quelque…………chose…………..Bien………..que……….nous………ne………..sachions………..pas………..ce……….que…………c’est………..Nous…….le…….savons……..tous……..les……..deux………ensemble…………Lorsque………..nous………enregistrons,……..nous……..savons……..ce……….que………nous……….nous……….racontons………..Le……..fil……….conducteur……….entre………..les………disques……….est……..notre……….relation……….Elle………..est……..en………constante…………évolution…………Elle……….est……….toujours………en………train……..de……….changer………..C’est……….un…….être……..en……..évolution………Ce……..n’est………pas……….un………..groupe…………C’est………une……FORCE………..DE………..VIE…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….BA………BOOM

Personne ne peut échapper au sort. Personne ne peut échapper au labyrinthe. Il n’y a que le labyrinthe qui puisse vous faire échapper au sort. Der Minotaurus hat einen Zauber in das Labyrinth unseres Geistes gelegt.

Trees Speak est formé par Damian Diaz et Daniel Martin Diaz. Mind Maze est le sixième album studio du groupe, sorti sur le label britannique Soul Jazz Records. La pochette est une collaboration entre l’artiste Charlie Elms, l’artiste peintre Genevieve Zacconi et le graphiste Eric Adrian Lee.

Crédit photo : Jacob D Gonzalez ( de gauche à droite : Gabriel Sullivan, Damian Diaz, Craig Dreyer, Alex Pope, Daniel Martin Diaz) au studio Mighty Toad à Brooklyn, en juin 2022.

Le nom de Murray A. Lightburn est probablement mieux connu en tant que chanteur et auteur-compositeur principal du groupe The Dears, ici à Montréal. Mais son plus récent album solo, Once Upon A Time In Montreal, mérite d’être reconnu à sa juste valeur. Inspiré par la vie de son ancien père, un musicien de jazz du Belize qui a déménagé à Montréal en passant par New York pour renouer avec son amour d’adolescence, Once Upon A Time In Montreal a été écrit par Murray pour se mettre dans la peau de son père.

Son père a été marié à la mère de Murray pendant 56 ans, jusqu’à ce qu’il décède en avril 2020 dans une maison de retraite du Québec où il vivait avec la maladie d’Alzheimer. En réfléchissant à ce scénario, Murray a fini par découvrir qu’il ne voulait pas faire un disque sur la mort de quelqu’un, mais un disque qui imaginait ce que ressentait son père, un Noir qui travaillait et qui avait déménagé toute sa vie pour être avec l’amour de sa vie. Murray a dû jouer les détectives pour reconstituer l’histoire de son père, en parlant avec sa mère et en plongeant dans ses propres souvenirs sur ses expériences avec l’homme réservé.

PAN M 360 s’est entretenu avec Murray sur la terrasse du Café Olimpico au sujet de Once Upon A Time In Montreal et de la nouvelle orientation qu’il a prise en matière de composition, comme il l’a fait avec la musique du film I Like Movies, un nouveau film sur le passage à l’âge adulte des cinéphiles.

« Tout ce que je fais, je veux que ce soit racontable », me dit Murray en sirotant un expresso. « J’ai réfléchi à la prémisse de cet album en venant ici, et c’est mon père qui a déménagé ici, pour une femme, sans vraiment vouloir être ici. Il voulait juste être avec elle. C’est ainsi que je pense à des millions de personnes qui se réunissent de cette manière. Ils déménagent parce que quelqu’un a une opportunité. Et ils sont prêts à la soutenir. Et à l’accompagner. Ils ne veulent pas abandonner cette idée. C’est ce que j’espère que les gens comprennent ».

PAN M 360 : D’accord. Vous nous racontez donc un peu plus de son histoire à Montréal, à travers vos mots ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui. Ce que vous savez d’abord ce qui fait partie de l’histoire, c’est que mon père est mort. Les gens meurent. Ce n’est pas grave. Il était vieux et vulnérable. Il n’y avait pas d’autre moyen pour que cela se passe bien. Au début de la pandémie, on s’est dit : « Bon, il n’est plus là ». Je ne voulais donc pas faire un disque sur la mort de quelqu’un, ou pire, sur mon chagrin face à la mort de cette personne. Je voulais faire quelque chose qui soit fidèle à son histoire, et son histoire, bien qu’unique, est aussi très commune. Je me souviens avoir réalisé cela lorsque nous sommes allés au cimetière et que la pierre a finalement été posée. Je n’étais pas allé dans un cimetière depuis longtemps. Nous sommes donc allés voir la pierre pour dire quelques mots, car nous n’avons pas pu assister aux funérailles.

PAN M 360 : Oui, effectivement, la pandémie ne le permettait pas.

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui, seule ma mère a été autorisée à y aller tandis que le reste de la famille, environ 30 à 40 personnes, était en conférence téléphonique pour écouter le déroulement des événements. C’était brutal. Moi et ma famille, assis dans le salon sur le haut-parleur, nous écoutions « Ok, ils le mettent en terre maintenant ». Puis quelqu’un a prié. C’était comme écouter un enterrement à la radio et ce n’est pas ce que je voulais écrire ou chanter. Cela fait partie de l’histoire mais je voulais un peu plus d’éloge funèbre, vous voyez ?

PAN M 360 : Et écrire cette histoire pour l’album, apprendre ces histoires sur votre père, diriez-vous que cela vous a rapproché de lui ? Vous chantez de son point de vue dans quelques chansons ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui. Cela dit, il s’agit d’un point de vue imaginé. J’imagine que s’il pouvait trouver en lui la force de se révéler, d’une certaine manière, sur la voie de sortie, voici ce qu’il aurait à dire. Vous faites ce que vous pouvez faire. Je ne suis pas en thérapie ! (rires) Il a sculpté toute sa vie autour de sa relation avec ma mère, n’est-ce pas ? C’est ce qui a tout influencé. Et c’est la seule chose qui a un sens chez lui. Et c’est la seule chose à laquelle je peux m’identifier, à part la musique, parce qu’il était musicien et tout ça. J’aurais aimé que nous ayons cette conversation. Au lieu de cela, vous savez, j’ai dû faire mon propre travail de détective.

PAN M 360 : La musique a en quelque sorte sa propre forme de thérapie cathartique ? Vous écrivez une chanson pour faire sortir un sentiment que vous ne soupçonniez peut-être pas ?

MURRAY A. LIGHTBURN : C’est vrai, mais cela n’a pas commencé intentionnellement. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de m’y mettre, disons-le. En attendant qu’il parte, même avant la pandémie, chaque fois qu’il avait un rhume ou la grippe, c’était une question de temps. Puis il revenait et nous rigolions, en nous disant que rien ne pouvait abattre ce type. Puis, quand c’est arrivé, c’était si rapide. Comme lors d’un accident de voiture, il y a tout un protocole et tout un mécanisme qui se met en place. Le remplacement de la voiture, le rapport de police, ceci, cela… Je n’aime pas faire cette comparaison, mais c’est la seule autre que je puisse faire, car il y a tout un tas de choses à faire.

Quand quelqu’un meurt et qu’il est proche de vous, tout vous tombe dessus. Appeler le gouvernement, obtenir le certificat de décès, s’occuper des pompes funèbres. Il y a une chanson sur l’album qui s’appelle « No New Deaths Today ». En fait, cela vient d’un titre que j’ai lu quelques mois après sa mort. Le soleil brillait, j’ai lu ça et je me suis dit : « C’est comme ça qu’on est optimiste maintenant ? J’ai commencé à voir les aspects comiques de tout cela.

PAN M 360 : De la mort en général ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui, tout simplement la situation, ou du moins la mienne. À un moment donné, le cercueil qu’ils avaient choisi, à la manière classique de Montréal, était en rupture de stock ou quelque chose comme ça. Ils n’avaient pas son cercueil au moment de son décès. J’ai donc dû composer avec cette situation. À l’origine, son cercueil était orné de mains de prière. Ils n’avaient plus de cercueils avec des mains de prière. C’est la veille du jour où ils l’ont enterré. C’était bizarre de devoir gérer ça. Vous êtes dans le brouillard de sa mort et il n’y a plus de cercueil choisi. On s’est donc retrouvé avec la Vierge Marie sur le cercueil. Il y a une phrase dans la chanson [No New Deaths Today] :  » Aucune main en prière n’essuiera nos larmes « , ce qui est triste, mais pour moi, cela vient de mon sens très sec de la comédie noire.

PAN M 360 : La première fois que j’ai écouté l’album, il m’a vraiment rappelé les vieux disques de jazz crooner des années 50 et 60. Comme Nat King Cole ou quelque chose comme ça. Et je me suis dit qu’il n’y avait plus beaucoup de disques faits comme ça, qui racontent une histoire du début à la fin, cette façon traditionnelle de faire un disque.

MURRAY A. LIGHTBURN : Je crois comprendre ce que vous dites. Et je pense que c’est aussi quelque chose qui est toujours important pour moi, et j’espère que d’autres artistes se mettront au défi de créer ou de s’en tenir à certaines traditions d’écriture de chansons. Je pense qu’il y a encore beaucoup d’espace pour créer des choses qui racontent des histoires de manière significative. Parce qu’il y a un million d’histoires, mec, un million d’histoires. Et je pense que chaque histoire a des rebondissements uniques. Mais, vous savez, la façon dont l’entreprise évolue est axée sur les gains les plus courts, les gains à court terme. Le bon volume d’affaires, c’est tout ce dont il s’agit. C’est un peu comme le magasin à un dollar, où l’on peut entrer et acheter autant de déchets que possible pour 20 dollars. Et puis, rien de tout cela ne dure. Tout va soit au recyclage, soit à la poubelle, soit à l’océan un jour – ce n’est qu’une absurdité jetable.

PAN M 360 : C’est l’ère du streaming, c’est sûr.

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui, mais je pense qu’il y a encore un public pour les gens qui recherchent quelque chose d’un peu plus significatif. Et si j’ose dire, artisanal, de type boutique. Je pense qu’il y a un appétit pour cela. Malheureusement, c’est complètement détruit par l’espèce de magasin à un dollar de l’industrie musicale actuelle.

PAN M 360 : Votre père jouait-il de la musique à la maison ? Est-ce que vous écoutiez de la musique en famille ?

MURRAY A. LIGHTBURN : J’ai tellement de souvenirs de musique jouée dans la cave. Mon père avait une chaîne stéréo qu’il aimait beaucoup et à laquelle il consacrait beaucoup de temps. Il y avait de tout, des huit pistes aux cassettes, en passant par les disques et les cassettes. Je me souviens d’avoir entendu beaucoup de musique en permanence. Je me souviens d’avoir entendu beaucoup de musique tout le temps.

PAN M 360 : Avez-vous déjà parlé de musique ensemble ? Il était saxophoniste et vous appreniez à jouer de la musique ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Il n’a jamais voulu que l’un d’entre nous fasse de la musique. Il décourageait la musique. Mais en même temps, lorsque nous montrions de l’intérêt pour la musique, il nous disait : « D’accord, tu veux jouer de la batterie ? D’accord, je vais t’envoyer chez Jimmy Charles ». C’est un batteur. Jimmy Charles était un gars avec qui il jouait, un gars de jazz, alors je suis allé voir Jimmy Charles, quand j’avais 12 ou 13 ans, j’ai pris des leçons avec Jimmy Charles. Je cherchais ma voie dans la musique, et de temps en temps, il intervenait et disait :  » C’est plus comme ça « , tu dois le faire comme ça. Je crois que je me souviens que mon père m’a appris la mélodie de  » ‘Round Midnight », dont je ne me souviens plus maintenant. Je jouais de la guitare, il jouait une ligne et je la reproduisais à la guitare.

PAN M 360 : Et vous écriviez aussi de la musique quand vous étiez enfant ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui. Nous avions un vieux clavier dans le salon et personne n’en a jamais joué, sauf moi. Je m’asseyais là, avec mes écouteurs, et je passais toute la journée assis là à composer sur ce clavier. Sa mémoire était tellement limitée. Je veux dire que nous sommes dans les années 80. Chaque fois que je faisais quelque chose, je devais l’enregistrer sur une cassette avant de pouvoir l’effacer et faire quelque chose de nouveau. J’avais un tas de cassettes de morceaux de musique sur lesquels je travaillais. J’avais 14 ou 15 ans, ou quelque chose comme ça. Mon père en a entendu quelques-uns. Et, vous savez, certains de ces morceaux étaient assez compliqués, très réfléchis, avec toutes les parties et tout le reste.

Quand j’entends de la musique, c’est généralement tout, toutes les mélodies et toutes les parties, comme un nuage de musique cauchemardesque. Maintenant, j’ai appris à faire le tri dans le bruit, à me concentrer sur les éléments importants et à sculpter à partir de là. Mais mon père était drôle parce que, malgré tout cela, il savait que je n’étais pas un très bon musicien. En fait, je suis un très mauvais musicien. Je ne suis pas un bon pianiste, le pire joueur de piano que vous puissiez rencontrer, principalement parce que je ne m’entraîne pas, n’est-ce pas ?

J’ai toutes les idées en tête, je peux faire quelques accords, je peux en jouer, mais je suis un très mauvais pianiste. Je suis un piètre guitariste. Avant, ça allait, quand je jouais vraiment beaucoup. Et maintenant, je n’ai plus aucune compétence. Je ne suis tout simplement pas un bon musicien. Mon père, son musicien préféré de tous les temps, c’était John Coltrane. Il savait donc que je n’atteindrais jamais ce niveau. Et il me disait : « Tu n’es pas un grand musicien, mais tu es un compositeur ». Et cela m’a vraiment marqué.

PAN M 360 : Ce n’était pas décourageant à entendre quand on était enfant ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Non, ce n’était pas négatif. Je me disais simplement :  » Il a raison. Je vais me concentrer là-dessus. Et c’est ce que j’ai fait. C’est ce que j’ai fait tout au long de ma vie : me concentrer davantage sur la composition du travail. Vous pouvez toujours trouver un million d’interprètes pour jouer ce que vous voulez. Il y a des tonnes de gars qui peuvent jouer n’importe quoi. Et les gens passent leur vie à s’entraîner et à jouer. C’est donc comme si quelqu’un pouvait déjà le jouer. Pourquoi est-ce que je veux le jouer ? Je me concentre sur le fait de dire à tout le monde ce qu’il faut jouer (rires). Je veux dire, si je pouvais simplement composer de la musique, faire en sorte que les gens la jouent. C’est un peu mon rêve. C’est pourquoi je m’oriente fortement dans cette direction.

PAN M 360 : Composer. Comme la musique de I Like Movies. Vous voulez donc en faire plus ?

MURRAY A. LIGHTBURN : Oui, parce que je trouve que c’est la plus grande partie de moi dans le diagramme. C’est la partie la plus importante. Le métier d’artiste n’est pas quelque chose que j’ai toujours aimé (rires). Je n’ai jamais eu envie d’être sous les feux de la rampe. J’apprécie que l’on reconnaisse mon travail et que l’on ne l’ignore pas complètement, mais uniquement dans la mesure où cela me permet d’être pris en considération pour d’autres travaux. Je ne veux pas être exclu.

Sous étiquette Disques 7ième Ciel, la formation montréalaise LaF a fait récemment paraître son deuxième album, Chrome. Les voilà à l’assaut du MTELUS, ce pourquoi nous avons ramené à l’ordre du jour cette interview mise en ligne en mars dernier.

Depuis la sortie de leur dernier EP Soin Entreprise en 2020, les trois rappeurs du collectif ont fait fleurir leur flow et leur plume en empruntant chacun la route solo. Jamaz a ouvert le bal avec Les Ennuis (2020), suivi de Bkay avec Midi-Pile (2022) et Mantisse avec Colin-Maillard (2022). Cette fois-ci, ils reviennent à la charge avec le bouquet de sonorités le plus assumé et diversifié de leur carrière.

Comme à l’habitude, le producteur montréalais Bnjmn.lloyd est omniprésent, mettant la table avec des sons complexes et atmosphériques. LaF a fait appel à d’autres artistes pour la création de ce projet : Blaise Borboën-Léonard y joue du violon, le rappeur SeinsSucrer s’éclate sur Le Champ des possibles et Pops & Poolboy de Clay and Friends ainsi qu’Hologramme ont donné un coup de pouce à la production. Aussi, la formation victorieuse des Francouvertes 2022, Rau Ze, se joint à LaF sur Blue Cheez, l’un des meilleurs morceaux de l’album.

Chrome est un projet ayant une identité visuelle et sonore assez sombre. Dans le premier droit de l’album, les trois hommes posent sur des instrus très chargés, grandement inspirés du UK Garage. Le rythme effréné de LaF dans des sons tels que Terrain Supérieur et Pièges fait écho au rythme de vie rocambolesque des trois mousquetaires du rap kéb au cours des dernières années. Toutefois, une certaine lueur d’espoir se manifeste au fil du projet, démontrant le cheminement personnel parcouru par les trois emcees.

LaF produira son nouvel album sur scène pour la première fois au MTELUS, le 14 avril prochain.  

PAN M 360 : Comment s’est déroulée la création de Chrome?

LAF : Avec l’arrivée de la pandémie, nous avons eu l’idée de se lancer en solo. En parallèle, nous avons débuté la création de Chrome en juillet 2020. On avait loué un chalet pour deux semaines et nous avons amené tout notre studio pour créer là-bas. C’est comme ça que nous fonctionnons en général pour les albums. Nous ne savions pas trop vers où on s’en allait, mais au fil du temps, nous avons accumulé des maquettes et le projet a pris vie. Tous nos autres projets ont été créés sur une période d’environ un an, en général. Pour Chrome, ça nous a pris près de trois ans. C’était important pour nous de se laisser respirer et ça se ressent dans l’album, dans les propos et dans la production. Nous avons fait plusieurs séances au chalet et nous avons peaufiné nos morceaux à Montréal. Les deux collaborations ont été réalisées dans la dernière année. Nous pensons que ce projet est un véritable miroir de nous-mêmes. C’est le résultat de nombreuses heures de remise en question et d’introspection. C’est un album qui est lourd de sens pour nous. C’est assez intense de se dire « Ok, on a terminé pour de vrai le projet. » Les derniers mois ont été super rock’n’roll pour nous, sur plein de facettes différentes et ça fait un énorme bien.

PAN M 360 : D’où proviennent le nom Chrome et l’identité visuelle du projet?

LAF : Lorsque nous étions en tournée, Mantisse a eu l’idée d’avoir une seule couleur pour notre album. Nous étions tous d’accord qu’on voulait avoir quelque chose de très uni et absolu. C’est là que nous avons eu l’idée de faire usage du chrome et du métal fondu en guise d’esthétique. À ce moment-là, nous étions encore au début de la création et nous nous sommes tout de suite accrochés au concept. Ensuite, plus on créait, plus on se rendait compte que l’album allait être non seulement visuellement sombre, mais aussi sombre au niveau des paroles. On parle quand même de nos angoisses individuelles et en tant que groupe. On a vieilli au cours des dernières années et c’est certain qu’on voit la vie différemment. Veux, veux pas, ça clash avec nos anciens projets qui étaient plus lumineux. Il y a quand même des morceaux plus lumineux dans la deuxième moitié de l’album, mais en général c’est assez sombre. Les deux vidéoclips qui sont déjà sortis sont dans le même élan, mais le prochain aura davantage de lumière.

PAN M 360 : Que raconte Chrome?

LAF : Chrome, c’est un peu la suite logique de la pandémie et de notre arrivée à la mi-vingtaine. Ce projet reflète une certaine prise de conscience qui s’est manifestée chez chacun d’entre nous et les changements dans nos vies. Ça parle des périodes d’indécision et de notre vision de l’avenir. Je pense qu’on s’est resserré autour de ça et ça a défini beaucoup. Nous n’avions pas nécessairement prévu que l’album ait des moments plus sombres et d’autres, plus lumineux, c’est juste le reflet de nos vies. En gros, c’est un recueil des émotions et des processus que nous avons vécus au cours des dernières années. La création de Chrome c’était un long parcours, une sorte de pèlerinage.

PAN M 360 : Les productions du premier droit du projet sont très rythmées et très inspirées par le UK garage. Est-ce que cela fait en quelque sorte écho à votre style de vie au cours des dernières années?

LAF : Ouais, 100%, les dernières années ont été intenses. Il y a eu la pandémie qui était une période d’incertitude pour nous et nous avons aussi fait beaucoup de shows dans les dernières années. C’est beaucoup de haut et de bas, beaucoup d’émotions. C’est vrai que c’est un peu la folie pour les premières chansons, le début de l’album est 100% clairement plus intense. Après, ce n’est pas nécessairement que c’est plus smooth, mais c’est assurément plus digérable. Mais c’était voulu, c’était dans l’idée de refléter un peu le chaos que nous avons vécu tous ensemble et les éclaircies qui s’en suivent.  Il y a eu un moment dans le début du processus de l’album où on a eu un intérêt en termes de production autour du UK Garage, puis des productions genre up-tempo, drum and bass. Après ça, nous sommes partis dans plein d’autres directions. C’est clair qu’il y a clairement eu dans le début de production un élan vraiment assez intense. Ces sessions-là de musique étaient super intenses et on passait à travers plusieurs émotions pendant la création.  Il y avait une espèce de tourbillon dans le studio et on est devenu assez investi dans la musique.

PAN M 360 : Qu’est-ce que vos aventures respectives en solo vous ont apporté pour votre création en tant que LaF?

LAF : Ça nous a surtout apporté une meilleure connaissance de nous-mêmes. Ça nous a permis d’avoir un oeil nouveau sur la création et d’avoir plus de facilité à essayer de nouvelles choses. Ça nous a clairement donné davantage confiance et le goût d’amener LaF à un autre niveau. C’était bien de voir que nous étions capables de créer par nous-mêmes et de connaître nos capacités personnelles. Ça nous a permis de respirer un peu et ça nous a assurément aidés par la suite.

PAN M 360 : Comment est née votre collaboration Blue Cheez avec Rau Ze?

LAF : Nous avons plusieurs amis en commun avec la chanteuse de Rau Ze, Rose Perron, et nous avons suivi de près son parcours aux Francouvertes. Depuis plusieurs années, nous allons toujours aux soirées des Francos. Nous avons tous été très impressionnés par ses prestations. Nous l’avons croisé au festival La Noce à Chicoutimi et on a passé du temps avec elle. Nous nous sommes vraiment bien entendus avec elle. Pendant la création de l’album, on a eu l’idée de l’inviter sur le morceau. On se disait qu’elle pourrait vraiment bien faire sur la production de Blue Cheez. La création était super facile avec elle et son collègue Félix Paul. On est vraiment content du résultat.

PAN M 360 : Est-ce que d’autres projets solo sont en vue? Est-ce que vous souhaitez vous concentrer sur LaF dans le futur?

LAF : Nous ne savons pas vraiment pour l’instant, seul l’avenir nous le dira! LaF c’est un collectif artistique, mais c’est avant tout un groupe d’amis qui adorent faire de la musique ensemble. C’est un peu comme un foyer qui ne s’éteint jamais. C’est certain que les projets solos, ce n’est pas terminé. On va toujours s’arranger pour que nos carrières solo et LaF ne se chevauchent pas. Nous pensons que nos projets individuels complètent LaF. Ce collectif est notre projet de vie, et nous allons le défendre comme si c’était notre premier né.

« Entre une pandémie et les tambours guerriers, la douceur s’impose », affirme François Dompierre, compositeur, communicateur, producteur et écrivain québécois lorsqu’il aborde le sujet de Phonèmes, un disque paru en novembre 2022 sous étiquette GFN Productions. Réalisé grâce au concours de l’orchestre FILMharmonique et de son chef, Francis Choinière, l’album regroupe sept pièces contemplatives, certaines de nature spontanée et d’autres tirées de musiques de film,  toutes spécialement adaptées par le compositeur et son jeune acolyte. Enregistré à la Maison symphonique en mars 2022, ce nouvel opus offre le portrait sensible d’un créateur dont la carrière est depuis longtemps intimement liée à la musique de film, cheval de bataille admirablement défendu par Choinière et l’ensemble qu’il dirige. PAN M 360 s’est entretenu avec monsieur Dompierre pour en apprendre davantage sur ce projet, dont la qualité et le soin justifient amplement une diffusion plus large.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous éclairer sur la genèse du projet Phonèmes ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : L’album est le fruit du hasard. Tout cela m’est venu durant la pandémie. L’orchestre FILMharmonique et son chef, Francis Choinière, cherchaient du matériel et moi, d’autre part, j’avais cette idée-là en tête. Nous nous sommes donc rencontrés. C’était une belle coïncidence.

PAN M 360 : Ce contexte de pandémie a-t-il affecté vos choix quant au répertoire que vous souhaitiez mettre de l’avant ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : Oui. Personnellement, j’ai passé une pandémie plutôt heureuse. J’étais bien, c’était tranquille et je pouvais me promener tranquillement dans la rue sans me faire frapper. Au lieu d’entrer en réaction, j’ai décidé d’épouser cet état d’esprit. Le mot d’ordre était : restons calmes !

PAN M 360 : En parlant de votre choix du mot « phonèmes », vous avez fait allusion à une « rumeur musicale » ou à un « vent mélodique ». Dans ce terme, je vois aussi l’essence même du langage, voire son ADN. Peut-on affirmer que cette musique est votre ADN ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : On peut dire ça, oui. Ce sont des thèmes qui me ressemblent beaucoup, des thèmes improvisés que j’ai repris ainsi que des thèmes de films, ce qui représente la grande partie de ma production. Un autre titre pour cet album aurait pu être Couleurs du temps. L’expression « rumeur musicale » m’est venue parce que c’étaient des pièces dans l’ère du temps, à l’image d’une rumeur qui court.

PAN M 360 : Vous avez exprimé une certaine réticence lorsqul’on vous a proposé de travailler avec Francis Choinière. Qu’en était-il exactement ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : Francis m’a été recommandé par quelqu’un que je connais bien et que je respecte, Denis Chabot, qui est lui aussi musicien. Lorsque je lui ai manifesté mon appréhension, il m’a dit : « Attention, c’est une grosse pointure. Il n’a peut-être que 24 ans, mais il a du talent ». Comme j’en ai 80 et que j’en ai vu passer des jeunes qui avaient soi-disant du talent, j’étais un peu sceptique. Avoir du talent, c’est un prérequis, mais qu’est-ce que ça veut dire au juste ? C’est seulement 25% de l’affaire. Cependant, j’étais prêt à donner sa chance au coureur. 

Quand Francis est arrivé chez moi, je lui ai fait entendre des maquettes et lui ai montré des partitions. Au bout d’une minute, il m’a arrêté et s’est mis à en faire l’analyse devant moi. C’est là que je suis tombé par terre. J’ai tout de suite compris que j’avais affaire à quelqu’un de sérieux. Il est revenu plus tard avec une préparation d’une partition que je lui avais donnée et m’a donné des recommandations sur le plan de l’interprétation. Je n’étais pas d’accord avec toutes ses suggestions, mais nous avons tout de même pu discuter d’égal à égal, et ça, c’était fantastique. 

Je l’ai ensuite vu diriger et l’affaire était bouclée. Il me rappelait beaucoup, mais en plus réservé, Yannick Nézet-Séguin, avec qui j’avais collaboré alors qu’il n’avait que 19 ans. Il a ce même genre de talent extraordinaire. Cela dit, la comparaison avec Yannick s’arrête là, parce que Francis a sa propre compagnie de production, qu’il organise ses concerts et qu’il remplit ses salles par l’utilisation des réseaux sociaux, ce qui témoigne également d’un grand talent d’organisation. Il n’a rien à envier à personne.

PAN M 360 : Phonèmes est donc un brassin collaboratif ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : Exactement !

PAN M 360 : Le documentaire Passé recomposé de la cinéaste Tara Johns, qui traite du processus de la création de cet album, est en ce moment disponible en ligne sur le site du Festival international sur le film d’art (FIFA). Il est fort rare qu’une œuvre musicale, quelle qu’elle soit, bénéficie d’un tel traitement. Pourtant, nous en avons assez peu entendu parler dans les médias. Avez-vous d’autres aspirations pour la diffusion et la visibilité de Phonèmes ?

FRANÇOIS DOMPIERRE : Non. Professionnellement, ça ne me concerne plus. GFN Productions a ses propres façons de faire. Je sais qu’ils ont mis des trucs en ligne et qu’ils continuent à jouer des pièces issues de l’album en concert. Moi j’ai écrit et ça me suffit amplement. Je n’ai donc pas d’ambition en ce sens. 

En fait, je n’ai jamais d’ambition par rapport à mes œuvres, quelles qu’elles soient. Une fois qu’elles sont écrites et enregistrées, elles ne m’appartiennent plus, à moins qu’on me demande des droits d’utilisation. Je préfère les laisser vivre et les regarder de loin. J’observe la portée qu’elles ont et j’applaudis, tout simplement. Je n’ai aucun état d’âme par rapport à ça. Je suis dans mon écriture et je regarde vers l’avenir. Le passé ne m’intéresse pas beaucoup. À cet effet, je peux justement vous dire que je suis en train d’écrire un grand requiem pour Francis, son chœur et son orchestre.

PAN M 360 : Quelle nouvelle extraordinaire ! Le requiem est-il une commande de sa part ?


FRANÇOIS DOMPIERRE : Oui. Il sera interprété en 2024 à la Maison symphonique de Montréal, puis au palais Montcalm de Québec, conjointement au Requiem de Fauré. Mais je ne désire pas trop en dire. Moins je parle de ma musique, plus j’encourage les gens à l’écouter. Il est plutôt difficile de « dire la musique ». Plus je vieillis et plus j’éprouve des problèmes à le faire. Parfois, il vaut mieux laisser planer une aura de mystère.

Roy Davis Jr. est une légende de la musique house. DJ, producteur et musicien américain, sa carrière s’étend sur plus de trois décennies au cours desquelles il n’a cessé d’innover et de repousser les limites, mêlant des éléments de soul, de funk et de jazz à la musique électronique pour créer un son unique qui lui a valu les éloges de la critique et une base de fans dévoués. Avec une carrière qui l’a vu collaborer avec certains des plus grands noms de la musique et se produire dans les plus grandes salles du monde, Roy Davis Jr. reste une figure influente et très respectée de la scène musicale électronique. Cofondateur du célèbre label Undaground Therapy Muzik dans les années 1990, il l’a relancé en 2018 et a initié la numérisation de l’ensemble de son catalogue – une très bonne nouvelle pour les amateurs de musique électronique et une bonne raison pour PAN M 360 de l’interviewer.

PAN M 360 : Vous avez grandi à Chicago dans les années 70 et 80. Quels genres musicaux avez-vous écoutés pendant votre enfance et comment vous ont-ils influencé pour devenir l’artiste que vous êtes aujourd’hui ?

Roy Davis Jr : Je suis issu d’une famille de musiciens et j’ai grandi en écoutant beaucoup de genres musicaux différents : Jimi Hendrix, The Doors, Curtis Mayfield, Stevie Wonder, la soul music et le disco, la break dance music de NY à l’Italo Disco, en passant par la house et le hip-hop. Mes goûts musicaux ont toujours été très variés et, bien que je sois un producteur de musique house, ils le sont encore aujourd’hui.

PAN M 360 : Vous êtes l’un des architectes de la musique house de Chicago (et du monde entier). Comment décririez-vous l’essence de la house music et que pouvez-vous nous dire sur son évolution (ce qui a changé, ce qui n’a pas changé) ?

Roy Davis Jr : Étant l’un des créateurs et architectes de la musique house, je me souviens de mes débuts dans ma cave, au début des années 80, où je faisais des morceaux d’enfer avec un clavier, le Roland Juno 106, et une boîte à rythmes Roland TR 808, et où j’étais ravi qu’ils atteignent le dancefloor lorsqu’ils étaient joués par DJ Pierre, Lil Louis et Ron Hardy. Le fait d’être reconnu par ces gars-là à l’époque a fait de moi une superstar au lycée. La radio ne me venait pas vraiment à l’esprit, et nous étions beaucoup plus simples à l’époque dans notre façon de créer que plus tard, lorsque les choses sont devenues de plus en plus musicales. Nous avons commencé à ajouter plus de voix avec des messages d’unité et d’amour dans nos paroles et nous avons aussi incorporé des instruments comme des violons, des guitares basses, etc. Cela dit, l’essence de la musique house était et est encore aujourd’hui très brute et continue d’êrtr le 4×4 kick drum.

PAN M 360 : En 1996, vous avez cofondé Undaground Therapy Muzik avec Odell Braziel, qui a eu et a toujours un impact énorme sur la scène house grâce à tous les classiques que vous avez publiés et aux artistes clés avec lesquels vous avez collaboré. Avec le recul, comment décririez-vous la naissance du projet et le chemin parcouru depuis ?

Roy Davis Jr : Au début, nous ne savions pas ce qu’il adviendrait de notre vision, mais nous croyions profondément l’un en l’autre sur la façon de faire le travail. Nous étions tous les deux des DJ avec la mission de nous approprier notre propre destin avec notre musique, beaucoup de nos chansons ont eu leur propre vie individuelle. Le chemin que nous avons choisi d’emprunter en était un qui créait notre propre voyage plutôt que de viser le succès en soi.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a poussé à relancer le label en 2018 et que s’est-il passé entre-temps ?

Roy Davis Jr : Il est arrivé un moment où je voyageais trop pour me concentrer sur mon propre label et où mon partenaire Odell était devenu professeur d’université ; nous avons donc décidé de laisser les choses se reposer pendant un certain temps. J’ai donc pris une pause et j’ai commencé à vendre de la musique à d’autres sociétés comme Miles End, Bombay, Nice et Smooth Records au Canada. J’ai également pensé que le moment était venu de déménager à Los Angeles, où je suis né, pour renouer avec ma famille sur la côte ouest. J’ai commencé à travailler à L.A. avec des artistes comme Terry Dexter, Patti Labelle, Baby Face, Christina Milian et Seal, pour n’en citer que quelques-uns de l’époque. Aujourd’hui, avec le retour de la vie dans le label, je sens que c’est un moment fantastique pour créer et sortir plus de musique, alors je garde les yeux ouverts sur de nouveaux talents plus jeunes. Je suis également très enthousiaste, car je viens de commencer à travailler sur mon prochain album de Roy Davis Jr, qui sera lancé sur UTM.

PAN M 360 : L’ensemble du catalogue est numérisé pour la première fois. Que pouvez-vous nous dire à propos de ce processus et de la réédition de The Men From The Nile « Watch Them Come » ?

Roy Davis Jr : Il n’a pas été facile de déterrer quelques-uns de ces classiques et de les remasteriser, mais j’ai une bonne équipe et des amis qui m’ont aidé à tout mettre en place et à faire de nouveaux remixes pour l’époque actuelle.

PAN M 360 : 2022-2023 est une année importante pour vous et pour les amateurs de musique électronique puisque vous revenez sur scène en tant que DJ. Comment vous sentez-vous ? Quelle est la chose qui vous enthousiasme le plus, et peut-être celle qui vous stresse le plus concernant cette partie de votre travail ?

Roy Davis Jr : Revenir sur scène depuis la pause liée à la covid-19 a été très agréable, on a donné des concerts à guichets fermés aux États-Unis, en France et au Canada. C’est bon d’être de retour sur scène, je suis toujours prudent et attentif à ce que je fais sur scène avec mon corps qui souffre de sclérose en plaques et je m’assure que je n’en fais pas trop. Mais je vois aussi cela comme une opportunité de pouvoir créer des moments spéciaux pour mes fans.

PAN M 360 : Où pouvons-nous vous rencontrer sur la route dans les prochains mois ? Y a-t-il des villes, des clubs, des festivals déjà confirmés que vous pouvez partager avec nous ?

Roy Davis Jr : Je viens de terminer la Miami Music Week et je reprendrai la route le 21 avril au Djoon à Paris, puis le 22 à Berlin à l’OXI pour le mois d’avril et au Chicago House Music Festival le 24 juin, avec d’autres dates à venir au cours de l’été. Mes concerts sont postés sur mes réseaux sociaux et je peux vous assurer que de bonnes choses s’en viennent !

Men From The Nile ft Peven Everett ‘Watch Them Come’ avec remixes. Sortie le 20 mars (vinyle) / 24 mars (digital) sur Undaground Therapy Muzik. Lien d’achat.

De Lévis, Laurianne Houde est violoniste depuis la petite enfance, ce qui lui a toujours donné un avantage concurrentiel, notamment lors de compétitions tel le Concours de musique du Canada, le Concours de musique de la Capitale, le festival concours de musique de Sherbrooke et le festival-concours de musique de Pierre de Sorel.

Philippe Gagné fut inscrit au Conservatoire de musique de Rimouski dès l’âge de 9 ans, ce qui l’a aussi mené aux grands honneurs du Concours de musique du Canada en 2011 et en 2016. En 2017, il s’est installé à Québec où il a fait simultanément des études de génie et de musique. Ingénieur diplômé et aussi titulaire d’une maîtrise en musique (!!), le pianiste souhaite mener une carrière de soliste. Ce pourquoi depuis l’automne dernier, il étudie à la faculté de musique de l’Université de Montréal sous la tutelle de Charles Richard-Hamelin.

Voilà réunis ces virtuoses en devenir pour une première expérience professionnelle en formule piano-violon. Très motivés à bien faire les choses sur toute la ligne,  Laurianne et Philippe répondent généreusement aux questions de PAN M 360, à la veille de leur programme de la Salle Claude-Léveillée, programme incluant Ravel et Prokofiev mais aussi Marc-André Hamelin et Nikolai Kapustin. 

PAN M 360 : Comment ce duo est-il né? Comment avez-vous fait connaissance?

LAURIANNE : Philippe et moi avons étudié au Conservatoire de musique de Québec. Philippe a complété sa maîtrise en piano au Conservatoire l’an dernier et je suis présentement en 1ère année de maîtrise en violon au Conservatoire. Nous y  avons joué ensemble lors de différents projets de musique de chambre.

PAN M 360 : Quels sont pour vous les défis et joies d’un duo piano-violon?

LAURIANNE : Je trouve la formation piano-violon très intéressante pour toutes les possibilités de répertoire. Le répertoire de sonate, en particulier, permet des dialogues très intéressants entre les deux instruments qui rapprochent le piano du violon, malgré leurs timbres différents. 

PHILIPPE: Cette formation nécessite une écoute très active et un ajustement constant. C’est très stimulant d’interpréter ce répertoire ; à mon avis, on est davantage incité à créer de la musique dans le moment présent, plutôt que de simplement reproduire ce que l’on a pratiqué des centaines de fois, ce qui peut être le cas dans du répertoire solo .

PAN M 360 : Comment ce duo évolue-t-il? S’agit-il d’un court passage ou bien un projet à long terme?

LAURIANNE : Il s’agit de notre premier concert en duo piano-violon. Nous avons tous deux apprécié de monter ce beau répertoire et de travailler ensemble en tant que duo et on serait intéressé à continuer de le faire à l’avenir.

PAN M 360 : Comment évaluez-vous vos qualités individuelles en tant qu’interprètes dans un tel contexte?

LAURIANNE : Nous sommes deux personnes très investies, à l’écoute et passionnées de musique. Nous avons travaillé pour mettre en valeur les qualités de chacun, en particulier dans la sonate de Ravel. Nous avons uni nos forces pour souligner les différents caractères et traits de virtuosité de chaque instrument mis en valeur par Ravel.

PAN M 360 : Pourriez-vous justifier le choix des pièces au programme, c’est-à-dire d’abord le début de la modernité avec Maurice Ravel et Sergei Prokofiev, puis  de la musique récente avec notre Marc-André Hamelin et Nikolai Kapustin – mort assez récemment. 

LAURIANNE : On souligne entre autres dans le répertoire choisi l’influence du jazz sur les compositeurs de musique moderne comme Ravel, en particulier dans le deuxième mouvement « blues » de la sonate en Sol mineur pour violon, qui révèle la fascination de Ravel pour le jazz. Les œuvres présentées ont aussi en commun de s’éloigner de la tonalité et de présenter des mélodies assez contrastantes entre les deux instruments. Quelques pièces du programme sont moins connues et on espère les faire découvrir au public, car ce sont des pièces que nous avons beaucoup apprécié de travailler ensemble!

PHILIPPE : Toutes les œuvres au programme ont des sonorités très colorées ; je trouvais intéressant d’enchaîner les pièces violon/piano de Ravel avec le Prokofiev, pour comparer le languge harmonique complexe de ces deux compositeurs. Pour ce qui est de la pièce de Marc-André Hamelin, c’est un arrangement et une réharmonisation d’une pièce vocale attribuée à Pergolesi, datant du début 18e siècle. À la fois très tonal et très chargé harmoniquement, avec une saveur jazz. Finalement, le Kapustin est une pièce 100 % jazz, autant sur les plans harmonique que rythmique. 

PAN M 360 : Quels sont les enjeux de chacune des pièces au programme, en duo ou en solo?

LAURIANNE : Le répertoire choisi souligne l’aspect de virtuosité des deux instruments. La sonate de Ravel est un beau défi pour le piano et le violon. Ravel y présente des thèmes et caractères très contrastés entre les deux instruments, mais également des traits de virtuosité, en particulier dans le troisième mouvement Perpetuum mobile. Tzigane de Ravel débute par une cadence au violon qui se développe ensuite sur des variations très virtuoses au violon. Ravel qualifie d’ailleurs cette pièce de « virtuose dans le style d’une rhapsodie hongroise».

PHILIPPE: Il faut ressentir l’inquiétude et l’horreur de la guerre en écoutant la sonate « Stalingrad » de Prokofiev, particulièrement dans le 1er mouvement. C’est justement la deuxième de ce qu’on désigne ses sonates de guerre, complétée pendant la Deuxième Guerre mondiale en 1942. C’est la précision et la stabilité rythmique, en combinaison avec une articulation tranchante, qui permettent de rendre le caractère de cette œuvre. Pour les deux courtes pièces de Hamelin et Kapustin, le défi est à mon avis de donner l’impression que l’on improvise, même si chaque note est écrite dans la partition. 

PAN M 360 : Quelles sont les prochaines étapes de vos carrières spécifiques? Un peu d’ingénierie dans tout ça, Philippe? On sait bien que les maths et la musique font bon ménage!  Et vous Laurianne, quels sont vos objectifs de carrière à venir?

LAURIANNE : Je complète présentement ma première année de maîtrise en violon avec Catherine Dallaire au Conservatoire de musique de Québec. Je prévois continuer mes études en musique en espérant vivre de belles expériences comme celles-ci. J’aimerais aussi participer à des stages à l’extérieur pour rencontrer des maîtres du violon. Je souhaite aussi acquérir de l’expérience en participant à différents concerts et concours de musique pour enrichir mon cheminement en musique.

PHILIPPE : J’ai la chance de poursuivre mes études aux États-Unis l’an prochain ; j’ai l’intention de travailler ardemment pour me préparer à des concours internationaux, et aussi pour débuter une carrière professionnelle. Pour ce qui est de l’ingénierie, je laisse ça de côté pour l’instant, afin de me concentrer à 100% sur la musique ! 

Dans le cadre de la série Mélodines de la société de concerts Pro Musica, Laurianne Houde et Philippe Gagné se produisent ce mercredi midi (12h10) à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts.

Pour infos et billets, c’est ICI.

PROGRAMME :

MAURICE RAVEL, Sonate pour violon et piano, no.2 en sol majeur, M.77
MAURICE RAVEL, Tzigane, M.76
SERGE PROKOFIEV, Sonate no. 7 en si bémol majeur, op.83
MARC-ANDRÉ HAMELIN, Con intimissimo sentimento – « Après Pergolesi »
NIKOLAI KAPUSTIN, Huit études de concert, op.40 – no.7 « Intermezzo »

Depuis ses débuts en tant que chanteuse, autrice et compositrice, Senaya magnifie le métissage humain à travers sa musique. Née de père sénégalais et de mère guadeloupéenne, l’artiste montréalaise avait connu un beau départ québécois au début des années 2000, suivi d’un premier album chez Audiogram. Pour diverses raisons, Senaya ne put capitaliser sur cette rampe de lancement et dut rester à se débattre dans le maquis culturel jusqu’à cet hiver 2023, trimestre de sa relance avec un nouvel album paru sous l’étiquette Disques Nuits d’Afrique : Soûlkreôl Vol. 1. Roots//Racines, rendu public le 24 février dernier. Elle en cause à PAN M 360 avant de reprendre le chemin de la reconnaissance vers les grandes ligues.

PAN M 360 : On n’avait pas entendu parler de vous depuis un  moment.  Que s’est-il passé jusqu’à celui-ci? 

SENAYA : Oui, je n’ai pas sorti d’album depuis 18 ans. Ça va vite quand même. Qu’est ce qui s’est passé? Il s’est passé beaucoup de choses. Il s’est passé la vie. J’ai vécu une dépression, j’ai dû élever ma fille, je suis une maman monoparentale. Donc, il y a la vie aussi. Il s’est passé que je me suis remise en question par rapport à l’industrie de la musique, quelle était ma place en tant qu’artiste, en tant que personne, tout simplement, qui veut en faire son métier, qui croit en son talent aussi, à ses capacités. J’ai dû aussi apprendre comment était l’industrie musicale. Où je me situais? Est ce que je continuais avec cette même forme de signature avec un producteur indépendant qui avait signé avec Audiogram ou est ce que je devais me détacher de cette structure? J’ai dû apprendre les rouages du métier aussi, apprendre à mieux utiliser ma guitare, apprendre à mieux écrire, me perfectionner finalement. Toutefois, je n’ai jamais quitté la scène. C’est juste que vous ne me voyez pas dans les événements médiatisés. 

PAN M 360 : Une vie professionnelle plus discrète, somme toute.


SENAYA : Voilà, c’est ça. Ce n’est pas parce que quand les gens ne vous voient plus dans le mainstream que vous n’existez pas. Alors que j’étais là en parallèle, j’ai toujours fait des spectacles. Je suis allée au Mexique, je suis allée à Dakar, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Guadeloupe.  En 2016, où j’ai obtenu une bourse du Conseil des arts du Canada pour me permettre de pouvoir étudier les musiques traditionnelles de la Guadeloupe. L’idée était d’étudier autant le zouk, toutes les musiques, le qadri, le gwoka, la biguine, etc.

PAN M 360 : Le gwoka, l’essence même de la musique guadeloupéenne, est beaucoup plus vaste et complexe qu’on ne le croit.

SENAYA : Voilà, c’est beaucoup plus complexe qu’on pense, exactement. Plus ouvert et plus riche. Ouh là là! Je me suis dit alors que ma petite bourse, d’abord, ne me permettrait pas de rester assez longtemps pour apprendre. J’ai commencé cette recherche, j’ai rencontré des gens du gwoka, notamment la famille Geoffroy à Sainte Anne, qui est quand même René Geoffroy et son fils Jonathan Geoffroy, le groupe Kaladja, finalement, qui est quand même un grand fer de lance de cette musique. J’ai finalement rencontré plein de gens du milieu du gwoka, j’ai commencé à penser à créer des chansons autour de ce style. En 2019, j’ai obtenu aussi une bourse de FACTOR qui finançait mon album à 75 %. Et donc le reste, ça sortait de ma poche.  

PAN M 360 : Comment avez vous gagné votre vie au juste ? En plus des petites bourses et des petits engagements, avez vous eu d’autres emplois ?

SENAYA : Bien sûr, je suis aussi prof de français. J’ai eu à prendre des contrats pour m’en sortir. Ce n’était pas facile financièrement, il y a aussi cette réalité. Au final, ces bourses me poussent un peu. Je me sens honorée qu’on m’accorde cette confiance. C’est comme ça que je le prends.  On pense qu’il y a quelque chose, qu’il y a des possibilités, que je suis sérieuse dans ma démarche. C’est comme ça que cet album est né. 

PAN M 360 : Quel est le  fil directeur de  cet album?

SENAYA :  Le soûlkreôl, c’est l’âme métissée , c’est la direction artistique des neuf chansons de cet album.


PAN M 360 : Vous avez des origines à la fois sénégalaises et antillaises, cela se traduisait fidèlement dans vos chansons lorsqu’on vous a découverte à l’époque. C’est toujours le cas?

SENAYA : C’est exact. Mon père est du Sénégal, je suis née au Sénégal et ma mère est de la Guadeloupe. J’ai aussi vécu dans les deux régions, et j’ai fait mon université en Martinique. J’ai aussi vécu en Côte d’Ivoire, donc j’ai è la fois cette perspective africaine et afro-caribéenne. Je suis autant afro descendante qu’africain. J’aime à dire que je suis un double expresso.

PAN M 360 : Sans crème.

SENAYA : Oui, sans crème ! (rires)

PAN M 360 : Établie à Montréal depuis plusieurs années, vous sentez-vous aussi Nord-Américaine avec le temps passé? 

SENAYA :  Je ne pense pas. Pour moi, c’est encore l’Afrique et les Antilles. C’est kif kif. C’est intéressant, car ça me permet de faire le pont. Parce que je me suis rendue compte que je faisais le pont entre les gens des Amériques et de l’Afrique, deux mondes très différents malgré tout. Les Afro-descendants des Antilles, ça fait quand même des siècles qu’ils sont partis. L’africanité est restée mais c’est un lointain souvenir qui maintenant rejaillit avec la modernité, parce que tout le monde voyage. Il y a plein d’Afro-descendants qui vont en Afrique pour mieux voir d’où ils viennent. On n’est plus dans la même réalité qu’il y a un demi-siècle, mais ça reste quand même différent. 

PAN M 360 : La planète rapetisse sans cesse néanmoins, vous faites partie de ces artistes qui tissent des liens.


SENAYA :  Je m’en me suis rendue compte sans le chercher. De par qui je suis, je suis en mesure de comprendre les deux et de créer ces liens. Je peux expliquer aux Africains ce qu’est un afrodescendant et je peux expliquer aux afrodescendants, aux Guadeloupéens plus spécifiquement, ce que c’est que d’être africain. Les nuances, la subtilité, la différence des cultures, bien que la racine soit la même. C’est de ça dont parle ma musique. Le soûlkreôl et l’âme métissée, c’est aussi prendre la personne comme elle est, sans avoir peur des différences.

PAN M 360 : Maintenant, au delà du cadre « théorique » de votre trajectoire, si on parle de la création du dernier album, de quelle façon vous y êtes-vous prise par rapport à ce que vous aviez accompli auparavant?

SENAYA :  C’est allé de façon très racine. Ma direction, comme je vous dis, c’était déjà le soûlkreôl , donc métissée dans l’idée de l’écrivain et philosophe martiniquais Edouard Glissant, c’est-à-dire des cultures qui cohabitent et qui se mettent progressivement ensemble pour créer quelque chose d’autre, finalement, quelque chose à l’origine de l’âme métissée. Alors ce « volume 1 »  de cette série d’albums à venir est  « roots » au sens d’ancrer, fixer solidement cette culture métissée. Je suis ancrée dans mes racines et mes racines africaines et afro-antillaises.  Sur cet album, cependant, l’accent est plus mis sur les Antilles, sur le créole, parce que j’ai eu à étudier quand je suis allée en Guadeloupe avec cette bourse du Conseil des arts du Canada.  Donc il y a surtout du créole mais il y a aussi l’Afrique. Il y a neuf morceaux, neuf chansons, neuf facettes du  , de mon âme métissée.

PAN M 360 : Un premier aperçu de cette déclinaison?

SENAYA : Je peux vous parler du premier single et vidéo, Alé (Voyé Lymiè). Cette chanson a été créée sur la base du gwoka, à l’intérieur on a mis le bouladjel  de la famille Kan’nida, percussion de bouche faite spécifiquement pour mimer le boula, un rythme du gwo ka, ça n’appartient qu’à la Guadeloupe. J’ai aussi travaillé avec un réalisateur là-bas, Serge Popotte, qui a travaillé sur les arrangements et le côté électro, la basse et les percussions, le mas à Saint-Jean qui est basé sur le mendé, un rythme du gwo ka. Alors cette chanson donne l’atmosphère générale de l’album  mais en même temps chaque chanson est unique.

PAN M 360 :  Prenons un autre exemple?

SENAYA : Prenons See-Line Woman qui a été faite à Montréal. J’y utilise aussi  les techniques du bouladjel et se veut aussi un hommage à Nina Simone qui a déjà séjourné en Guadeloupe et chanté sur la place de la Victoire. Je l’avais vue lorsque j’étais petite, sans trop savoir qui elle était et qu’elle deviendrait une inspiration pour moi, car j’avais l’impression que Nina Simone c’était aussi très Afrique. Alors  j’ai voulu lui rendre un hommage avec cette chanson See-Line Woman. Et donc je me suis dit que ce serait intéressant de mettre du gwo ka dedans. Et c’est ce que j’ai fait.

PAN M 360 : Encore un autre?

SENAYA :  Ensuite, je vous parle de  Dé Moun Ki Émé Yo, qui est très folk créole et dans laquelle j’ai mis la kora mandingue de Zal Sissokho et aussi du violoncelle et l’harmonica de Pierre Pascal. C’est en créole également.

PAN M 360 : C’est donc antillais mais aussi africain et montréalais.

 
SENAYA : Voilà, exactement. Et je trouve ça merveilleux.  Sinon, il y a Aduna Gneupakobok, une chanson en wolof. Je l’ai écrite pour les migrants sénégalais qui partent en mer sur des marques de fortune pour rejoindre l’Europe parce qu’ils n’ont plus d’espoir dans leur propre pays.

PAN M 360 : En somme vous essayez d’incarner vos identités multiples dans cet album, qui se veut un retour en force.
SENAYA : Soûlkreôl, c’est effectivement une façon poétique de dire « Mais en fait, je suis tout ça. Je suis moitié femme, moitié lionne, Guadeloupéenne et Sénégalaise. Je suis dans ces cultures et je suis plus que ça, étant la somme de mes voyages, de mes rencontres, de Montréal où j’habite, etc.  Et c’est ça qui fait l’âme métissée, qui fait le soûlkreôl. Et donc, partant de là, je suis un être métissé mais au fond, nous le sommes tous tout en étant uniques, comme le sont nos empreintes digitales.

Qualifier Billy Childish (Steven John Hamper) d’artiste prolifique serait pratiquement un euphémisme. À la fois peintre, écrivain, poète et musicien, le natif de Chatham, dans le Kent, a notamment cofondé le mouvement littéraire des Medway Poets, fondé le mouvement artistique stuckist et le label Hangman Records. Fervent défenseur de l’amateurisme et de la libre expression, l’infatigable chanteur, auteur-compositeur a (re)défini le garage lo-fi punk, autant sous des noms tels que The Pop Rivets, Thee Milkshakes, Thee Headcoats, The Buff Medways, The Chatham Singers, The Spartan Dreggs ou de Wild Billy Childish & CTMF. Non seulement a-t-il à son actif l’une des plus volumineuses discographies de l’histoire de la musique avec des centaines d’albums et de singles, mais il est aussi l’auteur plus de 40 recueils de poésie et de près d’une dizaine de romans, a réalisé plusieurs films et photos et peint plus de 2500 tableaux, souvent sous le nom de William Hamper.

Ces dernières années, la musique a moins pris de place que la peinture. Hamper vit de ses tableaux mais le Wild Billy Childish n’est jamais bien loin derrière. Ayant récemment rappelé ses deux vieux complices Bruce Brand et Johnny Johnson pour le EP Tribute to Don Craine (le regretté leader de la formation R&B britannique The Downliner Sect) sous le nom de Thee Headcoats Sect, formation éphémère à qui on doit aussi l’album Ready Sect Go! de 1999, Billy Childish a proposé de ressusciter ses Headcoats le temps d’un album, ou plus si affinité. Enregistré l’année dernière aux studios Ranscombe à Rochester, Irregularis (The Great Hiatus) compte 12 titres de Headcoats pur jus, avec peut-être un penchant plus prononcé pour le blues et le R&B.

Le dernier album du trio remontant à l’an 2000 (I Am The Object Of Your Desire), une discussion avec le roi incontesté du rock et punk garage s’imposait. Capté dans son fief de Chatham, Billy Childish nous a gentiment accordé un peu de son précieux temps afin de répondre à quelques questions (on lui en aurait posé 1000!). Rencontre avec un artiste plus grand que nature.

PAN M 360 : Vous vous êtes récemment reformés sous le nom de Thee Heacoats Sect pour réaliser l’EP Tribute to Don Crane. Cela a-t-il conduit à la reformation de Thee Headcoats ?

Billy Childish : Essentiellement. J’y ai vu une bonne excuse pour faire un 45 tours pour Don. Et puis Johnny, notre bassiste, devait venir de Sicile. Et comme il venait et que les autres gars étaient enthousiastes, j’y ai vu l’occasion d’enregistrer un album. Ce qui est normal pour moi : si on se donne la peine de sortir le canon et de le charger, autant aller plus loin. J’ai donc dit aux gars : « Ça vous dirait de faire un album ? ». J’avais quelques morceaux en tête. Ils semblaient enthousiastes.

PAN M 360 : D’une pierre deux coups, donc.

Billy Childish : Oui. En gros, il s’est passé la même chose avec les Singing Loins. Un de mes amis est mort il y a un an, il faisait partie des Singing Loins. J’ai enregistré leurs deux premiers albums il y a 30 ans. C’est un groupe folk, et nous avons fait une variation folk d’un de mes albums. Chris Broderick est mort l’année dernière et j’ai dit à mes deux amis : « Pourquoi ne pas faire un 45 tours pour Chris ? Et nous l’avons fait. Et j’ai dit mon truc habituel : « Bon, on enregistre le 45 tours, autant faire un LP ! ». (rires)

PAN M 360 : Il n’y a donc pas eu de répétitions ? Vous avez juste improvisé ?

Billy Childish : Johnny est venu le vendredi, nous nous sommes retrouvés dans le studio, je leur ai montré les morceaux… En fait, c’est comme ça que nous enregistrons la plupart de nos chansons aujourd’hui, parce que nous ne répétons pas vraiment. Souvent, je travaille sur un morceau, puis je montre aux deux autres, on fait une répétition et on appuie sur le bouton d’enregistrement. On fait une première, une deuxième, une troisième prise et on passe à la suivante, puis à la suivante, et à la suivante.

PAN M 360 : C’est une sorte de marque de fabrique ; depuis tes premiers albums, tu sembles privilégier une approche simple et spontanée de l’enregistrement.

Billy Childish : C’est arrivé parce que dans les Pop Rivets, dont j’étais le chanteur en 77, je ne connaissais rien à la musique ni à la manière de l’enregistrer, et je ne connais toujours pas grand-chose aux aspects techniques. Mais je me fie au son que j’aime, et on nous disait ce que nous pouvions faire et ce que nous ne pouvions pas faire. Et les résultats n’étaient pas aussi excitants que les disques que nous entendions quand nous étions plus jeunes. J’ai été élevé au son du rock and roll, de la musique des années 60, et je n’arrivais pas à comprendre pourquoi le son était moins bon. Nous avions un vieux ReVox… enfin, nous l’avons toujours, nous l’utilisons parfois, c’est un magnétophone ReVox à demi-piste, du début des années 60, et nous avions l’habitude de nous enregistrer dessus. C’est donc par essais et erreurs que nous avons réussi à transposer cette méthode dans l’enregistrement en studio. Et même dans un studio numérique, nous avons réussi à mettre suffisamment d’équipement de qualité entre nous et l’enregistrement numérique pour que cela sonne comme de la vraie musique, en ce qui nous concerne.

PAN M 360 : Tu revendiques depuis toujours une approche plus authentique du rock and roll avec un son plus brut et direct et des concerts dans des petites salles, à taille humaine.

Billy Childish : Oui, c’est drôle parce qu’on m’a accusé d’être lo-fi. Mais la musique est incroyablement snob de ce point de vue. Si vous considérez qu’une esquisse au fusain peut être exposée dans les plus grands musées, mais qu’un enregistrement sur cassette d’un morceau ne peut pas être diffusé dans Top of the Pops… c’est très étrange. C’est comme un snobisme très étrange, cette idée de ce qu’est le brut, ou ce qu’ils appellent le lo-fi. Et je n’essaie pas de sonner lo-fi. Bizarrement, ça ne m’intéresse pas. Je veux dire, même quand nous étions dans les Milkshakes, les gens parlaient de musique garage, et nous nous y référions toujours comme étant essentiellement du rock and roll. Et l’une des choses que j’aimais chez les Clash, très tôt avec leur premier album, c’est qu’ils parlaient de rock and roll. Il y a un courant de punk rock qui est apparu, peut-être avec Joe Strummer, un peu avec les Damned et les (Johnny) Moped, qui venaient d’un milieu rock and roll. Beaucoup d’autres éléments du punk rock, dont je n’étais pas conscient à l’époque, sont passés par le canal du glam, que j’appellerais le rock and roll des dames pantomimes. Et je détestais la musique glam quand j’étais jeune. Au début des années 70, j’écoutais Buddy Holly et d’autres groupes de ce genre, alors que mes amis écoutaient David Bowie. Le qualifier de « brut » est une description assez juste, mais elle a un côté péjoratif. C’est un peu comme parler d’art indigène ou d’art primitif. C’est essayer de mettre quelque chose dans un ghetto pour le rendre moins viable d’une certaine manière. Je veux dire qu’il est normal que des gens comme nous aiment, pour employer un meilleur terme, le côté brut de la chose. Mais le problème, c’est que ce n’est pas vraiment la question. C’est comme si on essayait de le classer dans une sous-catégorie. Alors qu’en réalité, je pense qu’il devrait être, d’une certaine manière, le courant principal. Pour moi, je dirais, veux-tu voir les Rolling Stones à Wembley ou à l’Eel Pie Island en 1963 ? Le son que les Stones avaient en 1963, ou que les Downliners avaient en 63-64, est en quelque sorte inférieur à la haute fidélité aujourd’hui, mais ce que vous entendez sur scène à travers ces tables de mixage est absolument diabolique et maigre, et il y a toutes ces horribles hautes, toutes ces horribles basses. Je veux dire que le Jimi Hendrix Experience ne pourrait même pas jouer maintenant. Parce qu’ils ne pourraient pas utiliser le feedback, le son n’est pas contrôlé par le groupe. C’est comme une sorte de son homogénéisé. Nous venons de jouer à Berlin et nous utilisons toujours un PA pour les voix. Et nous n’utilisons pas de mixage hors scène. La raison pour laquelle nous ne le faisons pas, c’est qu’il y a toutes ces basses, tous ces booms que l’on obtient grâce à ces énormes enceintes et toutes ces hautes fréquences bizarres… Tu vois? Le son de la batterie est dès lors complètement inauthentique. Alors que nous nous efforçons de reproduire le son d’une batterie de jazz. Si tu écoutes les stations classiques, qui enregistrent encore des groupes de jazz, certaines d’entre elles font toujours sonner la batterie comme une batterie. Je veux dire, quelle que soit la musique… Tout ce que nous voulons, c’est que la batterie sonne comme une batterie, qu’un amplificateur Selmer ou qu’un amplificateur Vox sonnent comme un Selmer ou un Vox. Et que le chant sonne comme s’il passait par un PA, ce qui fait partie de ce à quoi la musique est censée ressembler. Il y a tout ce snobisme qui fait que les gens veulent utiliser un amplificateur Vox mais ne veulent pas utiliser la batterie qui va avec, ou la sonorisation qui va avec… C’est un peu comme avoir une maison géorgienne avec des fenêtres en plastique. Je peux te dire que le nombre de fois où j’ai parlé de son et de musique lors d’interviews dans le passé, et le manque d’intérêt des gens pour ces questions est assez incroyable, parce qu’ils croient que la technologie progresse continuellement. Nous sommes aujourd’hui à l’apogée de la technologie numérique, mais les gens essaient de la faire passer pour de l’ancienne technologie… Est-ce que ça peut émuler un enregistrement sur bande, et l’équipement audio à lampes ?

PAN M 360 : Appliques-tu cette méthode ou cette philosophie à tes autres projets ? Par exemple, lorsque tu peins ?

Billy Childish : Oui, parce que je n’aime pas le plastique. J’aime l’huile. J’utilise du charbon de bois et du lin, pour la finition. Il y a une qualité et une intégrité dans le matériau. Tu sais, c’est un peu comme avoir un pain complet plutôt qu’un Mother’s Pride, quelque chose qui est en fait composé de blé. Ou la viande qui provient d’un animal qui vit au soleil, entouré d’herbe, et non dans une étable où on lui injecte toutes sortes de substances, tu vois? Ou un bon exemple serait une pomme que tu as cueillie dans ton jardin, qui a peut-être un ver dedans, et qui est peut-être irrégulière, mais qui a deux fois plus de goût que la pomme de l’agriculture industrielle. Je pense que les gens sont tellement habitués à un mode de vie modernisé qu’ils réagissent très mal à ce qu’ils considèrent comme sale ou impur. Je pense que cela fait partie de ce monde moderne, d’avoir cette sorte de « germ free adolescents », pour citer X-Ray Specs.

PAN M 360 : Pour en revenir au nouvel album, dirais-tu que c’est peut-être l’un de vos albums les plus bluesy ou les plus rhythm and blues avec Thee Headcoats ?

Billy Childish : Avec Thee Headcoats ? Mmmm… Eh bien, c’est peut-être un peu plus ça, dans le sens où il y a un peu plus de blues et de R&B réunis sur un même disque. Mais nous avons certainement fait beaucoup de choses bluesy ou R&B au cours de la quinzaine d’albums que nous avons fait, je ne sais pas combien d’albums nous avons fait (19)… Mais on pourrait probablement faire quelques albums de R&B à partir de ceux que nous avons fait. Et en rassemblant certains morceaux, on pourrait faire quelques albums de punk rock à partir de ce que nous avons fait, et quelques albums de rock and roll à partir de ce que nous avons fait aussi. Mais pour ce qui est d’un seul album, il est possible, sans que je le sache parce que je ne sais pas ce que nous avons enregistré, qu’il soit un peu plus R&B. Mais nous avons fait un groupe de blues appelé les Chatham Singers, qui est évidemment beaucoup plus bluesy.

PAN M 360 : Vous avez une superbe version de Cops and Robbers de Bo Diddley sur l’album…

Billy Childish : Oui, je ne connaissais pas la version doo wop de cette chanson lorsque nous l’avons enregistrée. J’aurais aimé écouter cette version du début des années 50 avant, qui est assez étrange. Je pensais que c’était celle de Bo Diddley l’originale. C’est vraiment très bien et ça rime tout de suite. C’est logique quand on l’entend. Bruce (Brand) l’a trouvée et me l’a envoyée après l’enregistrement. C’est très intéressant. C’est comme Have Love Will Travel, c’est à l’origine une chanson doo wop, n’est-ce pas ? Tu connais la version des Sonics ? L’original était une sorte de chanson doo wop. Ba bum ba bum ba bum ba ba ba ba ba bum…

PAN M 360 : Parle-nous de la chanson de clôture The Kids Are All Square. D’habitude, ce sont les jeunes qui accusent les adultes d’être square. Aujourd’hui, on dirait que c’est de plus en plus l’inverse qui se produit.

Billy Childish : Eh bien nous avons fait un album intitulé The Kids Are All Square This Is Hip! avec Thee Headcoats il y a de nombreuses années et je me suis souvent dit « Oh, il faut que j’écrive une chanson à ce sujet ». Je crois que je l’ai écrite il y a environ quatre ans, ou cinq, peut-être dix ans… Mais l’album date probablement d’il y a 30 ans. Mais la raison pour laquelle nous avons fait l’album The Kids Are All Square est que j’ai toujours pensé à The Kids Are Alright des Who. Je trouvais ce titre très condescendant. Nous savions donc déjà, il y a 25 ou 30 ans, que les kids étaient square. Parce que personne ne s’intéressait à ce que nous faisions ou ce que nous avions fait. Nous étions tellement en dehors du courant culturel dominant avec ce que nous faisions et ce en quoi nous croyions. Et j’ai juste un peu actualisé les paroles pour cette version. Je pense que nous avons Billy… est-ce que c’est Ilish ? Billy Eilish ? Billy Eilish, peu importe comment elle s’appelle, je ne sais pas… elle a un nom un peu comme le mien. Et puis Beyonce, je crois qu’elle apparaît dans la chanson, dans les paroles. Ouais, nous avons mentionné ces icônes de style, Billy Eilish, c’est une sorte de fille aux cheveux bleus. Beyonce, une sorte de femme avec de grosses fesses.

PAN M 360 : Bruce et Johnny ont-ils été difficiles à convaincre de revenir avec Thee Headcoats ?

Billy Childish : Je n’ai jamais pris la peine de convaincre qui que ce soit, tu sais ? C’était comme une suggestion. Et s’ils n’avaient pas été intéressés, j’ai d’autres choses à faire.

PAN M 360 : Cela signifie-t-il que les Headcoats sont officiellement réunis ? Devons-nous nous attendre à d’autres albums ? Ou peut-être à des concerts ?

Billy Childish : Je ne sais pas. La difficulté, c’est que John vit en Sicile. Et je n’aime pas trop les retrouvailles. Mais ce serait possible si c’est amusant pour tout le monde. On nous a d’ailleurs demandé d’aller au Japon. Mais bien que nous soyons en quelque sorte respectés, n’oublie pas que je n’ai toujours pas de manager. Nous n’avons ni manager, ni agent. Personne ne s’occupe de nous. Je veux dire que l’album de Thee Headcoats a été enregistré parce que j’ai payé pour qu’il le soit. Personne d’autre ne me demande de faire des choses. Je veux dire, quand j’ai dit à Damaged Goods (le label) que je faisais un album, ils ont dit « super, on aimerait bien » et ils m’ont donné une avance pour couvrir les coûts de deux ou trois jours de travail, et ils ont donné à Johnny un billet d’avion et on a eu un peu de sous en plus. Mais nous n’avons pas de machine derrière nous, ni de management, ni d’agent. Même lorsque nous sommes à Berlin, avec CTMF, mon groupe actuel, nous jouons un peu, nous aimons jouer dans de petites salles. Nous aimons utiliser les sonos locales. Et nous aimons que personne ne nous dise ce qu’il faut faire ou comment le faire. Et en fait, ça rend l’utilisation de l’équipement que nous avons beaucoup plus gênante. Et les gens préféreraient que nous utilisions du matériel moderne, ce qui est très ironique. Nous faisons donc quelque chose que personne d’autre ne fait. De plus, lorsque tu le fais de la manière dont nous le faisons, tu es beaucoup plus exposé. On entend moins bien ce qui se passe, les trous sont plus apparents, les erreurs aussi. On s’expose donc à de nombreux problèmes avec le matériel que nous utilisons. Mais pour moi, ce qui compte avant tout, c’est le son et la sensation. Et si cela ne peut pas être le son et la sensation que je veux, je suis heureux de rester à l’intérieur et de boire une tasse de thé à la place.

PAN M 360 : Il faut trouver un lieu qui corresponde à vos critères.

Billy Childish : Et aussi quelqu’un qui nous prêtera le matériel si nous allons à l’étranger. Nous jouons avec CTMF à Reno, ou près de Reno, dans le Nevada, en juillet. Nous faisons un seul concert aux États-Unis. Des gens qui sont fans nous fournissent un Vocal Master PA, nous utilisons une vraie batterie, et nous utilisons des amplificateurs à lampes, pour que nous puissions avoir le son que nous aimons. On vient de nous demander d’aller en Serbie, mais qui a le matériel que nous utilisons en Serbie ? Ou quel promoteur comprend ce que nous faisons ? Ils ne comprennent pas, parce que tout le monde préférerait que nous jouions dans une grande salle avec un équipement moderne. Même dans les Milkshakes, les gens nous disaient, au début des années 80 en Allemagne, « si vous utilisez des grosses enceintes, les gens vous aimeront ». En effet, nous avions l’habitude de prendre un amplificateur vocal avec nous et de le faire comme nous le voulions. Mais pour nous, c’est comme une petite production locale. C’est le petit magasin du coin, pas le supermarché. Et c’est le son analogique, c’est comme ça qu’on le veut.

PAN M 360 : Ce serait génial de vous avoir à Montréal. Je crois que tu n’as joué qu’une seule fois, en duo avec Julie, il y a de nombreuses années.

Billy Childish : Nous l’avons fait avec deux amplificateurs, je crois, parce qu’il est possible d’obtenir ce son là-bas. On a pris l’avion, on l’a fait pendant un week-end. On a pris l’avion un jour, on a fait le concert le lendemain soir et on est rentré chez nous le jour suivant. Julie (sa femme et partenaire au sein de nombreux projets) a trouvé ça un peu intense.

PAN M 360 : Est-ce que ce sera la même chose pour le concert de Reno ?

Billy Childish : Julie est américaine et nous allons rendre visite à la famille. Nous serons donc là-bas. C’est en fait une réunion familiale. Je n’y suis pas allé depuis longtemps. Et puis quelqu’un nous a convaincus de faire un spectacle durant ce séjour, et j’ai accepté.

PAN M 360 : Tu fais beaucoup de choses. Tu es musicien, poète, écrivain, peintre… Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Billy Childish : J’ai publié un roman en secret, sous forme de chapitres, l’année dernière. Il fait partie d’un double roman que j’écris depuis 12 ans. J’écris donc ce roman sur la période du punk rock, sur lequel je travaille tous les jours. J’ai rédigé environ 32 versions de ce roman au cours des 12 dernières années. Ensuite, j’ai lancé un magazine trimestriel de poésie pour les petites maisons d’édition. Les gens s’y abonnent. J’ai une exposition qui s’ouvrira en Angleterre en juillet avec ma galerie anglaise. Il y a d’autres choses, mais je ne me souviens plus… Je travaille sur quelques films des concerts que nous avons donnés récemment… Que fais-je d’autre ? Je fais beaucoup de choses. J’écris et je peins, je fais de la poésie. Il y a d’autres choses que je fais, mais je ne m’en souviens pas. Je travaille également avec trois ou quatre groupes différents en ce moment. La peinture me prend beaucoup de temps, c’est mon travail principal. Il y a une foire d’art à Hong Kong en ce moment. Et puis il peut y avoir Art Basel, qui est une autre grande foire d’art, qui arrive aussi. Mais je n’ai pas non plus signé avec des galeries d’art. Nous venons de faire une grande exposition à New York.

PAN M 360 : Et quels sont ces quatre autres groupes ?

Billy Childish : Les Chatham Singers, qui est un groupe de blues ; les Singing Loins, qui est un groupe folk ; les William Loveday Intention, qui est une sorte de groupe étrange ; le Guy Hamper Trio, avec James Taylor, qui est un groupe instrumental avec un orgue Hammond ; CTMF ; Thee Headcoats, que nous venons de faire… Je pense que c’est tout.

PAN M 360 : C’est plus que prolifique. Merci de nous avoir accordé un peu de ton temps !

Billy Childish : C’est un plaisir. Oh, et si quelqu’un a une sono vocale et le bon matériel à Montréal, nous pourrions envisager de venir !

(photo: Alison Wonderland)

L’autrice-compositrice-interprète, Maude Audet, a dévoilé vendredi dernier son cinquième album, Il faut partir maintenant.

Après un court passage en anglais avec Translations (2021), la Québécoise propose un nouveau projet de onze titres lumineux et poétiques. Comme à l’habitude, elle puise une grande partie de son inspiration dans les années 1960 et 1970, une époque qu’elle chérit éperdument. Cette fois-ci, Maude Audet appose sa voix à des arrangements orchestraux qu’elle a conjointement concoctés avec Mathieu Charbonneau (Avec pas d’casque).

Majoritairement crée pendant la pandémie, Il faut partir maintenant est le résultat de nombreuses remises en question et du cheminement personnel de l’artiste. Les textes y sont soignés, simples et dégagent à la fois la douleur et l’espoir vécus par Maude Audet au cours des dernières années. Le projet se clôt sur J’ai si peur, une collaboration avec Mara Tremblay. Avec douceur et sensibilité, ce titre aborde la crainte des femmes face aux féminicides et représente un moment fort de l’album.

Crédit photo : Fred Gervais

Maude Audet transportera son cinquième opus sur la scène du Gesù le 20 avril prochain.

PAN M 360 : Que raconte votre album ll faut partir maintenant?

MAUDE AUDET : Les thèmes que j’aborde dans ce projet sont à la fois personnels et universels.  C’est un peu ma façon de composer de partir de quelque chose de moi-même. Les premières fois que je commençais à écrire sur des sujets personnels, je touchais davantage les gens. Au bout du compte, on vit un peu tous les mêmes choses, même si nous sommes tous différents. On a tous des peines d’amour, des deuils et des moments difficiles. C’est sûr que d’un album à l’autre, c’est toujours un défi de se renouveler et de ne pas répéter les mêmes choses. C’est un album qui a commencé à être composé pendant la pandémie. On a tous traversé des choses, on s’est tous retrouvés, par moments, isolés, plus qu’on l’aurait voulu. Il y a des habitudes qu’on a réalisé qu’on ne voulait pas garder pour la suite des choses.  Je me suis beaucoup remise en question pendant la pandémie concernant la personne que je souhaite être et mon avenir. Ces questionnements sont au cœur de ce disque-là, c’est certain.

PAN M 360 : Comment s’est déroulée votre création pendant la pandémie?

MAUDE AUDET : Le fait de ne pas pouvoir aller en studio pendant une partie de la pandémie m’a en quelque sorte permis de peaufiner davantage mes morceaux, et c’est tant mieux. Ça fait que lorsque je suis arrivée en studio, j’avais des idées encore plus grandes qu’à l’habitude. J’ai travaillé beaucoup avec l’orchestration pour cet album, et c’était vraiment beau d’enfin se retrouver au studio et de créer avec de vrais humains. Ça s’est vraiment bien passé.

PAN M 360 : Parlez-moi de vos influences musicales et de votre attachement aux années 1960 & 1970?

MAUDE AUDET : J’adore ces années-là. J’aime le côté folk de cette époque. J’aime aussi une panoplie d’artistes contemporains qui s’inspirent aussi de cette époque-là, comme Lana Del Rey, Weyes Blood, Father John Misty. Je m’inspire beaucoup de ça, mais je trouve que ma musique fait tout de même 2023 parce que j’y incorpore des éléments actuels. C’est sûr que ça reste de la musique très organique, je trouve que ça rend ma musique intemporelle. Je suis aussi une adolescente des années 90, donc il y a un côté plus brut dans ma façon de composer. Ça vient probablement de mes influences grunge, même si ma musique n’est pas dans ce style musical du tout.

PAN M 360 : Vous avez mentionné des artistes comme Lana Del Rey qui font dans ce genre musical et qui connaissent leur lot de succès. Quelle est la place de ce type de musique aujourd’hui?

MAUDE AUDET : Je suis fort probablement une mauvaise juge, mais j’adore cette musique-là. Prenons Lana Del Rey par exemple, elle a des millions d’auditeurs, elle est extrêmement prolifique aussi, elle fait presque un album par année et ses fans sont toujours là à l’attendre. C’est une artiste qui se réinvente vraiment beaucoup, puis qui puise aussi dans quelque chose de très urbain, malgré le fait qu’elle est inspirée par les années 1960 & 1970. Dans ce type de musique, il y a du réconfort et je pense qu’on en aura toujours besoin. Je ne dis pas que les autres genres ne l’apportent pas, au contraire, il y a des artistes de rap ou de hip-hop qui ont des textes extraordinaires. Je trouve qu’il se fait vraiment de bonnes choses dans tous les genres en ce moment, il faut juste comme choisir son créneau et choisir ce qu’on aime.

PAN M 360 : Votre nouveau titre On ne se dira plus que je t’aime m’a particulièrement interpellé sur votre nouvel album. Comment est née cette chanson?

MAUDE AUDET : Quand je l’ai composée, j’avais en tête le deuil, mais finalement, ça parle plus du souvenir de quelqu’un avec qui on a partagé des choses par le passé et de son absence. Il y a plusieurs façons d’interpréter ce titre, ça pourrait parler d’une peine d’amour ou bien de quelqu’un qui n’est plus présent dans notre vie, mais qu’on a aimé beaucoup. Aussi, ça parle beaucoup de la forêt, de la nature. Plus je vieillis, plus je suis apaisée par la grandeur de la nature et c’est un peu devenu un refuge pour moi dans les moments difficiles. C’est pour ça que j’aborde ce thème dans On ne se dira plus que je t’aime.  

PAN M 360 : Pour une première fois, vous assurez la coréalisation d’un de vos projets. À quoi ressemble votre processus créatif?

MAUDE AUDET : J’ai toujours été très impliqué dans la production, et je l’ai été encore plus pour cet album. Souvent mes compositions débutent avec de la guitare. Ensuite, j’y ajoute des chœurs et d’autres instruments. Je développe mes propres maquettes et mon collègue Mathieu Charbonneau m’aide à faire vivre mes idées. Je suis entourée de plusieurs excellents musiciens.

PAN M 360 : Il faut partir maintenant termine avec J’ai si peur, une collaboration avec Mara Tremblay. Quelle est l’histoire derrière ce titre?   

MAUDE AUDET : J’ai si peur, c’est une chanson qui parle des féminicides. À un certain moment pendant la pandémie, on avait l’impression qu’il y en avait deux par semaine. À chaque fois que je voyais un tel évènement aux nouvelles, je me disais que ça n’avait pas de sens qu’il y ait des femmes qui subissent encore cette violence-là. C’est ce qui m’a inspiré pour la création de ce titre. Au départ, cette chanson n’était pas censée être un duo. Un jour, j’ai eu l’idée que cette chanson pourrait devenir un mini-chœur de femmes qui se soutiennent. J’ai pensé à Mara parce que c’est une de mes artistes préférées au Québec. Aussi, les thèmes de ma chanson ressemblent à certaines idées que Mara Tremblay a abordées par le passé. Elle a accepté de se joindre à moi et j’étais vraiment contente. Je l’avais déjà croisée par le passé, et j’ai pris une chance en lui demandant. C’est assez incroyable quand une personne qu’on admire accepte de collaborer avec nous.

Le 17 mars dernier, après avoir sorti deux EP dans la dernière année, Anna Valsk sortait son premier album Morphologies, pour lequel elle a joué les rôles d’autrice, compositrice, interprète ainsi que réalisatrice. Son projet nous emmène dans un véhicule musical spacieux, ayant pour but l’exploration du changement des saisons et de leurs effets. Les chansons nous emportent à travers un cycle des saisons entier, de l’hiver à l’automne, avec le concert de sonorités du folk, de l’électro et de quelques détours expérimentaux. C’est un album délicat mais fort, qui s’avère un bon compagnon de voyage à travers le temps et les paysages ici fréquentés. Pour en savoir plus sur cet album, qui laisse paraître une démarche et un travail passionnés, PAN M 360 s’est entretenu avec l’artiste, de son vrai nom Ariane Vaillancourt.

PAN M 360 : Morphologies est-il  un projet qui vient de loin? Quand l’idée vous est-elle apparue?

Anna Valsk : Je dirais qu’en tout, ça a pris environ 3 ans. Ça faisait longtemps que j’avais une image floue du projet, et cette image a pris un certain temps avant de se définir et de montrer sa direction. Quand j’ai eu l’idée du cycle des saisons et du cycle en général, j’ai vraiment pu embarquer dans la production.

PAN M 360 : Et cette idée du cycle, est-elle venue soudainement ou vous habitait-elle déjà?

Anna Valsk : Avant la pandémie, mon partenaire et moi, nous sommes allés habiter dans une petite maison dans Lanaudière. Là-bas, on dirait que les saisons sont plus intensifiées. Personnellement, je sais depuis longtemps que les changements de saisons m’affectent. Ils affectent tout le monde, mais collectivement on trouve ça normal. J’avais donc envie d’observer les effets de ces changements sur soi et sur ce qu’on ressent autour. On peut aussi parler du cycle des saisons d’une vie, qui changent à travers les décennies. Bref, c’est une grande source d’inspiration… une source infinie (rires).

PAN M 360 : Le thème de l’eau est très présent dans votre album. Étiez-vous près d’un ruisseau, d’un lac?

Anna Valsk : Oui, dans Lanaudière, j’étais dans le bois, mais aussi au bord de l’eau! L’eau, c’est quelque chose qui me fascine depuis toujours. Le concept d’hydrothérapie, l’idée que l’eau peut être régénératrice. Par exemple, j’adore les bains froids, et j’ai hâte que les lacs commencent à dégeler pour aller faire ma première baignade. L’eau froide, c’est bon pour le corps et pour  l’esprit.

PAN M 360 : Au niveau du son, aussi, l’eau peut être une sorte de bruit blanc. Beaucoup s’endorment sur des sons de pluie, de rivière, de chute.

Anna Valsk : Oui. Justement, dans Wash your soul, je dis « Et toi, tu rêves au bruit de l’eau ». Le printemps, c’est le bruit de l’eau qui revient. C’est très rassurant… Je suis passionnée par l’eau! (rires)

PAN M 360 : Vos textes sur l’album semblent très travaillés, et les structures des chansons aussi. Les textes sont-ils venus avant la musique?

Anna Valsk : Je commence toujours (ou principalement)  avec la musique. Mais souvent, dans la musique, il y a des mots qui ressortent. Il faut que ça coule. Il faut que les mots arrivent avec la musique. Pour moi, quand la musique d’une chanson se clarifie, ça signifie que son thème se clarifie aussi. Ce que j’ai à dire, je le fais musicalement, et ensuite je viens l’appuyer avec des mots. 

PAN M 360 : Faire un album sur les saisons et ce qu’elles nous font ressentir relève des affects. Ce côté se transposait-il dans votre démarche? Approchiez-vous la musique par la théorie ou plutôt par ses propriétés qualitatives ?

Anna Valsk : Je pense que oui. Si j’ai à écrire un arrangement,  je le vois vraiment comme une texture ou une couleur. Par exemple, pour la chanson Jamais, j’avais une image en tête d’un matin d’été humide et orangé, où le soleil traverse une fenêtre et où il y a deux personnes couchées dans un lit, et dont on peut sentir la peau perler. En composant la musique, je voulais qu’on se sente dans cet endroit. Donc oui, je travaille beaucoup avec les textures, couleurs et sensations.

PAN M 360 : Vous avez pris en charge la réalisation de votre album. Deviez-vous changer d’attitude face à vos créations lorsque vous passiez de votre rôle d’autrice-compositrice-interprète à celui de réalisatrice?

Anna Valsk : Ça a vacillé. Parfois, je me sentais plus réalisatrice, d’autres fois, j’étais plutôt auteure-compositrice. C’est difficile d’avoir du recul sur sa propre musique, sa propre voix, sa propre interprétation. Au départ, c’est Pierre Girard,  qui a mixé l’album, qui m’a encouragée à le faire moi-même. J’avais la direction, j’avais la vision, alors je me suis lancée. Mais ça a apporté son lot de défis. Ça devient difficile de délimiter viennent en tête des questions comme « Est-ce la compositrice ou la réalisatrice qui parle? » Au final, peu importe, elles sont toutes la même personne, et je pense que ça transparaît.

PAN M 360 : Y avait-il d’autres musiques qui vous guidaient durant la création de l’album?

Anna Valsk : C’est sûr que toute la musique que j’écoute m’habite. Je crois aussi que mes influences sont assez claires : j’ai toujours aimé le monde imaginaire et musical de Patrick Watson. Ce que j’aime de ses albums, c’est la cohésion du début à la fin, comme prendre une longue marche. Je voulais que mon album s’écoute un peu comme cela, du début à la fin comme une aventure, une histoire. J’écoute aussi beaucoup de musique classique, car j’aime les textures des instruments. L’électro, j’adore quand elle est mélangée avec le vrai, ça devient comme un personnage. Sinon, le dernier album de Chloé Lacasse m’a beaucoup touchée. J’aime aussi Le ciel est au plancher de Louis-Jean Cormier. C’est un album avec beaucoup d’espace, et c’était quelque chose que je voulais d’entrée de jeu pour mon album; je voulais laisser respirer la musique et inclure des transitions intéressantes.

PAN M 360 : Voyez-vous votre projet comme un album « concept »? Que pensez-vous de cet exercice? Est-ce plutôt un carcan ou un exercice de créativité pour vous?

Anna Valsk : Je le vois plutôt comme un cadre à défaire. Pour tenir mon image, il fallait un cadre. Mon cadre, c’était mon concept. Ça m’a aidée à recueillir mes idées. Après, j’espère que les gens, quand ils écoutent l’album, ne pensent pas qu’au « concept », ne cherchent pas trop à intellectualiser la chose. C’est davantage un prétexte pour moi, une ligne directrice, un mantra


PAN M 360 : Merci Anna!

Sous le pseudo de son projet électro-pop, Super Plage, le Rimouskois Jules Henry dévoile ce vendredi son quatrième opus, Magie à minuit.

Depuis la création de Super Plage vers la fin de 2019, l’artiste n’a pas cessé de créer : il a déjà trois albums et une compilation de remix à son actif. Rapidement, il s’est taillé une place sur la scène montréalaise avec un son rafraichissant et dansant. Sous étiquette Lisbon Lux Records, Jules Henry a d’ailleurs participé à l’édition 2021 du concours des Francouvertes.

Grandement inspiré par des artistes tels que Polo & Pan et L’Impératrice, le projet se dévoile comme un portrait de la vie nocturne montréalaise. Magie à minuit représente ces soirées où tout semble beau et dont on aimerait ne jamais voir la fin. Dans cet opus composé de dix titres, Super Plage appose plus souvent qu’à l’habitude sa voix vaporeuse à ses propres productions, et on ne s’en plaint pas! Ses textes sont simples, efficaces et ajoutent davantage de légèreté à ses sons. Aussi, Jules Henry fait appel aux artistes Virginie B, Meggie Lennon et Le Couleur qui insufflent une dose de douceur supplémentaire à son art.

Le lancement de Magie à minuit se déroulera au Ausgang Plaza le 13 avril prochain.

Crédit photo : Marie-Michèle Bouchard

PAN M 360 : Comment s’est déroulée l’élaboration de Magie à minuit? Qu’est-ce que votre album raconte?

SUPER PLAGE : Ça doit faire presque deux ans que j’ai débuté la création de Magie à minuit et je l’ai terminé il y a environ six mois.  C’est le premier album que j’ai commencé en sachant qu’il allait être produit par une maison de disques. Malgré tout, c’est un projet que j’ai fait par moi-même, avec tous mes amis. J’ai commencé le tout lorsqu’on ne pouvait pas toujours sortir de chez nous vers la fin de la pandémie. J’ai voulu créer un tableau de la vie nocturne de Montréal et des festivals que j’ai vécus dans les dernières années. Par exemple, Rue Dandurand, la collaboration avec Le Couleur, parle des fêtes incroyables qu’on a fait à notre studio sur la rue du même nom. C’est un projet qui a une bonne vibe. Je veux que les gens écoutent ça l’après-midi au parc ou dans les bars. Ma musique est simple, je ne suis pas quelqu’un de tourmenté dans la vie, je ne ferai pas semblant de l’être pour faire de la musique qui ne me ressemble pas.

PAN M 360 : Justement, parlons des artistes qui apparaissent sur le projet. Qui sont-ils et qu’apportent-ils?

SUPER PLAGE : Les artistes Virginie B, Meggie Lennon et Le Couleur sont présents sur l’album. Pour moi, c’est vraiment excitant l’étape où ils viennent ajouter des trucs à mes démos et que j’entends mes maquettes différemment pour la première fois. C’est souvent là que je comprends ce qu’est la vibe de mes morceaux et si je les aime ou pas. Presque tous mes amis sont mes co-réalisateurs. Mes amis et moi, on se montre nos démos et on est comme « ah ouais, je changerais la basse sur cette partie-là » ou encore « je trouve ce bout un peu trop long ». J’ai vraiment appris beaucoup en produisant avec du monde autour de moi. Ce processus est sans fin et mes morceaux s’améliorent sans cesse grâce aux idées des autres. Si j’avais à refaire Magie à minuit, ça serait sûrement très différent. Je pense que je ne sortirai jamais l’album que j’ai envie de sortir à la journée de sa sortie, si tu vois ce que je veux dire. Je sors tout le temps l’album que j’avais envie de faire il y a quelques mois. De me dire ça, ça me motive à continuer de produire, pour voir jusqu’où je suis capable d’aller.

PAN M 360 : Quels sont les outils que vous avez utilisés pour la création de votre album? Avez-vous un plug-in chouchou?

SUPER PLAGE : Je travaille dans Pro Tools. Il n’y a pas grand monde qui aime ça pour produire dans Pro Tools, ils trouvent que le MIDI n’est pas beau. Moi, j’aime vraiment ça et ça fait longtemps que je crée là-dedans. Par le passé, j’ai eu un excellent professeur qui passait cinq heures après les cours à montrer ses projets aux étudiants intéressés. Je trouvais que le workflow était vraiment bien avec Pro Tool. Pour la création de Magie à minuit, on a incorporé du thérémine et de la pedal steel. L’album est vraiment un heureux mélange de trucs, avec quelques instruments par-ci par-là qui rendent ça plus organique. Mes synthétiseurs, c’est tout du Omnisphere ou du Serum.  Puis mon plug-in préféré, je pense que c’est le Brauer Motion. Ça fait passer les sons de droite à gauche avec un pattern différent. Ça rend le tout plus vivant, et j’adore ça. Je pense que la clé, ce sont les mouvements dans ma musique. C’est ça qui fait que tes épaules commencent à bouger. J’aime faire ce style de musique là parce que c’est tellement réactif.  Ça se voit directement sur la piste de danse si un morceau est bon ou non.

PAN M 360 : Dans votre univers, quelle importance portez-vous à l’écriture et les paroles?

SUPER PLAGE : Je porte quand même beaucoup d’importance aux paroles. Personnellement, je ne mets pas beaucoup de paroles et je trouve que certains artistes mettent beaucoup trop de mots dans leurs morceaux. J’aime vraiment beaucoup la phrase du groupe Bon Enfant qui dit « Un endroit aux couleurs pastels où tout le monde rit de mes jokes ». Je trouve que ça démontre une belle fragilité et naïveté, sans passer par plein de métaphores un peu boiteuses. C’est le genre d’écriture qui m’inspire. J’aime que ça soit minimaliste, tout en portant une grande importance à chacun des mots. Je n’en mets pas que je n’aime pas. D’ailleurs, je chante plus qu’à l’habitude sur cet album-là. C’est probablement parce que Magie à minuit est plus personnel.

PAN M 360 : Que raconte votre morceau Laurence?

SUPER PLAGE : Ma gérante s’appelle Laurence et elle prend très bientôt sa retraite. Elle a été avec moi pendant trois ans et nous sommes de bons amis. Les dernières années n’ont pas été toujours faciles pour elle, mais elle a toujours été là pour mon projet. Elle a toujours été très motivée à l’égard de Super Plage et j’en suis très reconnaissant. J’ai créé ce morceau l’été dernier lorsqu’elle avait une baisse de moral. « Laurence », c’est à la fois une chanson pour faire la fête, mais aussi un adieu professionnel à mon amie et gérante.  

PAN M 360 : Quelle est votre vision de l’avenir de la scène électro au Québec?

SUPER PLAGE : C’est intéressant parce qu’on vit vraiment dans une bulle où ce genre musical n’est pas super populaire. Je trouvais ça drôle à la dernière cérémonie du Gala de l’ADISQ, ça parlait de l’électronique comme étant une catégorie marginale et en péril. Au Québec, je connais une panoplie de producteurs électroniques qui sont excellents et qui ne sont pas répertoriés à l’ADISQ. Cette scène-là est beaucoup plus vivante que pas mal de monde le croit. Je crois que le Québec tarde un peu à embarquer dans la vague d’électro qui a déjà débuté depuis extrêmement longtemps en Europe. Cela dit, L’Impératrice a connu un solide succès ici et ça prouve que le Québec aime ce genre de musique. Dans le futur, je pense que la prochaine direction musicale ça va être la house-pop. Récemment, j’ai vu un documentaire sur les années d’or de la britpop de 1993 à 1997. À un moment donné, tout a arrêté et ce style musical a cessé d’être au top. Pendant que j’écoutais ça, je me suis dit « est-ce que ça va être la même chose pour l’électro-pop? Est-ce qu’il faut le prévoir, est-ce qu’il faut quitter le navire avant qu’il coule? ». Je ne pense que ça va arriver, mais on ne sait jamais.

Français installé à Montréal, KORVN est un DJ et producteur techno émergent engagé, comme le prouvent ses collaborations multiples avec le label techno activiste montréalais MFC Records. Après une première participation à la compilation Strangers In their Own World (2021) dont l’objectif était de sensibiliser aux droits civiques et à l’itinérance, KORVN dévoile l’étendue de son talent avec un premier EP, Tidal Waves, qui nous rappelle l’urgence climatique à laquelle nous faisons face. Tous les bénéfices seront reversés à la Fondation canadienne David Suzuki.

La musique techno a souvent été associée à l’activisme, en particulier dans sa capacité à rassembler des communautés diverses et à promouvoir des idées progressistes. Les racines de la musique techno remontent aux contre-cultures noires des années 1980, portées par des collectifs d’artistes comme Underground Resistance (Detroit), se définissant eux-mêmes comme « Un mouvement qui veut du changement par une révolution sonique » (notre traduction, extrait de leur manifeste).

Bien qu’elle se soit mondialisée et commercialisée (parfois à outrance), la musique techno est restée un moyen pour les artistes de transmettre des messages politiques et sociaux portant sur la lutte contre la discrimination, la promotion de l’égalité et l’opposition à l’oppression. Des festivals de musique techno tels que le Detroit Electronic Music Festival et la Love Parade de Berlin ont également servi de plateformes pour les manifestations pacifiques et la défense des droits des minorités.

Aujourd’hui, la musique techno continue d’inspirer l’activisme, et inversement. Elle est une source d’inspiration pour des jeunes et moins jeunes générations de DJ et de producteur-trices engagé-es qui cherchent à promouvoir le changement social et la justice. KORVN en fait partie.

Crédit photo : Flore Boubila

PAN M 360 : Vous avez déjà collaboré à la première compilation de MFC Records en 2021, vous avez donc un historique avec ce label. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

KORVN : Je ne peux pas ne pas parler de MFC sans parler de mon amitié avec Camille Bernard alias BitterCaress qui est la maman de MFC Records. Nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans lorsque j’ai rejoint le collectif OCTOV pour organiser des événements, et pour lequel je suis maintenant DJ résident. On a toujours eu un peu les mêmes intérêts musicaux, on s’est un peu lancé en même temps dans la musique, elle m’inspire beaucoup et de fil en aiguille, après avoir participé à la première VA du label, joué pour le podcast Mixing For A Cause, elle m’a donné la chance de faire mon propre projet, mon premier EP.

PAN M 360 : Avec votre EP Tidal Waves, vous avez décidé de sensibiliser à l’urgence climatique, pourquoi ?

KORVN : C’est un sujet qui prend de la place mais qui est aussi parfois difficile à mettre de l’avant parce qu’il y a plein d’autres choses grave qui se passe. Là, c’est sûr qu’on traverse des périodes difficiles, on ne peut pas nier les autres enjeux sociopolitiques dans le monde avec la guerre en Ukraine par exemple. Cependant, je pense que le réchauffement climatique est un problème qui est tout aussi global et qui va nécessairement engendrer d’autres situations d’instabilité à cause des réfugiés climatiques, des problèmes de ressources, de la perte de la biodiversité et pour ces raisons c’est important de continuer à s’exprimer sur ce sujet-là. Ça me tient à cœur aussi personnellement, parce que je fais partie d’une génération qui fait beaucoup d’éco anxiété et qui se pose beaucoup de questions sur l’avenir, pessimiste, qui a du mal à accepter qu’on vit dans un système qui ne va pas dans le bon sens.

PAN M 360 : Comment cette pensée se traduit-elle conceptuellement dans l’EP ?

KORVN : J’ai réfléchi les morceaux de l’EP avec cette vision-là sur l’environnement. L’EP s’appelle Tidal Waves qui fait référence à la montée des eaux à laquelle on fait déjà face. L’environnement, c’est pas juste la biodiversité, c’est aussi les gens qui vont être déracinés de leur culture, qui vont devoir partir de leur environnement, comme c’est le cas par exemple au Panama. « I’m Dying » c’est un énième appel de la planète qui est assez équivoque. « Second Skin » c’est l’idée que la planète est un organisme vivant qui finira par s’en remettre, même si on n’existe plus pour le voir, donc c’est un peu son renouveau.

PAN M 360 : Vous avez choisi de reverser les bénéfices à la fondation David Suzuki, pouvez-vous m’en dire plus ?

KORVN : Il y a beaucoup de fondations et d’organismes qui œuvrent pour la cause environnementale. Je dirais que ce n’est pas qu’elle est meilleure que les autres mais premièrement, c’est une fondation canadienne. Je trouvais ça important d’être proche de ce qui se passe un peu plus localement. J’aime aussi leur vision, ils s’appuient sur l’idée de donner le pouvoir aux gens de faire des choses à leur échelle, c’est une démarche intéressante.

PAN M 360 : Au quotidien, comment vous engagez-vous pour la lutte contre le réchauffement climatique ?

KORVN : Je mange de moins en moins de viande et je fais attention autant que possible à l’origine des produits que je consomme, même si ce n’est pas facile car c’est coûteux. J’apporte ma gourde autant que possible avec moi. Ce sont des petits gestes. En tant que DJ, je participe à l’initiative éco-rider lancée par Bye Bye Plastic qui vise à promouvoir la responsabilisation des organisateurs d’événements, pour par exemple limiter les plastiques à usage unique. Dans mon rider, à travers mes demandes, je peux encourager des bonnes pratiques. Et puis surtout j’en parle autour de moi, j’en fais un sujet de discussion.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter les artistes avec qui vous collaborez sur cet EP ?

KORVN : Je suis vraiment content d’avoir pu collaborer avec que ça soit Lucas donc URUBU, Aisha et Lifka, ce sont tous-tes des artistes qui me tiennent à cœur. URUBU est un artiste et un producteur que je respecte énormément et avec qui c’est vraiment plaisir de collaborer. On a déjà travaillé ensemble et le morceau de l’EP est issu d’une ébauche de morceau qu’on avait fait pour notre première collaboration, c’est là depuis longtemps. Lifka c’est un artiste allemand que j’apprécie énormément. Ce que je trouve cool c’est c’est pas exactement le même style de techno, mais je suis quelqu’un de très éclectique, même dans mes DJ set et du coup je suis assez content qu’il ait eu envie de se réapproprier cette track et de l’emmener complètement ailleurs. Et Aisha que j’ai découvert pendant mon processus de création et que je ne cesse de suivre depuis. C’est une artiste montante dont j’adore la patte un peu psy. Ça fait partie des trucs qui m’ont toujours fait tripé, j’avais découvert un peu la musique électronique avec les teufs en France et la psy faisait partie des soirées que je côtoyais. Ces sonorités-là m’ont toujours plu et je suis très heureux que ça se retrouve sur l’EP, même si je ne l’avais pas anticipé.

PLUS D’INFORMATIONS SUR L’ÉVÉNEMENT DE LANCEMENT DE L’EP – le 21 avril 2023 au Newspeak. 1$ par billet sera reversé à la Fondation David Suzuki.

ACHETEZ L’EP. Tous les bénéfices des ventes de musique de MFC004 iront à la Fondation David Suzuki.

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