Sous le pseudo de son projet électro-pop, Super Plage, le Rimouskois Jules Henry dévoile ce vendredi son quatrième opus, Magie à minuit.
Depuis la création de Super Plage vers la fin de 2019, l’artiste n’a pas cessé de créer : il a déjà trois albums et une compilation de remix à son actif. Rapidement, il s’est taillé une place sur la scène montréalaise avec un son rafraichissant et dansant. Sous étiquette Lisbon Lux Records, Jules Henry a d’ailleurs participé à l’édition 2021 du concours des Francouvertes.
Grandement inspiré par des artistes tels que Polo & Pan et L’Impératrice, le projet se dévoile comme un portrait de la vie nocturne montréalaise. Magie à minuit représente ces soirées où tout semble beau et dont on aimerait ne jamais voir la fin. Dans cet opus composé de dix titres, Super Plage appose plus souvent qu’à l’habitude sa voix vaporeuse à ses propres productions, et on ne s’en plaint pas! Ses textes sont simples, efficaces et ajoutent davantage de légèreté à ses sons. Aussi, Jules Henry fait appel aux artistes Virginie B, Meggie Lennon et Le Couleur qui insufflent une dose de douceur supplémentaire à son art.
PAN M 360 : Comment s’est déroulée l’élaboration de Magie à minuit? Qu’est-ce que votre album raconte?
SUPER PLAGE : Ça doit faire presque deux ans que j’ai débuté la création de Magie à minuit et je l’ai terminé il y a environ six mois. C’est le premier album que j’ai commencé en sachant qu’il allait être produit par une maison de disques. Malgré tout, c’est un projet que j’ai fait par moi-même, avec tous mes amis. J’ai commencé le tout lorsqu’on ne pouvait pas toujours sortir de chez nous vers la fin de la pandémie. J’ai voulu créer un tableau de la vie nocturne de Montréal et des festivals que j’ai vécus dans les dernières années. Par exemple, Rue Dandurand, la collaboration avec Le Couleur, parle des fêtes incroyables qu’on a fait à notre studio sur la rue du même nom. C’est un projet qui a une bonne vibe. Je veux que les gens écoutent ça l’après-midi au parc ou dans les bars. Ma musique est simple, je ne suis pas quelqu’un de tourmenté dans la vie, je ne ferai pas semblant de l’être pour faire de la musique qui ne me ressemble pas.
PAN M 360 : Justement, parlons des artistes qui apparaissent sur le projet. Qui sont-ils et qu’apportent-ils?
SUPER PLAGE : Les artistes Virginie B, Meggie Lennon et Le Couleur sont présents sur l’album. Pour moi, c’est vraiment excitant l’étape où ils viennent ajouter des trucs à mes démos et que j’entends mes maquettes différemment pour la première fois. C’est souvent là que je comprends ce qu’est la vibe de mes morceaux et si je les aime ou pas. Presque tous mes amis sont mes co-réalisateurs. Mes amis et moi, on se montre nos démos et on est comme « ah ouais, je changerais la basse sur cette partie-là » ou encore « je trouve ce bout un peu trop long ». J’ai vraiment appris beaucoup en produisant avec du monde autour de moi. Ce processus est sans fin et mes morceaux s’améliorent sans cesse grâce aux idées des autres. Si j’avais à refaire Magie à minuit, ça serait sûrement très différent. Je pense que je ne sortirai jamais l’album que j’ai envie de sortir à la journée de sa sortie, si tu vois ce que je veux dire. Je sors tout le temps l’album que j’avais envie de faire il y a quelques mois. De me dire ça, ça me motive à continuer de produire, pour voir jusqu’où je suis capable d’aller.
PAN M 360 : Quels sont les outils que vous avez utilisés pour la création de votre album? Avez-vous un plug-in chouchou?
SUPER PLAGE : Je travaille dans Pro Tools. Il n’y a pas grand monde qui aime ça pour produire dans Pro Tools, ils trouvent que le MIDI n’est pas beau. Moi, j’aime vraiment ça et ça fait longtemps que je crée là-dedans. Par le passé, j’ai eu un excellent professeur qui passait cinq heures après les cours à montrer ses projets aux étudiants intéressés. Je trouvais que le workflow était vraiment bien avec Pro Tool. Pour la création de Magie à minuit, on a incorporé du thérémine et de la pedal steel. L’album est vraiment un heureux mélange de trucs, avec quelques instruments par-ci par-là qui rendent ça plus organique. Mes synthétiseurs, c’est tout du Omnisphere ou du Serum. Puis mon plug-in préféré, je pense que c’est le Brauer Motion. Ça fait passer les sons de droite à gauche avec un pattern différent. Ça rend le tout plus vivant, et j’adore ça. Je pense que la clé, ce sont les mouvements dans ma musique. C’est ça qui fait que tes épaules commencent à bouger. J’aime faire ce style de musique là parce que c’est tellement réactif. Ça se voit directement sur la piste de danse si un morceau est bon ou non.
PAN M 360 : Dans votre univers, quelle importance portez-vous à l’écriture et les paroles?
SUPER PLAGE : Je porte quand même beaucoup d’importance aux paroles. Personnellement, je ne mets pas beaucoup de paroles et je trouve que certains artistes mettent beaucoup trop de mots dans leurs morceaux. J’aime vraiment beaucoup la phrase du groupe Bon Enfant qui dit « Un endroit aux couleurs pastels où tout le monde rit de mes jokes ». Je trouve que ça démontre une belle fragilité et naïveté, sans passer par plein de métaphores un peu boiteuses. C’est le genre d’écriture qui m’inspire. J’aime que ça soit minimaliste, tout en portant une grande importance à chacun des mots. Je n’en mets pas que je n’aime pas. D’ailleurs, je chante plus qu’à l’habitude sur cet album-là. C’est probablement parce que Magie à minuit est plus personnel.
PAN M 360 : Que raconte votre morceau Laurence?
SUPER PLAGE : Ma gérante s’appelle Laurence et elle prend très bientôt sa retraite. Elle a été avec moi pendant trois ans et nous sommes de bons amis. Les dernières années n’ont pas été toujours faciles pour elle, mais elle a toujours été là pour mon projet. Elle a toujours été très motivée à l’égard de Super Plage et j’en suis très reconnaissant. J’ai créé ce morceau l’été dernier lorsqu’elle avait une baisse de moral. « Laurence », c’est à la fois une chanson pour faire la fête, mais aussi un adieu professionnel à mon amie et gérante.
PAN M 360 : Quelle est votre vision de l’avenir de la scène électro au Québec?
SUPER PLAGE : C’est intéressant parce qu’on vit vraiment dans une bulle où ce genre musical n’est pas super populaire. Je trouvais ça drôle à la dernière cérémonie du Gala de l’ADISQ, ça parlait de l’électronique comme étant une catégorie marginale et en péril. Au Québec, je connais une panoplie de producteurs électroniques qui sont excellents et qui ne sont pas répertoriés à l’ADISQ. Cette scène-là est beaucoup plus vivante que pas mal de monde le croit. Je crois que le Québec tarde un peu à embarquer dans la vague d’électro qui a déjà débuté depuis extrêmement longtemps en Europe. Cela dit, L’Impératrice a connu un solide succès ici et ça prouve que le Québec aime ce genre de musique. Dans le futur, je pense que la prochaine direction musicale ça va être la house-pop. Récemment, j’ai vu un documentaire sur les années d’or de la britpop de 1993 à 1997. À un moment donné, tout a arrêté et ce style musical a cessé d’être au top. Pendant que j’écoutais ça, je me suis dit « est-ce que ça va être la même chose pour l’électro-pop? Est-ce qu’il faut le prévoir, est-ce qu’il faut quitter le navire avant qu’il coule? ». Je ne pense que ça va arriver, mais on ne sait jamais.
Français installé à Montréal, KORVN est un DJ et producteur techno émergent engagé, comme le prouvent ses collaborations multiples avec le label techno activiste montréalais MFC Records. Après une première participation à la compilation Strangers In their Own World (2021) dont l’objectif était de sensibiliser aux droits civiques et à l’itinérance, KORVN dévoile l’étendue de son talent avec un premier EP, Tidal Waves, qui nous rappelle l’urgence climatique à laquelle nous faisons face. Tous les bénéfices seront reversés à la Fondation canadienne David Suzuki.
La musique techno a souvent été associée à l’activisme, en particulier dans sa capacité à rassembler des communautés diverses et à promouvoir des idées progressistes. Les racines de la musique techno remontent aux contre-cultures noires des années 1980, portées par des collectifs d’artistes comme Underground Resistance (Detroit), se définissant eux-mêmes comme « Un mouvement qui veut du changement par une révolution sonique » (notre traduction, extrait de leur manifeste).
Bien qu’elle se soit mondialisée et commercialisée (parfois à outrance), la musique techno est restée un moyen pour les artistes de transmettre des messages politiques et sociaux portant sur la lutte contre la discrimination, la promotion de l’égalité et l’opposition à l’oppression. Des festivals de musique techno tels que le Detroit Electronic Music Festival et la Love Parade de Berlin ont également servi de plateformes pour les manifestations pacifiques et la défense des droits des minorités.
Aujourd’hui, la musique techno continue d’inspirer l’activisme, et inversement. Elle est une source d’inspiration pour des jeunes et moins jeunes générations de DJ et de producteur-trices engagé-es qui cherchent à promouvoir le changement social et la justice. KORVN en fait partie.
Crédit photo : Flore Boubila
PAN M 360 : Vous avez déjà collaboré à la première compilation de MFC Records en 2021, vous avez donc un historique avec ce label. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
KORVN : Je ne peux pas ne pas parler de MFC sans parler de mon amitié avec Camille Bernard alias BitterCaress qui est la maman de MFC Records. Nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans lorsque j’ai rejoint le collectif OCTOV pour organiser des événements, et pour lequel je suis maintenant DJ résident. On a toujours eu un peu les mêmes intérêts musicaux, on s’est un peu lancé en même temps dans la musique, elle m’inspire beaucoup et de fil en aiguille, après avoir participé à la première VA du label, joué pour le podcast Mixing For A Cause, elle m’a donné la chance de faire mon propre projet, mon premier EP.
PAN M 360 : Avec votre EP Tidal Waves, vous avez décidé de sensibiliser à l’urgence climatique, pourquoi ?
KORVN : C’est un sujet qui prend de la place mais qui est aussi parfois difficile à mettre de l’avant parce qu’il y a plein d’autres choses grave qui se passe. Là, c’est sûr qu’on traverse des périodes difficiles, on ne peut pas nier les autres enjeux sociopolitiques dans le monde avec la guerre en Ukraine par exemple. Cependant, je pense que le réchauffement climatique est un problème qui est tout aussi global et qui va nécessairement engendrer d’autres situations d’instabilité à cause des réfugiés climatiques, des problèmes de ressources, de la perte de la biodiversité et pour ces raisons c’est important de continuer à s’exprimer sur ce sujet-là. Ça me tient à cœur aussi personnellement, parce que je fais partie d’une génération qui fait beaucoup d’éco anxiété et qui se pose beaucoup de questions sur l’avenir, pessimiste, qui a du mal à accepter qu’on vit dans un système qui ne va pas dans le bon sens.
PAN M 360 : Comment cette pensée se traduit-elle conceptuellement dans l’EP ?
KORVN : J’ai réfléchi les morceaux de l’EP avec cette vision-là sur l’environnement. L’EP s’appelle Tidal Waves qui fait référence à la montée des eaux à laquelle on fait déjà face. L’environnement, c’est pas juste la biodiversité, c’est aussi les gens qui vont être déracinés de leur culture, qui vont devoir partir de leur environnement, comme c’est le cas par exemple au Panama. « I’m Dying » c’est un énième appel de la planète qui est assez équivoque. « Second Skin » c’est l’idée que la planète est un organisme vivant qui finira par s’en remettre, même si on n’existe plus pour le voir, donc c’est un peu son renouveau.
PAN M 360 : Vous avez choisi de reverser les bénéfices à la fondation David Suzuki, pouvez-vous m’en dire plus ?
KORVN : Il y a beaucoup de fondations et d’organismes qui œuvrent pour la cause environnementale. Je dirais que ce n’est pas qu’elle est meilleure que les autres mais premièrement, c’est une fondation canadienne. Je trouvais ça important d’être proche de ce qui se passe un peu plus localement. J’aime aussi leur vision, ils s’appuient sur l’idée de donner le pouvoir aux gens de faire des choses à leur échelle, c’est une démarche intéressante.
PAN M 360 : Au quotidien, comment vous engagez-vous pour la lutte contre le réchauffement climatique ?
KORVN : Je mange de moins en moins de viande et je fais attention autant que possible à l’origine des produits que je consomme, même si ce n’est pas facile car c’est coûteux. J’apporte ma gourde autant que possible avec moi. Ce sont des petits gestes. En tant que DJ, je participe à l’initiative éco-rider lancée par Bye Bye Plastic qui vise à promouvoir la responsabilisation des organisateurs d’événements, pour par exemple limiter les plastiques à usage unique. Dans mon rider, à travers mes demandes, je peux encourager des bonnes pratiques. Et puis surtout j’en parle autour de moi, j’en fais un sujet de discussion.
PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter les artistes avec qui vous collaborez sur cet EP ?
KORVN : Je suis vraiment content d’avoir pu collaborer avec que ça soit Lucas donc URUBU, Aisha et Lifka, ce sont tous-tes des artistes qui me tiennent à cœur. URUBU est un artiste et un producteur que je respecte énormément et avec qui c’est vraiment plaisir de collaborer. On a déjà travaillé ensemble et le morceau de l’EP est issu d’une ébauche de morceau qu’on avait fait pour notre première collaboration, c’est là depuis longtemps. Lifka c’est un artiste allemand que j’apprécie énormément. Ce que je trouve cool c’est c’est pas exactement le même style de techno, mais je suis quelqu’un de très éclectique, même dans mes DJ set et du coup je suis assez content qu’il ait eu envie de se réapproprier cette track et de l’emmener complètement ailleurs. Et Aisha que j’ai découvert pendant mon processus de création et que je ne cesse de suivre depuis. C’est une artiste montante dont j’adore la patte un peu psy. Ça fait partie des trucs qui m’ont toujours fait tripé, j’avais découvert un peu la musique électronique avec les teufs en France et la psy faisait partie des soirées que je côtoyais. Ces sonorités-là m’ont toujours plu et je suis très heureux que ça se retrouve sur l’EP, même si je ne l’avais pas anticipé.
ACHETEZ L’EP. Tous les bénéfices des ventes de musique de MFC004 iront à la Fondation David Suzuki.
L’Ensemble ArtChoral (précédemment l’Ensemble vocal Art-Québec)entreprend actuellement le projet ambitieux de retracer l’histoire du chant choral du XVIe au XIXe siècle. Ce parcours historique, qui est né au début de la pandémie, se déploiera en 11 disques enregistrés chez ATMA Classique, ainsi que plusieurs concerts et enregistrements vidéo. Le projet se déroule sur trois ans.
Après la sortie du volume 7, consacré aux chants de Noël, l’Ensemble ArtChoral nous propose cette fois-ci le volume 3, intitulé Baroque II. Celui-ci se consacre au baroque tardif, et contient par conséquent des pièces composées à partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Sur cet album, compositeurs très connus et découvertes se côtoient.
PAN M 360 s’est entretenu avec Matthias Maute, chef de l’Ensemble ArtChoral et qui est à l’origine de ce grand projet. Nous avons voulu en savoir plus sur le parcours d’écoute proposé, les particularités de cet album, ainsi que sur son inscription dans l’ensemble du projet.
Interview réalisé par Elena Mandolini
PAN M 360 : Comment ce grand projet de retracer l’histoire du chant choral a-t-il vu le jour?
Matthias Maute : Ce projet a vu le jour durant la pandémie. Nous avons réussi à trouver du financement pour faire des concerts et créer ce grand projet de disques qui s’étale sur trois ans.
PAN M 360 : L’Ensemble ArtChoral a fait beaucoup pour la communauté musicale durant la pandémie. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?
Matthias Maute : Notre projet ne s’arrête pas à l’enregistrement de 11 disques. ArtChoral travaille également à créer des partenariats avec d’autres chœurs pour organiser des tournées avec les chanteurs. Les choristes sont les personnes les moins bien payées dans notre milieu musical. Durant la pandémie, il y a beaucoup de travail qui n’a pas été rémunéré. Nous voulons également honorer la grande tradition chorale que nous avons ici, au Québec. L’Ensemble ArtChoral a une histoire de plus de trente ans, et je suis très heureux de pouvoir diriger cet ensemble et de pouvoir présenter ce projet.
PAN M 360 : Comment avez-vous choisi les pièces qui figurent sur l’album?
Matthias Maute : Au niveau du répertoire, c’est très facile de tomber dans le répertoire allemand. C’est surtout en Allemagne que l’on retrouve le répertoire pour chanteur, c’était très ancré dans la culture de l’époque. Les compositeurs écrivaient pour chœur a cappella.
PAN M 360 : Alors le thème qui unirait toutes les pièces sur Baroque II serait la musique a cappella allemande?
Matthias Maute : Les trésors du répertoire a cappella de la deuxième moitié du 18e siècle se trouvent dans la tradition germanique, donc ça m’a fait très plaisir de puiser dans ce répertoire-là.
PAN M 360 : Certains compositeurs qui figurent sur l’album sont moins connus et peu de leurs œuvres sont parvenues jusqu’à nous. Y a-t-il eu un processus de reconstitution nécessaire? Comment avez-vous choisi le répertoire pour l’album?
Matthias Maute : Il n’y a pas vraiment de reconstitution nécessaire. C’est surprenant de voir à quel point le répertoire chanté est vaste dans les régions germaniques. Alors, j’ai commencé mes recherches avec la famille Bach, puisque Jean-Sébastien Bach est en lui-même très important pour l’art choral, notamment avec ses motets. Bach était comme un soleil, avec beaucoup de compositeurs qui travaillaient autour. Homilius, dont certains de ses motets sont sur le disque, est très peu connu. Il était un élève de Bach.
PAN M 360 : Quel est le parcours d’écoute proposé par l’album?
Matthias Maute : Toutes les pièces sont religieuses, de la tradition luthérienne, à l’exception de la pièce de Lotti. Le premier motet commence dans la noirceur et le chaos. On a donc sur l’album comme une histoire, c’est-à-dire qu’au début il y a la dépression, et à la fin vous avez l’illustration de l’âme qui s’arrache enfin du corps et qui monte vers le haut. À travers le travail et l’effort, on parvient à se détacher. Il y a cet émerveillement, cette lumière qui nous permet de réfléchir aux problèmes de notre vie. Ce voyage du bas vers le haut est représenté dans le langage musical de chacune des pièces et tout au long de l’album.
PAN M 360 : Le projet de l’Ensemble ArtChoral comporte également une partie vidéo. Pourquoi avoir fait ce choix?
Matthias Maute : En effet, les vidéos sont l’autre partie de la production. Il y a plusieurs raisons à cela. Nous avons réalisé que de moins en moins de personnes ont des lecteurs CD et qu’on achète moins de disques qu’avant. Aussi, depuis la pandémie, la vie se déroulait beaucoup à l’ordinateur. Pour rejoindre les gens mondialement, par l’ordinateur, s’est avérée une bonne piste pour nous. Nous avons produit des vidéos de nos concerts pour que la communauté mondiale puisse les voir. Et, de manière générale, c’est un bon outil de promotion de notre projet. Ainsi, tout le monde peut voir et entendre notre travail.
PAN M 360 : Dans ce contexte, quelle serait la différence entre la préparation pour un disque et la préparation pour un concert?
Matthias Maute : Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence au niveau de la préparation. Il y a une différence dans la manière dont on organise la programmation. Pour un disque, on a toujours une accroche au début. Il y a aussi toutes les exigences techniques, tout doit être parfaitement en même temps et on peut reprendre les pièces, les réécouter. Durant les concerts, il faut garder un moment fort à la fin. Pour la formation, pour le chœur, c’est aussi très différent en concert, puisqu’il y a la communication avec le public, le son et la salle.
PAN M 360 : Et pour finir, qu’est-ce qui attend l’Ensemble ArtChoral pour la suite du projet?
Matthias Maute : Nous avons déjà énormément enregistré! Il nous reste deux albums à faire, ils seront enregistrés à l’automne 2023.
Les albums de l’Ensemble ArtChoral sont enregistrés chez ATMA Classique. Deux des 11 disques retraçant l’histoire de la musique chorale depuis le XVIe siècle sont déjà disponibles : le volume 7, consacré à Noël, et depuis peu le volume 3, Baroque II.
La diversité de son art, son talent de multi-instrumentiste, son idée du corps comme instrument de musique et son penchant pour la collaboration rappellent le foisonnement culturel de sa ville natale.
Originaire de Recife, au Brésil, la Montréalaise Lara Klaus est autrice-compositrice-interprète, multi-instrumentiste et éducatrice à travers le monde. Elle fait également partie du groupe LADAMA, formé de quatre femmes provenant toutes de pays différents, et avec lesquelles elle a joué au fameux studio Tiny Desk de NPR Music.
Sa musique solo présente un mélange de styles, empruntant des éléments du sud au nord de l’Amérique jusqu’à l’Afrique, présentant principalement de la guitare électrique et acoustique, ainsi que différents types de percussions brésilienne et africaine.. Elle a participé au Syli d’Or de la musique du monde des productions Nuits d’Afrique, et s’apprête à jouer au Ministère de Montréal dans le cadre de l’événement RADAR qui s’amorce ce mardi.
PAN M 360 : Vous venez de la ville de Recife, au nord-est du Brésil, vous habitez maintenant à Montréal. Pourquoi avez-vous décidé de vous installer ici?
LARA KLAUS : C’est intéressant, parce que j’ai un autre projet avec lequel j’ai beaucoup voyagé en Amérique du Nord, et nous sommes venues à Montréal en 2018 pour participer au festival Nuits d’Afrique et à d’autres festivals en Ontario. C’est comme ça que j’ai appris à connaître la ville. Ensuite, un an plus tard, mon partenaire a décidé de venir étudier ici. C’était une heureuse coïncidence, et ça a permis de faciliter les choses avec mes projets. Je trouvais que Montréal ouvrait ses bras à la musique brésilienne et à mon travail.
PAN M 360 : Vous êtes percussionniste. Est-ce par ce type d’instrument que vous avez commencé à apprendre la musique?
LARA KLAUS : En fait, le premier instrument que j’ai appris à jouer est le clavier. Ensuite, j’ai appris la guitare acoustique, que j’ai étudiée pendant longtemps. Quand j’ai découvert la percussion et toutes ses manifestations culturelles qui étaient très fortes dans ma ville natale, ça m’a donné envie d’en jouer et de me mettre à la batterie. Après, c’était le chant (rires).
PAN M 360 : Alors le chant est venu en dernier?
LARA KLAUS : J’ai toujours aimé chanter lorsque je jouais de la guitare seule, et lorsque j’ai commencé à être musicienne professionnelle et à travailler avec d’autres artistes, ma voix était souvent à l’arrière-plan. À un moment, j’ai décidé que je voulais chanter pour moi-même.
PAN M 360 : Lorsque vous composez, commencez-vous avec la percussion? La guitare? Est-ce différent à chaque fois?
LARA KLAUS : Ça dépend. Parfois, ça vient d’une idée rythmique, d’autres fois c’est d’un son que j’entends. Mais même quand je commence avec la guitare, la percussion est présente, parce que j’ai une manière de jouer très percussive. Tous les éléments sont proches les uns des autres. Quand je fais des démos ou je commence à produire des chansons, c’est souvent guitare et percussions qui sont présentes.
PAN M 360 : Par rapport à ce processus, il est évident que vous êtes fan de collaboration. Vous faites partie du groupe LADAMA, vous avez plusieurs chansons avec d’autres artistes, notamment sur votre album solo et sur vos singles plus récents. Quelle place occupe la collaboration pour vous? Est-elle à la base de tout?
LARA KLAUS : Oui, absolument. Mon projet solo vient de mon projet collaboratif. J’invite toujours d’autres gens à faire partie du processus avec moi, que ce soit sur scène ou en studio. Depuis que j’ai commencé à jouer, j’ai un besoin de partage, je n’ai vraiment pas une démarche solitaire. Bien sûr, je commence avec une petite idée de moi-même et ensuite je l’apporte à d’autres. La plupart des chansons que j’ai écrites ont été faites avec quelqu’un d’autre. Je crois que c’est toujours mieux d’avoir les idées et les voix des autres, non seulement parce que c’est pratique, mais aussi parce c’est l’idée symbolique d’une communauté. Je viens d’un endroit où, si tu joues dans la rue, il y aura un groupe avec toi, il y aura une parade.
PAN M 360 : Non seulement êtes vous artiste, vous êtes aussi éducatrice. Vous enseignez la musique et la percussion aux plus jeunes à travers le monde dans des conférences et des ateliers. Pensez-vous que d’enseigner la musique ainsi vous inspire d’autant plus à en explorer les limites?
LARA KLAUS : Totalement. Le fait d’enseigner me fait constamment apprendre. Pour moi, ça revient à l’idée de communauté et de partage. Ce qu’on partage a une signification, et ça nous permet de nous connecter avec notre culture. Je trouve important pour les gens à qui j’enseigne qu’ils réussissent à leur tour de se connecter avec la leur. C’est vraiment une question de se connaître. Pendant longtemps, j’ai enseigné à des personnes handicapées. Peu importe le type de personne, tout le monde reçoit et intègre l’information différemment.
PAN M 360 : C’est cette idée qu’on peut toujours apprendre, même de quelqu’un qui ne s’y connait presque pas sur notre sujet.
LARA KLAUS : Exact. Et l’enseignement, ce n’est pas seulement « Voici ce que je fais, voici le rythme qu’on joue dans ma ville. », c’est aussi, par exemple, découvrir l’utilisation du corps comme instrument.
PAN M 360 : Justement, parlant du corps comme instrument, dans une conférence TED-Talk que vous avez faite avec votre groupe LADAMA il y a quelques années, vous citez le grand percussionniste brésilien Naná Vasconcelos : « Le premier instrument est la voix, mais le meilleur instrument est le corps. » Pouvez-vous nous parler de ce que cela signifie pour vous?
LARA KLAUS : Oui, quand j’ai découvert la citation, je me suis dite « Mon dieu, c’est exactement ça! » C’était un grand maître. Il a voyagé le monde en utilisant son corps et sa percussion comme instruments, et a tracé le chemin en jouant avec des grands comme Miles Davis et Herbie Hancock. Mais, oui, à la base, son idée, c’est qu’il y a tout ce qu’il nous faut en nous, et que si nous avons cette base, il n’y a pas d’obstacles, pas de barrières qui puissent nous arrêter.
PAN M 360 : Avant de nous quitter, nous voulions savoir si vous travailliez sur un nouveau projet en ce moment.
LARA KLAUS : Oui, j’ai quelques chansons que je planifie sortir bientôt. J’aimerais bien sortir quelque chose à temps pour l’été. Je travaille toujours avec différents artistes, et j’ai mon groupe de tournée avec qui je joue et collabore, évidemment. J’ai des spectacles planifiés en juin et juillet!
PAN M 360 : Finalement, pouvez-vous nous dire à quoi peut-on s’attendre de votre concert ce mardi?
LARA KLAUS : Vous allez entendre mes chansons, que j’ai écrites avec différentes personnes, et vous pouvez vous attendre à ce que j’alterne entre plusieurs instruments que j’ai appris au fil de mon parcours. J’espère simplement offrir une performance lumineuse que les gens pourront sentir à la fin. C’est toujours une joie, pour moi, de jouer sur une scène, et je veux transmettre ce sentiment. Même si je chante en portugais brésilien, je crois que la musique transcende la langue, et que je peux montrer le meilleur côté de la personne que je suis et de l’endroit dont je viens.
Lara Klaus se produit au Ministère, ce mardi 28 mars prochain dans le cadre de la programmation RADAR présentée par M pour Montréal et Mundial Montréal.
Depuis ses débuts en 2016, Debate Club a connu une sorte de résurgence sonore qui va de paire avec le renouveau de la musique à Montréal. Sur Égarements Vol. 1, le groupe s’est concentré sur ses racines shoegaze et dreamcape indie, ce que le chanteur et guitariste Philippe Hamelin qualifie de processus épuisant. Nous nous sommes entretenus brièvement avec lui à ce sujet.
PAN M 360 : Égarements Vol. 1 vous ramène en quelque sorte à vos racines shoegaze et dream pop. Était-ce une progression naturelle ?
Philippe Hamelin: Absolument, la pandémie a tout ralenti, y compris notre musique. L’énergie brute qui animait Phosphorescent s’est lentement estompée pour se transformer en quelque chose d’un peu plus profond, avec quelques couches supplémentaires. Nous tenons à ce que le processus d’écriture reste organique, Égarements est simplement arrivé.
PAN M 360: Quels sont les thèmes qui ont inspiré Égarements ?
Philippe Hamelin: Un des thèmes récurrents dans nos chansons est l’anxiété – je ne sais pas si c’est l’état actuel du monde, mais il semble affecter la plupart des gens, donc il fait très souvent son chemin dans notre écriture, cette sortie ne fait pas exception. Nous gardons aussi toujours une place pour les amis que nous aimons et la famille qui nous manque, car cela n’aurait aucun sens si nous ne le faisions pas.
PAN M 360:Dans la musique dreamcape/shoegaze, il y a toujours une aura d’obscurité dans ce que la chanson raconte à l’auditeur. Mon exemple serait les Cocteau Twins. Est-ce que cela rend difficile ou facile d’écrire de la musique dans ce genre ?
Philippe Hamelin: Nous essayons de ne pas trop nous attacher au genre que nous pouvons faire. Égarements a été écrit et nous avons regardé en arrière et nous nous sommes dit : “Oh oui, il y a vraiment du shoegaze là-dedans”. Écrire de la musique est toujours un processus épuisant, quel que soit le genre.
PAN M 360:Il s’agit d’Égarements vol 1. Le volume 2 est-il déjà en cours d’écriture ? Aura-t-il la même ambiance ?
Philippe Hamelin: Les volumes 2 et 3 sont en grande partie écrits. La vibe est définitivement la même, mais nous y ajouterons quelques surprises, car nous aimons improviser un peu pendant le processus d’enregistrement..
PAN M 360: Comment s’est déroulé le processus d’enregistrement en pleine pandémie ?
Philippe Hamelin: En un mot, c’était compliqué. Nous produisons la plupart de nos produits nous-mêmes, donc nous avions une certaine flexibilité, mais la présence a été réduite au minimum lorsque c’était nécessaire et le mixage a été en partie fait à distance. Nous nous sommes adaptés, je pense que nous sommes plus débrouillards maintenant que nous avons travaillé dans ces conditions.
PAN M 360:Comment le paysage musical montréalais a-t-il changé depuis sa réouverture après la pandémie ? Reviendra-t-il un jour à ce qu’il était ?
Philippe Hamelin: Malheureusement, il a été un peu difficile pour les petits groupes indépendants comme nous de se produire en concert, car les salles de spectacle retrouvaient peu à peu leur capacité normale. On a l’impression que tous les artistes se battent pour se faire entendre, c’est parfois fatigant.
PAN M 360:Les instruments influencent-ils la musique ? Comment savez-vous quand il faut faire du lourd ou quand il faut se calmer ?
Philippe Hamelin: Nous avons deux formules d’écriture. La première consiste simplement à construire sur des chansons que quelqu’un a déjà partiellement écrites et pour lesquelles il peut guider le reste d’entre nous, y compris les intentions derrière chaque partie. La seconde consiste simplement à se baser sur un riff que l’un d’entre nous a trouvé. Le riff devient alors l’ambiance et nous construisons à partir de là, en nous défiant mutuellement sur la direction à prendre. Nous avons vraiment l’impression d’être plus performants dans ce dernier cas.
PAN M 360:Quels sont les groupes montréalais qui vous enthousiasment en ce moment ?
Philippe Hamelin: Vous devriez absolument découvrir Tu/Lips, leur vidéo ” Les bêtes de joie ” est définitivement un coup de cœur pour nous. Vous devriez aussi voir Yoo Doo Right, Yocto, DDWD et Seulement si ce n’est pas déjà fait.
PAN M 360:Quelle est la prochaine étape pour le Debate Club ?
Philippe Hamelin: Nous commençons à planifier des concerts pour le reste de l’année et, bien sûr, de la nouvelle musique. Restez à l’écoute, nous vous contacterons très bientôt.
Comment créer ses propres espaces inclusifs dans un contexte d’exclusion? Comment occuper l’espace public lorsque le système vous invisibilise dès qu’il s’agit d’atteindre une position de leadership? Comment renverser la tendance lorsque votre image est exploitée ou que vous subissez différentes formes de violence à tous les niveaux?
En réaction à cette réalité de discrimination systémique, consciente ou inconsciente, toujours d’actualité malheureusement, la communauté queer/bipoc/trans/allié.es a fondé une Fédération pour les Arts Nocturnes dont le but est d’assurer la sécurité, la durabilité et la solidarité d’une culture nocturne florissante à Montréal.
Cet organisme à but non lucratif, bien que tout récemment fondé en 2022, est le signe révélateur que le vent est en train de changer de direction. À partir d’un questionnaire en ligne, l’équipe des fondateurs.trices – Lou Seltz, Olivier Philbin Briscoe et Taher Gargouri- ont évalué les besoins de la communauté en termes de défis, de besoins et d’occasions pour pérenniser leur carrière et surtout assurer leurs prises de décision. Les résultats seront rendus publics en mai 2023.
Qui plus est, un panel de discussion a été organisé le 25 février dernier sur la problématique des espaces pour ces communautés avec des artistes et activistes en pleine ascension comme Syana Barbara ou Crissemarqueur.
FANTOM est dans une lancée de démarches de financement pour assurer la viabilité du projet afin de créer une application pour recenser les espaces sécuritaires pour cette communauté, mieux sensibiliser les politiques municipales dans la prise en compte de leurs besoins spécifiques et de trouver des espaces permanents pour l’épanouissement de leurs activités nocturnes. Le 25 avril prochain, un événement de lancement est programmé.
Ainsi PAN M 360 s’entretient avec l’un des fondateurs du projet, Taher Gargouri, afin de mieux saisir les tenants et aboutissants de cet organisme qui va, très certainement, révolutionner la scène montréalaise !
PAN M 360: Taher, quel est ton parcours et ton implication sur la scène musicale montréalaise?
TAHER: Taher alias Crissemarqueur, je suis DJ et organisateur de raves. J’ai commencé comme percussionniste mais j’ai aussi suivi un parcours à travers des études de cinéma, de design, de photographie. Je suis multidisciplinaire depuis une dizaine d’années et j’ai embarqué dans la scène techno avec ce bagage. Le premier organisme fut Slataprod, axé sur la création des endroits sécuritaires pour les minorités visibles. L’idée était de mettre de l’avant des artistes issus des minorités visibles: trans, de couleur, maghrébins aussi. Je suis Tunisien et cela me tient à cœur d’être solidaire. Depuis, d’autres projets ont débouché comme Tangerine ou Latex. Mon expérience de vie à Berlin m’a donné le goût de transposer cette ambiance à Montréal où la scène techno fusionne avec la scène queer et racisée dans une ambiance décomplexée. Cette série d’événements est en collaboration avec des artistes de Shibari, de pole dancer ou de swana.
PAN M 360: Comment est venue l’idée de créer FANTOM? Quel a été l’élément déclencheur?
TAHER: Depuis 2 ans, j’ai acquis de l’expérience en organisant plusieurs événements et j’ai été confronté à une série de situations très problématiques. Premièrement, nous manquons d’informations sur les processus liés à l’organisation comme des lieux sécuritaires. Les plus anciens ne partagent pas leur expérience car la compétition est intense dans notre milieu. Nous pourrions éviter de faire des erreurs si nous étions mieux informés. Deuxièmement, en tant que personne racisée et queer, les espaces techno sont très blancs. Le « care » n’est pas assez significatif envers la diversité. En tant que « crowd », on ne sent pas toujours à l’aise. Des collectifs manquent cruellement de diversité. Troisièmement, nous souhaiterions que la ville de Montréal offre plus d’informations pour soutenir les organisations sécuritaires. Il serait intéressant d’avoir une réglementation sur les tarifs de location des lieux, les accès pour la diversité, une charte de bonne conduite entre les parties prenantes etc…Avec Lou et Oliver, on s’est rencontré et on a discuté des solutions à mettre en place pour régler ces problèmes. C’est ainsi que nous avons créé Fantom.
PAN M 360: Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre?
TAHER: On a voulu joindre ce public pour identifier les besoins et les défis de la communauté racisée et queer face à ces problématiques et tenter de trouver des solutions. Nous avons pensé à créer une application, prochainement, sur laquelle nous pourrions déjà échanger et partager des informations. Nous souhaitons mobiliser les politiques à notre cause pour obtenir plus de bienveillance. Il est essentiel de pallier la pénurie des lieux de diffusion criante à Montréal. On pourrait penser à des centres de formation aussi. Sur le long terme, on se verrait bien comme un syndicat avec notre propre table de concertation.
PAN M 360: Depuis la création de FANTOM, quelles ont été les réactions par rapport à vos revendications?
TAHER: Globalement, les réactions ont été positives. Les gens sont en attente d’actions concrètes. On veut changer la « game » rapidement et avancer positivement.
PAN M 360: Que penses-tu de la situation dans le milieu de la musique en ce qui concerne les postes décisionnels, de leadership et de programmation à Montréal?
TAHER: Montréal regorge de promoteurs blancs et ça manque de diversité. Lorsqu’on est dans l’intersectionnalité, il est très difficile d’avancer. On doit fournir beaucoup plus d’énergie et trouver mille astuces pour accéder au même rang que les Blancs. En réaction, nous sommes dans la nécessité de créer nos propres espaces d’inclusion dans ce contexte d’exclusion. Finalement, on évolue dans des univers parallèles. Et même, si on est tout aussi performants et créatifs, on reste fantomatiques dans la société. On veut briser ce plafond de verre persistant et injuste.
Originaire du Cap, en Afrique du Sud, Derek Gripper a adapté certaines musiques africaines à sa formation de guitariste classique. Il est connu dans le monde entier pour ses transcriptions des enregistrements du grand joueur de kora Toumani Diabaté – One Night on Earth (2011) et Librairies on Fire (2016). Il a également joué dans le Symmetric Orchestra dirigé par le célébrissime griot malien. Depuis que le guitariste joue des pièces originales de son cru, il décrit son art par des » structures cycliques étendues « . Plus précisément, il puise dans les traditions orales et improvisées des griots africains comme dans les traditions cycliques sud-africaines connues sous le nom de koortjie. Ainsi il adapte le tout à son langage occidental de guitare classique et crée un fabuleux hybride. Il peut ainsi interpréter des compositions de J.S. Bach ou d’Arvo Pärt, tout jouant des adaptations de la musique africaine de Salif Keita, Fanta Sacko ou Baaba Maal. En fait, la voie de Derek Gripper consiste à réunir des formes musicales très différentes de prime abord, à travers une redécouverte de la guitare acoustique à cordes de nylon. Parce qu’il se produit le jeudi 23 mars au Balattou, PAN M 360 a voulu en savoir plus sur son approche si singulière.
PAN M 360 : Vous venez d’Afrique du Sud. Après avoir écouté votre musique une heure, deux heures, on peut se faire une idée de ce que vous faites, mais il nous faut en savoir davantage. Comment avez-vous construit ce langage ?
DEREK GRIPPER : Je viens de la musique classique, de la guitare classique. Et j’ai toujours cherché des façons différentes d’utiliser la guitare en fonction de mon intérêt pour la musique, de ce qui m’émeut. Et l’une de ces musiques qui m’émeut est la musique de Toumani Diabaté dont j’ai fait des transcriptions classiques. Ces transcriptions sont très directes parce que je croyais important pour nous de réaliser qu’il s’agit d’une grande tradition musicale des griots, bien au-delà de la façon dont nous la comprenons superficiellement. Maintenant, je joue avec Ballaké Sissoko qui a enregistré avec Toumani un album très important dans les années 90, intitulé New Ancient Strings. C’est merveilleux de travailler avec Ballaké, c’est comme si je revenais à cette tradition d’une manière très concrète. Mais j’y apporte mon propre langage, car j’écrivais ma propre musique avant d’étudier la musique de Toumani. Et je continue à écrire de la musique. Ce que je fais en direct consiste à improviser spontanément des musiques que j’ai en mémoire. Je voyage ainsi entre ces différents mondes musicaux, de Bach à la musique sud-africaine, à la musique de la kora, à des choses complètement improvisées que suggère la guitare.
PAN M 360 : Vous avez donc commencé par une formation classique, et votre formation s’est déroulée en Afrique du Sud.
DEREK GRIPPER : J’ai suivi une formation en Afrique du Sud, en partie, mais aussi dans d’autres pays, en participant à des classes de maîtres comme Egberto Gismonti , et à des festivals, mais oui, ma formation principale a été reçue au Cap. Vous savez, la guitare classique n’est pas un stye très important au Cap. Vous pouvez étudier la guitare classique au conservatoire si vous le voulez, mais je ne peux pas dire que l’Afrique du Sud produit beaucoup de guitaristes classiques. S’ils sont vraiment sérieux, ils partent. Il n’est pas facile d’y faire carrière. J’ai donc beaucoup de chance car je suis probablement le seul joueur de cordes de nylon qui donne des concerts dans le monde entier et qui peut vraiment vivre de son travail.
PAN M 360 : Votre transcription de la musique malienne a probablement aidé parce que c’est une très bonne idée !
DEREK GRIPPER : Oui, je pense. Ce fut toutefois difficile pour les gens de comprendre ce que je faisais avant, parce que c’est déjà difficile pour les gens de comprendre, mais les transcriptions maliennes sont quelque chose de très clair. J’ai suivi cette méthode pendant 10 ans en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. Et c’était clair pour les gens. « Cette personne a traduit de la musique chorale pour la guitare « , vous savez, et cela a rendu les choses plus faciles. Sinon, c’est un mélange étrange entre la musique improvisée et la musique classique. Cette musique pour guitare est-elle classique ? Les classiques ne pensent pas que c’est tout à fait classique, mais ce n’est pas non plus du jazz. C’est donc difficile à comprendre pour les gens.
PAN M 360 : Plus précisément, comment avez-vous développé ce langage ?
DEREK GRIPPER : Au début, lorsque je jouais de la musique de kora, je travaillais à partir de transcriptions que je faisais. Je prenais un enregistrement, je le transcrivais et je le jouais comme une composition, comme un morceau de Bach, parce que je voulais que les gens fassent l’expérience de ce morceau spécifique d’Afrique de l’Ouest. Puis, au fur et à mesure que j’apprenais la musique, j’ai appris à improviser à l’intérieur de cette musique, j’ai appris à faire mes propres improvisations. Ensuite, j’ai eu mes propres compositions, qui étaient différentes. Mais peu à peu, ces deux aspects se sont rejoints, et c’est ainsi que le langage est devenu de plus en plus vaste.
PAN M 360 : Il existe aujourd’hui de nombreuses façons de développer la guitare classique à cordes de nylon. En Afrique, il n’y a pas de lignée pour cela; au Mali, par exemple, les instruments à cordes sont la kora, le n’goni ou d’autres instruments de ce type. La lignée part donc de vous et vos amis virtuoses de la kora.
DEREK GRIPPER : Ballaké et moi venons d’enregistrer un album, nous ne l’avons pas encore sorti. Nous l’avons enregistré à Londres il y a quelques mois, je suis en train d’en terminer la production. Ce que nous faisons et ce que je fais avec Ballaké, en fait, c’est une sorte de guide de l’improvisateur pour la musique africaine. L’improvisation dans la musique africaine, il faut dire, est très différente de l’improvisation dans le jazz ou d’autres musiques permettant l’impro. Elle est collective et concerne la mémoire. Il s’agit d’une mémoire collective, mais il s’agit également de spontanéité. L’improvisation occupe donc un espace très différent. C’est une sorte d’improvisation mimétique.
PAN M 360 : Cela ressemble aux ragas de l’Asie du Sud et aux maqâms des cultures arabe, turque ou persane : les musiciens doivent apprendre et mémoriser des rythmes et des phrases, puis improviser avec ces éléments en temps réel.
DEREK GRIPPER : Oui, exactement. C’est la reconnaissance et l’assomption du collectif. Vous savez, je pense que l’improvisation en solo de quelqu’un comme Keith Jarrett, est une grande source d’inspiration pour moi en tant qu’improvisateur. Mais le mythe de l’individu improvisant à partir de ses propres idées est un concept très occidental, fort différent de l’idée de l’impro qu’on les griots. Quand vous écoutez quelqu’un comme Ballaké improviser, ce dernier est toujours conscient de ce qui s’est passé avant lui. Pour lui, la musique provient de la sagesse collective.
PAN M 360 : C’est donc un formidable terrain de jeu pour se développer et aussi demeurer sans la culture africaine, même s’il est difficile d’être compris dans ce que vous essayez d’atteindre.
DEREK GRIPPER : Oui, lentement, cela devient plus clair pour moi et ensuite pour les autres.
PAN M 360 : Ce n’est pas la première fois que vous venez à Montréal, n’est-ce pas ?
DEREK GRIPPER : Non, j’adore Montréal. Je suis venu à Montréal pour la première fois il y a plusieurs années. C’était en hiver, j’étais allé au Balattou la nuit tombée, je marchais dans la neige et je m’étais retrouvé direct en Afrique. Incroyable ! Donc, en venant de Toronto, qui pour moi était une ville très familière au sens du Cap colonial, sorte de bulle en Afrique. Je m’étais dis que Toronto était une colonie anglaise, mais ensuite quand vous arriviez à Montréal, c’était une autre histoire. J’ai toujours eu un bon feeling pour Montréal, j’y étais encore l’étét dernier pour les Nuits d’Afrique auxquelles j’ai participé. J’y ai joué avec le joueur de kora montréalais Zal Sissokho. J’ai beaucoup de respect pour des gens comme lui, qui emmènent leur musique dans une région complètement différente de là où il provient, avec un hiver où l’on peut mourir de froid (!) et où l’on doit se créer un tout nouveau monde pour soi.
PAN M 360 : Mais cette fois-ci, il n’y aura personne d’autre que vous sur scène.
DEREK GRIPPER : Juste moi, ce qui est bien parce que cela me donne une grande liberté pour ce que je peux faire musicalement. Le concert solo est un royaume pour moi, c’est un espace libre. Je peux arriver la tête vide et réagir au public, à l’environnement, à ma guitare, à la journée que j’ai passée, à mon état d’esprit. Je peux ainsi créer quelque chose de frais.
Construite autour du legs exceptionnel de Claude Vivier, mort tragiquement il y a 40 ans cette année, la programmation de La Semaine du Neuf se conclut avec l’ensemble Paramirabo qui joue (notamment et carrément) la pièce Paramirabo, ce vendredi au Conservatoire de musique de Montréal. Pour faire encore plus « raccord », l’invité de PAN M 360 est le directeur musical de Paramirabo et aussi à la barre artistique du Groupe Le Vivier, dont le nom a été choisi pour les raisons qu’on imagine. Ainsi, sous la gouverne du flûtiste Jeffrey Stonehouse, Paramirabo explore deux œuvres du compositeur disparu ainsi que deux autres de compositeurs éminents qui furent aussi ses professeurs : Karlheinz Stockhausen et Gilles Tremblay.
PAN M 360 : Vous avez construit cette Semaine du Neuf autour de Claude Vivier, parmi les compositeurs québécois les plus joués dans la grande constellation de la musique contemporaine à l’échelle internationale. C’est votre première signature en tant que directeur artistique et on devine pourquoi vous avez choisi ce thème. Qu’en dites-vous?
JEFF STONEHOUSE : L’idée est de créer un événement entourant une thématique. Cette année, c’est Claude Vivier et pour les éditions futures, ce sera autre chose. J’aime cette idée des thématiques de liens avec un compositeur ou encore une autre forme d’art. Une thématique peut créer un déclic et un effet d’entraînement. Donc, il ne faut jamais exclure le potentiel de rejoindre le public en lui offrant quelque chose qui les intéresse.
PAN M 360 : Pour le bénéfice de notre public, rappelez-nous SVP pourquoi l’ensemble Paramirabo se nomme ainsi.
JEFF STONEHOUSE : Les membres fondateurs du groupe s’étaient rencontrés autour de cette pièce, et c’est pour ça qu’on a ce nom. En fait, on était des étudiants (au Conservatoire de musique de Montréal) dans la classe de musique contemporaine de Véronique Lacroix. On étudiait cette pièce, on jouait cette pièce. Pour moi, c’était mon premier point de contact avec Vivier à travers cette œuvre. Par la suite, ça m’a vraiment ouvert beaucoup de portes parce que j’ai écouté tout son répertoire et j’ai réalisé à quel point ça venait me chercher. C’est aussi le cas de Paramirabo, l’ensemble.
PAN M 360 : On observe que ce programme comporte des membres réguliers et des invités.
JEFF STONEHOUSE : Il n’y a rien ici pour la formation complète – Paramirabo est un sextuor. Ici, on se divise en sous-groupes pour jouer des œuvres de Vivier, Stockhausen et Tremblay, avec qui Vivier avait étudié.
PAN M 360 : D’après vous, quelles sont les qualités intrinsèques de Paramirabo, l’œuvre en tant que telle?
JEFF STONEHOUSE : Ce qui est intéressant avec l’œuvre Paramirabo, c’est que le trio flûte- violon-violoncelle est vraiment traité comme si c’était un seul « organisme ». Alors on observe plusieurs motifs en homorythmie, le blend est très important, la précision rythmique aussi. Le piano est ici un instrument presque soliste, il a sa partie propre. Une des choses me frappe toujours avec la musique de Vivier, il y a un mélange de complexité et de motifs presque enfantins . Dans Paramirabo, c’est à travers le sifflement des musiciens qui donnent ce ton plus enfantin. Aussi, les trois musiciens (flûte, violon, violoncelle) évoquent un peu la musique liturgique ou religieuse, comme un chant grégorien émanant des trois instruments qui en deviennent un.
PAN M 360 : Cette candeur soudaine chez Vivier, ces moments plus ludiques relaxent l’écoute après des passages plus denses, plus ancrés dans l’idée qu’on se fait de la musique contemporaine occidentale.
JEFF STONEHOUSE : Dans la musique de Vivier, il y a vraiment un côté émotif qui est présent. Parce qu’il y a aussi cette fascination avec la mort et un petit côté tragique qu’on entend aussi. Elle est légèrement moins présente dans Paramirabo que dans certaines autres.
PAN M 360 : Puisqu’on parle de Vivier, on va parler tout de suite de sa pièce Prolifération, qui est la conclusion du programme et le titre de votre concert. Après ça, on ira chez Stockhausen et Tremblay.
JEFF STONEHOUSE : Prolifération est une œuvre très intéressante. Il y a notamment la présence des Ondes Martenot jouées par Daniel Agnès. L’instrumentation est un peu étrange et ça donne une saveur assez particulière. C’est défi de mise en place pour les musiciens mais aussi de compréhension de la partition, de ces sections ouvertes qui nécessitent des choix parmi les interprètes.
PAN M 360 : Maintenant, si on regarde les interventions de chacun là dedans et le travail collectif. Comment voyez-vous tout ça dans ce contexte, dans l’interprétation que vous voulez faire?
JEFF STONEHOUSE : Oui, c’est sûr que là je parle à la place des collègues parce qu’il n’y a pas de flûte dans celle-là. Je dirais que le son collectif est traité différemment de Paramirabo. Prolifération est une œuvre qui vient tôt dans le répertoire de Claude Vivier – fin des années 60. Et donc le style est un peu différent. Je disais qu’à la fin des années 70, son style s’est davantage précisé et on découvrait des musiques plus typiques de son œuvre telle qu’on la perçoit aujourd’hui. Avec Prolifération, on voit une période différente du compositeur.
PAN M 360 : Passons maintenant aux œuvres au milieu du programme, d’abord celle de Stockhausen, Refrain.
JEFF STONEHOUSE : Le lien est évident : Vivier fut l’élève de Stockhausen. L’instrumentation de Refrain… c’est quelque chose! Piano, vibraphone, blocs de bois, célesta, composée un peu plus tôt que la pièce de Vivier, mais avec une instrumentation similaire. Et donc ce que je trouve intéressant, c’est qu’il y a une texture avec un court refrain qui revient. Les textures sont quasi transparentes et le public peut les percevoir en cours de route, ce qui en fait une œuvre très différente.
PAN M 360 : L’autre œuvre au programme est de Gilles Tremblay, qui fait partie de la première génération de la musique contemporaine au Québec, on parle de Pierre Mercure et autres Serge Garant.
JEFF STONEHOUSE : Oui je dirais que c’est la porte de la musique européene au Québec. Pour moi, ça passe surtout par Gilles Tremblay. J’adore Triojubilus. David Robbins et moi l’avons jouée 3 fois au cours des dernières années. C’est une œuvre à instruments un peu étranges. Ici on a la flûte traversière et un assortiment de cloches à vaches de toutes tailles – plus d’une quarantaine! Ça produit vraiment un effet où l’on ressent les musiques de gamelan. Il y a vraiment quelque chose de particulier dans la résonance des cloches à vache – que l’on pourrait nommer autrement… Triojubilus fait partie des œuvres influencées par les musiques de percussions en Asie, dont le gamelan balinais. La structure est intéressante Elle s’ouvre avec un solo de flûte assez meublé, puis la harpe et les cloches à vache agissent vraiment ensemble en homorythmie. On a encore, dans la musique de Tremblay des moments ludiques, jeux entre les interprètes. Par exemple, la harpiste doit répondre aussi rapidement que possible à des interventions de la percussion. Ça crée des moments presque comiques parfois, où les musiciens peuvent jouer des tours à leurs interlocuteurs.
PAN M 360 : Ces quatre œuvres créent un beau corpus et relancer l’œuvre de Vivier et ses collègues. On se réveille enfin !
JEFF STONEHOUSE : Au Québec, je trouve qu’on est un peu lent à se réveiller. En Europe, par exemple, son œuvre « pogne » beaucoup plus que chez nous. Je connais aussi un diffuseur de Toronto (Soundstreams) qui a fait sa carrière en bonne partie sur des adaptations de la musique de Claude Vivier. Il me dit qu’en Europe, il n’a aucun mal à imposer ce répertoire car il y a vraiment un intérêt. Vivier fait partie des compositeurs connus et admis dans les programmes de musique contemporaine. Or, ça fait 15 ans que je suis au Québec et je n’avais jamais entendu Bouchara jusqu’à la soirée d’ouverture de la Semaine du Neuf !
EN CLÔTURE DE LA SEMAINE DU NEUF, L’ENSEMBLE PARAMIRABO SE PRODUIT CE VENDREDI, 19H30, AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE MONTRÉAL
Avec UK Grim, douzième effort du binôme, les Sleaford Mods font suite au populaire Spare Ribs de 2021, album qui a réussi à se hisser jusque dans le Top 5 britannique. À cette époque, le Royaume-Uni était aux prises avec la pandémie, le Brexit et une agitation politique et culturelle mouvementée. Si le confinement a aidé à concentrer la colère du duo sur Spare Ribs, UK Grim les voit réagir à un monde post-pandémique de plus en plus compliqué et se veut un véritable doigt d’honneur à la morosité ambiante.
Mené par les attaques acerbes du chanteur Jason Williamson et la production austère et minimaliste d’Andrew Fearn, UK Grim est probablement un des disques les plus cinglant et percutant du binôme de Nottingham. Reste que, si il y a de la rage à profusion sur UK Grim, il y a néanmoins beaucoup de cœur, d’introspection et de subtilité. L’album comprend aussi une collaboration avec Perry Farrell et Dave Navarro de Jane’s Addiction, ainsi que Florence Shaw de Dry Cleaning.
« In England, nobody can hear you scream », scande Williamson sur la pièce titre. Si il ne crie pas, il sait toutefois se faire entendre, et nous l’avons écouté, ainsi que son complice Andrew Fearn, d’habitude peut enclin aux bavardages journalistiques, lors d’une entrevue que la paire nous a récemment accordée.
PAN M 360 : Les sujets pour vos chansons ne manquent pas. La guerre, la pandémie, l’inflation, le désespoir, la pauvreté, la politique britannique… Il y en a tellement qu’il est peut-être difficile de choisir ! Comment trouvez-vous les paroles d’une chanson typique des Sleaford Mods ?
Jason Williamson: Ça peut être n’importe quoi, pas forcément la politique, même si elle joue un rôle important. Ça peut être n’importe quoi, tout ce qui me vient à l’esprit, tout ce qui me permet de satisfaire mon besoin d’exprimer de la colère, de la tristesse ou autre chose. Il y a beaucoup d’introspection dans ce nouvel album. Et ce genre de tendance se poursuit depuis Spare Ribs. Quoi qu’il en soit, cela peut être absurde. Tu sais, ça peut être complètement bizarre, tout ce qui sonne bien, même si les mots ne veulent rien dire.
PAN M 360 : Est-ce que c’est plus difficile alors de trouver des rythmes/musiques ? Andrew, je me demandais combien de temps tu passes à créer ces rythmes et comment tu travailles pour essayer de ne pas vous répéter mais plutôt de vous réinventer. Travaillez-vous tous les deux sur la musique ?
Andrew Fearn : Je fais de la musique tout le temps, même si je n’avais pas de succès, je ferais de la musique tous les jours. C’est plutôt bien, parce que je peux simplement faire des choses qui, je pense, fonctionneront pour Jason. Je peux simplement lui envoyer un tas de choses.
PAN M 360 : Donc vous travaillez tous les deux sur la musique, ou c’est surtout toi, Andrew.
JasonWilliamson : En fait, c’est Andrew, oui.
PAN M 360 : Et qu’est-ce qui vient en premier, les mots ou la musique ?
Jason Williamson: Les mots ou la musique. Ça n’a pas vraiment d’importance. Les mots signifient quelque chose mais ils ne sont pas mis en valeur tant qu’Andrew n’a pas envoyé de musique.
Andrew Fearn: Après dix ans de collaboration, je sais en quelque sorte ce qu’il peut se mettre sous la dent. Nous ne réinventons pas la roue ici, c’est assez évident. Souvent, les morceaux sont inversés; ce qui sonne comme le refrain sera le couplet et vice versa. Tant qu’il y a deux parties… deux parties qui sont généralement la même chose (rires). Je veux dire que nous restons ouverts. Mais on fait des musiques sur lesquelles il est agréable de coller des paroles en fin de compte.
Jason Williamson : Tu sais, ça se fait toujours tout seul. Il est évident que je dois écrire des paroles et qu’Andrew doit écrire de la musique, mais quand les deux se rencontrent, ça se fait tout seul, tu vois ce que je veux dire ?
PAN M 360 : Sur ce nouvel album, vous avez à nouveau quelques collaborateurs, comme pour le précédent. Cette fois-ci, il s’agit de Florence Shaw, de Dry Cleaning, que l’on retrouve sur la pièce Force 10 From Navarone, et de Perry Farrell et Dave Navarro de Jane’s Addiction pour le titre So Trendy. Pour la première, ça va un peu de soi, mais pour les Jane’s Addiction, c’est une combinaison assez étrange, non ?
Jason Wlliamson: Eh bien, nous avons fait quelques démos en mars 2021, avant de partir en tournée, et l’un d’entre eux était So Trendy. Nous l’avons mise de côté et nous sommes partis en tournée pendant un an. Mais vers le mois de mai, le manager de Perry Farrell nous a contactés et nous a demandé si nous voulions écrire une chanson avec lui. Nous avons donc accepté, même si nous ne sommes pas de grands fans de Jane’s Addiction. Mais nous avons toujours pensé qu’il était très intéressant. Et c’est devenu évident dès qu’Andrew et moi nous sommes dit « ouais, pourquoi pas ? » C’est un type cool, tu sais ? Il nous a donc fallu environ six mois pour écrire cette chanson, avec de nombreux allers-retours. C’est différent.
PAN M 360 : Il a aussi contribué aux paroles ?
Jason Williamson : Oui, il a fait son propre couplet, et il est venu avec les refrains et il a ajouté une très belle harmonie derrière la mienne sur le refrain. C’est une chanson assez lumineuse, mais en même temps, elle ne sonne pas du tout lumineuse (rires). Elle est assez sombre aussi. Et il y a cette sorte de machine métallique, ce son de guitare des Dead Kennedys, tu vois ce que je veux dire ? C’est vraiment très abrasif. Ça marche, tu vois.
PAN M 360 : Donc c’est la guitare de Navarro ?
Jason Wlliamson: Non, c’est la guitare d’Andrew.
Andrew Fearn: Dave ne le fait qu’une fois dans le morceau, vers la fin, un petit riff de guitare.
Jason Williamson : Nous pensions qu’il n’était pas nécessaire d’en faire trop, tu sais. C’est donc un essai intéressant, qui m’a un peu inquiété au départ, parce qu’il est assez lumineux, mais ça marche !
PAN M 360 : Et qu’en est-il de celui avec Florence Shaw ? C’était plus évident je crois.
Jason Wlliamson : Elle correspond un peu plus à notre son, oui. Mais encore une fois, c’est assez sinistre. C’est peut-être l’une des meilleures musiques qu’Andrew ait faites, je pense. C’est vraiment bien. Je ne sais pas ce que c’est pour être honnête… Mais oui, je dirais que c’est plus proche du son Sleaford.
PAN M 360 : Diriez-vous que UK Grim est un album plus Anglais que les autres ?
Jason Wlliamson : Je veux dire, nous sommes assez Anglais, tu sais ? (rires)
Andrew Fearn : Je dirais qu’il est un peu plus international, dans un sens. Il y a vraiment plus de thèmes ou de vibrations similaires. Je pense que ça reflète le fait que nous sommes sortis et que nous avons vu du pays, d’une certaine manière. Pas directement, évidemment.
Jason Williamson : Je pense que le titre et la jaquette sont très anglais. Et l’optique est très centrée sur ce pays.
Andrew Fearn : On ne peut pas s’en sauver, n’est-ce pas ?
Jason Williamson : C’est l’album post confinement, où l’énergie n’a pas été libérée et où l’agression, la colère et le manque de raison sont à un niveau élevé chez beaucoup de gens depuis le confinement. C’est comme ça que je l’ai envisagé au niveau des paroles, tu vois ?
PAN M 360 : Il s’est passé beaucoup de choses en Grande-Bretagne ces dernières années. Peut-être que cela vous a inspiré à écrire sur ces sujets et à avoir un album plus centré sur la Grande-Bretagne, d’une certaine manière.
Jason Wlliamson : Oui, mais je pense que tous nos albums sont vraiment anglais. Parce que nous sonnons très anglais. Donc… Et la musique, à bien des égards, est celle de ce pays ; elle me rappelle les rythmes, les sentiments et les énergies de ce pays. Oui, c’est une observation intéressante.
Andrew Fearn : Je suppose que les influences sont un peu plus proches du hip-hop de la fin des années 80, et aussi du genre « frapper quelqu’un un peu plus », plutôt que de sonner comme une sorte de punk. C’est toujours très anglais, mais c’est plus anglais des années 90 musicalement d’une certaine manière, tu vois ? Tout est électronique, ce qui reste une identité très britannique. La Grande-Bretagne a eu de grands groupes électroniques dans les années 80 et 90.
PAN M 360 : Sur la chanson D.I. Why, sans les nommer, vous vous en prenez à certains types de groupes. Votre querelle avec Idles a été très médiatisée, alors est-ce que cette chanson va encore créer de la merde ? Mais peut-être que c’est ce que vous attendez ?
Jason Wlliamson : Je ne l’ai pas fait pour remuer la merde, je l’ai juste fait parce que je pense que ce sont des connards, tu sais. Quelqu’un l’a chroniqué et a dit que mon talon d’Achille était de laisser des gens comme ça m’ennuyer, et que nous devrions être au-dessus d’eux. Et ils ont raison, pour être honnête. À ce stade de notre carrière, nous ne devrions même pas y penser. Mais je me souviens toujours de ce que c’était que de n’être rien et d’avoir l’impression de me faire sermonner par ces idiots… J’ai réagi de manière presque automatique. Parce que je sais que ce sont tous des salauds jaloux qui ne peuvent rien faire d’eux-mêmes, et qu’ils sont toujours dans la même situation, en train de sortir la même musique. Certains d’entre eux pourraient s’en contenter. Mais comme toi et moi le savons bien, cette industrie est pleine de gens qui veulent arriver à quelque chose. Alors, tu vois, c’est juste moi qui m’amuse avec eux. Ce n’est pas moi qui ai raison. Et ce n’est pas non plus moi qui ai tort, je suppose.
PAN M 360 : Donc vous avez été accusés de quoi exactement ? De vous être vendus ou d’avoir réussi ?
Jason Williamson : Oh oui, de s’être vendus… J’ai été accusé parce que j’avais un point de vue plus raisonné sur Spotify. Cela n’a pas été très bien perçu par certaines personnes qui pensent que Spotify devrait commencer à vous payer. Spotify ne paiera jamais, soyons réalistes. Il ne vous paiera jamais. Ça m’étonnerait vraiment qu’il le fasse. Ce n’est pas Bandcamp. L’idée était donc de contourner le problème. C’est un obstacle qu’il faut franchir, comme tous les obstacles. Ils sont toujours là. Si ce n’est pas les maisons de disques, c’est toujours autre chose. On m’a donc accusé d’être manifestement adouci par le succès. Ce ne sont que des conneries. C’est juste de la naïveté, tu sais, mais en même temps, je me retrouve à me plaindre à ce sujet et c’est assez mesquin, n’est-ce pas ? Et j’aime la mesquinerie… La mesquinerie alimente vraiment les paroles parfois, je suis attiré par l’idée d’une intelligence jusqu’à un certain point, d’un raisonnement et d’une mesquinerie. Cela pimente les paroles d’une manière qui me donne l’impression de parler de quelque chose de lisible et de vrai, plutôt que d’être n’importe quoi, de parler d’une connerie à laquelle personne ne peut vraiment s’identifier.
PAN M 360 : Plutôt que de te demander de citer quelques-uns de ces groupes, je vais te demander quels sont les groupes ou les artistes que tu aimes vraiment. Sans doute Amyl & the Sniffers et Dry Cleaning. Il y en a d’autres ?
Jason Williamson: Oh, c’est très gentil ! Je te remercie… Quels sont les groupes que nous aimons en ce moment ? Dry Cleaning, évidemment. J’écoute beaucoup LoneLady. Elle vient de Manchester, elle existe depuis une dizaine d’années. Elle était signée chez Mute. Je crois qu’elle a quitté Mure Records maintenant, mais elle est vraiment bonne. Tu devrais la découvrir, c’est assez minimal, ça me rappelle un peu la musique d’Andrew. Quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu écoutes, Andrew ?
Andrew Fearn : Pas vraiment d’idées… Des gens peu connus. Il y a ces gars de Newcastle, Badger. C’est un groupe de musique électronique composé de deux musiciens. Oui, j’écoute beaucoup de choses, beaucoup d’artistes inconnus. Mais j’achète aussi beaucoup de disques. J’ai donc acheté des rééditions d’Autechre aujourd’hui. Un disque d’Adrian Sherwood aussi, Dub No Frontiers. il part chercher les disques pour me les montrer) C’est absolument génial. C’est comme du dub-reggae mais les voix sont toutes féminines. Le premier morceau est chanté en mandarin, puis en japonais, en hindi… C’est vraiment cool d’entendre des femmes chanter dans différentes langues sur du dub. Ça sonne frais.
PAN M 360 : Vous êtes tous les deux rendus à un âge où plusieurs ont l’habitude de se ranger, de se calmer, de se résigner. Et vous êtes tout le contraire. Comment expliquez-vous ce refus de rentrer dans le rang ?
Jason Williamson : (soupir) Eh bien, certains disent que nous sommes rentrés dans le rang il y a longtemps ! Mais non, ça ne sonnerait pas très bien si on rentrait dans le rang, n’est-ce pas ? Ce serait absolument terrible. (rires)
Andrew Fearn: Jason avait un emploi relativement mal payé. Et je travaillais à temps partiel, ou j’étais au chômage… donc, tu sais, ce n’est pas comme si nous venions d’un milieu privilégié. Nous venons de ce genre de milieu. Je veux dire, pourquoi ne pouvons-nous pas réussir ? Tu vois ce que je veux dire ? C’est la meilleure chose à faire ! (rires)
Jason Williamson : Nous ne nous conformerons jamais. Par exemple, nous ne ferons pas appel à des producteurs à ce stade. Je ne pense pas que nous le ferons un jour. Parce que ça tuerait le projet. Et qui va se présenter et faire quelque chose d’aussi bien qu’Andrew ? À moins que quelqu’un ne s’avance et nous épate tous les deux…. Et même ça, tu vois, tu te sentirais un peu trompé.
Andrew Fearn : Je veux dire, on ne voudrait pas que Mark Ronson vienne ! Tu te dirais « mais c’est qui ça ? ».
Jason Williamson : Oh, ce serait vraiment terrible. (rires) Donc pour moi, c’est un peu ça de rentrer dans le rang : avoir un producteur. Juste avoir un son un peu plus brillant, que tout soit réglé au quart de tour sur les chansons ? Non, ce n’est pas bon. Nous ne le faisons pas tout simplement parce que nous nous soucions de la musique. J’aime vraiment la musique. Elle m’excite vraiment, c’est génial. Tu sais, chaque album, chaque démo qu’il (Andrew) envoie, c’est un défi, c’est intéressant, c’est coloré. Et je ne voudrais pas que ça change
Andrew Fearn : Nous avons pu faire les choses à notre manière. Nous avons pu créer notre propre style. Et, tu sais, nous ne faisons pas du hip-hop, ou nous ne faisons pas qu’ajouter à un genre qui existe déjà. Nous créons notre propre musique. Je ne pense donc pas que quiconque puisse le faire. Ils pourraient imiter ce que je fais, mais je pense que tu serais capable de dire que ce n’est pas moi qui l’ai fait. Et ce n’est pas moi qui me vante là. Je suis assez imparfait dans ma façon de produire de la musique, mais c’est ce qui lui donne beaucoup de caractère.
PAN M 360 : J’ai lu récemment une interview que vous avez donnée, je crois que c’était au NME, que plus vous avancez dans ce projet, plus vous avez envie de sortir du moule. De quel moule parlons-nous au juste ?
Jason Williamson: C’est moi qui l’ai dit. Je pense que nous avons tous les deux l’impression de pouvoir nous détendre un peu par rapport à la formule stricte que nous avions avant. Tu sais, la relâcher un peu, la déformer, la mouler un peu plus, et essayer d’autres choses. Comme les collaborations ; nous étions initialement sceptiques à leur sujet, mais elles fonctionnent vraiment. La production d’Andrew s’est améliorée, elle est tout simplement meilleure. Ses variations sur les choses qu’il fait, et comment il fait ses choses. Il y a beaucoup de choses à faire avec le son. Et j’imagine qu’au fur et à mesure que nous avançons, d’autres choses se révèleront d’elles-mêmes. Dans ce pays, il y a un cycle de groupes blancs, masculins et criards qui tourne en boucle… Je pense que l’essentiel, de mon point de vue, est de ne pas trop s’inquiéter de ce qui se passe autour de nous et de faire simplement ce que nous faisons.
Le jeune pianiste Felix Hong a d’ores et déjà été honoré à plusieurs reprises. En 2016, il a reçu le premier prix du Concours de musique canadienne Canimex. En 2017, il a remporté le Prix d’Europe et a été sélectionné par la CBC sur sa liste des 30 musiciens classiques les plus prometteurs de moins de 30 ans.
Né à Taipei, à Taïwan, cet interprète très doué s’est installé au Canada en 2012 afin de poursuivre ses études en musique à l’Université McGill. Il a ensuite obtenu sa maîtrise à Londres, à la Guildhall School of Music and Drama.
Pour son récital montréalais présenté par Pro Musica dans le contexte de la série Mélodînes, le pianiste a choisi d’interpréter des œuvres d’Alexandre Scriabine, de Nikolaï Medtner et de Nikolaï Kapustin.
PAN M 360 : faisons d’abord connaissance! Votre profil biographique nous apprend que vous êtes originaire de Taiwan. Plus précisément, où votre famille s’est-elle installée au Canada avant que vous ne soyez inscrit à l’Université McGill ?
FELIX HONG : Ma famille était établie à Montréal avant que je ne vienne au Canada ! Avant d’étudier à McGill, j’ai visité Montréal pendant quelques étés lorsque j’étais enfant.
PAN M 360 : D’où vient cette inspiration pour devenir un pianiste classique professionnel ?
FELIX HONG : À l’école secondaire, j’avais eu l’occasion de jouer le Concerto pour piano n° 1 de Chopin avec un orchestre. Cela reste l’une des expériences les plus mémorables que j’ai vécues sur scène, car j’ai vraiment ressenti le lien qui existait entre moi et la musique. Pendant un certain temps, mon plus grand souhait a été d’avoir l’occasion de jouer à nouveau avec un orchestre, car je voulais revivre ce moment. C’est finalement devenu ma motivation pour travailler dur le piano et poursuivre une carrière de pianiste classique professionnel.
PAN M 360 : Quand avez-vous réalisé que vous aviez ce don ?
FELIX HONG : J’ai réalisé que j’avais ce don lorsque j’ai pu développer mes propres interprétations de différentes œuvres. J’ai également réalisé que j’étais déterminé à poursuivre lorsque j’ai pu passer des heures au piano à explorer les différentes expressions que je voulais transmettre dans un certain passage de musique.
PAN M 360 : Quels ont été vos principaux professeurs au Canada ?
FELIX HONG : J’ai obtenu mon baccalauréat et mon diplôme d’artiste à McGill avec le professeur Ilya Poletaev. Je peux toujours apprendre beaucoup de choses de lui et ses cours sont très inspirants !
PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi de poursuivre vos études au Royaume-Uni ?
FELIX HONG : Pour ma maîtrise, j’ai également postulé à des conservatoires aux États-Unis. Si j’ai choisi le Royaume-Uni pour étudier à la Guildhall School of Music & Drama, ce n’est pas seulement à cause de mon professeur Ronan O’Hora, mais aussi parce que les possibilités offertes par la Guildhall à ses étudiants sont incomparables – classes de maîtres, études de musique de chambre, etc.
PAN M 360 : Où vivez-vous actuellement ?
FELIX HONG : Je fais des allers-retours entre Montréal et Toronto. Bien que je sois de temps en temps absent, je suis toujours fier d’appeler Montréal ma ville d’origine !
PAN M 360 : C’est difficile de l’exprimer pour un musicien, mais essayons : comment décririez-vous vos caractéristiques pianistiques à ce stade de votre développement ?
FELIX HONG : C’est en effet une question à laquelle il est très difficile de répondre ! Personnellement, je pense que les caractéristiques pianistiques d’une personne peuvent être liées (ou partiellement liées) à sa personnalité, puisque l’interprétation est essentiellement une autre méthode de communication. Comme je suis une personne plutôt timide, je me suis toujours senti plus à l’aise dans l’interprétation de pièces lyriques et exquises. Cette année, j’ai donc choisi de travailler sur une sonate de Kapustin, très difficile, dont le dernier mouvement est probablement l’un des plus virtuoses et des plus éclatants que j’aie jamais joués.
PAN M 360 : Quelle est votre quête en tant qu’interprète?
FELIX HONG : Mon objectif est de faire en sorte que mon public perçoive ma personnalité, qui je suis pendant que j’interprète la musique. Cela dépend des œuvres : je peux raconter une histoire et essayer d’accompagner le public dans des sections contrastées, mais je peux aussi simplement projeter une aura et emmener mon public dans un certain état, une certaine atmosphère.
PAN M 360 : Pour ce programme, vous avez choisi des compositeurs russes (et ukrainiens). Vous devez donc avoir un attrait pour eux. Comment cela s’est-il produit dans votre vie artistique ?
FELIX HONG : C’est Ilya qui m’a fait découvrir Medtner pendant mes études à McGill. J’ai été fasciné par la capacité de Medtner à raconter des histoires dans ses pièces ; la façon dont les techniques de composition de Medtner peuvent être si sophistiquées, aventureuses, tout en gardant l’ensemble bien serré est tout simplement merveilleuse. D’autre part,
Scriabine a toujours été l’un de mes compositeurs préférés ; l’étude de sa musique depuis ses premières périodes jusqu’au « Scriabine tardif » est un véritable voyage, car nous voyons comment Scriabine développe ses « couleurs » et ses gestes d’expression uniques. Sa musique dans sa « période intermédiaire », où il s’éloignait des limites de la tonalité, est d’une beauté exceptionnelle.
J’ai découvert la musique de Kapustin grâce à la fonction Autoplay Next Video de Youtube, qui fait apparaître l’un de ses concerts études. Contrairement à de nombreux compositeurs classiques qui ont ajouté des « éléments de jazz » à leurs compositions, la musique de Kapustin a une essence proprement jazz, avec une structure de formation classique. Je suis tombé amoureux de sa musique immédiatement à cause des harmonies à la fois colorées et ambiguës.
PAN M 360 : Nous avons ici deux générations de compositeurs russes. Pouvez-vous commenter ce choix ?
FELIX HONG : Alors que Scriabine et Medtner partagent un style relativement similaire, issu de la période post-romantique, la musique de Kapustin a également hérité de Scriabine et de Medtner. Or, la musique de Kapustin a également hérité de nombreuses textures de la musique russe, par exemple dans le voisinage de longues écritures linéaires. J’ai choisi de présenter deux générations de compositeurs russes pour montrer à quel point ils peuvent véhiculer des styles musicaux contrastés, mais aussi des voix et des techniques de composition similaires.
PAN M 360 : Donnez-nous svp un aperçu de chaque défi et de l’attachement que vous avez pour jouer ces pièces inscrites à votre programme:.
Les 2 Mélodies oubliées de Medtner – début du 20ème siècle :
FELIX HONG : Même s’il s’agit probablement d’une des sonates les moins compliquées de Medtner, cela n’efface pas le fait que la Sonata Tragica comporte de nombreux défis virtuoses et la difficulté de présenter une image complète de cette œuvre. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est la coda : même si elle est techniquement très exigeante, il n’y a rien de plus satisfaisant que de jouer une coda écrite par Medtner !
Les 5 préludes et 2 poèmes de Scriabine – fin du 19ème siècle :
FELIX HONG : De tous les préludes écrits par Scriabine, celui de l’opus 16 a probablement la texture la plus fine tout en réservant une énorme quantité d’émotion. Ce que j’aime dans la musique de Scriabine, c’est qu’elle offre souvent une grande marge de manœuvre pour créer des rubato créatifs et explorer différentes possibilités de voicings.
La Sonate n° 1 de Kapustin, – fin du 20e siècle, très proche du jazz moderne.
FELIX HONG : Dans la première sonate pour piano de Kapustin, le plus difficile est d’exécuter la complexité du rythme : les gestes enlevés, les syncopes et les silences sont un véritable défi pour un pianiste de formation classique. J’aime beaucoup jouer cette œuvre, et pas seulement parce que les harmonies de jazz sont si agréables à entendre ! La musique de jazz peut vraiment nous aider, nous les pianistes, à travailler la coordination des deux mains et à créer différentes couleurs.
PAN M 360 : Quelles sont les prochaines étapes pour Felix Hong ?
FELIX HONG : Ces deux dernières années, je me suis surtout concentré sur mon travail de pianiste collaborateur à McGill. En faisant une pause cette année, je suis en mesure de travailler sur un répertoire plus soliste et sur divers projets. Je prévois de préparer un programme de sonates de Kapustin plus tard dans l’année, et j’ai hâte de les présenter pour que plus de gens puissent apprécier cet amalgame classique-jazz !
FELIX HONG JOUE DE LA MUSIQUE RUSSE CE MERCREDI MIDI, 15 MARS, SALLE CLAUDE-LÉVEILLÉE, PLACE DES ARTS. CE PROGRAMME EST PRÉSENTÉ PAR PRO MUSICA DANS LE CADRE DE SA SÉRIE MÉLODÎNES
NIKOLAI MEDTNER, Mélodies oubliées, op.39, IV. Canzona Matinata NIKOLAI MEDTNER, Mélodies oubliées, op.39, V. Sonata Tragica ALEXANDER SCRIABIN, 5 Préludes, op.16 ALEXANDER SCRIABIN, Deux Poèmes, op.32 NIKOLAI KAPUSTIN, Sonate pour piano no. 1“Sonate fantaisie”, op.39
Il y a déjà quarante ans que le compositeur québécois Claude Vivier nous a quittés, laissant derrière lui une quantité d’œuvres aussi fascinantes qu’inouïes, dont l’influence pérenne est encore palpable dans la musique de nos créateurs d’aujourd’hui.
Tenue du 7 au 17 mars 2023, la Semaine du Neuf, un évènement organisé par Le Vivier qui en est à sa première édition cette année, rendra hommage à ce géant de la musique québécoise à travers une série de concerts dédiés à une partie de sa production.
Le mardi 14 mars 2023, ce sera au tour du Chœur Temps Fort de fouler la scène du Monument national pour nous présenter Journal, une composition monumentale aux exigences techniques vertigineuses, rarement jouée en public, et dont la dernière représentation montréalaise remonte à 2009.
PAN M 360 s’est entretenu avec Pascal Germain-Bérardi, directeur artistique de cet ensemble émergent, afin d’en apprendre davantage sur le processus qui a mené à l’existence de ce projet, les défis que représente l’exécution d’une telle pièce et les apprentissages que le chef et son groupe en ont soutirés.
PAN M 360 : Le Chœur Temps Fort, dont vous êtes le directeur artistique, est un ensemble musical en plein essor. Comment en êtes-vous venu à être sollicité pour interpréter l’œuvre Journal de Claude Vivier dans le cadre de la Semaine du Neuf ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Ce projet est l’initiative du percussionniste David Therrien Brongo. Lui et moi nous connaissions déjà, car nous faisions partie du même groupe de métal par le passé. David étudie la musique de beaucoup de compositeurs québécois dans le cadre de son doctorat. Il était donc conscient du fait que Journal avait été très peu jouée ici au Québec. Il savait également que je dirige un chœur et que j’affectionne les projets qui sortent des sentiers battus – c’est d’ailleurs cet aspect de notre pratique qui a établi la notoriété du chœur et nous a donné de la crédibilité auprès des organismes subventionneurs. Comme nous soulignons cette année le 40e anniversaire de décès de Claude Vivier, l’occasion nous semblait idéale pour s’attaquer à ce programme ambitieux.
PAN M 360 : Journal est une pièce hautement virtuose où de nombreuses forces entrent en opposition, autant en ce qui a trait aux textures qu’aux plans sonores. Comment fait-on comme chef pour concilier ces défis techniques avec l’intimité inhérente de l’œuvre ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Dès que j’ai posé les yeux sur la partition, j’ai immédiatement su que c’était l’œuvre la plus difficile qu’il m’avait été donné de monter jusqu’à présent. Et j’ai pourtant dirigé du Stravinski, du Bartók et du Penderecki durant mon parcours universitaire ! Plusieurs membres du chœur et solistes ont d’ailleurs émis des opinions similaires à cet effet. Pour parvenir à nos fins, nous avons dû répéter un total de 35 heures, ce qui est beaucoup plus que pour un concert de musique classique standard, où la moyenne tourne plutôt autour de 9 à 12 heures. Mais les difficultés sont telles qu’il était nécessaire de faire cet effort supplémentaire.
La première étape de mon travail avec les chanteurs a consisté à isoler les parties les plus complexes de l’œuvre. Cela a impliqué beaucoup de solfège rythmique, d’une part, mais aussi une analyse approfondie de chacun des accords énoncés durant la pièce afin que chaque interprète puisse en apprécier les couleurs distinctives. Cette étape a été particulièrement longue et ardue. Lorsque l’on joue un instrument comme le piano, la justesse du son n’est pas une préoccupation en soi. Il suffit d’enfoncer la touche pour entendre la note qui lui est associée. En chant, cela n’est pas possible. Il faut donc intégrer un à un les accords dans leur contexte respectif afin de mieux les ressentir et de les attaquer avec confiance lors de la représentation. Fort heureusement, le langage harmonique de Vivier est très intelligible.
J’ai aussi autorisé les chanteurs à apporter un diapason sur scène pour qu’il puisse en faire usage en cas d’insécurité. Ce n’est pas quelque chose que je fais habituellement, mais dans le cadre de concert, cela me semblait justifié, ne serait-ce que pour assurer le bien-être de chacun.
PAN M 360 : Ce désir de sortir des sentiers battus est l’une des premières choses que l’on peut lire à propos de votre ensemble sur son site web. On y fait également référence au désir de partager des moments forts, à l’excitation du rituel de passage, au miracle que représente un spectacle, et même à la musique comme instinct de survie. En somme : une expérience viscérale.
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Oui. Mon rapport à la musique est viscéral, que l’on parle de métal ou de punk rock, mais cela est vrai pour n’importe quel style où l’on retrouve une énergie très forte. La musique classique n’échappe pas à ce type d’intensité – pensons à Beethoven et sa capacité à défoncer les murs en brisant les conventions, à la musique grandiose et quasi-cosmique de Bruckner, au côté death metal que l’on retrouve dans certaines œuvres de Chostakovitch ou à la nature tribale du Sacre du printemps de Stravinski. Le concert est pour moi un moment privilégié pour partager le fruit de notre travail avec le public. Cela nous donne l’opportunité d’élargir son horizon, de lui faire vivre des émotions fortes, de lui apprendre quelque chose sur lui-même et de l’élever tout en lui faisant passer un bon moment. Ces aspects sont fondamentaux pour moi et guident chacune de mes réflexions avant la production d’un concert.
Dans le cas de Journal c’est un peu différent, car son intensité se trouve moins dans l’énergie brute qui s’en dégage que la profondeur des affects dans lesquels Vivier puise son inspiration. L’œuvre est divisée en quatre sections : l’enfance, l’amour, la mort et après la mort. Chacune de ces sections est emplie de moments de fragilité. Dans la séquence de l’amour, par exemple, on explore l’abandon du premier grand amour, ce moment où l’on est convaincu d’avoir trouvé en l’autre la partie qui nous complète. On y aborde aussi le sentiment amoureux qui se confond avec l’attirance sexuelle, les innombrables questions que sa poursuite peut générer, tout comme le tourbillon de panique qui peut s’emparer de nous lorsqu’il nous quitte subitement et qu’on a l’impression de l’avoir perdu pour toujours.
La réflexion humaine prend souvent la forme de pensées qui se déploient en simultané sur différents plans. Puis, sans prévenir, une idée fixe et latente vient prendre toute la place, l’espace d’un instant, puis se décline en une nouvelle arborescence d’idées. Vivier, je crois, traduit bien cette activité cérébrale tumultueuse. C’est l’accumulation de ces strates et la façon dont elles sont traitées qui confèrent à l’œuvre sa grande intensité. C’est aussi en ce sens que j’ai abordé mon travail avec les chanteurs. Une fois les défis techniques surmontés, j’ai misé sur la signification et la portée de ces affects, et sur la façon dont ils s’incarnent dans la partition. Parfois, un subito piano peut vouloir dire bien plus qu’une simple dynamique douce. Il peut aussi être le symbole de l’incertitude la plus complète.
PAN M 360 : Après toutes ces heures passées à travailler d’arrache-pied pour donner forme à ces idées complexes et à franchir le pas entre la vie et la mort mille fois plutôt qu’une à travers l’œuvre de Vivier : qu’avez-vous appris et comment le groupe en ressort-il grandi ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Certains chanteurs m’ont confié que leur solfège rythmique allait désormais « torcher » (rires). D’autres ont mentionné que la complexité de Journal leur a permis de mettre en perspective certaines œuvres du répertoire auxquelles ils ont été exposés. Ils ressentent également beaucoup de fierté à l’idée de participer à un évènement aussi spécial. Mais plus encore, c’est un sentiment d’accomplissement très fort qui les anime. Et ça, c’est une chose que je recherche dans mes projets et que je valorise énormément.
Il y a déjà quarante ans que le compositeur québécois Claude Vivier nous a quittés, laissant derrière lui une quantité d’œuvres aussi fascinantes qu’inouïes, dont l’influence pérenne est encore palpable dans la musique de nos créateurs d’aujourd’hui.
Tenue du 7 au 17 mars 2023, la Semaine du Neuf, un évènement organisé par Le Vivier qui en est à sa première édition cette année, rendra hommage à ce géant de la musique québécoise à travers une série de concerts dédiés à une partie de sa production.
Le mardi 14 mars 2023, ce sera au tour du Chœur Temps Fort de fouler la scène du Monument national pour nous présenter Journal, une composition monumentale aux exigences techniques vertigineuses, rarement jouée en public, et dont la dernière représentation montréalaise remonte à 2009.
PAN M 360 s’est entretenu avec Pascal Germain-Bérardi, directeur artistique de cet ensemble émergent, afin d’en apprendre davantage sur le processus qui a mené à l’existence de ce projet, les défis que représente l’exécution d’une telle pièce et les apprentissages que le chef et son groupe en ont soutirés.
PAN M 360 : Le Chœur Temps Fort, dont vous êtes le directeur artistique, est un ensemble musical en plein essor. Comment en êtes-vous venu à être sollicité pour interpréter l’œuvre Journal de Claude Vivier dans le cadre de la Semaine du Neuf ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Ce projet est l’initiative du percussionniste David Therrien Brongo. Lui et moi nous connaissions déjà, car nous faisions partie du même groupe de métal par le passé. David étudie la musique de beaucoup de compositeurs québécois dans le cadre de son doctorat. Il était donc conscient du fait que Journal avait été très peu jouée ici au Québec. Il savait également que je dirige un chœur et que j’affectionne les projets qui sortent des sentiers battus – c’est d’ailleurs cet aspect de notre pratique qui a établi la notoriété du chœur et nous a donné de la crédibilité auprès des organismes subventionneurs. Comme nous soulignons cette année le 40e anniversaire de décès de Claude Vivier, l’occasion nous semblait idéale pour s’attaquer à ce programme ambitieux.
PAN M 360 : Journal est une pièce hautement virtuose où de nombreuses forces entrent en opposition, autant en ce qui a trait aux textures qu’aux plans sonores. Comment fait-on comme chef pour concilier ces défis techniques avec l’intimité inhérente de l’œuvre ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Dès que j’ai posé les yeux sur la partition, j’ai immédiatement su que c’était l’œuvre la plus difficile qu’il m’avait été donné de monter jusqu’à présent. Et j’ai pourtant dirigé du Stravinski, du Bartók et du Penderecki durant mon parcours universitaire ! Plusieurs membres du chœur et solistes ont d’ailleurs émis des opinions similaires à cet effet. Pour parvenir à nos fins, nous avons dû répéter un total de 35 heures, ce qui est beaucoup plus que pour un concert de musique classique standard, où la moyenne tourne plutôt autour de 9 à 12 heures. Mais les difficultés sont telles qu’il était nécessaire de faire cet effort supplémentaire.
La première étape de mon travail avec les chanteurs a consisté à isoler les parties les plus complexes de l’œuvre. Cela a impliqué beaucoup de solfège rythmique, d’une part, mais aussi une analyse approfondie de chacun des accords énoncés durant la pièce afin que chaque interprète puisse en apprécier les couleurs distinctives. Cette étape a été particulièrement longue et ardue. Lorsque l’on joue un instrument comme le piano, la justesse du son n’est pas une préoccupation en soi. Il suffit d’enfoncer la touche pour entendre la note qui lui est associée. En chant, cela n’est pas possible. Il faut donc intégrer un à un les accords dans leur contexte respectif afin de mieux les ressentir et de les attaquer avec confiance lors de la représentation. Fort heureusement, le langage harmonique de Vivier est très intelligible.
J’ai aussi autorisé les chanteurs à apporter un diapason sur scène pour qu’il puisse en faire usage en cas d’insécurité. Ce n’est pas quelque chose que je fais habituellement, mais dans le cadre de concert, cela me semblait justifié, ne serait-ce que pour assurer le bien-être de chacun.
PAN M 360 : Ce désir de sortir des sentiers battus est l’une des premières choses que l’on peut lire à propos de votre ensemble sur son site web. On y fait également référence au désir de partager des moments forts, à l’excitation du rituel de passage, au miracle que représente un spectacle, et même à la musique comme instinct de survie. En somme : une expérience viscérale.
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Oui. Mon rapport à la musique est viscéral, que l’on parle de métal ou de punk rock, mais cela est vrai pour n’importe quel style où l’on retrouve une énergie très forte. La musique classique n’échappe pas à ce type d’intensité – pensons à Beethoven et sa capacité à défoncer les murs en brisant les conventions, à la musique grandiose et quasi-cosmique de Bruckner, au côté death metal que l’on retrouve dans certaines œuvres de Chostakovitch ou à la nature tribale du Sacre du printemps de Stravinski. Le concert est pour moi un moment privilégié pour partager le fruit de notre travail avec le public. Cela nous donne l’opportunité d’élargir son horizon, de lui faire vivre des émotions fortes, de lui apprendre quelque chose sur lui-même et de l’élever tout en lui faisant passer un bon moment. Ces aspects sont fondamentaux pour moi et guident chacune de mes réflexions avant la production d’un concert.
Dans le cas de Journal c’est un peu différent, car son intensité se trouve moins dans l’énergie brute qui s’en dégage que la profondeur des affects dans lesquels Vivier puise son inspiration. L’œuvre est divisée en quatre sections : l’enfance, l’amour, la mort et après la mort. Chacune de ces sections est emplie de moments de fragilité. Dans la séquence de l’amour, par exemple, on explore l’abandon du premier grand amour, ce moment où l’on est convaincu d’avoir trouvé en l’autre la partie qui nous complète. On y aborde aussi le sentiment amoureux qui se confond avec l’attirance sexuelle, les innombrables questions que sa poursuite peut générer, tout comme le tourbillon de panique qui peut s’emparer de nous lorsqu’il nous quitte subitement et qu’on a l’impression de l’avoir perdu pour toujours.
La réflexion humaine prend souvent la forme de pensées qui se déploient en simultané sur différents plans. Puis, sans prévenir, une idée fixe et latente vient prendre toute la place, l’espace d’un instant, puis se décline en une nouvelle arborescence d’idées. Vivier, je crois, traduit bien cette activité cérébrale tumultueuse. C’est l’accumulation de ces strates et la façon dont elles sont traitées qui confèrent à l’œuvre sa grande intensité. C’est aussi en ce sens que j’ai abordé mon travail avec les chanteurs. Une fois les défis techniques surmontés, j’ai misé sur la signification et la portée de ces affects, et sur la façon dont ils s’incarnent dans la partition. Parfois, un subito piano peut vouloir dire bien plus qu’une simple dynamique douce. Il peut aussi être le symbole de l’incertitude la plus complète.
PAN M 360 : Après toutes ces heures passées à travailler d’arrache-pied pour donner forme à ces idées complexes et à franchir le pas entre la vie et la mort mille fois plutôt qu’une à travers l’œuvre de Vivier : qu’avez-vous appris et comment le groupe en ressort-il grandi ?
PASCAL GERMAIN-BÉRARDI : Certains chanteurs m’ont confié que leur solfège rythmique allait désormais « torcher » (rires). D’autres ont mentionné que la complexité de Journal leur a permis de mettre en perspective certaines œuvres du répertoire auxquelles ils ont été exposés. Ils ressentent également beaucoup de fierté à l’idée de participer à un évènement aussi spécial. Mais plus encore, c’est un sentiment d’accomplissement très fort qui les anime. Et ça, c’est une chose que je recherche dans mes projets et que je valorise énormément.
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