Originaire du Mozambique et œuvrant sur la scène musicale montréalaise depuis une dizaine d’années, Samito incarne la moitié du duo SPRLUA, qui brillera jeudi soir au Ministère dans le contexte de la série RADAR. Présentée par M pour Montréal et Mundial Montréal, RADAR met en lumière plusieurs projets émergents, présentés de concert avec la performance sur scène d’un artiste déjà consacré.
Inspiré par le style amapiano, apparu en Afrique du Sud durant la moitié des années 2010 et qui cartonne mondialement depuis, le duo complété par Haig V mêle ce son avec d’autres et le plonge dans les courants montréalais, le tout assorti d’une touche minutieuse à la production.
Attentifs aux musiques de partout, les deux musiciens et producteurs électroniques ont récemment sorti Magnum Dopus 2, une collection de remixes de leur album paru l’an dernier, faisant apparaître des noms provenant de Johannesburg, Rome, Tokyo, Veracruz, Vancouver, Toronto, évidemment Montréal.
D’accompagnateur à artiste solo à collaborateur, c’est dans cet esprit de partage, dans l’expérience de la découverte, que Samito trouve son plus grand plaisir. Peu avant sa prestation au Ministère, PAN M 360 lui a posé quelques questions sur son monde, son processus et son art.
PAN M 360 : Pour commencer, peux-tu parler de ton introduction au monde de la musique? Comment en es-tu venu à faire ce que tu fais?
SAMITO : J’ai grandi au Mozambique. Je suis venu en contact avec la musique à l’âge de 7 ans, quand mes parents m’ont envoyé à l’école nationale de musique. Je pense que ça a un peu défini mon cheminement, même s’il n’a pas toujours été continu. J’ai commencé jeune, j’ai arrêté un peu… mais je dirais que mon coup de foudre avec la musique a été à l’âge de 13 ans. C’est là que je me suis dit « Oh, c’est la chose que j’aimerais faire dans la vie ». Je crois que ce moment-là a dicté la suite des choses pour moi, ça m’a fait dire « je vais jouer de la musique, je vais jouer avec des gens », mais c’est aussi là que j’ai fait le choix d’aller étudier en musique. Donc, à ce moment-là, c’était clair, et je pouvais continuer mon chemin.
Bon, je continue rapidement, mais à un moment je suis allé habiter à Cape Town, en Afrique du Sud, où j’ai étudié la musique avec un très bon professeur. Il était polyvalent : bon arrangeur, bon claviériste, bon coach vocal, donc il a été une grande inspiration pour mon envie d’expérimenter avec toutes les facettes de la musique. Je me vois un peu comme ça dans mon cheminement : quelqu’un qui aime beaucoup essayer des choses, mais aussi trouver de nouvelles façons d’exprimer. C’est là que je trouve mon côté un peu plus expérimental. Je peux aussi jouer avec des genres populaires, mais il n’y a rien qui m’empêche d’aller d’un truc populaire à quelque chose de plus expérimental. Si on regarde ma production musicale, mes projets sont très différents.
PAN M 360 : Et ce coup de foudre que vous avez eu à 13 ans, vient-il d’un événement spécial?
SAMITO : Je pense que c’était surtout le fait de le réaliser moi-même. Oui, j’ai toujours eu cette flamme-là, mais quand j’étais petit, mon initiation à la musique était davantage l’œuvre de mes parents que la mienne. À l’âge de 13 ans, c’est en écoutant de la musique que j’ai remarqué ce niveau émotif, cette connexion. C’était tellement fort, et c’est là que je me suis dit « C’est ça que je veux faire ». À partir de ce moment-là, j’ai écouté beaucoup de musique populaire, hip-hop et tout ça. Plus tard, à 15 ans, c’était mon époque du jazz, et ça a complètement chamboulé les choses. Je commençais à découvrir plein de choses, entre Herbie Hancock, Abdullah Ibrahim, Oscar Peterson, Charlie Parker, Bobo Stenson, Keith Jarrett, j’ai tout écouté. Mais c’est difficile de décrire tout ça, parce que j’ai toujours eu tendance à aller vers autre chose. Alors à la même époque que le jazz, j’écoutais du drum’n’bass. Mais bon, je pourrais t’en parler toute la vie! (rires) C’est un peu général comme approche, mais c’est ce qui m’a permis d’avoir une ouverture à beaucoup de choses.
PAN M 360 : Quelles sont les origines de SPRLUA?
SAMITO : C’est une histoire assez intéressante.Pendant 10 ans, Haig, l’autre producteur du groupe, et moi, nous avions des amis communs qui nous poussaient toujours à nous rencontrer. En 2017, j’étais en train de terminer ma tournée solo, je sentais que je devais prendre une pause prolongée, à cause de problèmes de santé. À ce moment-là, j’avais besoin d’aide avec mon laptop, et Haig et très bon avec les Macs (rires). Je suis allé le voir, on a passé un super après-midi, j’ai écouté ce qu’il faisait, et on s’est dit qu’on aimerait faire quelque chose ensemble. Sauf que c’était pile au moment où je prenais une pause, et je n’étais pas dans l’état d’esprit pour faire de la musique. Mais je lui ai laissé une tonne de démos, parce que le plan initial était de travailler ensemble sur mon projet personnel. Au fil du temps, on trouvait que ça n’avançait pas, qu’on n’arrivait pas à remplir la vision que j’avais de ce projet. C’est à ce moment que j’ai dit à Haig « Pourquoi on ne crée pas un nouveau truc ensemble? À la place de travailler sur des démos qui existent déjà, partons de zéro. » Avant ça, moi j’avais voyagé en Afrique pour me ressourcer, pour clarifier mes objectifs avec la musique. Quand j’étais là-bas, l’amapiano explosait en Afrique du Sud. C’était fou pour moi, parce que c’était complètement nouveau, mais en même temps ça me rappelait des choses que j’avais entendues quand j’étais jeune. Donc je reconnaissais la chose, mais elle était complètement sophistiquée. En revenant au Québec, j’ai partagé ça avec Haig, et il est devenu complètement obsédé, encore plus obsédé que moi! (rires) C’est à partir de ça que tout a commencé. Mais on ne voulait pas copier l’amapiano, on ne voulait pas se l’approprier. On voulait trouver un son local, qui entrait dans l’esprit de la culture DIY montréalaise. Donc, on en prend, mais on essaie de trouver notre son autour de ça.
PAN M 360 : À quoi ressemble votre processus créatif?
SAMITO : Souvent, Haig crée un loop, et il me l’envoie. Après ça, moi, s’il y a quelque chose qui me parle là-dedans, je vais essayer de poser une voix de base dessus. On travaille assez rapidement… bon, c’est discutable, parce que nos projets prennent du temps, mais on a un bon processus de création quand on a une idée de base sur laquelle on est d’accord : il m’envoie un truc, moi je saute là-dessus, j’écris quelque chose. Ce n’est pas tout de suite dans une optique de paroles, c’est plus pour trouver un vibe vocal, pour créer un sentiment, une émotion autour de ce qui a déjà été créé. À partir de ce moment-là, on se rencontre au studio pour commencer à arranger les choses. Au niveau technique, moi je m’occupe souvent d’entrer dans la session, et de créer la forme, la structure. Après, je commence à écrire le texte, et ensuite je retourne à Haig, qui travaille les sonorités du beat. À partir de ce moment, ça devient un aller-retour entre nous deux. On échange beaucoup d’idées, de fichiers, et on finit avec plusieurs itérations de chaque chanson.
PAN M 360 : Alors vous délestez beaucoup quand vous en venez à la sélection.
SAMITO : Oui. Haig est vraiment un maniaque du son. Moi, je suis plus quality control, c’est moi qui se rappelle de la meilleure version, et qui le dit quand on atteint un point où ça ne fonctionne pas, quand on perd le feeling. Mais Haig, lui, il pousse le plus loin possible. Ça peut être long avant de savoir vers où une chanson va aller, mais ce qui est fascinant, c’est qu’il y a toujours un moment de breakthrough, où ça casse et où on trouve exactement la chose qu’il fallait. Donc on finit par avoir 20 à 25 versions d’une chanson. Ce n’est pas toujours un processus facile. Il y a une anxiété qui vient avec le sentiment de ne pas finir une chanson, ou une perte de direction. Ça demande beaucoup de discernement pour savoir ce qu’on veut communiquer, les choix à faire. Parfois il faut revenir à la première version. Mais on est très engagés, on le fait pour la musique.
PAN M 360 : Vous avez sorti Magnum Dopus l’année dernière. Le mois dernier, vous avez publié Magnum Dopus 2, une collection de remixes de certaines de ces chansons. Quel est le processus derrière un album de relectures comme celui-ci?
SAMITO : Dans ce cas-là, ça part surtout avec des amitiés, des gens que j’ai autour de moi. Personnellement, je vois le processus musical comme une expérience de découverte. Donc c’est possible que quelqu’un d’autre ait une meilleure interprétation d’une chanson. « Meilleure », pour moi, ça relève surtout de la façon dont c’est communiqué aux gens. Pendant la création, nous, comme artistes créateurs, on devient obsédés par certaines choses. Mais ça arrive souvent que ce qu’on voyait comme la meilleure chose n’est pas nécessairement la meilleure chose. Pour moi, c’était important de donner une nouvelle vie à ces chansons-là, parce qu’il y a tellement de potentiel dans les fichiers qu’on a créés. Il y a tellement de textures, de fichiers, de sons qu’on a mis. Nos chansons ont tendance à être denses, en ce qui concerne la quantité d’instruments. Ça ne paraît pas parce qu’on le mixe de manière solide, mais il y a beaucoup d’éléments. Alors, je me dis souvent que si quelqu’un avec une perspective différente entre dans cette chanson-là, c’est possible d’avoir quelque chose de précieux. Donc, pour revenir à la question, ça revient à trouver qui autour de nous comprend ce qu’on essaie de faire, mais aussi de trouver des gens de la relève, qui peuvent nous aider et qu’on peut aider en retour. Dans le fond, ça revient vraiment à qui on aime comme producteur. Le processus est simple : on demande à tout le monde qu’est-ce qu’ils veulent remixer. Ensuite, chaque artiste part avec sa chanson choisie, ainsi que tous les fichiers. C’est carte blanche, on ne donne pas de direction pour ne pas limiter le potentiel.
PAN M 360 : Finalement, a quoi peut-on s’attendre de votre performance ce jeudi?
SAMITO : Je dirais quelque chose de bref, mais très solide, dans le sens que ça donne complètement l’idée de notre son. Je pense que ça va être très ancré sur le groove amapiano, avec tous ses sentiments et ses mouvements. On veut que les gens puissent bouger, apprécier, et en même temps on essaie de grandir et de développer les choses, donc c’est une expérimentation pour nous aussi. Mais ça va être une bonne performance, on est solides, on est sûrs de ce qu’on fait, on connaît la musique. C’est aussi la première fois qu’on joue surtout pour le public francophone de Montréal. On a fait POP Montréal, on fait MUTEK cet été, mais c’est pas mal la première fois qu’on interagit avec l’industrie francophone québécoise. En tout cas, ça va être un show hybride, avec une première partie de perfos en live, et qui se termine sur un petit DJ set.
PAN M 360 : Merci Samito!
SINNAZ est un duo international de musique électronique, composé de SIM, né et élevé à Montréal, et de NAP, né à Bogota et vivant aujourd’hui entre Montréal et Ciúdad de Mexico. Ils ont uni leurs forces pour dévoiler un premier EP de 4 titres explorant les sons, les émotions et les atmosphères du dancehall, du dembow et de la bass music, sur le label Isla de Vancouver, fondé par NAP. Avec l’été qui s’annonce, cet EP vous mettra certainement de bonne humeur. PAN M 360 a réalisé une interview par courriel pour plonger dans la vie et les projets de ces deux excellents producteurs et membres très actifs de la communauté électronique.
PAN M 360 : Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours (lié à la musique ou non) ?
SIM : Je m’appelle Sim Laporte, je suis né et j’ai grandi à Montréal, au Canada. Je fais partie d’un projet collectif et communautaire appelé Mata Sound, qui facilite les terrains fertiles pour la création, l’éducation et l’élévation personnelle. J’ai une formation en beaux-arts et en éducation artistique communautaire, ce qui fait de la pédagogie une partie intrinsèque de ma musique et de ma pratique du son.
NAP : Je m’appelle Daniel Rincon. Je suis né à Bogotá, en Colombie, et j’ai déménagé au Canada à l’âge de 15 ans. Mes racines musicales viennent du fait que j’étais un nerd musical à l’adolescence, que je travaillais dans un magasin de disques à Vancouver et que j’assistais à tous les spectacles auxquels je pouvais assister. Aujourd’hui, je fais de la musique sous le nom de NAP et en collaboration avec d’autres amis et collègues (Ambien Baby, Dosis, OSS, La Fe, SINNAZ). Je dirige également le label Isla que j’ai lancé à Vancouver en 2016. Actuellement, je vis et travaille entre Ciúdad Mexico et Montréal.
PAN M 360 : Racontez-nous comment est né votre projet collaboratif, Sinnaz.
NAP : J’ai entendu le disque de SIM sur Nervous Horizon lorsque je vivais à Berlin en 2021 et je lui ai écrit pour lui dire à quel point j’aimais son travail. Je lui ai fait part de la musique que je faisais et que je rendais publique, et il a été séduit. Lorsque je suis revenu à Montréal à l’été 2021, nous nous sommes rencontrés pour la première fois à mon studio et c’était l’amour dès le premier jam. De vraies vibrations positives de nerds de la musique, une ouverture et un partage de ce qui nous enthousiasmait l’un l’autre. À partir de ce moment-là, nous avons continué à nous retrouver à mon studio pour y traîner et y improviser.
SIM : Je me souviens très bien que j’étais dans l’entrepôt IKEA, submergé par tout ce qui se passait, lorsque j’ai reçu un courriel intéressant d’un certain M. Rincon, qui m’annonçait qu’il allait déménager à Montréal et qu’il voulait travailler avec moi. Immédiatement intriguée, j’ai accepté l’offre et nous nous sommes rencontrés autour d’un burrito avant de commencer ce qui allait être le premier pas vers SINNAZ.
PAN M 360 : Cet EP a été créé entre 2021 et 2023, alors comment avez-vous travaillé en équipe et que pouvez-vous nous dire sur votre processus créatif (les parties faciles et les plus difficiles) ?
SIM : Étant un fin connaisseur d’Ableton et Daniel le maître de la MPC, nous avons naturellement migré vers nos outils respectifs en studio pour y trouver un flux de travail complémentaire à notre expertise. J’ai en quelque sorte défini les premiers bleeps, puis j’ai ouvert l’enregistrement pour que Daniel puisse bidouiller les trucs analogiques. J’arrêtais le jam pour réajuster et arranger les choses, et je recommençais l’enregistrement ! Petit à petit, nous avons obtenu suffisamment de morceaux cohérents sous la forme d’un EP.
Je pense que le principal défi dans notre processus créatif est de trouver le temps de travailler ensemble. Nous sommes tous les deux très occupés avec une multitude de projets en cours qui nous font voyager à travers le monde, ce qui rend difficile le fait d’être dans la même pièce. Mais c’est aussi ce qui rend chaque session d’autant plus significative !
NAP : SIM et moi avons défini un flux agréable pour notre dynamique de studio dès le début de nos jams, ce qui est devenu le point central de notre processus de création de l’album et quelque chose que nous voulons continuer à développer dans le studio. SIM est un magicien d’Ableton, alors il s’assoit généralement à la barre de la table de mixage pour enregistrer et mixer/ hacher les lignes que j’ajoute avec le matériel. En général, je me promène en ajoutant des lignes à l’aide de différents appareils. Après avoir enregistré une série de sons et de séquences (souvent autour d’une simple boucle ou d’un rythme), nous nous asseyons et commençons à découper. À ce stade, nous nous relayons pendant 15 à 30 minutes pour nous attaquer aux tâches d’édition et d’arrangement, jusqu’à ce qu’un montage soit effectué. Une fois les arrangements réalisés, SIM mixe les pistes.
Comme SIM l’a mentionné, le plus grand défi de notre processus est de trouver le temps de se réunir, car j’ai vécu entre le Canada et le Mexique l’année dernière et avec les tournées et les horaires d’école, il est difficile de se rencontrer, mais c’est spécial quand cela se produit.
PAN M 360 : Quand et où, dans votre parcours musical, êtes-vous tombé amoureux du dancehall, de la bass music et de la musique de club ?
SIM : Comme beaucoup d’entre nous, j’ai découvert le dancehall grâce à l’album Dutty Rock de Sean Paul. En 2003, j’étais trop jeune pour vraiment comprendre la culture dancehall, mais je traînais toujours avec les jeunes plus âgés de mon quartier. Je me souviens très bien que j’étais en première année primaire et que je me trouvais dans le cercle de danse avec des élèves de sixième année. La chanson Get Busy était alors connue et aujourd’hui encore, je m’identifie à l’enfant de ce clip. C’est plus tard dans mon parcours musical que j’ai redécouvert le dancehall. Mon premier point d’entrée dans la musique électronique étant le dubstep, je n’ai pas tardé à m’intéresser au dub, au reggae et à la musique de soundsystem, ainsi qu’à l’UK garage et à la musique de club dans son ensemble.
NAP : Pour moi, c’est le reggae, le rap et le champed qui m’ont attiré en premier. Les sons de Big Boi, Control Machete, El Chombo et Daddy Yankee passaient tous à la radio pendant mon enfance et constituaient également la bande-son de certaines des premières soirées dansantes auxquelles j’ai assisté. J’ai fini par découvrir le dancehall au cours de mes recherches vers 2015, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au dub et à ses dérivés. Dernièrement, j’ai trouvé beaucoup d’inspiration et de joie dans l’exploration des influences de la culture jamaïcaine des sound systems sur la musique latino-américaine, qu’il s’agisse du beat dembow qui a donné naissance au genre reggeaton ou des mouvements sonidero (Mexique) et pico (Colombie) en Amérique du Sud – j’y suis profondément plongé en ce moment, en particulier dans la culture des sound systems de Snider à Mexico City.
PAN M 360 : Quelles sont les autres choses que vous avez en commun, en plus de votre intérêt pour la musique électronique ?
NAP : Je pense que nous sommes tous les deux intéressés par des choses différentes mais très liées à la musique, comme la communauté et la pédagogie. Surtout que nous avons tous les deux une formation en éducation artistique, c’est toujours un plaisir de parler de musique dans cette optique, une préoccupation plus profonde pour son impact socioculturel – souvent ces conversations finissent par informer le processus de création musicale.
SIM : Exactement ! Parce que la musique est une partie inhérente de nous-mêmes, il est difficile de s’en détacher totalement. D’autant plus que la musique a le pouvoir de rassembler les gens.
PAN M 360 : L’EP est sorti sur Isla, qui est le label – très prolifique – de NAP, pouvez-vous nous en dire davantage? Ce label a été fondé à Vancouver, êtes-vous originaire de cette ville ? Si oui, à quoi ressemble la scène électronique de la Côte Ouest canadienne ?
NAP : Isla est un label que j’ai lancé à Vancouver en 2016. J’ai acheté un duplicateur de bandes dans une église d’Abbotsford BC et j’ai commencé à doubler des séries très limitées de bandes depuis mon studio, j’étais alors très inspiré par l’éthique punk et DIY avec laquelle j’ai grandi. Depuis, j’ai fait croître le label pour y inclure la production de vinyles, mais c’est toujours moi qui sors ce qui me semble le plus approprié (souvent de la musique et des collaborations de ma propre musique ou de celle d’amis). En ce qui concerne la scène électronique de la Côte Ouest, elle a connu une période naissante très spéciale au début des années 10, mais je pense qu’après beaucoup de battage médiatique, elle s’est en quelque sorte endormie… et à juste titre parce que cette scène était en fait assez petite. Personnellement, la scène de la Côte Ouest des années 80 et 90 m’a semblé la plus riche en traditions (de Skinny Puppy à Exquisite Corpse en passant par Pilgrims Of The Mind, Download et l’équipe de Discotext) – Vancouver, c’était cool !
PAN M 360 : Prévoyez-vous vous produire en duo (DJ ou live set) ?
SIM : Bien sûr ! Si notre emploi du temps le permet haha ! Mais nous prévoyons aussi de nous produire, d’être DJ et de jouer en live avec Ultima Esuna, pour notre projet ‘Alta Familia’.
NAP : Absolument ! Au moins quelques DJ sets B2B à Montréal cet été.
PAN M 360 : À Montréal, quels sont vos endroits (et organisateurs de soirées) préférés pour aller danser et écouter de la bonne musique ?
SIM : Je suis récemment allé à Lulu Épicerie dans la Petite Bourgogne. L’équipe Beiroot Groove Assemble y a fait une sélection incroyable de musique funk, disco et soulful house. Sans oublier que l’entrée est accompagnée d’un shawarma gratuit ? Cet endroit a le sceau d’approbation du SIM !!!
NAP : Je ne suis pas allé à MTL l’année dernière, mais j’adore jouer des disques dans le sous-sol de Sans Soleil. J’adore l’ambiance de fête dans le salon les fins de semaine et le son est excellent. Shout out Kris Guilty qui réserve et gère l’endroit (et qui possède aussi le meilleur magasin de disques de la ville ; La Rama).
PAN M 360 : Diriez-vous que la scène électronique montréalaise se définit par la langue, c’est-à-dire que l’on peut observer un côté francophone et un côté anglophone ? Comment vous sentez-vous par rapport à cela ? Avez-vous l’impression d’avoir plus de liens avec un côté ou l’autre ? Comment naviguez-vous entre ces différents espaces, publics, etc. ?
SIM : Je pense que la scène montréalaise vit une période de transition. Comme de plus en plus d’artistes du monde entier vont et viennent à Montréal, j’ai l’impression que la norme est l’anglais dans le milieu de la musique électronique. Il est difficile pour moi d’aborder ce sujet sans en faire une déclaration politique, à cause de l’histoire derrière, mais une chose est sûre : la musique électronique à Montréal est définie par les gens qui cultivent la scène, et sa richesse doit être chérie.
PAN M 360 : Quels sont les prochains grands événements/plans pour chacun d’entre vous ?
SIM : Pour moi, les grands projets à venir sont ma tournée en Europe, que j’ai vraiment hâte de faire, et aussi le Piknic Electronik cet été ! Faire partie du même lineup que les légendes DJ Stingray et Helena Hauff est tout simplement surréaliste.
NAP : Je serai de retour à Montréal cet été et je ferai quelques petites tournées en Europe au cours de l’année. Je finirai quelques disques qui m’enthousiasment (solo et collaborations) et j’en sortirai quelques autres sur Isla et ACA avant la fin de l’année.
Le grand pianiste, compositeur et improvisateur cubain Omar Sosa et le maître de la kora et chanteur sénégalais Seckou Keita se réunissent pour la première fois à Montréal avec leur Trio Suba, incluant le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, les 6 et 7 mai au National. Ils ont à leur actif un répertoire solide, constitué de 2 albums : Transparent Water (2017) et Suba (2021). A travers cette musique, Omar Soda et Seckou Keita partagent leurs cultures spécifiques : musique mandingue d’Afrique de l’Ouest, musique afro cubaine et musique afro vénézuélienne. Joints en Europe avant leur tournée internationale, ils évoquent avec générosité leur relation artistique basée sur une fusion hautement créative des héritages culturels entre virtuoses africains et afro-descendants.
PAN M 360 : Bonjour Omar, c’est un plaisir d’avoir une autre conversation avec vous. Êtes-vous toujours basé à Barcelone ? OMAR SOSA : Bonne question! Je vis dans différents endroits mais j’ai un studio ici à Barcelone. Lorsque je suis en Europe, je reste essentiellement ici car mes deux enfants vivent à Barcelone. Je dois donc avoir un lieu pour les accueillir. PAN M 360 : Cette fois, avec ce projet Suba, vous travaillez avec la grande tradition de l’Afrique de l’Ouest, la grande tradition mandingue. Comment se fait-il que vous soyez arrivé là après toutes les expériences que vous avez faites auparavant ? OMAR SOSA : Il est important pour une personne créative de suivre le courant de la rivière. Dieu vous place dans des endroits auxquels vous ne vous attendez pas, mais ces endroits sont toujours extraordinaires, lorsque l’amour est réciproque, et je pense que c’est ce qui s’est passé avec Seckou. Nous travaillons ensemble depuis 12 ans, nous avons enregistré deux albums, Transparent Water et Suba. Au fond, ce travail est un hymne aux gens qui cherchent l’amour, la paix, l’unité, c’est l’idée de vivre ensemble dans un seul monde et aller d’une manière ou d’une autre dans une direction commune. PAN M 360 : Et quelle est cette direction ? OMAR SOSA : Nous sommes très heureux de célébrer ensemble nos racines et nos traditions d’une manière contemporaine, soit en respectant ce que les anciens nous ont déjà légué et ce qu’ils ont fait pour nous artistiquement. Nous sommes ici parce que d’autres nous ont précédés. Et c’est essentiellement d’une certaine manière, alors que nous aimons être présents dans ces deux points. La tradition afro-cubaine, la tradition mandingue, la tradition sud-américaine, parce que nous avons aussi dans ce projet un joueur de percussion du Venezuela, Gustavo Vyas, qui joue de la percussion afro-vénézuélienne. Et beaucoup de gens ne connaissent pas certaines de ces informations. Le quitiplás, par exemple, est une tige de bambou utilisée pour jouer de la musique. On peut frapper la pierre et, avec un doigt à l’intérieur, on peut changer la note du son qui en émane. Pour beaucoup de gens, c’est une nouveauté et pour d’autres, c’est la continuité. Ainsi nous avons réuni des instruments autour de la kora. Sekou joue la kora dans le style traditionnel de l’instrument à 22 cordes, mais il joue aussi avec une kora à deux manches, donc à 44 cordes.
PAN M 360 : Et qu’est-ce qui vous rapproche, plus précisément ? OMAR SOSA : La première raison est le respect. Nous nous respectons mutuellement et nous nous écoutons attentivement. La deuxième raison est la liberté: nous essayons d’être libres d’exprimer ce qui nous traverse l’esprit. Et c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Nous avons une structure avec nos sons, mais il y des moments où nous prenons notre envol. Je me considère comme un musicien de jazz à cause de la philosophie du jeu: la liberté ! J’essaie donc de rester fidèle à cette philosophie dans chaque musique que je joue. Je dois me sentir libre de changer la structure si je sens que c’est le moyen pour moi de parvenir à cette liberté créative. PAN M 360 : Seckou Keita nous rejoint en ce moment, alors interrogeons-le sur l’importance de la liberté dans l’improvisation. SECKOU KEITA : En effet, notre musique est ouverte dans presque tous les cas. Il y a bien sûr des arrangements dans notre musique, il y a des structures mais il y a aussi la liberté d’exprimer notre conversation musicale. Depuis ma première rencontre avec Omar, nous n’avons pas parlé de ce que nous devions faire mais notre musique a parlé. Nous poursuivons donc le même voyage à travers cette conversation musicale. C’est pourquoi nous restons ouverts, car il est important pour nous de nous réunir et de dialoguer ensemble avec un esprit libre. Ce que nous faisons ensemble dépasse donc nos traditions spécifiques.
PAN M 360 : Depuis votre premier enregistrement, le langage musical entre vous a probablement évolué au fil de vos performances. Il s’agit donc d’un processus de renouvellement permanent, n’est-ce pas ? OMAR SOSA : En effet, ça change, ça évolue sans cesse. Nous nous entendons déjà avant de jouer et nous arrivons parfois au même endroit sans répéter. C’est aussi parce que nous sommes dans une équipe sans pression, où les artistes pensent que la vie est trop courte pour se plaindre et dire « Oh, tu as fait ceci. J’ai fait ça. Ok, mon Dieu, ce do mineur n’est pas le bon do mineur. Il est donc préférable que nous jouions ce que les esprits nous inspirent. PAN M 360 : Seckou, de quelle région d’Afrique de l’Ouest êtes-vous originaire ? SECKOU KEITA : Je viens du Sénégal, plus précisément de la région de Casamance. Ma culture est mandingue. PAN M 360 : Vous vous êtes donc installé au Royaume-Uni, on vous doit d’ailleurs de superbes pièces enregistrées avec la harpiste anglaise Catrin Finch. Voilà qui n’est pas habituel pour les musiciens originaires du Sénégal, de Guinée, du Mali ou de Côte d’Ivoire, qui émigrent généralement en Europe francophone, aux États-Unis, en Espagne ou même au Québec. SECKOU KEITA : C’est vrai. Donc je dis toujours que c’est l’Angleterre qui m’a choisi ! Et j’ai d’ailleurs rencontré Omar Sosa en Angleterre par l’intermédiaire d’un ami commun, Mark Gilmour, un artiste américain basé au Royaume-Uni. Il arrive donc que des mélanges différents se produisent chez les musiciens africains. Je connais des artistes gambiens qui vivent en France, par exemple. Quoi qu’il en soit, ces différences coloniales ne représentent pas ce qu’était l’Afrique avant l’époque coloniale. Ma propre culture se retrouve dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et nous pouvons donc nous rencontrer ailleurs que dans les seuls pays français d’Europe. L’histoire n’est pas toujours ce que l’on croit. J’aime bien quand Omar dit que Cuba est une province de l’Afrique !
OMAR SOSA : Mais maintenant, ce qui compte vraiment, c’est de réunir nos cultures tout en nous sentant libres d’exprimer ce que nous aimons dire musicalement. Suba, notre projet le plus récent, s’inscrit dans cette optique.
SECKOU KEITA : En langue mandingue, Suba signifie lever du soleil, tôt le matin quand le soleil se lève. Notre dernier album parle donc d’un nouveau matin, d’un nouveau monde, d’un nouveau voyage, d’un nouveau départ. Nous y avons pensé pendant la pandémie et nous avons donc imaginé ce nouveau départ impliquant différentes cultures.
PAN M 360 : Ce trio évolue. Souhaitez-vous conserver le même format ou le modifier dans un avenir proche ? Ou envisager d’autres projets ? Par exemple, la musique de chambre pourrait très bien s’intégrer à ce trio.
SECKOU KEITA : Vous avez raison, c’est vrai. Je veux dire que la musique de ce trio peut s’adapter à un orchestre de chambre ou même à un orchestre symphonique. J’ai moi-même enregistré ma musique avec l’Orchestre symphonique de la BBC, donc avec 62 personnes. L’album s’appelle Africa Rhapsody et il sortira le 26 mai. Alors, oui ! Parce que nous avons cette expérience avec ce nouveau super trio avec Gustavo, ce serait un autre élément vraiment intéressant pour la diversité de notre musique. Nous pourrions emmener cette musique encore plus loin !
Après sa première proposition folk-pop-alternative, A.M.I.E.S.A.M.O.U.R., en 2021, LUMIÈRE s’apprête à entamer un autre chapitre de son histoire avec GLAM, un voyage rock exubérant, théâtral et luxuriant, à paraître le vendredi 28 avril sous étiquette Bonsound.
Étienne Côté, aussi connu comme le batteur des formations Bon Enfant et Canailles, est à la tête du projet depuis plusieurs années déjà. Alors que A.M.I.E.S.A.M.O.U.R. cherchait à comprendre les mécanismes, rudiments et subtilités des relations interpersonnelles, on sent que GLAM se fonde sur l’expérience de la célébrité et de la gloire.
Connaissant LUMIÈRE comme quelqu’un qui bâtit des histoires avec sa musique, et qui aime communiquer ses œuvres, PAN M 360 tenait à en savoir un peu plus sur ce nouvel album à venir, et son impact sur l’univers en expansion de l’artiste.
PAN M 360 : Quelle histoire raconte GLAM?
LUMIÈRE : Pour les gens qui suivent depuis A.M.I.E.S.A.M.O.U.R., on remarque que, Lumière, c’est un personnage dans une quête continue. Il est à la recherche de quelque chose. Avec A.M.I.E.S.A.M.O.U.R., il était à la recherche de l’âme sœur, dans une quête d’amour. Maintenant, sur GLAM, c’est la suite. Le personnage évolue, et il est dans une quête du succès. Il met toutes ses énergies pour devenir un chanteur populaire. La quête de Lumière a évolué, ce qui fait changer l’univers : on passe de la campagne à la ville, on est prêt à faire des sacrifices, comme mettre les amitiés et les amours derrière. Mon personnage reste tout de même pareil, dans le sens qu’il est toujours aussi idéaliste. En fait, ce personnage, je l’ai créé à partir de ce que je voyais comme idéal en moi-même, mais que j’étais incapable d’atteindre. Lumière, c’est quelqu’un qui rayonne, mais qui est aussi sensible et transparent. Il dégage beaucoup d’énergie, il fait du bien autour de lui, il a une espèce de fougue inépuisable. Mais Lumière, maintenant, il veut être sur une scène, il veut l’attention, et il est prêt à donner pour la recevoir.
PAN M 360 : Pour le meilleur et pour le pire, sans doute.
LUMIÈRE : Exact. Évidemment, ce n’est pas viable. Comme trouver l’âme sœur, comme vouloir fusionner avec quelqu’un parce qu’on ressent un manque. C’est pareil pour la carrière : ce n’est pas en étant célèbre qu’on est plus heureux.
PAN M 360 : Votre musique rappelle les années 1960-70, mais les paroles semblent plus empreintes de modernité. Votre personnage évolue-t-il à cette époque ?
LUMIÈRE : Oui et non. Comparé à A.M.I.E.S.A.M.O.U.R., cette fois-ci je pensais moins au fait d’être dans une autre époque… Mais, tout de même, l’album s’appelle GLAM, le son est teinté de Bowie, Elton John et autres, donc je dirais qu’on est passé de ‘71 à ’73 (rires).
PAN M 360 : Alors il s’agit vraiment d’une suite!
LUMIÈRE : Oui, vraiment. C’est important pour moi que les chansons se suivent et qu’elles servent le propos de l’album. Mais je ne voulais pas dire que GLAM était un album concept, comme le premier. On comprend bien qu’il y a des décors. Je me rends compte que ça m’intéresse de rapprocher le théâtre et la musique. Dans cet album, il y a des moments sur scène, il y a des moments dans les coulisses, et d’autres dans la tête de l’artiste alors qu’il performe. Ça fait un peu comédie musicale.
PAN M 360 : Comment vous est venue l’idée de ce nouveau chapitre dans l’histoire de votre personnage?
LUMIÈRE : Je pense que c’est surtout tiré de ma vie, d’expériences vécues. Dans les dernières années, j’ai fait beaucoup de tournées pour Lumière et Bon enfant. Ça a été assez intense. Je me mettais au défi d’être partout en même temps. Je prenais l’avion, j’allais en France, faisais un spectacle sur le décalage horaire… bref, des trucs qui n’ont pas de bon sens. Je pense que c’est ça qui m’a inspiré. J’ai composé une partie de l’album en France. Là-bas, c’est difficile de percer, je suis en musique depuis assez longtemps pour le comprendre : ça demande beaucoup de travail. Il y a ça aussi dans l’album : montrer qu’être un artiste, être sur scène, c’est héroïque du point de vue du spectateur, mais qu’il y a aussi l’autre côté. Montrer à quel point c’est du travail, et toute cette impression qu’on a de ne pas pouvoir y arriver. Je pense que tout ça est inspiré des démarches que je fais pour trouver un label en France. C’est là où je suis rendu en ce moment. Au Québec, ça va bien, c’est cool, mais pour la France, il faut être prêt à travailler.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous fascine le plus dans l’esthétique des années 1960-70?
LUMIÈRE : J’aime beaucoup les mélodies, c’est sûr. Les textes sont clairs et explicites. Quand ça parle de drogue, ça parle de drogue. Quand ça parle d’amour, ça dit « I love you ». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on essaye peut-être d’être plus cryptiques, de parler de manière plus détournée.
PAN M 360 : Votre album sort dans une semaine. Comment vivez-vous cette attente?
LUMIÈRE : Ça fait vraiment du bien. Souvent, les artistes attendent les sorties de leurs projets pendant longtemps. Un album peut être fini un an avant qu’il soit mis au monde. Mais pour nous, ce n’était pas si pire. On a enregistré l’album à l’automne, et il sort au printemps. Bon, nos délais n’étaient pas très raisonnables : il fallait livrer les masters en décembre, alors on a dû clencher à la fin de l’été, les tournées pour tous les musiciens. Moi, je faisais des aller-retours en France. On avait tous nos tournées dans le corps, et je pense que l’album en est imprégné. On n’avait pas le temps de plaisanter. C’est pour ça qu’il n’y a pas d’arrangements extravagants, de cuivres ou de cordes. Si on avait besoin d’un son, on le faisait avec une guitare ou un synth. C’est vraiment un album rock direct. Donc finalement, avec les clips à filmer, les shootings photo, la préparation de la sortie, ça s’est passé très vite. Il n’y a pas eu d’interruptions ou d’attente. On dirait que personne ne s’est rendu compte que nous avions fait un album (rires). Pour moi, ce rythme est pas mal idéal.
PAN M 360 : Merci LUMIÈRE!
Kanse est un producteur japonais de musique électronique basé à Tokyo. Il a signé son premier projet sur le label montréalais Liquid Love Records. An Attidude est un solide album de six titres imprégné de la techno originale des années 1980, celle que l’on appellerait « proto-techno ». Kanse explore les racines de l’électro-funk auxquelles il ajoute sa touche en travaillant les textures et les basses d’une manière plus contemporaine. PAN M 360 l’a rencontré pour discuter de ses réminiscences assumées, de son rapport à la nature, de son processus créatif et de la scène techno underground de la métropole japonaise.
PAN M 360 : An Attitude est votre premier album. Qu’avez-vous trouvé difficile et comment avez-vous surmonté ces difficultés ?
KANSE : J’avais créé des morceaux sans penser à les faire écouter, mais c’est la première fois que j’ai fait des morceaux en pensant à les diffuser. J’avais l’impression de ne pas avoir fait assez d’efforts dans mes morceaux auparavant. J’aurais été bloqué si j’avais été seul face à la musique tout le temps, alors j’ai intentionnellement pris du temps pour m’éloigner de la musique ou pour parler avec des amis afin de me rafraîchir. Je pense que le fait de prendre du recul me permet de regarder mes propres morceaux de manière objective, et je me sens plus motivé pour créer, et les idées semblent me venir naturellement.
PAN M 360 : Quel est le dernier livre que vous avez lu pendant que vous travailliez sur An Attitude et qui a particulièrement nourri votre créativité ?
KANSE : Pour être honnête, je n’ai pas beaucoup lu ces derniers temps. Ma créativité vient principalement de la musique et des événements organisés par les clubs. Les films, les voyages et les rencontres sont également des sources de créativité.
PAN M 360 : Quand j’écoute An Attitude, je ressens l’ambiance « proto techno » de Detroit, représentée par des artistes comme Cybotron. Cela faisait-il partie de vos inspirations et, plus généralement, quelles étaient vos inspirations ?
KANSE : Je pense que ma musique est fortement influencée par la techno classique. J’aime l’électro des années 80, comme Clear de Cybotron. Elle a une atmosphère unique, elle est dansante et intéressante. Les sorties techno des années 80, mais aussi des années 90, m’inspirent également. J’écoute notamment beaucoup Drexciya et DopplerEffekt et je suis très influencé par leurs rythmes de batterie et leurs lignes de basse. Il y a aussi beaucoup d’artistes dans le monde qui continuent à faire des morceaux inspirés de l’électro, leur musique est donc une source de motivation pour moi.
PAN M 360 : Quel est le lien entre votre travail de producteur de musique et la relation que vous entretenez avec la nature ? (Votre photo de profil Bandcamp et la description de l’album font également beaucoup référence à la nature, aux quatre éléments, etc.)
KANSE : J’aime la nature. Lorsque je suis coincé dans la création musicale, je me promène souvent le long de la rivière qui se trouve près de mon appartement. J’ai l’impression que le contact avec la nature est le plus rafraîchissant et qu’il ramène mon esprit à la neutralité. Je ne suis pas directement influencé par la nature dans ma musique, mais j’aimerais m’y essayer un jour.
PAN M 360 : Quel type de matériel utilisez-vous pour produire de la musique ?
KANSE :J’utilise principalement Minilogue, MS-101 et ESX. J’utilise également le 0-coast de MakeNoise à l’occasion. J’utilise Ableton Live comme DAW. En fait, j’utilise du matériel, mais il m’arrive de faire de la musique uniquement avec un DAW [ndlr:une station audionumérique]. Récemment, j’ai acheté un nouveau Elektron Syntakt et j’ai travaillé sur quelques morceaux avec.
PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire sur la scène électronique de Tokyo ? S’agit-il plutôt d’une scène club, d’une scène underground ?
KANSE : Les événements se déroulent principalement dans des clubs et des salles de concert. Je n’ai assisté à aucun événement à l’étranger, mais je pense que la scène musicale de Tokyo est plus underground que celle de l’Europe et de l’Amérique du Nord. J’ai l’impression que la scène musicale de Tokyo est particulièrement forte dans les genres expérimentaux et d’avant-garde. Il semble également y avoir une forte connexion avec le rock indépendant. Il y a beaucoup d’événements qui mélangent différents genres à Tokyo. C’est ce que j’apprécie.
PAN M 360 : Qui sont les principaux acteurs de la scène électronique à Tokyo (crews, artistes, promoteurs…) et peux-tu nous parler de quelques endroits qui contribuent à l’essor de la communauté de la musique électronique ?
KANSE :Il est difficile de répondre à cette question car Tokyo possède Les organisateurs, les DJ et les artistes de chaque événement sont une grande source d’inspiration pour moi. Mes clubs préférés sont VENT à Omotesando, BUSHBASH à Koiwa et SPREAD à Shimokitazawa. Je pense que le magasin de disques Naminohana joue également un rôle important dans le soutien de la scène japonaise des clubs.
PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets ?
KANSE : J’ai beaucoup d’idées que je veux mettre en musique, donc je veux juste faire plus de morceaux. Je pense que cet album est un grand pas en avant pour moi en tant qu’artiste. J’aimerais en sortir d’autres à l’avenir. Par ailleurs, j’ai fait de la musique sans trop connaître la scène musicale japonaise, mais j’aimerais m’en approcher et faire des concerts, etc.
Dans la foulée de ses 20 ans d’existence, le vaisseau phare du trad québécois proposait il y a quelques semaines un enregistrement pour voix, cordes et piano dont l’objet est de donner une nouvelle vie à 11 chansons de son répertoire discographique : Les voix du vent.
L’orchestration des cordes et la réalisation ont été pilotées par Olivier Demers, de concert avec le pianiste classique Philippe Prud’homme. Marie-Pierre Lecault violon, Émilie Brûlé, violon Josianne Laberge, alto et Sophie Coderre, violoncelle, ont pris part à cette aventure immortalisée au studio Piccolo de Montréal par Ghyslain-Luc Lavigne.
Ainsi donc, pour amorcer sa troisième décennie, Le Vent du Nord fait dans le trad de chambre !
PAN M 30 : Parlez-nous de votre rencontre avec Philippe Prudhomme, qui a fait les arrangements de cet album. Philippe Prudhomme est plus un musicien classique, parfois même associé à la musique contemporaine… et cette fois à la musique traditionnelle.
NICOLAS BOULERICE : C’est un jeune artiste formidable qui a obtenu son doctorat en musique. Je pense qu’il fait partie des jeunes artistes de la relève particulièrement talentueux. Il se distingue à plusieurs niveaux, entre autres parce qu’il y a un amour profond et sincère des musiques traditionnelles du Québec, ce qui est quand même assez rare pour les grands artistes de musique contemporaine ou classique.
PAN M 360 : C’est normal un peu, parce que l’univers harmonique des musiques traditionnelles est relativement restreint. L’objet de la musique traditionnelle n’est pas tant de trouver des harmonies complexes mais plutôt d’actualiser le passé.
NICOLAS BOULERICE : Exactement. En musique traditionnelle, on essaie de ne pas trouver d’harmonies complexes. On essaie d’être le plus simple possible pour permettre aux textes, aux histoires, à ce plaisir contagieux de toucher le plus de monde possible. Je ne veux pas parler pour Philippe Prudhomme, mais je pense qu’il voit dans la chanson traditionnelle plus qu’une mémoire, il y voit aussi une grande poésie. Aussi amoureux de la chanson française, il m’a dit :« On a rarement eu l’occasion de jeter un regard sur le trad comme une musique de littérature populaire. » Ce qui est beau et touchant, parce que finalement, lui, avec ses repères complètement autres que les miens, a trouvé dans ce répertoire de quoi se mettre sous la dent. Même qu’ il a dit au lancement qu’on a fait à Saint Antoine-sur-le-Richelieu, il a dit : « Moi, j’aurais envie de me donner le défi dans la vie de faire en sorte que mon travail puisse mettre en valeur la chanson traditionnelle, la musique traditionnelle du Québec. » Je trouve ça très touchant parce qu’il l’a pris un peu sur ses épaules. Moi, ça fera ça mon devoir.
PAN M 360 : Touchant et rarissime.
NICOLAS BOULERICE : De grands artistes de la musique, des Russes entre autres, qui ont puisé dans le répertoire traditionnel de leur pays pour essayer de faire valoir tout ça. Au Québec, il y en a eu quelques exemples, mais assez peu. C’est donc ce que Philippe tente de faire avec nous, ce qu’il a fait aussi avec Simon Baudry, parce qu’ils ont d’abord fait un disque en duo, les gars, Chansons noires et blanches, voix piano, un truc beaucoup plus sobre et dénudé. Et puis, cette idée de chanson française, de chanson traditionnelle qui s’était déjà rencontrée. Nous, on a eu la première affaire, la première étincelle, c’était de faire un disque de répertoire du Vent du Nord, d’aller rechercher dans tous nos albums des pièces qu’on n’a pas fait nécessairement sur d’autres types de compilation pour aller fouiller ailleurs et de les arranger autrement. Là, on s’est dit une chose qu’on se fait dire… En fait, on se fait dire deux choses dans nos spectacles en général depuis toujours, c’est « Maudit que vous avez l’air d’avoir du fun. » Puis, « Vos voix, les voix sont vraiment intéressantes, elles sont très belles. »
PAN M 360 : Vous avez vraiment acquis une grande expertise dans l’exécution !
NICOLAS BOULERICE : Ben.. il semble que ça touche des gens! Puis là, on s’est dit « On pourrait faire un truc a cappella qui nous mènerait ailleurs et qui toucherait les gens. » On s’est dit alors « Pourquoi on n’irait pas faire un travail avec quatuor à cordes (Marie Pierre Lecault, Émilie Brûlé, Josianne Laberge, Sophie Coderre), des musiciennes avec qui on a joué sur plusieurs projets? Nous, qui formons un groupe de gars, on peut enfin pouvoir essayer de travailler sur un projet plus paritaire. On trouvait quand même qu’il manquait quelque chose. » C’est là qu’on a pensé à Philippe. On s’est dit « Pourquoi on ne fait pas carrément une rencontre entre la musique classique et la musique populaire ?” Puisque nous sommes curieux, nous adorions déjà ouvrir notre musique en faisant des rencontres avec le jazz ou même la musique du Moyen Orient, nous aimons nous frotter à des artistes qui pensent autrement, qui viennent d’autres milieux.
PAN M 360 : Votre curiosité et votre ouverture vous servent une fois de plus.
NICOLAS BOULERICE : Alors, on s’est dit « Allons-y vers la musique classique ». Et puis Olivier (Demers), qui avait fait des arrangements de cordes sur quelques projets, s’est dit « Moi, je vais relever le défi d’orchestrer vraiment des cordes pour tout le disque et de travailler avec Philippe pour voir les arrangements du piano, comment pourrait s’associer, s’arrimer aux arrangements de voix d’abord, puis à ceux du quatuor à cordes. » Philippe et Olivier ont donc travaillé ensemble. Pour donner, je lève mon chapeau à Olivier à plusieurs reprises depuis le début de notre concert de conversation, parce que c’est vraiment lui qui a arrangé tout ça. Les voix, c’était nous, mais le travail des cordes est celui d’Olivier. Et là, ça a été celui de trouver le répertoire, d’aller chercher des chansons qui vont se fondre à cette idée. Il fallait voir s’il y avait assez de contenu pour y changer le contenant sans déformer l’histoire, le propos. Alors ça fait un disque qui est, encore une fois, que je trouve super joli, super touchant. On nous fait des commentaires comme celui-ci : « J’ai soudainement beaucoup de place à l’écoute des textes, des histoires » et c’est ce qu’on voulait. On voulait que la musique porte autrement ces histoires.
PAN M 360 : Donc, vous avez évacué vos propres instruments sauf vos voix et vous avez pris un quatuor à cordes avec piano, quintette en quelque sorte.
NICOLAS BOULERICE : Ça devient un « dixtuort », une bête à deux têtes, soit un quintette de voix avec quatuor à cordes et piano. On est dix sur scène et on était dix aussi à l’enregistrement. Nous nous étions disposés en rond (sauf le piano évidemment), nous nous étions mis tous ensemble pour enregistrer en direct. Donc, ce que vous entendez, c’est vraiment le groupe qui joue et qui chante en même temps. C’était le défi de faire ça pour que ça ne soit pas un collage, mais vraiment une réelle rencontre humaine. Ça fait que cet enregistrement est très vivant. Si la piste n’était pas bonne, on la recommençait au complet. Ça a alors été un beau travail et ça a été super vite. On pensait que ça allait nous prendre vraiment plus de temps, et puis finalement on était prêts !
PAN M 360 : On peut dire que c’est de de la musique traditionnelle de chambre, en somme
NICOLAS BOULERICE : On a toujours dit que la musique du Québec, c’était de la musique de cuisine, alors on défait le mur entre la cuisine et et la chambre et puis on a fait un grand salon ! (rires).
PAN M 360 : On trouve dans ce répertoire des pièces originales et des traditionnelles.
NICOLAS BOULERICE : Absolument. Je suis bien content de retrouver Le dragon de Chimée ou Amériquois ou encore Lettre à Durham, à qui on a donné un autre rythme, un autre souffle, ça nous fait plaisir de les ramener autrement. Il y a des chansons plus rares comme Le soir arrive, qui est une pièce magnifique que Simon chante et qu’on n’avait jamais fait en spectacle, parce qu’on trouvait qu’il y manquait quelque chose alors que là, elle a absolument sa place, voire l’une des plus réussies de l’album. Il y a une chanson qu’on est allé chercher de notre tout premier, C’est dans Paris, dont il y a eu plusieurs versions, dont une de La Bottine souriante. L’histoire est très touchante, une servante à qui on dit qu’elle doit rester à sa place et qu’elle ne peut s’extirper de sa condition. Moi, à chaque fois que je chante ça, j’ai des larmes aux yeux, c’est même pas une manière de parler, car c’est aussi un peu l’histoire de ma propre grand-mère qui a tenté d’échapper à la misère de son enfance et qui me chantait ça pour m’endormir. Adulte, je me suis rendu compte à quel point cette chanson était violente sous des allures de berceuse, j’aurais bien aimé qu’elle l’entende.
PAN M 360 : Et pourquoi le titre Riton est-il collé à C’est dans Paris? Fusion de deux chansons? NICOLAS BOULERICE : Exactement. Benoît (Bourque, anciennement dans le groupe) avait écrit une espèce d’introduction à cette chanson. C’est lui qui l’avait nommée ainsi, une chanson qu’on a toujours trouvé jolie. Et puis bon, c’est une occasion aussi de faire un petit œil à Benoît dans le contexte d’un projet aussi rétrospectif, qui ne comprend que des chansons sorties auparavant. Pour nos 20 ans d’existence on ne voulait pas une compilation, on a plutôt fait l’album 20 printemps et Les voix du vent. On a 21 ans, en fait, et puis là on se donne la possibilité de faire vraiment un tour de notre répertoire mais avec un son complètement différent et dont certaines pièces n’ont pas tant été jouées tant en spectacle. Cet album pourra donc prendre vie sur scène.
Rencontrez Mac Wetha, un producteur, DJ, instrumentiste et vocaliste en pleine ascension, originaire de Londres, au Royaume-Uni. En sortant son premier album Mac Wetha & Friends en 2019, son succès initial s’est largement cantonné à l’underground. Les auditeurs ont fait l’éloge de ses prises lo-fi décontractées et méticuleusement élaborées, qui reprenaient des éléments de grime, de bedroom pop et de R&B britannique contemporain, le tout sur fond de batterie jazzy, de riffs de guitare intéressants offerts par Wetha lui-même, et d’accents nettement flous qui enveloppent le projet dans son ensemble. En 2023, cependant, l’artiste a complètement transcendé cette offre initiale – et a prouvé qu’il était prêt pour le grand moment – avec une suite directe : Mac Wetha & Friends 2.
Tout au long des quelques 20 minutes que dure l’album, Mac Wetha & Friends 2 tient parfaitement la promesse de son titre : des amis qui se réunissent et s’amusent simplement à faire de la musique. Chaque morceau est imprégné d’une joie et d’une énergie juvéniles qui ne pourraient pas être reproduites artificiellement, et un sentiment de camaraderie et de passion traverse l’ensemble de l’album.
Nous nous sommes entretenus avec Mac Wetha pour discuter de ses réflexions sur le nouvel album, de ses aspirations pour l’avenir et de son approche amusante et collaborative de la création musicale avec ses amis.
PAN M 360: Je m’attendais à ce que vous vous détendiez maintenant que l’album est sorti, mais j’ai entendu dire que vous aviez déjà repris les sessions cette semaine. Avez-vous pris beaucoup de temps pour vous reposer ?
MAC WETHA: Oui, je ne me suis pas vraiment arrêté depuis le début. J’ai en quelque sorte continué à courir. Pour ce qui est de Mac Wetha & Friends, la première fois, j’ai travaillé avec des gens, puis la chanson est apparue – des choses que l’artiste ne voulait pas sortir parce que c’était trop gauche ou que ce n’était pas le genre de choses qu’il voulait sortir sous son nom pour l’instant. Ou peut-être que j’ai proposé l’idée du rythme et qu’ils ont suivi mon idée, au lieu que ce soit moi qui produise ce qu’ils voyaient.
C’est un peu la même chose avec Mac Wetha & Friends 2, où tout s’est fait au fur et à mesure. Je n’ai pas eu l’impression d’être enfermé, fou, à m’arracher les cheveux. C’était très amusant à faire, et je pense que c’est la meilleure façon de faire de la musique. Pendant tout ce temps, j’étais aussi dans l’espace pour moi et j’écrivais pour la prochaine chose.
PAN M 360: Quel effet cela fait-il de présenter ce projet au monde ? Comment les gens de votre entourage l’ont-ils accueilli ?
MW: C’est vraiment une réussite. Je pense que c’est mon meilleur travail à ce jour et j’aime toutes les chansons. Ma famille l’aime, mes amis l’aiment, je sais que les artistes qui ont collaboré avec moi l’aiment aussi. Et nous avons fait un très bon concert de lancement, c’était juste une super soirée. Je pense que le plus important, c’est que je suis très, très critique à l’égard de ce que je fais, et j’écoute tellement ce que je fais que je perds ma vision. Mais je pense toujours que c’est lorsque je le mets vraiment sur le marché, que je le laisse tourner pendant quelques jours, puis que je l’écoute sur Spotify ou autre, que c’est le vrai reflet de mon travail. Parce que c’est maintenant qu’il est là et qu’il est fini. C’est à ce moment-là que je suis le plus nerveux à l’idée de l’écouter. C’est ce qui est effrayant, mais j’aime l’album. Je l’adore. Lorsque je l’ai écouté, je passais une très mauvaise journée et je l’ai écouté en marchant dans la ville et je me suis dit : « Au moins, j’ai fait un bon projet ».
PAN M 360: Y a-t-il quelque chose qui vous a surpris dans cet album depuis sa sortie ?
MW: Il y a toujours eu une blague entre mon père et moi – nous vivions en Espagne quand j’étais enfant. Nous plaisantions sur le fait d’entendre Pitbull à la radio ou cette chanson de U2 où ils disent « Uno, dos, tres, catorze » et où le reste de la chanson est en anglais. Notre blague, c’était que si on mettait ne serait-ce qu’un peu d’espagnol, les Espagnols diraient « Oh putain, ouais ». J’ai mis un peu d’espagnol au début de la chanson avec Feux (« Fall Again ») et j’ai regardé la playlist dans laquelle elle se trouvait et immédiatement, c’était « Musica por trabajar concentrado ». J’étais en train d’écrire de nouveaux morceaux et je me suis dit : « Faisons un peu plus d’espagnol ». J’essaie de continuer.
PAN M 360: Quels sont, selon vous, les principaux enseignements tirés de la réalisation de Friends 1 et de Friends 2 ?
MW: Tout d’abord, en ce qui concerne la collaboration, maintenant que je chante plus, je suis vraiment content d’avoir fait appel à mes amis pour la production, l’ingénierie, etc. Sur le premier album, je ne pensais pas aux mélodies, aux paroles ou à ce que j’essayais de dire, j’essayais plutôt de produire le son le plus cool et d’obtenir les bonnes textures, laissant ainsi tout le reste à l’artiste. Mais comme je chantais cette fois, j’ai eu envie d’inclure mon ami Kurisu, Chris, qui est un bon ami à moi et qui a participé à la coproduction. Ainsi que Dan Holloway, Max Wolfgang, et d’autres gars avec qui j’ai travaillé.
Je suis vraiment content d’avoir fait ça parce qu’à un moment, je me suis dit : « Non, je devrais tout produire. » Et puis je me suis dit : « Littéralement, pourquoi ? » Cela va à l’encontre de l’objectif de Mac Wetha & Friends : essayer de ne pas être trop égocentrique. Et puis aussi, il y a cette chose à laquelle j’ai pensé dernièrement : quand on commence à faire de la musique, il y a une certaine naïveté qui laisse place à cette chose pure et inspirée. On ne réfléchit pas trop et on fait ce qui sonne bien. Et plus on fait de la musique, et peut-être même plus on a de succès, quelle que soit la définition que l’on en donne, plus on se dit : « Oh, les gens aiment ça. Il faut que je fasse ceci, ou ce mec fait déjà ça. Donc personne d’autre ne va trouver ça cool ». C’est cet état d’esprit.
Entre Friends 1 et 2, j’ai désappris des choses que j’avais apprises en cours de route pour revenir au point où j’en étais dans Friends 1. C’était très brut de décoffrage. Je l’ai mixé, donc le mixage n’est pas extraordinaire. Il y a beaucoup de choses que je changerais maintenant, mais je ne l’ai pas fait maintenant, je l’ai fait à l’époque. Je suis donc très content de ce qu’il était, mais il y a quelque chose dans la façon dont je l’ai fait. Le fait de ne pas trop réfléchir, ou même de ne pas réfléchir du tout, mais simplement de le faire. C’est un mélange de cet état d’esprit et des choses que vous apprenez en cours de route.
PAN M 360: Vos travaux les plus récents contiennent à la fois des choses de Mac et des choses de Mac Wetha & Friends. Avez-vous l’impression de changer totalement de mode lorsque vous travaillez avec d’autres artistes ou lorsque vous travaillez avec Mac Wetha & Friends ?
MW : Oui, je pense qu’il y a un changement. Lorsque je travaille avec d’autres personnes, je suis beaucoup plus confiant dans l’écriture, parce que je pense que la pression disparaît. Je me mets beaucoup de pression quand je fais des choses en solo. Et je pense que c’est en grande partie une mauvaise nouvelle, et c’est une chose que j’essaie d’améliorer.
Signer avec Dirty Hit était comme un rêve d’enfant. Et puis tu te dis : « Putain, j’ai signé avec un label, je dois faire quelque chose de bien. » Alors qu’avant, je pouvais faire ce que je voulais. J’ai mis du temps à comprendre qu’ils m’avaient signé parce qu’ils voulaient que je fasse ce que je voulais. Dirty Hit n’est pas le genre de label qui se dit : « Maintenant que tu es signé, tu dois faire cette merde. Il faut que ce soit entre ces BPM. Rase-toi la tête.
Cette pression n’est pas aussi évidente dans le cadre d’une collaboration, simplement parce que vous rebondissez sur quelqu’un. En faisant Friends 2 et en constatant à quel point c’était amusant, et à quel point j’écrivais et jouais mieux avec mes amis, cela m’a rappelé que c’est littéralement ce que j’ai fait pendant toute ma vie musicale. Et pourtant, pour une raison que j’ignore, lorsque j’ai signé chez Dirty Hit, je me suis dit : « Très bien, il n’y a plus que moi maintenant. J’ai signé, je dois faire ceci, je dois faire cela. Je dois faire ça. Mais non, ce n’est pas du tout comme ça que ça fonctionne !
Il y a une sorte d’alternance des modes que je veux changer pour n’en faire qu’un seul. C’est probablement lié au fait que lorsque je le fais moi-même, j’ai l’impression que je dois produire et être sur l’ordinateur portable, alors que lors de certaines sessions de Mac Wetha & Friends, par exemple, mon fils Chris était ingénieur et faisait en sorte que les choses sonnent bien, et il sait juste comment je veux que les choses sonnent. Cette partie m’était sortie de l’esprit, et maintenant, il n’y a plus que moi et celui avec qui je travaille, et nous le faisons simplement.
PAN M 360: Avez-vous trouvé que le fait de faire un peu de tout sur cet album a aidé les cerveaux du producteur et de l’artiste à travailler en harmonie ?
MW: Oui, je pense que c’est le cas. Chaque travail que je fais et que je sors me rapproche de plus en plus de ce que j’essaie vraiment, vraiment de faire, même en tant qu’artiste solo. Le travail de Mac Wetha & Friends s’inscrit dans un monde amusant où tout est permis et tout est amusant. Et c’est un peu ce que je veux que mon travail en solo soit. Mais comme je l’ai dit, j’ai sorti mon premier album solo en 2020, « Culver ». J’ai toujours l’impression d’être en train de le découvrir à chaque projet que je fais et de m’en approcher un peu plus. Et le projet Mac Wetha & Friends accélère beaucoup les choses.
PAN M 360: Quelles sont les similitudes et les différences entre le fait d’être le leader d’un groupe comme Scoundrel ou Death Pigs et le fait d’être le producteur de bout en bout de sa propre vision?
MW: Je pense que l’on doute beaucoup plus de soi lorsqu’on travaille seul. Le simple fait d’échanger des idées avec d’autres personnes est vraiment bénéfique. C’est pourquoi j’essaie de travailler avec plus d’amis ces derniers temps. Être le leader d’un groupe où l’on crie, on hurle, on éructe, on devient un peu fou – une fois qu’on l’a fait à plusieurs, ça devient vraiment facile et on n’a pas peur du public, parce qu’on fait juste ces trucs de dingue. Et si quelqu’un n’aime pas, on ne s’en préoccupe plus.
Mais quand c’est plus introspectif et que vous l’avez écrit tout seul, vous êtes beaucoup plus vulnérable. Certaines des relations que j’entretiens avec les amis avec lesquels je fais de la musique sont si étroites parce que je les ai vus être très vulnérables. Nous avons parlé et essayé d’exprimer tout cela dans la musique. Mais je n’ai jamais vraiment été dans ce fauteuil, ou si je l’ai fait, c’était avec le groupe et je ne faisais que crier. C’est plus vulnérable quand on chante.
Les critiques sur mon nouveau travail et les mauvaises critiques m’ont frappé beaucoup plus durement que je ne le pensais, et c’est probablement pour cela. Parce que c’est la première fois que je suis vraiment vulnérable comme ça et que ces choses me représentent. Mac Wetha, c’est moi. Le groupe est composé de quatre personnes, mais ce n’est que moi. Donc si quelqu’un déteste la musique de Wetha (ce qui est tout à fait normal), au début, je me suis dit : « Oh, eh bien, ils me détestent aussi, putain ». Mais évidemment, ce n’est pas personnel.
Mais quand c’est plus introspectif et que vous l’avez écrit seul, vous êtes beaucoup plus vulnérable. Certaines des relations que j’entretiens avec les amis avec lesquels je fais de la musique sont si étroites parce que je les ai vus être très vulnérables. Nous avons parlé et essayé d’exprimer tout cela dans la musique. Mais je n’ai jamais vraiment été dans ce fauteuil, ou si je l’ai fait, c’était avec le groupe et je ne faisais que crier. C’est plus vulnérable quand on chante.
Les critiques sur mon nouveau travail et les mauvaises critiques m’ont frappé beaucoup plus durement que je ne le pensais, et c’est probablement pour cela. Parce que c’est la première fois que je suis vraiment vulnérable comme ça et que ces choses me représentent. Mac Wetha, c’est moi. Le groupe est composé de quatre personnes, mais ce n’est que moi. Donc si quelqu’un déteste la musique de Wetha (ce qui est tout à fait normal), au début, je me suis dit : « Oh, eh bien, ils me détestent aussi, putain ». Mais évidemment, ce n’est pas personnel.
PAN M 360: Pensez-vous que cela ait aussi quelque chose à voir avec l’ambiance et le sujet ? Avec le groupe, c’est lourd et émotionnel, vous êtes sur vos gardes. Mais avec vos nouvelles chansons, la plupart d’entre elles sont très optimistes et joyeuses. Pensez-vous que cela ajoute de la vulnérabilité ?
MW: Je pense que oui. Je pense qu’il est assez facile d’écrire de la merde triste. J’essaie vraiment de m’en éloigner un peu, même s’il y a des vibrations emo et tristes dans ce projet. Cela fait longtemps que j’essaie d’écrire des choses plus joyeuses et de faire en sorte que ce ne soit pas ridicule ou insincère. C’est tellement plus difficile. Je pense que les gens s’identifient plus facilement aux choses tristes et qu’elles se déversent d’elles-mêmes. Mais écrire un morceau qui est heureux et édifiant, pour moi en tout cas, c’est plus difficile. « Don’t You Going in Love » et « Fairytale » ont l’air assez joyeux, mais ils sont assez doux-amers ou mélancoliques. C’est une sorte de tristesse réfléchie, moins immédiate.
Je pense qu’étant donné que faire Mac Wetha and Friends est amusant, qu’on s’amuse et qu’on passe un bon moment avec ses potes, cela se ressent probablement un peu plus. Ce n’est pas que je ne m’amuse pas quand je fais de la musique seul, c’est juste que quand tu es seul ou avec quelques gars, c’est un peu différent, une énergie différente. Mais j’étais en voyage lorsque j’ai composé certaines des chansons de Mac Wetha & Friends 2. À Los Angeles, il faisait 40 degrés. J’adore Los Angeles et je suis ravi d’y être, alors je ne vais pas soudainement m’asseoir et dire : » Ma petite amie m’a quitté, je me sens si mal, je me déteste « .
PAN M 360: Vos EPs et maintenant cet album sont tous très édités et raffinés en termes de longueur, mais ils sont toujours un peu une allusion puisqu’ils sont faits si rapidement. Pourquoi pensez-vous être attiré par des déclarations plus brèves ?
MW: Dans le groupe, j’étais capable de faire ces putains de chansons de math rock de sept minutes. Et je n’ai aucun problème avec ça, mais comme tu le dis, si je fais une chanson de plus de quatre minutes, je me dis « Oooh, je ne sais pas ce que c’est ». Je pense que c’est peut-être dû au fait que je viens d’un groupe et que je travaille maintenant sur un ordinateur et que je suis capable d’accélérer, de ralentir, de hacher, d’échantillonner et de manipuler des échantillons, c’est probablement un mélange de tout ça. Je pense aussi que la simplicité est très importante, surtout pour Mac Wetha & Friends. Je viens d’un milieu où l’on fabrique des beats et des échantillons.
En fait, c’est l’idée même de l’échantillonnage qui m’a donné envie de faire de la musique sur ordinateur. C’est en entendant SpaceGhostPurrp et la façon dont il utilisait les échantillons que j’ai commencé à m’y intéresser. Je pense que la raison pour laquelle j’aime l’échantillonnage, c’est que vous écoutez un beau morceau de musique qui a déjà cet esprit, puis un morceau vous frappe en particulier et vous le mettez en boucle pour que les gens puissent l’entendre, continuer à en faire l’expérience.
PAN M 360: Vous souvenez-vous du premier échantillon que vous avez utilisé?
MW: Je ne pense pas me souvenir du premier, mais le plus ancien dont je me souvienne est peut-être un échantillon de Barney Kessel, le guitariste de jazz. Mais le premier morceau que j’ai fait et que quelqu’un a utilisé (Bone Slim, qui fait partie du nine8collective avec moi) était un piano et une batterie, et à la fin, j’ai fait un échantillon d’une minute et demie d’une conversation, à la MF DOOM. C’était tellement méticuleux. J’ai passé des semaines à travailler dessus, sur toutes ces conversations folles. J’étais vraiment à fond, je ne pensais qu’à l’échantillonnage à ce moment-là. Je me souviens avoir échantillonné la bande originale de La Planète des Singes, c’était vraiment cool.
PAN M 360: Avez-vous des projets de tournée en dehors du Royaume-Uni à l’avenir ?
MW: Pour être honnête, c’est un peu déroutant de savoir ce que je vais faire en live à ce stade. Mac Wetha & Friends 2 vient de sortir, et je suppose que c’est ce que les gens écoutent le plus, et je ne peux pas vraiment le jouer en concert. J’ai prévu pas mal de choses au Royaume-Uni cette année, et si les choses en solo se passent bien après ça, ce que j’espère, je serai aux États-Unis et au Canada. J’adorerais ça, c’est mon rêve.
En fait, avec mon groupe Scoundrel, nous avons donné un concert à Québec parce que nous avions gagné une battle of the bands. Personne ne nous connaissait, j’ai rencontré le maire de Québec, et merde, c’était dingue. C’était bizarre. On y a passé trois nuits, c’était comme un rêve éveillé. Tous les gars de Québec se disaient : « Putain de Montréal. »
PAN M 360: Outre l’encens, y a-t-il quelque chose que vous devez avoir à portée de main pour travailler au mieux en studio ?
MW: J’ai de la sauge qui brûle en ce moment. J’ai aussi toujours deux de ces mauvais garçons. Des livres. J’ai le livre de Rick Rubin. Je sais, je sais. Ce que j’aime aussi beaucoup, c’est avoir un journal autour de moi et faire des mots croisés, puis écrire des paroles sur le papier. Parce qu’il y a tellement de mots et que j’aime les choses qui ont de l’allure. Si je prenais le train pour aller au studio, je prenais toujours un journal et j’essayais de faire des mots croisés pendant le trajet. Une fois sur place, je pose ce journal à côté de moi et j’y note toutes les idées que j’ai. Et il y a quelque chose dans tous ces mots maniaques partout qui est très inspirant au niveau des paroles. Mais à part ça, rien du tout.
PAN M 360: Votre processus de travail a-t-il beaucoup changé depuis que vous avez signé avec Dirty Hit ? Ou s’agit-il simplement d’une opportunité de continuer à avancer ?
MW: Le côté négatif de la chose, qui était un petit côté auto-infligé, c’était la pression d’être sur un label. Cela aurait pu être n’importe qui et la pression m’aurait atteint parce que c’était la première fois que ma musique et mon travail étaient reconnus de cette manière. Et le fait que ce soit moi en tant qu’artiste solo, ce qui était très nouveau pour moi à l’époque, m’a mis beaucoup de pression. C’était le mauvais changement, mais je pense que j’ai travaillé dessus et que je m’en sors mieux aujourd’hui. Je n’ai jamais été financièrement stable avant de signer chez Dirty Hit, ou si je l’ai été, c’est parce que je travaillais beaucoup.
J’en suis arrivé à un point où j’ai surmonté la confusion et je me sens très chanceux de pouvoir le faire. Je fais beaucoup d’exercice et de choses qui me permettent de rester actif, donc je ne suis pas toujours assis là et en train de perdre la tête. J’ai également participé à la tournée de Beabadoobee. Je les ai rencontrés en studio et nous sommes devenus amis, puis nous les avons accompagnés en tournée, ce qui a été l’une des expériences les plus incroyables de ma vie. C’était fou. D’une certaine manière, c’est grâce à Dirty Hit. Beaucoup de choses ont changé pour le mieux après la signature.
PAN M 360: Vous avez le don d’amener un artiste et de laisser la collaboration se faire dans les deux sens, en créant quelque chose de vraiment cool qu’aucun d’entre vous n’aurait pu imaginer seul. Dans cette optique, quels sont les deux ou trois artistes que vous appelleriez pour une collaboration de rêve ?
MW: J’aimerais bien faire une chanson avec SpaceGhostPurrp. Je sais, c’est une opinion controversée, il a lui-même beaucoup d’opinions controversées. Mais j’adorerais être une mouche sur le mur ou faire quelque chose avec lui et comprendre, et voir comment son esprit fonctionne. Parce que je pense qu’il fait des choses tellement insensées. Et puis TisaKorean, il est tellement malade. Très amusant. J’adorerais faire un beat pour Tisa, travailler avec lui et faire quelque chose d’amusant, et Spaceghostpurp, j’aimerais juste voir comment il travaille. Pour ce qui est de faire une chanson ensemble et de sortir un produit comme quelque chose sur Mac Wetha and Friends ou quelque chose comme ça, peut-être Yung Lean. Corbin, peut-être. Faisons les deux.
PAN M 360: Avez-vous trouvé difficile d’être un tel rebelle du genre dans ce paysage musical axé sur la marque ?
MW: Ce n’est pas un problème pour moi, mais je pense parfois à la façon dont je suis perçu et à d’autres choses. Mais en fin de compte, je fais juste ce qui me vient et me semble juste, et j’essaie de ne pas aller trop loin dans mes réflexions. Je pense qu’avec Cloud Paint, même si j’adore le projet, je me suis dit : » D’accord, faisons un truc plus rock maintenant « . Je pense que je me suis un peu trop enfermé dans une case. Je pense qu’il peut être bénéfique de se donner des limites afin d’avoir un ensemble de règles que l’on peut contourner et avec lesquelles on peut jouer, tout en restant concentré. Mais je pense que j’ai réalisé que ce qui est le mieux pour moi en ce moment, c’est d’aller en studio et de faire ce que je veux, puis d’avoir des tas de chansons et de voir celles qui me semblent bonnes à sortir. J’espère qu’il y aura quelque chose qui réunira tous les sons et qui les fera rester dans le même univers.
Tous les artistes pour lesquels j’ai le plus d’amour et de respect, les musiciens que j’idolâtre – en particulier des gens comme Lava La Rue, Biig Piig, tendai, Dora Jar et Bone Slim – je les vois se foutre de tout ce qui se passe et faire ce qu’ils veulent. Ils ont évidemment des inspirations et des choses dont ils s’inspirent, mais c’est très éloigné de la tendance du jour sur TikTok ou autre. C’est ce qui dure le plus longtemps, même si ça n’explose pas en un jour et que ça ne rapporte pas assez d’argent pour s’acheter une putain de maison. Ce serait dingue, mais le but de la musique n’est pas de gagner de l’argent, c’est de faire de la musique malade.
Saluée pour l’expressivité à la fois troublante et magnifique de son langage sonore mais aussi pour la diversité de ses outils, procédés et références stylistiques au-delà de la musique contemporaine dont elle est issue, soit de l’électroacoustique au métal en passant par le bruitisme et la musique de jeux vidéos, la musique de la compositrice trentenaire Bekah Simms est ici mise en lumière.
Plus précisément, son univers sonore se déploie dans le contexte d’une carte blanche suggérée par l’ensemble Paramirabo et présentée de concert avec le Groupe le Vivier, soit ce samedi 22 avril, 19h30, à la Chapelle Scènes Contemporaines.
Native de Terre-Neuve-et-Labrador, Bekah Simms a vécu à Toronto et fréquenté les milieux de la composition contemporaine à Montréal avant de déménager ses pénates en Écosse. Elle enseigne aujourd’hui à Glasgow, soit au Royal Conservatoire of Scotland. Elle séjourne cette semaine à Montréal afin d’y peaufiner le programme dont il est ici question… et dont PAN M 360 veut s’enquérir.
PAN M 360 : Quand avez-vous quitté le Canada?
BEKAH SIMMS : Depuis l’été dernier, en fait. J’enseigne trois jours par semaine au Conservatoire, et je fais de la recherche et de la composition le reste du temps. Alors c’est un très bel équilibre, c’est vraiment merveilleux pour ma carrière. La plupart de mes cours sont des cours particuliers. Je parle donc de composition tout le temps avec mes étudiants, tout en découvrant leur travail. C’est très gratifiant.
PAN M 360 : Quand votre relation créative a-t-elle commencé avec Paramirabo et le flûtiste Jeffrey Stonehouse, son directeur musical? BEKAH SIMMS : Cette relation a commencé en 2017. J’ai travaillé avec Jeff, il y a maintenant six ans, je faisais alors mon doctorat à l’Université de Toronto. Pendant une session d’été, Paramirabo était l’ensemble en résidence et m’a alors commandé une œuvre, car j’y étais compositrice en résidence durant cette même période culminant dans le contexte d’un festival de musique contemporaine.Nous sommes restés en contact depuis. Pour la première fois il y a trois ans, il m’a demandé si j’étais intéressée à une carte blanche, ce concert est donc en chantier depuis longtemps. Il a été conceptualisé il y a trois ans, nous y travaillons depuis à travers d’autres projets bien sûr. Cinq de mes pièces figurent au programme de ce concert, dont deux ont été écrites pour Paramirabo. les autres ont été écrites pour différents ensembles.
PAN M 360 : Plus précisément, qu’en est-il des deux pièces écrites pour Paramirabo ?
BEKAH SIMMS : Les pièces sont très différentes les unes des autres. La première s’appelle With Dawn in Our Lungs pour flûte, clarinette, violon, violoncelle, percussions et piano, elle date de 2017. Et la création, Stygian Pulse , date de janvier, c’est très récent. Et d’une certaine manière, ce concert retrace en quelque sorte mon propre développement en tant que compositrice et la façon dont j’ai changé. Vous pouvez donc entendre les indices de certaines des choses qui m’intéressent, et ce vers quoi j’évolue dans la pièce de 2017, et ensuite création est juste une sorte de voix plus mûre et plus réalisée. Et comme elles sont de longueur similaire, avec une instrumentation similaire, mais la musique a, je pense, beaucoup progressé. Et donc, d’une certaine manière,cela démontre qu’à travers d’une relation avec les musiciens d’un ensemble, vous apprenez à leur faire confiance, et vous pouvez donc progressivement faire avec eux des choses plus difficiles et expérimentales, ils peuvent leur donner vie.
PAN M 360 : Si nous voyons votre progression dans ce programme comme vous le suggérez, comment pourriez-vous la décrire avec des mots avant son exécution ? BEKAH SIMMS : Vous pouvez voir notamment qu’elle est de plus en plus inspirée par la technologie, de plus de sons électroniques entrent dans la mêlée. Et ça devient de plus en plus technologique aussi. Ainsi, une grande partie de ma musique comporte des repères audios qui doivent être déclenchés en direct. Ainsi, le premier morceau du programme est un morceau où l’on appuie sur play pour sa part électronique. Pour la deuxième pièce, des éléments électroniques sont déclenchés 7 fois, et 16 fois pour la plus récente des pièces au programme.
Vous verrez donc que la musique électronique est de plus en plus présente et que ses éléments sont de plus en plus précis. C’est aussi parce que je suis maintenant à l’aise avec les sons électroniques, les synthétiseurs ou les sons désaccordés. Je dirais aussi que mes pièces les plus récentes sont les plus amusantes et les plus groovy. Lorsque vous passez par l’université en composition, vous en venez à penser que vous devez être très sérieux avec votre art. Et puis, après l’obtention du diplôme, vous vous sentez plus à l’aise pour faire les choses que vous aimeriez vraiment intégrer, qu’elles soient sérieuses ou non. Je pense donc qu’il y a plus d’amusement dans mes pièces plus récentes, alors que celle que j’ai écrite pour Paramirabo en 2017 était assez délicate.
PAN M 360 : Entre la musique instrumentale et la musique électronique, il est toujours difficile de trouver un bon équilibre, soit trouver la fluidité entre les instruments et les approches texturales de l’électronique. Encore peu de gens comme vous commencent à joindre ces deux voies. BEKAH SIMMS : Oui, c’est un véritable défi. On est soit un producteur qui doit apprendre à composer, soit un compositeur qui doit apprendre à produire. On est donc toujours en train d’essayer de rattraper le temps perdu ! En ce qui me concerne, j’ai bénéficié d’un mentorat, à l’âge de 26 ans, avec Martin Bédard, soit à Montréal, au Conservatoire de musique. Mon approche s’inspire en grande partie de la sienne, c’est-à-dire que l’électronique utilise en grande partie les sons des instruments impliqués dans l’œuvre. Ainsi, si j’ai un certain groupe d’instruments sur la scène et que la partie électronique est construite à partir d’enregistrements sonores de ces instruments, il y a une connexion automatique entre ce que l’on entend sur scène et ce que l’on entend dans les haut-parleurs. C’est donc un raccourci qui permet de les faire sonner comme s’ils allaient ensemble. Ce ne sont pas deux mondes différents.
PAN M 360 : Vous avez peut-être un avantage sur les générations antérieures à la vôtre, c’est-à-dire que vous avez moins peur de mélanger les choses comme vous le faites. BEKAH SIMMS : Oui, bien sûr, bien sûr, je pense qu’en général les milléniaux ont une approche beaucoup plus polyvalente. Et les gens sont influencés par beaucoup de genres différents, même s’ils écrivent de la musique de concert. Ainsi, la musique de concert peut être influencée par la musique folklorique, le drone ou l’EDM. Personnellement, par exemple,, je suis très influencée par la musique des jeux vidéo, en particulier celle des indie games qui s”accompagnent régulièrement de musique électronique low-fi. Dans mes œuvres, j’utilise donc des patchs de synthétiseurs qui évoquent ce genre de son 8 bits. Je me sens autorisée à le faire parce que l’environnement d’écoute est tellement éclectique de nos jours. Pour moi et pour la plupart des gens de ma génération.
PAN M 360 : Effectivement, plus de producteurs et de compositeurs associés à la musique contemporaine font référence à des formes de musique populaires et sérieuses. BEKAH SIMMS : Oui, et il faut aussi rappeler qu’au 20e siècle, tant d’artistes de ladite musique populaire ont été influencés par des compositeurs comme Stockhausen. Or, il a fallu beaucoup de temps aux compositeurs “sérieux” pour permettre à la musique populaire d’apparaître dans ce qu’ils font. Je ne sais pas pourquoi nous étions si réticents ou hésitants à le faire, mais je dirais que les gens de mon âge n’ont aucun problème avec cette intégration. Par exemple, une de mes pièces récentes se fonde sur le heavy métal, une autre sur la musique de Joanna Newsom. Donc, ma musique s’enracine dans cette idée de référence à d’autres genres musicaux.
PAN M 360 : C’est donc devenu beaucoup plus soudé.
BEKAH SIMMS : En fait, au fur et à mesure de mon développement, je me suis sentie de plus en plus à l’aise parce que je n’avais plus peur de le faire. Par exemple, la création au programme de samedi comporte un son de synthétiseur qui ressemble presque à un son de jeu vidéo et à un son lo-fi. Il y a quelques années, je n’aurais pas osé. Je n’aurais pas été assez confiante ayant eu peur que le son électronique se détache trop du son instrumental. Maintenant, je me dis que ça n’a plus d’importance car je peux rendre ça intéressant.
PAN M 360 : Vous avez d’abord été formée comme compositrice en musique instrumentale, puis vous avez découvert l’électronique. Pour que l’aspect électronique s’intègre parfaitement à votre travail, il vous a alors fallu du temps afin de comprendre toutes les possibilités texturales de l’électro que la musique instrumentale n’a pas.
BEKAH SIMMS : Oui, exactement. Ça a pris beaucoup de temps ! J’ai en quelque sorte développé mes aptitudes de compositrice depuis la fin de mon adolescence, le début de la vingtaine. L’électronique est arrivée bien plus tard, et je devais acquérir de nouvelles compétences tout en composant un morceau. Le développement fut un peu plus lent, parce que je devais me concentrer sur plusieurs choses différentes. Et je dirais que c’est seulement au cours des deux dernières années que je me suis estimée assez contente de la façon dont les éléments électroniques sonnent dans ma musique. PAN M 360 : Il s’agira donc d’un programme varié avec Paramirabo.
BEKAH SIMMS : Il y a beaucoup de diversité d’une pièce à l’autre. Quatre des cinq pièces sont faites pour l’instrumentation de l’ensemble, l’autre est pour flûte solo. Deux d’entre elles sont acoustiques, trois sont électroacoustiques. L’une d’entre elles dure quatre minutes, une autre dure 11 minutes. Donc oui, il y a une tonne de variété dans une tonne de facteurs différents !
Ce vendredi 21 avril, la formation montréalaise Hippie Hourrah dévoile son deuxième album intitulé Exposition individuelle, inspiré et créé à partir de l’œuvre du défunt peintre québécois, Jacques Hurtubise. À quelques jours de la parution du projet, Pan M 360 a rencontré les trois membres du groupe, Miles Dupire-Gagnon, Gabriel Lambert et Cédric Marinelli à l’atelier de peinture de ce dernier afin d’en connaître davantage sur ce nouveau chapitre de leur histoire artistique.
Sous étiquette Simone Records, le trio s’est fait connaître en 2021 avec l’opus Hippie Hourrah!, une proposition aux sonorités psychédéliques, aussi teintée de pop et même de folk. Cette fois-ci, les trois hommes reviennent à la charge avec un album-concept autour de l’art de l’artiste Jacques Hurtubise, un membre de la famille du percussionniste du groupe lorsqu’ils se produisent sur scène. Récemment, la voix du groupe, Cédric Marinelli, a été charmée par l’œuvre du peintre et a proposé d’en faire la ligne directrice de leur deuxième long format. Par ailleurs, le tableau Onibaba d’Hurtubise orne la pochette de l’ouvrage et image bien le projet, soit un tout aussi cohérent qu’éclectique. Aussi, les titres des morceaux sont tous ceux de toiles de Jacques Hurtubise et ont servi de point de départ pour l’élaboration des chansons.
Avec l’aide de l’écrivain Ralph Elawani, Hippie Hourrah a puisé son inspiration dans l’impressionnant catalogue artistique de Jacques Hurtubise. Sur l’album, Elawani joue le rôle d’un journaliste et apparaît à plusieurs reprises dans des morceaux narratifs, procurant une profondeur additionnelle au concept. Composé de 14 titres, ce projet offre des pièces aux structures atypiques infusées de synths, toutes confectionnées autour de la voix singulière et envoûtante de Marinelli. La désinvolture créative de Hippie Hourrah brille sur Exposition individuelle et donne vie à d’excellents titres tels que Nuits insondables et Pinceau au tombeau qui sont sans aucun doute deux coups de cœur pour l’auteur de ces lignes.
PAN M 360 : Pourquoi s’être inspiré de l’art de Jacques Hurtubise?
CÉDRIC MARINELLI : À un certain moment, je suis complètement tombé dans la découverte de Jacques Hurtubise et de son art. Jacques est dans la famille de notre percussionniste et j’ai toujours vu ses œuvres, sans réellement connaître qui il était. Récemment, je suis allé à l’atelier où sa famille s’occupe de ses toiles. J’ai trouvé l’expérience très inspirante et je me suis dit que ça ferait une superbe ligne directrice pour notre projet. Naturellement, j’ai discuté avec des membres de la famille de Jacques Hurtubise et on m’a envoyé ses catalogues avec toutes ses toiles. C’est justement de là que nous avons pris les noms de chacune des chansons de notre projet. Sa famille aimait bien notre vision et trouvait que cela allait faire connaître son art aux générations plus jeunes. Presque tous les textes de l’album ont comme point de départ un élément de la vie de Jacques Hurtubise, et ce sont autant des œuvres que des moments de sa vie. Cela étant dit, les titres d’Exposition individuelle ne traitent pas exclusivement de Jacques et on aborde plusieurs autres sujets différents. Les pièces narratives renforcent aussi le concept de l’album et amènent un petit quelque chose d’extra musical au projet.
PAN M 360 : Parlons de la toile Onibaba qui orne la pochette de l’album. Pourquoi avez-vous fait ce choix?
HIPPIE HOURRAH : On a choisi cette toile en raison de l’effet qu’elle exerçait sur nous. On adore l’esthétique et la sensation que l’œuvre dégage. La famille de Jacques Hurtubise nous a proposé plusieurs toiles pour la pochette et nous les avons toutes regardées attentivement. Lorsqu’on a vu Onibaba, on était tous d’accord que c’était celle qui représentait le mieux le projet.
PAN M 360 : Comment avez-vous fait les choix des toiles qui allaient devenir les titres de vos chansons?
HIPPIE HOURRAH : On a choisi les toiles qui nous faisaient tripper et qui nous inspiraient pour la création. Par exemple, Jacques faisait des toiles de style « Rorschach ». Rorschach est un psychologue qui a développé un outil de thérapie qui est encore utilisé aujourd’hui. Le principe est simple, c’est de montrer une peinture abstraite à un patient et de lui demander de décrire ce qu’il voit. Jacques a déjà fait des toiles dans le style de ceux qu’on présente pour ce test. Pour la chanson de notre album intitulé « Rorschach », on s’est prêté au jeu et on a écrit sur ce qu’on voyait sur des œuvres de ce style qu’on a trouvées sur internet. La chanson parle carrément de ce qu’un patient dirait à un docteur, c’est assez intéressant.
PAN M 360 : Y a-t-il un parallèle à faire entre ce que vous procure la peinture et votre musique?
CÉDRIC MARINELLI : Clairement. Et je pense que c’est pour ça que nous avons voulu nous inspirer d’un artiste visuel et que le titre de l’album est Exposition individuelle. Pour nous, chaque chanson est un tableau. J’aime vraiment plein de formes d’art différentes, j’adore particulièrement la peinture abstraite. Dans la composition de notre musique, nous avons toujours ce désir d’expansion et de recherche qui va au-delà de ce qui est connu. C’est vraiment comme de la peinture. Dans notre nouveau projet, on va plus loin que ce qu’on connaît musicalement par la recherche, l’improvisation et l’imagination.
PAN M 360 : Vous dites que vous dépassez certaines limites musicales dans ce nouvel ouvrage. Comment décririez-vous cette proposition?
HIPPIE HOURRAH : C’est certain que c’est psychédélique. Ça l’est musicalement, mais aussi dans l’attitude générale du projet. Parfois, dans ce projet, on explore des avenues plus pop et rock. Il y a un peu de tout dans ce projet et nos influences sont très vagues. C’est un heureux mélange de styles musicaux enrobés dans un univers psychédélique.
PAN M 360 : Par son rythme et sa couleur, le titre Nuits insondables détonne du reste de l’album. Parlez-moi un peu de l’histoire de cette chanson.
HIPPIE HOURRAH : C’est probablement le morceau le plus raw de l’album. Quand on a travaillé sur ce morceau, ça s’est fait super facilement comparativement à d’autres morceaux sur lesquels on a bûché longtemps. Il y a une certaine simplicité dans Nuits insondables, qui se marie bien aux paroles très personnelles de Cédric. C’est à ce niveau que ce morceau se différencie des autres dans le projet. Ce titre te donne le temps de prendre ton souffle avant de repartir à nouveau. On se tient à l’Esco depuis des années et Cédric y travaille. Il avait envie de faire une chanson sur ce coin qui est bien connu des musiciens d’ici.
PAN M 360 : Votre écriture est soignée et poétique. À quoi ressemble votre processus créatif au niveau de l’écriture?
CÉDRIC MARINELLI : J’ai toujours écrit avec Ralph Elawani, un bon ami à moi. C’est celui qui parle sur les trames narratives de l’album. Généralement, je n’ai pas de technique particulière. On part d’une idée et on bâtit à partir de ça. Pour ce projet, on voulait que chaque chanson ait le nom d’une toile de Jacques Hurtubise. Comme j’ai dit plus tôt, chaque chanson porte le nom d’une toile, et on est parti de ça comme source d’inspiration pour créer.
PAN M 360 : Quel morceau d’Exposition individuelle avez-vousle plus hâte de jouer sur scène?
HIPPIE HOURRAH : C’est certain qu’on a hâte de faire Nuits insondables et Pur sang rouge. On a eu énormément de plaisir à faire Le temps des morts en show, c’est vraiment trippant. Ça va faire du bien d’avoir du nouveau matériel à faire lors de nos spectacles. Nos représentations pourront prendre une différente tournure, on a très hâte. Avant on n’avait pas tant de tounes, donc on se lançait dans d’interminables séquences instrumentales. On ne déteste vraiment pas ça, mais c’est dur de faire une heure de spectacle comme ça. Des morceaux plus concis, ce n’est pas de refus.
Sortie d’un sommeil mouvementé, juste avant l’éclosion de sa métamorphose sous sa forme adulte, la jeune autrice-compositrice-interprète québécoise N NAO (Naomie De Lorimier) marque sur L’eau et les rêves, prodigieux deuxième album de dream pop expérimentale, l’empreinte d’une illusion invisible, d’un phénomène merveilleux, d’une rencontre mystérieuse.
À travers un rituel artistique et symbolique qui se produit naturellement depuis des millions d’années, l’album sorti récemment chez Mothland s’imbrique dans un ambitieux ouvrage transdisciplinaire et collaboratif, dont le sujet se dévoile progressivement écoute après écoute, à travers sa recherche documentaire sur l’eau douce.
Mêlant à la fois rythme krautrock, spontanéité free jazz, improvisation folk psychédélique, chaînes d’effets dream pop et enregistrements extérieurs pris sur le vif, l’ensemble de l’album, d’une authenticité rare, invite à se perdre en haut d’une montagne durant un songe, pour naître à soi-même à côté d’une source d’eau douce qui rend la vie plus perméable aux changements inconscients.
Réalisé dans un état de méditation et de transe, l’ensemble de ses recherches donne vie à la magie d’un ange céleste, tantôt doux, tantôt orageux, telle une divinité personnifiant les forces de la nature qui fait briller la sensation pure d’exister à l’intérieur. À l’abri dans sa chambre ou dans le studio, l’impulsion spontanée et intuitive de son inconscient n’a plus peur de dire ce qui doit être dit, afin d’enlever du poids aux ombres.
Cette communication silencieuse, mystique et bienveillante permet de regarder au fond des choses, dans les profondeurs : le déclin, la perte, la vie, la mort, la reconstruction, le soin. Le chuchotement surnaturel d’une connexion à distance l’encourage désormais à prendre des risques au bord du précipice, puisque le ciel la rattrape désormais dans sa chute.
L’éclipse des couleurs est donc bien une victoire, elle brise la frontière entre le réel et l’imaginaire et permet de renouer la vie avec l’avenir. Le droit d’exister d’un.e survivant.e cache un mystère, un trésor, un outil puissant. Le pouvoir du numineux donne l’espoir de survivre à la Fin du monde. La simplicité crée des miracles.
N NAO a accepté de s’entretenir avec PAN M 360 pour nous en dévoiler le secret.
PAN M 360 : Alors qu’on te découvre seulement maintenant, avec ton deuxième album L’eau et les rêves, on se rend compte tu possèdes en fait déjà un long parcours dans la scène underground, notamment aux côtés de Klô Pelgag, Marie-Pierre Arthur, Crabe, zouz, Safia Nolin, Jonathan Personne et Lumière. Comment es-tu tombée dans cette communauté d’artistes ?
N NAO : Étant née à Montréal, j’ai pu rencontrer beaucoup d’artistes très tôt dans mon parcours. Au cégep, des contacts s’étaient déjà créés avec des accompagnateurs et des accompagnatrices actifs sur la scène musicale. J’y ai rencontré Etienne Dupré (bassiste pour Klô Pelgag, Mon Doux Saigneur, zouz) qui est actuellement dans mon groupe, ainsi que Charles, avec qui je joue depuis longtemps. J’ai commencé à faire des sets à Montréal dans des endroits DIY, comme La Plante. L’étiquette de musique expérimentale Jeunesse cosmique m’a aussi donné ma première chance.
Après mes études en jazz, je suis partie m’installer quatre mois à Berlin avec mes pédales d’effet, pour vaincre mes peurs en quelque sorte. Un soir, j’ai réussi à faire un set dans une salle pleine, c’est à ce moment là que je me suis rendue compte qu’il y avait réellement un public pour ce que je faisais et que je pouvais prendre confiance. Lorsque je suis revenue à Montréal, j’ai commencé à accompagner Laurence-Anne, ce qui m’a permis de faire de nouvelles rencontres. De fil en aiguille, j’ai accompagné de plus en plus d’artistes. Tout cela s’est fait très naturellement au fil du temps.
PAN M 360 : Durant ton cégep, tu as fait un programme en chant jazz, composition et arrangement. La musique a-t-elle été présente très tôt dans ta vie ?
N NAO : Oui, mes parents ont remarqué très tôt que j’avais une oreille. Alors que je ne savais même pas encore parler, je pouvais imiter parfaitement le son de l’aspirateur, j’avais la bonne note (rire). Enfant, j’étudiais en musique classique à l’école Le Plateau, mon grand-père écoutait toujours de la musique classique et mon père faisait de la chanson.
PAN M 360 : Charles a été le premier membre à t’accompagner dans ton projet N NAO. Cette rencontre semble importante pour toi, peux-tu nous en dire plus ?
N NAO : J’ai commencé à écrire, à composer, à chanter et à expérimenter toute seule de mon côté entre le secondaire et le cégep et Charles a été la première personne qui a entendu mes chansons. Nous nous sentons connectés à travers notre manière de voir la musique, d’en écouter, d’apprécier l’art en général. Lorsqu’on jouait ensemble, c’était comme si on dialoguait nos réflexions à travers la musique, comme une espèce de correspondance sur notre vision du monde. Charles a une maîtrise en histoire de l’art et on aime beaucoup échanger nos théories.
PAN M 360 : Comment sont arrivés les autres membres du groupe ?
N NAO : Le processus s’est fait très naturellement. Lysandre Ménard (Lysandre, Helena Deland) était déjà sur mon premier album A jamais pour toujours en 2018. Juste avant son voyage pour Londres, j’étais venue chez elle échantillonner ses improvisations au piano. Son départ me rendait triste et je voulais garder un morceau d’elle avec moi. C’est devenu sa première participation au projet. Etienne et moi avions déjà joué ensemble par le passé dans notre local, on se croisait également dans les mêmes concerts.
On s’est retrouvées ensemble dans zouz, Klô Pelgag, puis sur mon premier disque. Samuel Gougoux (TDA, Corridor, Kee Avil, VICTIME) nous avait vu Charles et moi en première partie de Jonathan Personne en 2019. Il a eu un coup de cœur pour notre duo et nous avons commencé à jouer en trio à partir de ce moment-là. Ce sont toutes de belles rencontres, c’est vraiment magique quand on est ensemble.
PAN M 360 : Tu as enregistré l’album au studio Green Room et dans ta chambre. Est ce que c’était important pour toi de te sentir bien entourée, dans un cadre intime et personnel ?
N NAO : Oui, vraiment. J’ai toujours fonctionné dans l’intimité, je trouve que c’est là que la création peut jaillir de façon plus pure, lorsqu’on se sent en confiance dans ses interactions. Je suis quelqu’un qui aime aller au fond des choses et sentir une certaine profondeur avec mes collaborateurs. Il fallait que je sois avec des gens de confiance pour pouvoir créer cette mise à nu.
PAN M 360 : Ton album est accompagné de vidéos qui illustrent une recherche documentaire sur l’eau douce. Comment t’es venue l’idée ?
N NAO : En fait, l’idée m’est venue après avoir filmé les vidéos. J’avais fait un court métrage dans un étang pour l’EP La plus belle chose. Je le voyais plus comme une performance, ancrée dans un moment. Je me suis ensuite procurée une caméra 8 mm, que j’ai gardée avec moi pendant deux cycles de saisons lors de mes escapades méditatives en nature. Quatre cassettes sont sorties de ces expériences. J’ai réalisé spontanément qu’il y avait beaucoup de thèmes qui tournaient autour de l’eau, de son miroitement, de ses différents états, de son caractère mystérieux, sensuel, sensoriel. C’est comme si je l’avais découvert après coup. J’ai donc commencé à me concentrer sur cette matière, sur sa lumière et sur sa réfraction. Tout cela s’est précisé autant au niveau musical, qu’au niveau des textes et des visuels. Avec ma caméra, je voulais essayer de voir à travers et à l’intérieur de la matière.
PAN M 360 : La pochette a été réalisée durant l’une de ces escapades en nature. Peux-tu nous en dire plus ?
N NAO : Je voulais collaborer avec Laurence Veri, une céramiste que j’apprécie beaucoup. Nous nous sommes rencontrées au marché Jean Talon lorsque nous étions toutes les deux fleuristes. On a choisi de créer une céramique ensemble. De là est venu l’idée d’un ange, qu’elle avait déjà exploré dans une céramique et que je voyais également dans les textes de l’album. Elle a dessiné la figure de l’ange dans du grès avec des grains de sable et des roches. Je suis partie avec la céramique pour la documenter autour d’une chute, à sept heures de route. Laurence avait fait trois céramiques différentes, il s’est avéré que ma préférée avait une craque dedans. Finalement, je trouvais cette imperfection là tellement belle. Elle était tellement fragile, il fallait bien faire attention à elle durant notre voyage. Nous sommes restés toute une fin de semaine près de cette chute Charles et moi. On lisait, on se baignait, on prenait des photos. C’était une belle expérience de documentation. J’ai choisi cette chute en particulier car je savais que j’allais pouvoir être calme.
PAN M 360 : Le titre de l’album est inspiré du livre de Gaston Bachelard L’eau et les rêves. Quel lien fais-tu entre ce livre et ton album ?
N NAO : A travers notre relation artistique et épistolaire, Charles m’a offert ce livre. Il a en quelque sorte complété les thèmes qui étaient déjà abordés dans l’album. J’aime son aspect philosophique, mais aussi comment l’auteur aborde la poésie de la matière. Il dit que l’eau est la matière même des rêves. Cette phrase m’évoque beaucoup de choses. Pour écrire les chansons, j’ai utilisé mes souvenirs de rêve. Je m’entrainais le matin en sortant de mes rêves, pour écrire et composer à la guitare. L’eau est aussi une matière très sensuelle qu’on peut associer à la féminité, à la nymphe, à la sirène. Gaston Bachelard a publié ce livre dans les années 40, je trouve ca intéressant d’avoir une perspective plus actuelle, qui vient d’une femme.
PAN M 360 : Tu décris les images de la vidéo Tout va bien comme haptiques. Comment l’as-tu réalisé ?
N NAO : J’avais lu un texte de Laura U. Marks durant mes études à Concordia qui m’avait vraiment interpellée. Elle amène l’idée qu’il s’agit en fait d’une stratégie utilisée par les femmes à travers l’histoire, qu’on peut retrouver dans la tapisserie et ses textures caressantes par exemple. Elle parle des vidéos haptiques comme étant très distortionnées, tellement texturées qu’elle va caresser le regard. Aujourd’hui, tout se passe à travers des écrans, nous vivons dans une époque où tout est visuel, alors je trouve cela intéressant de créer une image qui s’adresse au corps, à la peau, à la sensation. Je l’ai fait naturellement avec la caméra, je filme ce que je vois comme si je les touchais. Il y a une forme de sensualité dans mon travail de recherche qui rejoint mes valeurs écoféministes. J’essaie de donner une perspective sur la nature qui est d’égal à égal.
PAN M 360 : Que représente La plus belle chose pour toi ?
N NAO : Dans une journée, ca m’arrive souvent de dire “c’est la plus belle chose”. Mais ce n’est jamais la même chose. Ce qui recoupe tous ces moments-là, ce sont ces éclats de vie, d’authenticité, de sincérité. C’est la rencontre. On accepte de rencontrer les autres, de se rencontrer soi-même, que les choses nous impactent. Si je suis devant un paysage sublime, j’accepte qu’il me frappe et j’accepte d’être présente à ces choses là. La plus belle chose, c’est prendre le risque de se rencontrer. Derrière ça se cache une réflexion qui est constamment en mouvement, comme une forme de présence.
Crédit photo : Naomie de Lorimier & Cléo Sjölander
Affiche ci-dessous: Juliette Dupont-Duchesne
Comptant parmi nos interprètes de la nouvelle génération les plus accomplis et connus, tant au Québec qu’à l’international, le violoncelliste Stéphane Tétreault est avide de rencontres et jamais à court de projets avec notamment trois opus sortis en deux ans ! Dans la foulée de la parution récente de son dernier album, PAN M 360 s’est entretenu avec le musicien trentenaire pour discuter de la genèse de ce projet et de la place qu’occupe la création dans sa démarche artistique.
PAN M 360 : Parlons tout d’abord de votre plus récent album, Images oubliées, qui comprend plusieurs œuvres de Claude Debussy. Quel a été le point de départ pour ce projet d’album et pourquoi avoir choisi Debussy et non pas un autre compositeur comme Schubert ou Bach ?
STÉPHANE TÉTREAULT : C’est une bonne question. Honnêtement, Debussy pour moi, mais aussi pour mon collègue Olivier Hébert-Bouchard, a toujours été un grand coup de cœur. J’adore Bach et beaucoup d’autres compositeurs bien sûr, mais Debussy, pour moi, occupe une place très spéciale dans mon cœur. D’autre part, je pense que le répertoire de Debussy se prêtait très bien à l’arrangement et aux transcriptions des œuvres. D’emblée, ce projet est un projet pandémique où Olivier et moi avions commencé à discuter de ce projet en 2020. Olivier m’est arrivé avec l’idée d’arranger une vaste collection d’œuvres de Debussy pour piano seul, mais aussi pour deux pianos. À la fin d’une résidence de création en 2021, on avait plus de 135 minutes de musique arrangée. Olivier a vraiment fait un travail formidable. C’est un projet coup de cœur pour moi et pour Olivier qui s’est décliné en un disque, mais aussi dans un deuxième album qui va sortir en 2024.
PAN M 360 : Justement, sur les transcriptions, vous avez expliqué que vous et Olivier Hébert-Bouchard avez conçu les arrangements en fonction de l’évolution du langage de Debussy, donc en adaptant un langage qui est plus épuré au début et qui se complexifie dans le temps. Quels sont les défis de travailler avec la matière du langage musical de Debussy et quels sont les pièges ou les erreurs qui peuvent se manifester et qu’on doit éviter dans un tel exercice ?
Stéphane Tétreault : C’est un bon défi parce que Debussy est, selon moi, un des plus grands compositeurs. Évidemment, on veut rendre hommage à son répertoire qui est en soi assez incroyable et surtout riche en couleurs et en textures musicales. J’ai honnêtement été assez surpris du succès des arrangements. C’est sûr que j’avais une réserve au début parce que, même si inclure la création et l’arrangement dans mes projets a toujours été important pour moi, on se pose toujours la question: « Qu’est-ce qu’on peut faire de plus à des pièces qui sont déjà magnifiques ? » Sans vouloir évidemment dire que nos arrangements sont meilleurs que les originaux – ce n’est pas le but. C’est plutôt d’apporter un autre éclairage sur la musique de Debussy.
Plus directement, au niveau des techniques, Debussy a très peu écrit pour le violoncelle. Il y a la grande sonate, évidemment, il y a deux pièces de jeunesse qui ne se retrouvent pas sur le premier album, mais qui vont se retrouver sur le deuxième. On y retrouve évidemment un langage moins expérimental étant donné que ce sont des pièces de jeunesse, moins osées dans les techniques pour cordes, tandis que dans la Sonate, qui est une œuvre de fin de vie, on retrouve vraiment beaucoup d’expérimentations, beaucoup de couleurs variées, beaucoup de techniques d’archet, des harmoniques et des pizzicati très osés. On y retrouve toute une gamme d’expressions et une façon de s’exprimer qui est très propre à lui. À travers ces œuvres, c’est surtout Olivier qui a imaginé un langage évolutif où, pour des pièces de début de parcours, comme par exemple Danse bohémienne ou Rêverie, on emploi des techniques plus standards, des pizzicati, mais surtout des lignes, des sons tenus, et plus on avance dans le temps, avec les années, on se dirige vers des manières d’expression plus sophistiquées et peut être plus fidèles à l’évolution de Debussy lui-même.
PAN M 360 : Dans ce processus, comment décide-t-on des dynamiques à employer, par exemple qu’à tel endroit il devrait y avoir un passage en pizzicato, qu’ici vous devriez jouez col legno, ou qu’entre telles mesure, c’est le piano qui sera mis en évidence ?
STÉPHANE TÉTREAULT : Il y a beaucoup de textures à faire ressortir de la partition pour piano qui est déjà très riche, mais qui peut être mise en évidence d’une façon différente avec un violoncelle et un piano en duo. Il y a certaines sonorités par exemple dans la sonate, où telle technique est employée et où dans différentes pièces, on s’est dit que ça pourrait vraiment être un effet cool à inclure, mais également un effet que Debussy aurait pu choisir lui-même. Sinon, avec des harmoniques, des fois aller ressortir la ligne aiguë ou même la ligne médiane, c’est super intéressant, car, cela crée une juxtaposition avec ce que fait le piano. Il s’agit de beaucoup d’expérimentation, d’essais et d’erreurs, mais on a passé beaucoup de temps en résidence à tester les arrangements d’Olivier. C’était vraiment une collaboration très riche et très inspirante.
PAN M 360 : Retournons un peu en arrière maintenant avec votre autre album qui est sorti plus tôt dans l’année, la Suite Tango avec Denis Plante, qui nous plonge dans un autre univers complètement. Quelle a été votre première réaction quand il vous a approché pour interpréter ses pièces ?
STÉPHANE TÉTREAULT : Denis et moi collaborons depuis 2018. Nous avons fait une première collaboration au Festival Classica de Saint-Lambert. L’idée de nous jumeler était une idée de Marc Boucher, le directeur artistique. Nous avions fait des classiques du répertoire du tango, mais également quelques pièces originales de Denis. À ce jour, il s’agit pour moi d’une des collaborations les plus inspirantes et des plus fructueuses. Nous avons continué à tourner ce projet qui mélangeait classiques et musique originale à travers les deux ans avant la pandémie. Dans cette période, on a commencé à élaborer un autre projet qui, en l’occurrence, s’appelle maintenant Suite Tango, mais dont l’idée était de rendre hommage à Jean Sébastien Bach à travers le tango tout en gardant des inspirations de Piazzolla et des classiques du tango, avec la plume très idiomatique de Denis Plante. Ma réaction, c’était évidemment « On y va ! » Comme dans l’album sur Debussy, l’emphase est sur le dialogue et la communication en musique.
PAN M 360 : Travailler avec un compositeur vivant, qui vous dit ce qu’il aimerait à tel moment comme sons et que vous ayez une interaction sur ce que vous sentez que vous pouvez faire comme effet, doit être une collaboration qui est extrêmement riche aussi n’est-ce pas ?
STÉPHANE TÉTREAULT : C’est extraordinaire ! La création musicale et la collaboration artistique sont des aspects auxquels j’accorde beaucoup de temps dans ma carrière. Par exemple, Valérie Milot et moi venons de créer un concerto de Denis Gougeon avec l’Orchestre Métropolitain pour harpe, violoncelle et orchestre. Pour moi, toutes les collaborations avec des compositeurs vivants sont des collaborations extrêmement riches. J’ajouterais aussi que cela donne une perspective différente lorsqu’on s’attaque par la suite à des œuvres bien établies du répertoire. C’est certain que de travailler avec un compositeur ou une compositrice vivant·e, pour moi, c’est très stimulant, mais ça nous rappelle aussi la flexibilité de l’être humain. C’est autant vrai avec Denis Gougeon qu’avec Denis Plante, qu’avec Olivier Hébert-Bouchard en arrangement. On revient encore une fois au dialogue, à la communication et à l’expérimentation. Il n’y a pas d’idée fixe ou d’idée coulée dans le béton. C’est sûr que le compositeur est celui qui compose, c’est le génie de la création, mais parfois, ce dialogue avec l’interprète peut apporter quelque chose de très intéressant.
PAN M 360 : La collaboration entre créateurs et interprètes, mais aussi la collaboration entre interprètes, sont des éléments qui caractérisent aussi beaucoup votre parcours. Je pense notamment à Transfiguration, votre plus récent projet réalisé avec Valérie Milot. Travailler les collaborations entre artistes et ne pas travailler uniquement en silo est important pour vous également.
STÉPHANE TÉTREAULT : Absolument. Je pense que c’est ce qui m’a le plus manqué durant la pandémie. C’est peut-être un peu cliché, mais je me suis réfugié dans les suites de Bach et dans du répertoire solo. C’est du répertoire que j’adore, mais en même temps, ce qui me manquait le plus, c’était cet échange avec mes collègues musiciens, avec mes collègues créateurs. Donc dès qu’il y a eu une ouverture au niveau des confinements mes amis ou mes collègues et moi, on c’est dit « Il faut vraiment que l’on continue à créer ensemble ». Et ça, je pense que c’est fort et beau : les capacités de deux, trois ou quatre interprètes de se réunir et à travailler de concert ensemble, c’est extrêmement puissant.
PAN M 360 : Sur cette même veine de collaboration et de création en lien avec la Suite Tango, vous allez présenter ces pièces dans le cadre d’un concert lors du premier Festival d’Atma Classique à Paris, sous le titre « Le Québec à Paris », du 14 au 16 avril. Quelles sont vos attentes et qu’est-ce que ça représente pour vous de retourner en Europe pour y faire connaître la musique canadienne ?
STÉPHANE TÉTREAULT : Exporter la création canadienne est extrêmement important pour moi. C’est la deuxième fois que je vais retourner en Europe depuis la pandémie, mais c’est la première fois que je retourne à Paris depuis 2020. Pour moi, c’est évident que ça me manquait beaucoup de voyager et notamment de partager notre culture québécoise et canadienne et la musique de nos créateurs québécois et canadiens. J’ai de grands espoirs. Je pense que la Suite Tango a beaucoup de potentiel pour voyager. C’est un répertoire qui peut être joué dans à peu près n’importe quel festival dans le monde, et la réaction du public au Canada a été très favorable. Je trouve que c’est un bon signe. Je salue vraiment l’initiative d’Atma d’exporter justement la musique, la création canadienne et ses artistes. Je pense que c’est une initiative vraiment formidable et j’ai vraiment hâte de retrouver mes collègues de chez Atma là-bas.
PAN M 360 : Pour conclure, quels sont les prochains projets qui vous attendent en termes de collaboration, de concerts et de création ?
STÉPHANE TÉTREAULT : Prochainement, je continue la tournée de Transfiguration un peu partout au Québec. On a notre première sortie à l’extérieur du Québec en juin, à St. Catharines pour Bravo Niagara. C’est la première fois que le projet va être présenté en anglais, parce qu’on avait à l’origine enregistré le spectacle en anglais et en français au niveau des transitions sonores. Donc c’est assez excitant. Je continue également ma tournée d’Images oubliées, un projet qui tourne depuis deux ans déjà et pour lequel il y a encore plusieurs dates, de même que pour Suite Tango au Québec. Fin mai je serai avec l’Orchestre symphonique de Laval à la Maison symphonique pour jouer Don Quichotte avec le chef Jacques Lacombe et il y a plusieurs concerts d’été qui vont être annoncés, avec de nouvelles collaborations et des projets de tournées.
Sans casque et sans filet, le cofondateur de Daft Punk vient de lancer sa première composition d’envergure pour grand orchestre, destinée à un ballet à l’initiative du chorégraphe Angelin Preljocaj. Mythologies est une œuvre de 23 tableaux interprétés par l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine sous la direction de Romain Dumas.
Que ses fans en soient conscients d’entrée de jeu, Thomas Bangalter est loin, très loin d’y faire du Daft Punk. Sans technologies de pointe aucune sauf peut-être un logiciel de composition, et surtout dans un esprit orchestral très proche du romantisme européen dans la seconde tranche du 19e siècle, l’artiste français y revoit en profondeur son rapport à la composition.
Voilà certes un excellent sujet d’interview… que nous accorde Thomas Bangalter en visioconférence.
PAN M 360 : Qu’est ce qui vous a amené à la musique symphonique? Vous avez, on imagine, reçu une bonne éducation musicale comme c’est le cas dans la plupart des bonnes familles.
THOMAS BANGALTER : Ce n’est pas exactement une histoire de « bonne famille » en fait, c’est plutôt une famille d’artistes et la musique classique m’est venue par l’intermédiaire de la danse : ma mère (Thérèse Thoreux) était danseuse classique, ma tante était danseuse, mon oncle était chorégraphe, mon père est auteur, compositeur et producteur, donc je suis né dans une famille d’artistes. Mais le rapport à la musique orchestrale et la musique symphonique, il est venu par le biais de la danse, et puis, je dirais même par la découverte aussi de la musique symphonique au cinéma. J’ai effectivement fait des cours de piano quand j’étais enfant, mais mon professeur de piano, il était répétiteur pour l’Opéra de Paris mais pareil, il venait du milieu de la danse. Mais ma musique n’était pas un à côté, c’était assez central. L’art, c’était le centre d’ailleurs.
PAN M 360 : Dans la danse classique, de toute façon, forcément, il y a un rapport assez intime avec la musique classique. Pas nécessairement. Il y a beaucoup de musique contemporaine ou de musique moderne qui sont des formes différentes.
THOMAS BANGALTER : Oui. Ma mère était au départ danseuse dans une compagnie classique avec les Ballets de Roland Petit à partir de la fin des années 50, pendant une dizaine d’années. Ensuite, elle a intégré la première compagnie de danse contemporaine en France qui avait été mise en place par le ministère de la Culture, qui s’appelait le Ballet Théâtre Contemporain. Là, elle a fait de la danse contemporaine ensuite avec des créations de musique de compositeurs tel Xenakis. Il y a à la fois cette double filiation aussi bien d’un côté de la musique lyrique classique et de l’autre de la musique contemporaine.
PAN M 360 : C’est donc un peu naturel que vous en arriviez là à un moment donné dans votre carrière en création. Comment vous y êtes-vous pris pour créer ces musiques? La première fois qu’on fait une écoute superficielle de cet album, on a l’impression d’être au XIXᵉ siècle. C’est de la musique romantique d’Europe, enfin surtout.
THOMAS BANGALTER : C’est marrant parce que j’ai l’impression de n’avoir pas tant réfléchi à ça. C’est une approche assez spontanée de cette idée d’élégance, de lyrisme ou de romantisme, qui sont des choses que je ne vois pas forcément dans la société aujourd’hui. J’ai souvent l’impression de réfléchir par réaction et de vouloir faire jaillir des choses qui me manquent à un moment donné. En 2005, avec mon partenaire ce Daft Punk (Guy-Manuel de Homem-Christo), on avait cette idée « Tiens, on va faire une pyramide de lumière et de LED comme ça. » C’était quelque chose qu’on avait dans la tête, mais qui n’existait pas vraiment. Quelques années plus tard, je me souviens m’être trouvé à Times Square et il y avait des murs de LED partout – alors que c’étaient des néons auparavant. Aujourd’hui on est dans un monde entièrement recouvert de LED avec des systèmes de plus en plus démesurés, à tous les niveaux d’échelle. Ne me viendrait donc pas l’idée aujourd’hui, l’idée de me dire « Tiens, j’aimerais créer une structure géométrique en LEDs. » Donc, il y a cette idée de contrepied ou d’interaction avec son environnement.
PAN M 360: Alors que motive ce nouveau “contrepied”?
THOMAS BANGALTER : Plein de raisons se sont alignées pour faire ce projet. À la fois ce monde de la danse que je connaissais bien et duquel je m’étais un peu éloigné quoique… c’était de la dance music que je créais alors. Mais voilà, après, il y avait une certaine forme d’intemporalité dans l’idée d’aborder des mythes. Et moi, j’aime bien aussi faire des choses un peu démodées. Parce que finalement, quand c’est démodé, ça ne va pas vraiment se démoder davantage! On n’a pas un rapport à la modernité en essayant de créer quelque chose qui, cinq ans plus tard, peut sonner un peu décalé. J’aime bien l’idée d’aborder des formes, en faire des exercices de style avec un certain intérêt à la temporalité. Et c’est vrai que cette idée de romantisme, elle a jailli sans être un truc d’intellect.
PAN M 360 : Bien entendu, cela ne résultait pas d’une planification quelconque. Ce ne serait pas de l’art.
THOMAS BANGALTER : C’était beaucoup plus spontané en fait. Quand on travaillait il y a dix ans sur Random Access Memories, on était en plein dans le boom de l’EDM et de cette musique hyper énergétique, hyper électronique. Et nous, on a eu à ce moment une vision un peu romantique du dancefloor, un peu disco. Donc, il y avait cette idée de s’amuser avec ces codes rétro-futuristes. Sauf que cette fois, je trouvais marrant d’arriver dans un rétro-futurisme non pas des années 70 ou 80, mais bien d’un siècle auparavant, voire deux siècles pour certaines couleurs car on pourrait être à la fin du 18ème aussi pour certains moments même si c’est la fin du 19ème pour la plupart des pièces.
PAN M 360 : Lorsqu’on est un artiste authentique, on ne se dit pas « Je vais faire de la musique de 1855 à 1890. » Ça sort de l’inconscient, néanmoins on remarque la fréquentation de cette période romantique( et aussi des premières musiques modernes françaises) chez plusieurs compositeurs dits néo-classiques.
THOMAS BANGALTER : Ce que je trouve intéressant, c’est de ne pas me retrouver dans un axe qui pourrait opposer, comme ça l’a été pour la musique contemporaine envers la musique classique par exemple. C’est un peu la même chose dans la musique pop aujourd’hui où une grande partie de ses barrières sont tombées. Moi, j’ai travaillé avec des samples mais aussi avec des musiciens de studio où on écrivait complètement la musique, les partitions ou les arrangements. Ce n’est donc pas une méthode contre une autre. C’est peut être ce qui change le plus en ce moment, d’ailleurs; parce qu’avant il y avait des chapelles qui se détestaient. Aujourd’hui, les perspectives sont vraiment très différentes. Ça peut se rattacher à certaines couleurs lyriques ou néo classiques, mais en même temps ça peut utiliser des cellules de répétition et se rapprocher de courants minimalistes contemporains. Alors je n’ai pas l’impression que ce soit aussi contradictoire maintenant, alors qu’il y avait auparavant un certain purisme dans la vision de la de la musique symphonique.
PAN M 360 : Comment vous êtes-vous adapté à la composition symphonique ?
THOMAS BANGALTER : J’avais une certaine expérience de la musique symphonique sur des musiques de film et autres, mais j’avais travaillé à l’époque avec des orchestrateurs et des arrangeurs. Et là, ma motivation principale, c’était d’accepter ce projet afin d’écrire pour l’orchestre et pour faire tous les arrangements et les orchestrations moi-même. D’habitude, je compose au piano, mais là, mon manque de virtuosité au piano allait limiter un peu la composition. Voilà pourquoi ça a vraiment été une musique qui a été écrite directement sur la partition avec un logiciel de notation. À ce moment-là, j’ai travaillé sur différentes esquisses que j’ai envoyées au chorégraphe. À partir de là, le concept de mythologie s’est précisé. Après je suis allé dans mon coin pour écrire le plus gros de la musique. Et quelques mois plus tard, je suis revenu avec le ballet écrit. Il y a eu un peu de coupe, de montage et d’aménagement de structure avec le chorégraphe. Et puis la danse a commencé.
PAN M 360 : Donc, personne d’autre que le chorégraphe est intervenu dans le montage, dans l’édition de la partition originale
THOMAS BANGALTER : Non, sauf le chef d’orchestre qui était aussi dès le départ dans le processus. Il a pu m’aider sur certains questionnements. J’étais moi-même entré en immersion dans la musique symphonique, dans les directions d’œuvres. Pendant de longs mois, j’ai vraiment étudié les traités d’orchestration mais… j’avais encore des questions auxquelles seule l’expérience d’un chef pourrait répondre, notamment sur la gestion de l’effort, sur la faisabilité de certaines parties. Le chef d’orchestre a donc pu me guider sur certains questionnements. Je lui demandais justement de ne pas me donner la solution mais plutôt de me dire plus si c’était viable. Ça a été vraiment un travail avec le chorégraphe et le chef.
PAN M 360 : Vous êtes donc affranchi de toutes les étapes préliminaires, c’est-à-dire sans orchestrateur ou arrangeur. Cette fois, vous étiez seul, sans filet – et sans casque, il va sans dire.
THOMAS BANGALTER : Voilà. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais accepté ce projet. J’ai toujours aimé réinventer les circonstances du processus créatif. À chaque étape de Daft Punk, on a eu l’occasion de pouvoir aborder le travail de manière différente. Quand j’ai travaillé sur un dessin animé japonais, c’était pareil, un peu comme un stage; j’avais fait 15 allers retours avec le Japon en rentrant dans la production de dessins animés. L’opportunité d’un tel projet, c’était un peu repartir de zéro, apprendre des nouvelles choses, se tromper et recommencer, réussir certains trucs et réaliser de nouveau que dans un état d’esprit, quand on est débutant, on ne fait pas les mêmes choses de la même façon que quelqu’un qui aura vraiment beaucoup d’expérience. Or cette innocence et cette sincérité ou cette maladresse m’intéressent en règle générale. C’est aussi pour ça que j’ai décidé vraiment de prendre le temps d’accomplir ce travail réparti sur deux ans et demi et qui a dû me mobiliser à peu près un an et demi à temps complet.
PAN M 360 : Maintenant si on parle du concept de Mythologies, comment s’est-il finalement révélé?
THOMAS BANGALTER : C’est le chorégraphe qui en a eu l’idée. Après lui avoir transmis des esquisses et avoir mené quelques réunions de travail sur ces ébauches, à peu près une vingtaine de minutes à ce moment-là, il est revenu vers moi en me disant « J’ai l’impression que ces couleurs et cette direction, ça fonctionne avec l’idée de travailler sur les mythologies. » Et c’est là après où il est revenu avec une liste, une sorte de livret un peu compact de différents mythes. Et j’ai alors commencé à lui proposer l’attribution de ces différents mythes à mes différentes esquisses. Quand il a validé ça, là, je suis reparti travailler de mon côté.
PAN M 360 : Et y a-t-il lieu de faire des liens avec votre background de compositeur et producteur électronique et ce qui s’est produit dans ce contexte là?
THOMAS BANGALTER : Pas vraiment. Si je reprends même le dernier disque de Daft Punk qu’on a fait en Random Access Memory, je n’ai pas vraiment l’impression qu’il s’agit d’un disque de musique électronique. J’ai donc du mal à répondre à cette question. C’est vrai que j’ai davantage travaillé strictement avec des machines au départ (de ma carrière), mais assez vite j’ai fait des compositions et des chansons avec ces machines. Et puis ajouté des instruments (non électroniques) au fur et à mesure. J’ai déjà fait des musiques instrumentales avec aussi des machines.
PAN M 360 : Cette fois, pas du tout.
THOMAS BANGALTER : Là, c’est sûr qu’il y avait une certaine forme de radicalité en moi en disant « Je vais composer de la musique sans machine, juste pour l’orchestre, pour les musiciens et pour accompagner les danseurs. » À partir de là, c’est vrai que dans ce processus, il n’y avait peut-être pas une détermination futuriste, mais j’ai l’impression qu’il n’y en avait pas forcément non plus dans les autres auparavant. Là où je fais le lien, c’est dans l’idée d’essayer des formes différentes à chaque disque, ce que je disais tout à l’heure. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont les disques se répondent aussi ou dont les morceaux se répondent aussi. Si on prend des morceaux de techno et qu’on met après des sons plus abstraits ou encore des extraits de mythologie qui peuvent être très lyriques. Ce qui m’amuse, c’est le contraste.
PAN M 360 : En fait, vous êtes un généraliste qui désire quand même aller au fond des choses à chacun de vos projets.
THOMAS BANGALTER : Et en fait, je n’ai pas l’impression de me dire « Ça y est, maintenant, je suis compositeur de musique symphonique. » Ce sont des tentatives, des explorations, des expérimentations, mais ce qui me motive, c’est de continuer à expérimenter. L’idée d’être un peu jusqu’au-boutiste dans un truc, mais d’explorer des formes différentes. Des fois, on essaye de faire… On a peut être la prétention, des fois, d’essayer de faire des choses qui n’ont jamais été faites par personne. Et puis, des fois, on peut devenir beaucoup plus humble, c’est-à-dire avoir juste l’ambition de faire quelque chose qu’on n’a jamais fait soi-même. Et là, pour moi, c’était plus ça. Alors je n’ai pas vraiment eu cette idée de me dire « Je vais inventer des formes symphoniques ». C’était plutôt que de me demander « Si j’écris avec un orchestre, qu’est ce que je veux exprimer? Qu’est ce qui va s’exprimer à travers ça? » Après, là, il y avait un aspect fonctionnel aussi. On en revient à l’idée de faire de la musique de danse ou de la danse musique. Et là, c’était une musique pour accompagner la danse et pour accompagner cette thématique aussi. »
PAN M 360 : Cette musique a été écrite pour un ballet mais se veut-elle aussi autonome par rapport à la danse ?
THOMAS BANGALTER : Finalement, je me suis rendu compte qu’elle pouvait l’être. Au départ, je n’étais pas certain qu’on en fasse un disque. J’étais vraiment dans une tentative aussi à un moment de spectacle vivant. Ça m’intéressait d’écrire et de composer pour 50 musiciens et 20 danseurs dans un théâtre comme l’Opéra de Bordeaux ou le Théâtre du Châtelet. J’aimais bien cet aspect un peu local dans un moment où tout est hyper connecté, hyper mondialisé. Au final, en réécoutant la musique, je me suis dit qu’il était opportun de pouvoir la sortir en disque, même si ce n’était pas l’idée de départ. Déjà se rendre là, c’était le gros défi.
CRÉDIT ILLUSTRATION: STÉPHANE MANEL
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